Attention, un titre peut en cacher un autre. En effet, en 1987, les éditions Fleuve Noir publiaient un titre homonyme dans la collection Anticipation sous le numéro 1556, signé Christopher Stork, pseudonyme de Stéphane Jourat qui signa aussi, seul ou en collaboration, sous les alias de Jérôme Belleau, Christopher Stork, Stève Stork, Marc Avril, Marc Revest, Michel Saint-Loup. D’où une certaine confusion dans laquelle le site Noosfère est tombée, attribuant le roman de Jacques Hoven, présenté ici, à Christopher Stork, ce qui pourrait laisser supposer une réédition. Le héros de cette histoire est un ancien ESOE, titre ronflant pour un Explorateur Sensitif d’Outre-Espace. Il possède le sixième sens, celui de la télépathie, et c’est pour cela qu’il avait été embauché dans la Fonction Publique Sidérale. Mais à cause d’une grosse boulette il a été révoqué, sa femme l’a mis dehors, et depuis il s’est reconverti comme détective privé au sein de la Spatial Détective Investigation, en tant qu’exo-sexologue. Un métier comme un autre, il faut bien gagner sa vie. Il est chargé par son nouveau patron d’aller sur une petite planète et d’enquêter afin de déterminer si elle est accueillante et si ses éventuels habitants sont prêts et disponibles pour recevoir des touristes. Après un voyage éprouvant dans un cargo de l’espace, le Magellan, commandé par le capitaine Zorba, notre exo-sexologue se retrouve sur une plage de la planète Wahit. Un soulagement pour notre explorateur qui a été obligé de partager sa cabine avec un Rigélien, lequel se satisfaisait charnellement seul, perturbant son sommeil. Wahit se révèle un véritable petit paradis sans âme qui vive, jusqu’au jour, le troisième en réalité, où son sens télépathe se met en route. Il entend des voix, mais n’aperçoit personne. Seul ? Seul ? Seul ? sont répétées ces questions qui appellent une réponse, mais laquelle et à qui ? Puis se sont des litanies, en forme de commandements, qui lui polluent le cerveau. Genre : « L’amour pluriel tu ne feras, que toujours seul, uniquement… ». Ce genre d’énigme a pour le don d’énerver notre explorateur jusqu’au moment où parcourant la forêt il tombe nez à nez, façon de parler, avec deux espèces de larves arboricoles, sorte de boudins blancs avec de légères excroissances, qui se carapatent à l’aide de mini-montgolfières. Le narrateur est bien décidé à rejoindre à bord de son canot aéronautique la première navette ou cargo aérospatial qui passe à proximité, lorsqu’il entend des Bip, Bip, comme dans les dessins animés de la Warner mettant en scène Bip-Bip et Vil Coyote. Mais ceux-là, c'est-à-dire les sons qu’il entend dans sa tête, sont nettement plus harmonieux, joyeux, comme un appel de jeune fille énamourée. Et ce qu’il découvre alanguie sur une crête rocheuse le laisse « figé sur place, jambe droite à demi levée en avant, à la manière d’un épagneul qui déguste, dans une vibrante immobilité après une longue traque, une vision de perdrix dans l’exact prolongement de sa truffe ». Il n’en croit pas ses yeux et tombe amoureux de cette belle androgyne peu farouche. Et apparemment ce sentiment est réciproque et partagé. Fill, ainsi se prénomme-t-elle, veut absolument lui présenter Trois. Et voilà notre missionnaire du tourisme embarqué dans une drôle d’histoire, drôle pour le lecteur, mais pas pour lui. Ce roman qui n’a que peu de relations avec la science fiction, sauf quelques petites parties techniques et l’extrapolation dans le temps et les voyages intergalactiques, se rapproche plus du fantastique léger, du conte merveilleux et philosophique. Les scènes cocasses se multiplient ainsi que les quiproquos, dont naturellement le narrateur fait les frais. Je ne m’étendrai pas sur le sujet (façon d’écrire !) mais sachez que libertinage, amours galantes, systèmes de reproduction innovants, tissent la trame de ce roman dans lequel le narrateur reste englué avec sa vision judéo-chrétienne de l’amour charnel.
|
|