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ROBERT GODDARD

Les Mystères D’avebury


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Robert GODDARD




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Le lundi 27 juillet 1981, David Umber fut témoin d’un drame. Étudiant en Histoire âgé de vingt-cinq ans, il patientait à la terrasse d’un bar d’Avebury, où il avait rendez-vous. Un certain Griffin devait lui fournir des révélation sur un mystère historique, le cas Junius. Par ailleurs, le passé mégalithique de la petite ville d’Avebury, dans le Wiltshire, n’intéressait pas vraiment David Umber. Ce jour-là, la jeune nounou Sally emmène en promenade les trois enfants de Jane et Oliver Hall. Jeremy a dix ans, Miranda sept ans, la petite Tamsin, deux ans. Cette dernière est soudainement kidnappée par un ou deux inconnus. Sa sœur Miranda meurt en tentant de s’interposer. Brian Radd, un pédophile tueur d’enfants, a finalement avoué l’enlèvement et le meurtre de Tamsin. Probablement enterré, le cadavre de la petite kidnappée ne sera jamais retrouvé. Oliver et Jane Hall se sont séparés.

David et Sally vécurent ensemble, s’éloignant le plus souvent possible de leur pays. Vingt-trois ans après les faits, David est enseignant et guide touristique à Prague. Encore minée par l’affaire, Sally s’est suicidée voilà cinq ans chez son amie Alice, à Londres. Le policier George Sharp est retraité depuis longtemps. Il n’a jamais été convaincu par l’issue fort incertaine de "l’enquête Hall". Dans son combi VW, il va jusqu’à Prague pour renouer avec David Umber. Car Sharp a reçu un curieux courrier anonyme, qui présente un lien avec le mystère Junius. En mémoire de Sally, David accepte de reprendre l’enquête avec Sharp. Même s’il y a peu d’espoir de glaner des éléments nouveaux auprès des parents et des témoins, le duo retourne à Avebury et Marlborough, à cinquante miles de Reading. Quant à enfin identifier le fameux Griffin, qui donna rendez-vous à David, c’est assez illusoire.

Témoin d’alors, Percy Nevinson n’accepte de parler qu’à David, pas à Sharp. Sa théorie sur des forces cosmiques extra-terrestres complotistes ne mérite même pas d’en rire. Le duo rencontre le second mari de Jane Hall, puis la mère des victimes en personne. Jane a choisi de s’en tenir à la version officielle, afin de faire le deuil de ses filles. Un soi-disant Walsh dérobe les archives de David sur le cas Junius. Puis c’est Brian Radd qui est tué en prison par un co-détenu. Du coup, il n’est pas interdit de s’interroger sur le suicide de Sally. David contacte leur amie Alice, qui lui conseille de rencontrer la psychothérapeute qui suivait Sally. Remarié avec la belle Marilyn, Oliver Hall vit à Jersey. Il fixe rendez-vous à David, lors d’un séjour à Londres. Comme son ex-épouse Jane, il a adopté la version officielle du dénouement. Quant à la psychothérapeute, elle admet le suicide de Sally.

David a repris ses recherches historiques sur le cas Junius, peut-être une clé de l’affaire. Oliver Hall engagea à l’époque un détective privé, Alan Wisby, aujourd’hui retraité vivant sur une péniche. Quand David tente de le voir, il tombe sur le fameux Walsh, qui fait preuve d’agressivité. L’ex-policier Sharp s’est rendu à Jersey, mais il a été immédiatement arrêté, victime d’un piège. David se déplace à son tour jusqu’à Jersey, où il rencontre Jeremy et son amie Chantelle. Le jeune homme l’attendait, comme pour clore un chapitre de sa vie. Si les infos du "privé" Wisby lui sont utiles, c’est seul que David devra résoudre cette affaire datant de vingt-trois ans…

(Extrait) “Walsh avait défait la corde et poussé le bateau loin de la berge. Mais l’autre extrémité de la péniche était toujours attachée, si bien qu’elle commençait à se mettre en travers du canal. Elle était déjà trop éloignée de la rive pour sauter de là où il était. Umber devait rejoindre jusqu’à la poupe s’il voulait regagner la terre ferme. Mais il ne croyait pas un instant que Walsh lui en laisserait la possibilité.

— Vous n’avez rien à faire là, cria Walsh en secouant la tête. Vraiment, vous n’avez rien à faire là.

Son regard se détacha subitement d’Umber. Au même moment, il y eut des bruits de pas sur le toit de la cabine. Umber se tourna juste à temps pour voir un homme athlétique, en treillis, qui le surplombait. Une batte de base-ball décrivait un arc de cercle au-dessus de lui. Il leva le bras pour protéger son visage, la torche serrée dans son poing. La batte visait sa tête, mais c’est le corps en caoutchouc de la torche qui prit le gros de l’impact. De tout cela, Umber n’eut pas véritablement conscience. Quelque chose l’avait frappé avec une force foudroyante. C’est tout ce qu’il savait. Puis son crâne cogna contre le sol quand il s’effondra. Et il plongea dans les ténèbres.”

Il est logique qu’un pur roman d’enquête tel que “Les mystères d’Avebury” comporte des rouages complexes. Puisqu’il s’agit de revenir sur un dossier mal résolu, c’est sûrement que les faits d’origine n’étaient pas aussi évidents, que les conclusions étaient fausses. Ce postulat, le lecteur l’accepte d’autant plus volontiers que l’on nous décrit la scène initiale du kidnapping. Ainsi, nous comprenons la psychologie des protagonistes, marqués à vie par un pareil drame. D’autant qu’il se passe dans un décor paisible et charmant, que cela touche une famille plutôt ordinaire. Depuis, les parents ont refait leur vie chacun de son côté, et le fils rescapé s’est éloigné de l’Angleterre. De même que David Umber, un patronyme qui peut se traduire par "l'Ombre". Il convient donc de s’immerger dans cette intrigue, de suivre les investigations de David, les péripéties de ses recherches.

On n’est pas obligés de se passionner pour les arcanes du cas Junius, avouons-le. Ce n’est là qu’un des points du récit, d’autres énigmes attendent leur solution. Celle imaginée par le témoin Percy Nevinson est plutôt destinée à sourire. D’autres aspects s’avèrent plus sombres, voire dangereux, car il apparaît que quelqu’un pèse pour empêcher que la vérité éclate. Si le tempo narratif n’est pas tellement rapide – ce qui n’est pas indispensable, l’auteur compense en variant les lieux (Prague, Avebury, Marlborough, Londres, Jersey). Romancier chevronné, Robert Goddard maîtrise son sujet avec aisance, comme il se doit dans la bonne tradition des enquêtes à suspense.

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