Un Mort Encombrant LLOYD_OSBOURNE289

ROBERT-LOUIS STEVENSON LLOYD OSBOURNE

Un Mort Encombrant


Aux éditions 10/18


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Le dimanche 20 Decembre 2015

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Robert-louis stevenson LLOYD OSBOURNE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

The wrong box - 1889. Traduction de Pierre Leyris.  Série L'Aventure insensée. N°1377. Parution juillet 1980. 256 pages.

Réédition au Livre de Poche Jeunesse. Parution Juin 1999. 346 pages. Une couverture nettement plus accrocheuse que celle de 10/18.

Et des vivants encombrés...

La tontine, forme de d'épargne imaginée par l'Italien Tonti sous Mazarin, peut s'avérer payante mais en même temps se révéler source de problèmes pour les souscripteurs, puisqu'elle n'est reversée qu'au dernier survivant.

Lorsque débute cette histoire, il ne reste plus que deux prétendants à la tontine souscrite par le père de la famille Finsbury alors qu'à l'origine, quelques décennies auparavant, ce nombre était évalué à près d'une quarantaine.

Joseph Finsbury, l'un des deux héritiers, a recueilli Maurice et Jean, les deux enfants de Jacob, son frère cadet. Il a aussi accueilli en son foyer Julia Hazeltine, que lui avait légué une vague connaissance. Quant à son autre frère, Masterman, il ne lui a pas donné de ses nouvelles depuis de nombreuses années, et seul son fils Michel, avoué de sa profession, affirme que son père n'est pas mort, sans vouloir donner moult précisions complémentaires.

Maurice prend soin de son père, ayant peur que celui-ci décède de façon inopinée, avec pour conséquence l'envol de la tontine au profit de son cousin. Il le sort afin de lui procurer du bon air pour ses bronches, l'habille chaudement de vêtements adéquats selon les principes du praticien Sir Faraday Bond. Mais Joseph se sent un peu à l'étroit, lui qui était habitué à voyager de par le monde, à donner des conférences sur n'importe quel sujet susceptible d'intéresser une assistance clairsemée et indifférente, voire assoupie. Joseph est un manique des statistiques et trimbale toujours avec lui un carnet et un crayon afin de noter ses judicieuses et inutiles observations.

Maurice a repris l'entreprise de cuirs de son père, mais celle-ci périclite, et il se demande comment faire face à une pénurie d'argent proche et stressante. De plus il traîne une dette de plusieurs milliers de livres dont il ignore comme il va pouvoir l'honorer.

Lors d'un voyage en chemin de fer, entre Bournemouth et Londres, Maurice ne décolère pas. Son oncle Joseph a mis négligemment dans sa poche un billet à ordre de huit cents livres qu'il devait signer, omettant de le rendre à Maurice. Un incident qui en cache un autre. Les trois hommes, Jean est également présent, ne remarquent pas qu'au dernier moment, alors que le train s'élançait, un homme vêtu pareillement que l'oncle Joseph montait dans un wagon proche. Un accident se produit, cela arrive même dans la perfide Albion, et le drame se précise. Lorsque Maurice et Jean sortent légèrement blessés de leur évanouissement provoqué par la collision entre deux rames, ils découvrent le corps mort et complètement défiguré de l'oncle Joseph, ce qui signifie la fin de leurs espérances de tontine. Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées et entreprise de cuirs à remettre à flots. Sauf...

Sauf si le mort n'est pas déclaré officiellement défunt, et inversement. Maurice et Jean s'arrangent donc pour récupérer le cadavre, le plonger dans un tonneau, puis confier le tout à l'administration ferroviaire qui va l'acheminer jusqu'à Londres. Tandis que Jean reste sur place, afin de s'occuper de l'oncle Joseph, du moins c'est ce que déclarera Maurice, le dit Maurice rentre à la capitale afin de récupérer le fût. Seulement, ce qui n'était pas prévu au programme, c'est qu'un individu taquin va s'amuser dans le fourgon à bagages à échanger l'étiquette avec celle d'un container. Et lorsque le dit container est livré à l'adresse sus-indiquée, c'est à dire celle des Finsbury, Julia est là en compagnie d'un ami, Gedeon. Ils ouvrent la caisse, immense et volumineuse, et découvrent à l'intérieur une statue dont ils ne savent que faire.

Le tonneau est acheminé chez un sieur Pitman, professeur de dessin et médiocre artiste, lequel est fort étonné, abasourdi, décontenancé, de recevoir, en brisant l'emballage, de découvrir un cadavre à la place de la statue attendue.

Le voyage de l'oncle Joseph, ou plutôt de son suppléant, le lecteur l'aura deviné, ne se termine pas ainsi puisqu'il est trop encombrant et que pour s'en débarrasser il sera placé dans un piano dont on aura ôté les cordes, puis qui voyagera jusque dans une maison-bateau.

Le thème du cadavre voyageur sera par la suite abondamment exploité par les auteurs de romans d'énigmes et policiers, mais de façon plus morbide que dans le roman de Stevenson et Osbourne.

Un agréable divertissement pour le lecteur, moins pour les divers personnages qui gravitent dans cette histoire, conté avec cet humour anglais typique que l'on appelle le non-sens, et que l'on retrouve dans certains textes de Dickens, de Jérôme K Jérôme et quelques autres. Les péripéties sont nombreuses, et les scènes tragiques ou périlleuses, si elles ne déclenchent pas le fou rire, amènent sur les lèvres des lecteurs ce petit sourire révélateur d'un bon moment passé à une lecture boute-en-train.

A quelques reprises le nom du romancier français et contemporain de Stevenson, Fortuné du Boisgobey est cité dans le texte, et l'on peut se demander s'il s'agit d'un hommage ou d'une aimable plaisanterie.

Curiosité :

Ce roman a connu plusieurs traductions sous des titres divers :

Sous le titre Le Mort Vivant, paru aux éditions Perrin en 1905.

Sous le titre L'Hercule et le Tonneau, paru au Club français du livre en 1961.

Sous le titre Un mort en pleine forme, paru chez G. P. en 1968 dans une édition illustrée par Jean Reschofsky.

Plus récemment, les éditions Gallimard l'ont fait paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre Le Grand Bluff.

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