Aller Simple Pour Nomad Island INCARDONA19

JOSEPH INCARDONA

Aller Simple Pour Nomad Island


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Le mercredi 5 Novembre 2014

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Joseph INCARDONA




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Les Jensen forment une famille genevoise aisée. Paul et Iris, les parents, ont quarante et trente-sept ans. La fille Lou et le fils Stanislas sont âgés de quatorze et neuf ans. Le père fait carrière dans la finance. La mère se remet oisivement de certains problèmes de santé. L'adolescente Lou entretient un esprit rebelle et possède déjà un corps de petite femme. Très intelligent, le jeune Stanislas apparaît assez malingre pour son âge, ainsi que plutôt craintif. Paul est un homme athlétique. Iris espère dégager encore le charme de la maturité. Ont-ils besoin de vacances exotiques tous quatre ensemble ? Iris estime que c'est le cas, et réserve un séjour dans l'île de Nomad Island, du côté de l'Océan Indien.

Après “vingt heures de carlingues, de salles d'attente, de lumières artificielles, de sons ouatés, d'air frelaté”, le long trajet s'achève sur le petit aéroport de l'île volcanique. Où un personnage unisexe arrive en retard pour les prendre en charge. Pour rejoindre le Resort, ils vivent un parcours quelque peu agité. Le résultat en vaut la peine : de leur bungalow au crépuscule, c'est un panorama magnifique qui s'offre aux Suisses. Le séduisant Mike explique à la famille Jensen quelques règles de la vie sur place. C'est à dire dans l'enceinte étendue du domaine dont les Résidents sont priés de ne pas sortir. Bien qu'un peu directif, Iris trouve ce beau Mike à son goût. Sa fille Lou se dévirginiserait volontiers avec lui.

Le premier jogging intensif de Paul le mène jusqu'à la clôture du domaine, avec un retour plus harassant. Stanislas et ses nouveaux copains Charlotte et Hugo ne se sentent guère d'affinités avec cette Denise qui leur enseigne la plongée de base. Au beach-volley, Lou se fait vaguement des amies parmi les filles de son âge. Iris suscite la curiosité des autres Résidentes en testant le Little Market du Resort. Le Centre de Bien-être lui conviendrait sans doute davantage. Les Jensen sont conviés par Mike à un pot de bienvenue au Club. Rien d'antipathique, mais l'ambiance reste peu excitante pour Paul, qui boit trop. Tous ces gens en blanc semblent conditionnés, oubliant qu'ils sont dans un décor paradisiaque.

Les Jensen ont, comme les autres, perdu la notion des jours, du temps qui passe. Seuls Stan et ses deux amis, se réfugiant dans un Éden secret, en sont conscients. Si sa femme et sa fille sont ensorcelées par cette vie enchanteresse, Paul et son fils conservent encore une lucidité. Malgré les drones survolant l'île, Paul se munit d'une combinaison néoprène et d'un fusil de chasse sous-marine pour explorer les possibilités de fuir. Au risque de croiser d'hostiles sauriens. Stan, Charlotte et Hugo tentent une voie souterraine. Alors que les forces invisibles de l'île se rapprochent, Paul et les enfants ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s'évader…

C'est une histoire extrêmement troublante que nous raconte Joseph Incardona. Un sombre roman d'aventures, puisque les péripéties s'y succèdent sur un tempo soutenu. On se dit qu'on va sourire des déboires de cette petite famille en vacances. Pourtant non, même si pointe parfois une certaine drôlerie, on comprend très vite dans quel guêpier ils se sont fourrés. Dans la réalité déjà, les clubs de vacances exotiques prennent en main les loisirs des touristes, qui ensuite se déclareront ravis de n'avoir eu qu'à se laisser vivre. Ici, on peut craindre l'assujettissement de ceux qui posent le pied sur Nomad Island.

Face à l'envoûtement, les quatre membres de la famille réagissent différemment. Chacun sa psychologie personnelle (peut-être ambiguë) au gré des évènements : voilà ce qui fait la force du récit. Joseph Incardona fait partie de ces romanciers qui “écrivent”, peaufinant les nuances des intrigues. Sommes-nous tellement pressés d'aller au Paradis, d'y mener une existence idéalisée ? Qu'on ne cherche pas une stricte morale, l'auteur n'est pas un donneur de leçons. Il crée une ambiance qui fait penser aux séries télévisées d'antan, “L'Île fantastique” et “Le Prisonnier”. Laissons-nous séduire par ce bon scénario, à défaut d'apprécier le climat de cette île de malheur.

Retrouvez
CLAUDE LE NOCHER
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action-suspense.over-blog.com


Une autre lecture du

Aller Simple Pour Nomad Island

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution le 6 novembre 2014. 268 pages. 19,00€.

Comme disait ma grand-mère, qui avait eu plusieurs amants avant de se marier avec mon grand-père : il ne faut pas rester sur une mauvaise impression,...

