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MARTIN M. GOLDSMITH

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Le mercredi 10 Janvier 2018

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Martin m. GOLDSMITH




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Alex Roth est un violoniste âgé de vingt-neuf ans, récemment viré d’un orchestre de jazz se produisant dans un club new-yorkais. Ce n’était pas un job valorisant, alors qu’Alex possède une bonne formation musicale, mais maintenant il est fauché. Ce qui a déréglé sa vie, c’est le départ de sa fiancée, Sue Harvey. Alex vivait en couple avec cette blonde aux yeux verts, dont il était très amoureux. Ils avaient même programmé leur mariage, bien que la mère de Sue ait vu cela d’un sale œil. Comme tant d’autres, sa compagne a voulu tenter sa chance à Hollywood. En cette fin des années 1930, n’avait-elle pas toutes ses chances au paradis du cinéma ? Alex l’ignore encore, mais Sue est juste serveuse dans un restaurant sans classe, logeant en colocation avec une nommée Ewy.

Alex a traversé l’Amérique en auto-stop pour rejoindre Sue à Los Angeles. Il est arrivé au Nouveau-Mexique, après un petit séjour dans les geôles texanes, mais le trajet devient de plus en plus aléatoire. C’est alors que la belle Buick d’un certain Haskell s’arrête, et le prend à son bord. Cet homme de trente-deux ans ne manque pas d’allure, mis à part les profondes griffures marquant ses mains. Alex sent que ce conducteur est friqué. Exhibant ses billets de banque, Haskell se montre d’ailleurs généreux avec son passager. C’est un bookmaker, qui aurait eu quelques déboires financiers à New York. Il compte se renflouer en Californie, ce dont Alex le pense capable. Haskell étant fatigué de conduire, le musicien prend le relais au volant. Jusqu’à ce que se produise un incident imprévisible.

Haskell est mort subitement. Alex n’y est absolument pour rien. Quelle que soit la raison de ce décès, le musicien comprend illico qu’il est dans le pétrin. Prévenir un patrouilleur de la police ou simplement quitter la Buick sans demander son reste, ça n’apporterait aucune solution au problème. Par contre, s’emparer du portefeuille bien garni d’Haskell, utiliser sa voiture pour rejoindre Los Angeles, endosser ses vêtements et même son identité, ça peut se tenter. Et le corps qu’on retrouvera dans un fossé, sous les broussailles, peu importe sous quel nom on l’identifiera. Pour autant, Alex n’est pas du tout sûr que la substitution fonctionne. Car Haskell était un drôle de type, et ses secrets sont très glauques. Passer la frontière inter-états pour entrer en Californie est une épreuve pour Alex.

Face aux mirages hollywoodiens, Sue Harvey espère encore un peu. C’est peut-être pour ça qu’elle est sortie avec Raoul Kildare. C’est plutôt un frimeur qu’un comédien reconnu. Et Sue est toujours amoureuse de d’Alex Roth, finalement. Elle n’est pas mécontente de l’envoyer paître, le prétentieux Raoul. Néanmoins, la suite va changer leurs rapports. De son côté, Alex s’est reposé dans un motel, mais il pense que plus vite il arrivera à destination, mieux cela vaudra. Poursuivant le voyage, il prend une auto-stoppeuse, Vera…

(Extrait) “Je mentirais si je vous disais que je n’ai pas été tenté d’assommer M.Haskell pour lui faire les poches. Au cours de la nuit, il m’est arrivé une fois ou deux d’y penser. Mais cet homme m’avait bien traité et je ne pouvais me résoudre à lui faire du mal. Néanmoins, la tentation était très très forte. N’oubliez pas que j’avais désespérément besoin d’argent, alors que dans la voiture se trouvait une clé Stillson et une paire de gants de conduite rembourrés pouvant servir à amortir le choc. C’était du tout cuit, pour peu que je me décide.

Vous trouvez que rien que d’y avoir pensé fait de moi un sale type ? Je vous arrête tout de suite. Je suis un musicien, pas un voyou. Les rares actes déshonorants que j’ai pu commettre, je les ai commis parce que je n’avais pas le choix. Or là, je me suis abstenu. Je ne vous demande pas pour autant de me remettre la médaille du mérite…”

Ce roman datant de 1939 est un inédit en français. Si l’on est aperçu de ses qualités, cela tient au regain d’intérêt pour le film qui a été adapté d’après cette histoire. En 1945, le cinéaste Edgar G.Ulmer réalisa un film à petit budget d’après “Détour”. Tom Neal, Ann Savage, Claudia Drake, Edmund Macdonald, y tenaient les principaux rôles. Pour le scénario, Martin M.Goldsmith ne garda que le périple d’Alex Roth, pas les pages avec Sue Harvey. Même s’il manquait de moyens, le réalisateur donna une sacrée intensité aux mésaventures d’Alex. Le regard fixe et las du héros montre à quel point il est accablé par le déroulement des faits. Ce qui permet des flash-back, retours en arrière illustrant la vie du personnage, indiquant que ce brave garçon est bien victime d’une inexorable fatalité.

Le film d’Edgar G.Ulmer est puissant. Le roman de Martin M.Goldsmith l’est tout autant. Faut-il le comparer à des auteurs tels que James Cain ou Horace MacCoy ? En tout cas, il s’en rapproche assurément. En particulier dans les passages mettant en scène Sue Harvey à Hollywood. La description des conditions de survie dans lesquelles évoluent les aspirants à la gloire, au cœur du mythe de l’usine à rêve, est frappante de vérité. “Les mensonges des revues de cinéma, les mirages des romans de gare et les salaires exagérés que les attachés de presse annonçaient en fanfare, tout cela se combinait pour former un des pièges les plus vicieux que l’on puisse imaginer. Et moi, j’étais une des milliers de petites souris qui s’étaient fait avoir. Ça n’avait pas pris beaucoup de temps, du reste. En moins de six semaines, j’étais complètement fauchée…” L’avenir de Sue va-t-il se stabiliser ?

Dans la meilleure tradition du roman noir, devenu un vagabond, Alex avance à l’aveugle vers son destin. La mort inopinée d’Haskell lui offre un sursis, et quelques centaines de dollars. Mais on se doute que les ennuis de ce solitaire sont loin d’être terminés. “Quelle que soit la direction que vous choisirez, ce sera toujours la mauvaise” écrit en préface William Boyle (auteur de “Gravesend”, n°1000 de la collection Rivages/Noir). En effet, c’est ce qui fait la force de tels romans. Excellente initiative de publier ce titre, à lire absolument.

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