Malheur Aux Gagnants HEYLBROECK182

JULIEN HEYLBROECK

Malheur Aux Gagnants


Aux éditions LES MOUTONS ELECTRIQUES

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Le mardi 21 Novembre 2017

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Malheur aux gagnants

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Julien HEYLBROECK




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Les saisons de l’étrange. Parution le 7 septembre 2017. 252 pages. 17,00€.

Loterie nationale

Balancez vos cent balles

Approchez d' mon comptoir

Le tirage est pour ce soir

Dans mon p'tit kiosque à La Madeleine

J' vends des dixièmes à la douzaine…

Il est loin le temps où la Loterie nationale, crée par décret de l'article 136 de la loi de finances du 22 juillet 1933, dans le but de venir en aide aux invalides de guerre, aux anciens combattants et aux victimes de calamités agricoles, n’était pas une société transformée à accumuler les profits pour alimenter les caisses de l’Etat.

Les billets, émis au nom des Gueules cassées ou des Ailes brisées, étaient souvent vendus par des dames, veuves, qui siégeaient dans de petites guérites, genre cabane au fond du jardin, et vantaient les tirages spéciaux de la Saint Valentin, du Vendredi 13 ou autres.

En cette fin mars 1935, Alexandre Gendrot, un mutilé de la face quinquagénaire, est avisé par télégramme de retrouver le colonel Picot qui préside l’association des mutilés de la face. Il n’est pas le seul à avoir été convoqué puisque Fend-la-gueule et Piquemouche, eux aussi des amochés des tranchées de la Der des ders, sont également présents. Car la vie de l’association est en jeu. Deux gagnants de la Loterie nationale viennent d’être découverts morts, l’un probablement suicidé, l’autre franchement assassiné.

Gendrot est obligé de mettre une prothèse oculaire, Fend-la-gueule porte bien son nom et arbore un masque, tandis que Piquemouche est aveugle et se fabricant un nez avec de la pâte à modeler. Tous sont plus ou moins ravagés de la figure, plus que moins d’ailleurs. Mais ils ne sont pas pour autant aigris et même il leur arrive de se moquer d’eux. Un humour noir pour conjurer les affres et les cauchemars qui les tyrannisent la nuit.

La première affaire est suivie par un policier qui est persuadé qu’il s’agit d’un suicide. Gendrot va le rencontrer mais auparavant il se rend au domicile du suicidé. La concierge lui fournit quelques renseignements sur cet artiste-peintre qui fréquentait une fille de joie, Minouchette, et lui dit qu’elle a aperçu trois hommes descendant l’escalier le jour du drame peu après avoir entendu le coup de feu. Quant à Minouchette, elle affirme qu’il détestait les armes.

Pendant ce temps Fend-la-gueule et Piquemouche se rendent près de Vaumort dans l’Yonne, lieu où le second gagnant de la loterie a été abattu. Il s’agit d’un paysan et un gamin déclare avoir vu trois hommes sillonner les routes non loin de la ferme. En fouillant les alentours du drame, Piquemouche et Fend-la-gueule trouvent un dé à jouer. Ce sont les gendarmes qui instruisent l’affaire, et l’on sait que les rapports entre policiers et gendarmes sont tendus, ce qui fait que chacun d’eux ne dévoilent pas aux autres les résultats de leurs recherches.

Pourtant des ressemblances existent entre les deux affaires. D’abord les gagnants n’ont pas touché à leur argent, qui est placé à la banque. Ensuite, à chaque fois, trois hommes bien mis, dont l’un était muni d’un carnet, étaient présents sur les lieux. Gendrot distingue une affiche parmi toutes celles qui sont collées sur un mur et aussitôt il effectue une corrélation avec la mort du peintre.

Un journaliste de Paris Soir glose sur l’affaire des gagnants de la Loterie nationale et demande si le prochain heureux élu par le sort subira lui aussi justement le même sort. Ce qui n’arrange pas du tout Gendrot et compagnie et surtout le colonel Picot, ancien député et Président des Gueules cassées.

Ce que le lecteur apprend mais que nos trois amis ne savent pas encore, mais ne sauraient tarder à apprendre, c’est qu’un communiste affilié au Komintern est lui aussi intéressé, qu’un policer des Renseignements généraux, et non généreux, est sur les rangs, et que trois chercheurs, professeurs ou thésard à la Sorbonne, concoctent en secret des formules aléatoires, des algorithmes. Ils rencontrent de temps à autre un nazi allemand qui fait l’objet de la surveillance du communiste espion aux ordres de Moscou.

Un troisième décès est à déplorer, celui d’une mère de famille. Elle avait gagné à la Loterie, le jour du tirage ayant été avancé, et l’identité de la gagnante non dévoilée.

Julien Heylbroeck nous restitue avec saveur l’ambiance du Paris d’avant-guerre, avec son parler argotique, et Minouchette avec sa gouaille m’a fait penser à Arletty. Il nous emmène également dans différents lieux de la capitale, la Villette avec ses abattoirs et ses bouchers qui viennent écluser un verre de rouquin dans les troquets, la Goutte d’Or et Barbès, Montmartre, les Grands Boulevards, le quartier Saint-Michel jusque sur la Zone, les anciennes fortifications où sont installés les Bouifs ou chiffonniers. La circulation vient d’être soumise à un nouveau procédé, celui des feux qui remplacent les sonneries. Ce qui est fort dommageable pour les aveugles. Les voitures automobiles et hippomobiles se partagent les rues, dans une promiscuité parfois dangereuse.

Mais la montée du fascisme se précise et les étudiants de la Sorbonne dénigrent la présence de condisciples étrangers. C’est donc dans une atmosphère délétère que se déroule l’enquête confiée par le colonel Yves Picot, qui a réellement existé, aux trois mutilés de la face.

Ceux-ci possèdent une famille sauf Piquemouche qui vit à Luynes dans une sorte de couvent investi par des végétariens. Lui-même ne peut plus manger de viande, dégouté par les morceaux de cadavres stagnant dans les tranchées. Fend-la-gueule porte toujours sur lui une paille afin de boire proprement sinon il en met partout. Quant à Gendrot, qui a eu une fille avec sa femme qui possédait déjà des garçons d’une précédente union, et outre ses problèmes faciaux, il claudique ce qui l’handicape lors de longues promenades. Et ses cauchemars récurrents le montrent toujours dans la même situation, enfant confronté à un orage ou des incendies.

Si l’auteur décrit les ravages physiques subis par ces trois personnages, il le fait sans s’appesantir. Il constate avec bienveillance et pudeur. Mais sans se voiler la face.

Julien Heylbroeck nous propose un thème peu souvent traité, celui des gueules cassées, des débuts de la loterie nationale, par le biais du roman noir et celui de l’aléatoire par le truchement de la science-fiction ou de l’anticipation, voire du fantastique. Quelques scènes épiques sont décrites avec réalisme, surtout vers la fin. Et dites-vous bien que les mathématiques sont toujours aléatoires, quelque soit la formule…

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