Etant docile et curieux, j'ai donc ouvert et commencé à lire ce roman de Jospeh Incardona malgré ma déception à la lecture de Trash Circus il y a quelques temps. Déception d'autant plus grande que bon nombre d'amis blogueurs n'avaient pas tari d'éloge à son encontre. Aller simple pour Nomad Island allait-il me faire changer d'avis ?

Alors qu'elle compulse sur Internet un catalogue d'un club de vacances, Iris reçoit par mail un message énigmatique et tentateur :

Oubliez que vous avez des vacances

L'île de vos rêves vous aime déjà

Nomad Island Resort.

Et c'est comme ça qu'après avoir convaincu son mari Paul, sans réelle difficulté, que la petite famille Jensen s'envole de Genève pour cette fameuse île paradisiaque. Sur le papier.

Iris et Paul sont les parents de Lou, une gamine d'un peu plus de quatorze ans, épanouie corporellement, un peu trop peut-être car ses hormones la travaillent, et qui s'émancipe en employant entre autres des vulgarités dont se passeraient bien les oreilles de son père. Stan est quatre ans plus jeune, plus chétif, plus maussade, plus tranquille. Mais avec son géniteur il s'entend bien. Paul est banquier et depuis quelques temps participe au conseil d'administration de l'établissement bancaire. Il n'est donc pas dans le besoin. Quant à Iris, elle est depuis un an braque, susceptible, un mauvais caractère consécutif à une fausse-couche. Déjà qu'ils avaient dû recourir à procréation assistée... Bref ce voyage devrait leur apporter de la sérénité dans leurs relations.

L'arrivée sur Nomad Island Resort n'est guère propice à la détente. Le petit Cessna qui les a transporté se pose sur le tarmac mais personne n'est là pour les accueillir. Ils se retrouvent seuls, le pilote étant déjà reparti pour d'autres occupations. Le téléphone ne capte pas, ils se sentent coupés du monde. Enfin une sorte de sumo au sexe indéfinissable répondant au nom d'Ulita daigne les récupérer, eux et leurs bagages, à bord d'un pick-up déglingué. Le retard serait dû à un problème de circulation. Le trajet jusqu'à l'hôtel, pardon le Resort, se déroule cahin-caha. Stan s'étouffe en avalant une friandise, sur la route une tortue géante leur bouche le passage et ils manquent aller au fossé, enfin lorsqu'ils arrivent en vue du camp Paul est quelque peu interloqué. Un haut portail électrifié et une guérite en protègent l'accès, des grillages entourent la propriété, et il faut s'annoncer afin que les vantaux s'ouvrent. Selon Ulita ces précautions sont destinées à les protéger du gibier.

Enfin ils peuvent s'installer dans le bungalow qui leur est alloué. Nouvelles déceptions. Le réfrigérateur est vide et leurs plateaux repas ne leur sont pas livrés. Il ne leur reste plus qu'une chose à faire : se coucher. Dans la nuit Paul se réveille assoiffé. Comme le frigo est toujours désespérément vide, il veut se rafraichir aux robinets. Mais l'eau est coupée. Heureusement dans le sac de Lou il découvre une bouteille salvatrice. Et se rendant dans la chambre de Stan, Paul aperçoit son gamin debout devant la fenêtre, le regard absent. Stan a vu comme des fantômes devant la véranda. Mais il n'y plus personne.

Le lendemain tout revient à la normale ou presque. Si le téléphone est toujours coupé, le ravitaillement est normalement servi. Paul décide de compenser la frustration nocturne par une promenade en grandes foulées le long du lagon, puis dans le sous-bois jusqu'aux grillages. C'est alors qu'il se rend compte que le haut des grilles est retourné vers l'intérieur, comme si les résidents pensaient à s'évader et qu'il fallait les en dissuader.

Péniblement la famille Jensen s'intègre parmi les Résidents. Stan joue avec deux autres gamins de son âge, une fillette dont l'un des membres supérieurs est atrpohié et un garçonnet obèse. Lou sort avec deux adolescentes qui comme elle ont des visées sur Mike, le responsable de l'endroit pendant l'absence du directeur. Iris passe son temps avec de belles et sculpturales jeunes femmes, tandis que Paul cherche à combiner un moyen d'évasion. Quant aux gentils organisateurs, ils sont plus ou moins aimable, selon les circonstances.

Une histoire atypique qui pourrait osciller entre la série télévisée Le Prisonnier et celle plus onirique de L'île fantastique. Un huis-clos qui devient étouffant, sanguinolent même, car enfin au bout d'une année Iris à ses règles. Des règles de vie elle en a toujours eues, mais là il s'agit de ses menstrues, une période difficile à passer mais c'est peut-être justement ce manque qui la rendait acariâtre.

Roman déboussolant, on sait juste que Nomad Island Resort se trouve dans l'Océan Indien, et l'on se demande jusqu'où l'auteur va nous mener en bateau. Le final est à la hauteur de l'intrigue et ne tombe pas à l'eau.

Bref, examen de passage réussi cette-fois, et maintenant il ne me reste plus qu'à attendre sagement le prochain titre de Joseph Incardonna.

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PAUL MAUGENDRE
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