Les Salauds Devront Payer GRAND308

EMMANUEL GRAND

Les Salauds Devront Payer


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Le jeudi 14 Janvier 2016

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Emmanuel GRAND




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Près de Valenciennes, dans le Nord, Wollaing fut longtemps une ville industrielle. L'usine Berga, principal moteur de l'économie, fonderie de plomb, employa jusqu'à 1150 salariés en 1969. Dans les années 1970, la situation empira progressivement. Le vieillissement des installations, la sévérité patronale, les rachats de l'entreprise, l'intransigeance syndicale, autant de causes qui entraînèrent en 1983 la fermeture de Berga. Pour les ex-employés, rares furent les reclassements réussis. Des investisseurs profitèrent des aubaines fiscales, mais leurs entreprises disparaissaient vite, plongeant leurs salariés dans une précarité de plus en plus flagrante. Certains achetèrent des bistrots. Fredéric Wallet créa une salle de musculation. Rémy Leroy devint ferrailleur. Un autre alla travailler sur le port d'Anvers. La plupart vivotèrent ainsi durant trente ans, avec peu d'espoir de boulot pour leurs enfants.

Antoine Vanderbeken est médecin à Wollaing, ville d'origine de sa famille. Il perdit un frère jumeau quand ils étaient ados. Son père fut chef du personnel de l'usine Berga. En Indo puis en Algérie, Édouard Vanderbeken (alors surnommé Douve) eut une carrière militaire chargée. Il fit même partie des commandos Delta de l'OAS, avant d'être engagé à l'usine. Au cœur des actions de la décennie 1970 chez Berga, il est décédé depuis l'époque de la fermeture. Chasseur, comme son associé Delcourt, le docteur Antoine Vanderbeken s'affiche bien plus humaniste que son père. Il n'est pas indifférent à la détresse régnant ici, chez les jeunes en particulier. Quand la junkie Pauline Leroy traverse des crises, il n'hésite pas à l'aider. Employée de la supérette de M.Haddouche, celle-ci semble vouloir prendre un nouveau départ. Son petit-ami Serge Maes et elle projettent de quitter la France.

Mais pour tenter une vie ailleurs, ou simplement échapper à la misère ici, il faut beaucoup d'argent. Les banques sont exigeantes, heureusement que certains prêteurs via Internet se montrent plus généreux. Néanmoins, il faut rembourser, et dans une minorité de cas, l'emprunteur ne peut pas. C'est là que Freddie Wallet et son ami Gigi, Gérard Waterlos, interviennent pour le recouvrement des dettes. Carrure musclée et air menaçant suffisent souvent pour des remboursements, parfois ils cognent. Quand Pauline est retrouvée morte dans un terrain vague, son père Rémy Leroy est convaincu que ce duo a assassiné sa fille. L'enquête est conjointement menée par le commandant Erik Buchmeyer et la lieutenant Saliha Bouazem. Le premier est un quinquagénaire difficile à gérer pour sa hiérarchie. La seconde est originaire de Thionville, en Moselle, autre région où la sidérurgie fut reine.

Soupçonner Wallet et Waterlos ? Les collecteurs de dettes avaient-ils vraiment intérêt à supprimer Pauline, qui devait 50000 Euros ? Saliha privilégie l'hypothèse Serge Maes, car elle a été témoin d'une rencontre de ce petit truand avec des trafiquants, ceux de la bande des Boggaert. À moins qu'une troisième piste se dessine ? Tout en sympathisant avec les deux médecins, Erik explore quantité de documents sur l'époque de l'usine Berga, ainsi que des archives-photos familiales. Des rancœurs remontant aux luttes sociales du passé seraient-elles à l'origine de l'affaire ? Avec son collègue et ami Belge, Erik en examine toutes les facettes possibles. Saliha finit par récupérer l'essentiel de la somme empruntée par Pauline. Un nouveau meurtre est commis, pour lequel Rémy Leroy est suspecté. Au final, ce seront quatre meurtres et un suicide que le couple de policiers devra élucider…

Pour le contexte général, tout est dit dans le résumé qui précède ici. Région sinistrée, oui sans nul doute, car elle fut l'une des plus industrialisée de France. Personne ne sut freiner le déclin, relancer les activités pourvoyeuses d'emplois en grand nombre. Les politiques ne sont cependant pas seuls fautifs, une partie de la population se braquant sur ses acquis, et le patronat jouant le pourrissement tout en bénéficiant d'aides publiques. Cette part sociologique est essentielle dans ce roman, Emmanuel Grand renvoyant lucidement dos-à-dos ceux qui vécurent la fin de l'ère industrielle dans la région, qui y contribuèrent.

Autre cible de cette histoire : les sociétés de crédit à la consommation. À côté de celles qui ne disent pas toute la vérité sur les taux demandés sur leurs prêts, il semble qu'existent des margoulins utilisant l'anonymat d'Internet pour jouer aux usuriers. Des sommes très importantes, permettant par exemple l'achat d'une puissante voiture neuve, sont offertes. Conséquence assurée, le remboursement doit être infaillible, sinon la violence intervient. Le mirage de la fortune ne dure pas éternellement. L'auteur présente là des pratiques fort plausibles. Encore une façon, détestable et même odieuse, d'exploiter la pauvreté.

Évidemment, c'est sur une intrigue criminelle que repose ce sombre roman. Les deux enquêteurs utilisent des méthodes différentes. Le taciturne Erik Buchmeyer se fie d'abord à son instinct, se réfère aux témoignages et aux archives, se moque bien de son supérieur Delcroix et de ses visées politiciennes. La jeune Saliha aime encore son métier de policière mais un tel dossier risque de lui apporter des désillusions. Erik la rassurera : “Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'on était des héros ? Des justiciers, des redresseurs de torts ? Non, on est juste des flics qui font leur boulot. Un petit maillon de la chaîne… Tu as tout pour être une excellente flic, Saliha.” Par ailleurs, l'ensemble des protagonistes sont dessinés avec une belle justesse, tout comme l'ambiance qui apparaît véridique.

Après “Terminus Belz” (Prix PolarLens 2015, Prix Tenebris 2015 au Québec), ce deuxième polar d'Emmanuel Grand confirme les qualités de l'auteur.

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