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JULIEN HEYLBROECK

Tattoo Blues


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Julien HEYLBROECK




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Thriller. Editions Critic. Parution le 16 mai 2019. 258 pages. 17,00€.

ISBN : 978-2375791219

Et quand tattoo, t’en veux encore plus ?

Au lendemain d’une cuite, ce qui lui arrive très souvent, Atticus Thurston se réveille avec des images dans la tête mais surtout, un nouveau tatouage sur l’épaule. Il ne se souvient de rien, sauf d’être parti se désaltérer, abondamment, en compagnie de deux amis, Russel et Eusébio, deux vétérans comme lui de la guerre du Viêt-Nam.

Sauf que lui est revenu avec une prothèse à la jambe, et parfois elle lui joue des tours, elle se grippe et il a du mal à avancer. Mais pour le moment, ce qui l’inquiète c’est de savoir où il s’est choppé ce tatouage et ce qu’il signifie. Il en parle à son camarade Polang Khantol, qui ne veut pas qu’on lui dise Pol tout simplement car il réfute un lien quelconque avec ce Pôt qui n’en est pas un. Khantol est d’origine cambodgienne, khmère plus exactement, et il déchiffre aisément ce qui est inscrit dans ce graffiti corporel. Aidez-moi !

Alors il entreprend de retrouver le lieu où il s’est fait tatouer cette décalcomanie, et demande à ses deux amis, des vétérans comme de lui de l’aider dans son entreprise. Russel le premier se souvient du quartier dans lequel ils se sont fourvoyés. Il repère l’officine de tatouage, mais il est seul et se fait mortellement agresser par deux gros bras. N’ayant pas de nouvelles de son ami, et pour cause, Thurston reprend ses recherches en compagnie d’Eusébio, et au détour d’une petite rue se retrouve devant la boutique tenue par une Cambodgienne. Mais Thurston est surveillé et dans la nuit le restaurant de Khantol, et la chambre où gîte Thurston sont incendiés. Le Khmer vient de perdre le bénéfice d’années de travail, et de réinsertion, et tous les trois, en compagnie d’Eusebio, vont se lancer à la recherche de la Cambodgienne et du ou des pyromanes.

Les deux sbires qui étaient en planque dans la boutique deviennent la cible privilégiée de Thurston, et les armes à feu n’hésitent pas à donner de la voix. Chandarith, la tatoueuse, leur narre comment elle est arrivée en Californie, grâce à Belmont, le producteur d’une série télévisée qui monopolise les écrans depuis des années. Mais Belmont ne s’est pas montré à son avantage et elle a été recasée comme dessinatrice sur épiderme. Car Belmont avait en tête de récupérer les diamants que Chandarith et son père avaient sauvés de la débâcle cambodgienne. Et depuis ce trésor repose tranquillement dans le coffre d’une banque.

Il ne reste plus à Thurston et ses amis à retrouver ce Belmont, sa demeure sur les hauteurs de la ville, et à s’emparer des diamants tout en protégeant Chandarith. Et à venger leur copain dont ils ont appris la fin tragique. Et pour mettre la main sur le trésor, ils n’ont qu’une solution, reconstituer une sorte de puzzle, car Belmont est un défaillant de la mémoire et il ne prend jamais de notes. Donc afin de se souvenir de certains faits, il possède un truc que vont tenter de décrypter Thurston et consorts.

L’épilogue est digne d’une séquence cinématographique mais n’anticipons pas car pour y arriver Thurston et Khantol, aidés de Chandarith qui ne veut pas rester inactive, connaîtront des épisodes mouvementés. Très mouvementés, face à des tueurs à gages expérimentés. Ce qui n’est pas toujours évident quand on est, comme Thurston, handicapé d’une jambe.

A l’entame de ma lecture, j’ai pensé, encore une histoire de vétéran handicapé, drogué et alcoolique. Trop, c’est trop. Et au bout de quelques pages, j’ai posé le bouquin. Mais, intrigué quand même, quelques jours plus tard, je l’ai rouvert, et j’ai bien fait, car la magie Heylbroeck a de nouveau fonctionné.

Il y a un petit quelque chose de différent. D’abord, cette amitié entre vétérans du Viêt-Nam qui, pour eux, signifie quelque chose même s’il existe des différents parfois. Ensuite, les addictions auxquelles Thurston était dépendant s’estompent peu à peu, à force de volonté car il a une mission à accomplir. Aider Chandarith et venger Kanthol à cause des déboires que celui-ci connait avec l’incendie de son restaurant.

Et me voilà entraîné dans une histoire qui, placée dans un décor américain, le Los Angeles de l’année 1978, est décrite par une plume française, et donc ne glose pas sur cette guerre qui a connu bien des atrocités. Julien Heylbroeck s’attache plus à nous montrer des personnages attachants, ou à dépeindre des protagonistes auxquels nous ne sommes guère habitués. Le premier étant Belmont avec ses problèmes de mémoire et son moyen mnémotechnique. Et le côté ludique aussi, cette chasse au trésor, en forme de rallye.

Juste un petit truc qui me chiffonne. Nous sommes en 1978 et Kanthol a l’air de s’être intégré parfaitement, parlant couramment l’Américain, contrairement à Chandarith qui ne comprend que quelques mots. Il est vrai qu’elle n’est là que depuis quelques mois. Mais, on apprend au détour d’une page que Kanthol a fui l’Angkar en 1977. Une adaptation un peu rapide, non ?

Une histoire qui monte progressivement en puissance avec un véritable feu d’artifice en épilogue.

Un roman abouti et peut-être retrouverons-nous Thurston dans de nouvelles aventures, on peut rêver.

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