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CLAYTON LINDEMUTH |
Une Contrée Paisible Et FroideAux éditions SEUILVisitez leur site |
927Lectures depuisLe mercredi 2 Septembre 2015
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Une lecture de |
À Bittersmith, le shérif porte le nom de cette bourgade du Wyoming. Rien d'étonnant, car c'est son arrière-grand-père qui créa jadis ce village. Âgé de soixante-douze ans, le shérif Bittersmith règne sur sa contrée depuis quatre décennies. En ce début des années 1970, il lui arrive encore, quand il est en position de force face à des femmes, d'exiger des actes sexuels. Pour calmer les hommes trop violents, sa méthode a toujours été de les menacer de mort en cas de récidive. Il n'y a que contre la Milice du comté, qu'il infiltra un temps, que le shérif en resta au statu-quo. Le fermier Burt Haudesert la dirigea sans faire d'excès répréhensibles. La mort suspecte des frères Pounder, membres de la Milice, intoxiqués par les gaz dans leur garage, resta sans suite afin de ne pas attiser les tensions. La municipalité vient de mettre le shérif Bittersmith à la retraite, lui laissant une dernière journée pour dégager. L'adjoint Odum le remplacera, probablement davantage dans le respect des lois. Bittersmith est furieux, mais n'y peut rien. Quand Fay Haudesert appelle le bureau du shérif, celui-ci s'empresse de braver la neige dans son Bronco marron. Le blizzard approche, il s'agit d'agir sans délai. Dans sa grange, Burt Haudesert est mort, transpercé par une fourche. Ses deux fils, Cal et Jordan, étaient absents. Sa fille Gwen, jolie rousse âgée de seize ans, a certainement été enlevée par l'assassin. Aucun doute sur l'identité du tueur : Gale G'Wain, un orphelin de vingt ans, a travaillé pendant trois mois ici, avant d'être engagé par le boucher Haynes. Ce rouquin était amoureux de Gwen. Blessé, en fuite, Gale s'est réfugié dans la maison vide du défunt docteur Wilbur Coates, un chasseur ami de Burt Haudesert. Au domicile du médecin, il se soigne artisanalement. Gale redoute l'arrivée de la Milice sur leurs motoneiges. Il trouve sur place un arsenal d'armes à feu, et prépare bientôt la riposte. Au temps de l'orphelinat de Mr Sharp, Gale s'entraîna pour devenir un bon tireur. Il a le temps de repenser à ses amours avec Gwen, à leurs projets de partir ensemble. À seize ans, elle était plus mûre que lui, sexuellement. Si son amie Liz Sunday avait des problèmes, ceux de Gwen n'étaient pas moindres non plus : sa relation avec son père était plus qu'ambiguë. Gale travailla dur pour Burt, mais il ne fut jamais paternel envers lui. Au contraire, des tensions apparurent rapidement. Épiant les alentours, Gale G'Wain repense au curieux don de Gwen : “Elle entend ce qu'elle appelle une musique de crapaud-buffle chaque fois qu'une personne dont elle est physiquement proche va mourir.” Avec ses maigres économies et son statut d'errant, Gale offrait-il vraiment un avenir à Gwen ? Il se souvient aussi des altercations musclées, après son départ de la ferme, avec Burt Haudesert ou avec ses fils. Se battre contre ce notable local ne l'effrayait pas, Gale ayant grandi "à la dure". Aux archives de Bittersmith, Gale tenta de retrouver ses origines, dans les dossiers de 1951, Mr Sharp étant resté flou sur sa mère. Quand Roosevelt, shérif-adjoint et membre de la Milice, vient menacer Gale dans son refuge, le jeune homme n'a d'autre choix que de le supprimer. À l'abri, quand les motoneiges cernent la maison, Gale ne craint pas d'affronter Cal, Jordan et leurs amis de la Milice. De son côté, le vieux shérif a du mal à suivre dans la neige les traces de son suspect et de Gwen. Que son successeur Odum tente de reprendre en mains l'enquête, le shérif s'en fiche : sa rage envers Gale devrait suffire pour alpaguer son unique suspect. Bittersmith reste pour quelques heures en fonction. Il compte prouver à Margot, la mère de Burt Haudesert, et à l'épouse de la victime, qu'il y parviendra… On imagine que la vie dans certaines bourgades rurales des États-Unis, voilà encore une quarantaine d'années, pouvait d'assez près ressembler à celle décrite ici. Et un tel épisode venant troubler l'ordre des choses apparaît parfaitement plausible. Ce genre de shérifs tout-puissants, absolument odieux, incarnant en despotes leur version de la loi, on est convaincu que ce n'est pas de la simple caricature. Tirant leur légitimité de leur passé militaire ou de leur origine locale, ils imposaient une sorte de paix basée sur la peur, la menace. Remarquons également les rapports méfiants du shérif Bittersmith avec la Milice anti-communiste franc-maçonne. Il ne contrôle pas ces chasseurs paranos qui voient des "Rouges" partout. Qu'on en élimine quelques-uns ne le dérange donc nullement. Faut-il parler de cruauté ? Par exemple, on tue le cochon non sans sauvagerie. C'est plus exactement l'âpreté du quotidien qui nous est décrite. On découvrira avec un petit sourire pourquoi l'orphelin Gale G'Wain fut ainsi nommé, ce qui n'est pas sans lien avec le vrai prénom de Gwen (qui est un diminutif). Le jeune homme miséreux est, finalement, le seul a avoir une attitude chevaleresque dans cette histoire. Le récit fait la part belle aux épreuves que ce garçon désargenté a dû traverser, à sa propre expérience d'orphelin. Par ailleurs, on nous livre des moments de la vie (tourmentée) de Gwen, et de sa copine Liz. En parallèle, l'action se concentre sur les dernières heures du vieux shérif dans ses fonctions, avec un semblant d'unité de temps. Puis, jolie figure de style, la narration va entremêler dans les mêmes chapitres les cas de chacun des protagonistes. Un noir suspense de très belle qualité, d'une sacrée intensité, à ne pas manquer. |
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