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GILDAS GIRODEAU

Antonia


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Le mardi 14 Avril 2015

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Gildas GIRODEAU




Une lecture de
JEANNE DESAUBRY

JEANNE DESAUBRY

Ah, Monsieur Gildas, merci, merci. Il faut un sacré talent pour ranimer la mémoire du lecteur et redonner vie à des événements pas si anciens, mais déjà étouffés par le flot continu d’une actualité toujours plus profuse.

Mais Gildas Girodeau  ne l’entend pas de cette oreille. Vous n’oublierez pas, il vous le rend impossible, la douloureuse situation de bien des jeunes Italiens. Ayant choisi la lutte politique certains ont sombré, sans le vouloir vraiment, dans la lutte armée. Antonia fait partie de ceux-là. Surnommée « La Pistolera », athée, très engagée politiquement, son réseau étant démantelé par la police, elle est amenée à fuir l’Italie et les années de plomb. C’est une congrégation religieuse qui l’accueille, grâce à l’entremise d’un cousin, amour d’enfance, devenu éminence grise au Vatican, chargé de la diplomatie et engagé auprès de la théologie de la libération en Amérique du Sud . Dans un premier temps, quittant la violence dialectique et physique de la politique, Antonia va se retrouver en Érythrée et en Somalie, alphabétisant les femmes, enseignant les enfants. Mais Antonia n’est pas née pour la paix. Le conflit armé qui naît entraîne les habituelles exactions, la congrégation  est obligée de fuir, et le maniement des armes que la jeune femme n’a pas oublié va lui être utile. Alors elle part  vers le Rwanda. Terre de paix… jusqu’en 92. La guerre est partout en Afrique. Comme une maladie endémique, un virus contre lequel on ne peut rien sauf se désespérer. Ou bien ? Faut-il ignorer que la guerre est parfois un moyen bien commode pour les pays occidentaux qui n’hésitent pas à transposer sur le continent africain des rivalités économiques et politiques nées ailleurs ? Antonia le sait bien, mais ce n’est pas cela qui va l’arrêter.

Au travers du portrait d’une femme sensible, courageuse, avec ses failles et ses doutes, ce roman nous promène dans trente ans d’histoire du monde. Bien sûr, on sait. On a lu, entendu, puis oublié bien des choses. Mais Gildas Girodeau ne veut pas qu’on oublie. Et son Antonia, si attachante, ne se laissera pas oublier de sitôt ! Si vous vous posiez la question des liens entre romans et réflexions, histoire et fictions, celui-ci est fait pour vous. Vous en sortirez ému et plus intelligent.

Au fait, ne vient-on pas de déclassifier des documents liés à la présence de la France au  Rwanda ? En lisant entre les lignes, les historiens y verront sans doute Antonia et son combat, sa douleur, sa folie d’humanité.

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JEANNE DESAUBRY
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jeanne.desaubry.over-blog.com


Une autre lecture du

Antonia

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution 26 mars 2015. 256 pages. 18,00€.

Antonia et elle avait raison...

1974. L'Italie entre dans les années de plomb.

L'extrême-droite et l'extrême-gauche se combattent et multiplient les attentats. Le général Dalla Chiesa est chargé d'organier la lutte anti-terroriste mais elle sera principalement dirigée contre les groupes de l'ultragauche, tandis que les fascistes seront la plupart du temps épargnés.

A Milan, une jeune femme, Antonia, surnommée la Pistolera, sait qu'elle doit fuir. A la télévision, un présentateur enthousiaste a annoncé l'arrestation de deux de ses compagnons dans la région de Pinerolo, et elle est consciente que bientôt ce sera son tour si elle ne s'enfuit pas immédiatement. Elle a pris ses dispositions et dans la chambre mansardée qu'elle partage avec Luciana, elle récupère quelques affaires et une perruque blonde qui doit détourner l'attention des policiers. Luciana lui remet une enveloppe contenant un peu d'argent qu'elle a économisé avec Josep, un voisin, puis sans regarder en arrière, Antonia quitte la ville.

Les abords de la gare sont truffés de policiers, toutefois elle se présente à un guichet et demande un billet pour Gênes. Les lunettes qu'elle porte ne sont pas adaptées à sa vue et le regard du guichetier est éloquent. Il l'a reconnue. Elle se débarrasse de sa perruque blonde, se change rapidement d'effets et c'est une autre femme, une touriste allemande qui fait du stop, qui brandit un panneau Frankeich à l'attention des automobilistes.

Antonia devient Astrid, ses vrais faux papiers l'attestent, et son chauffeur improvisé doit se rendre en France en passant par la Suisse. Robert, le conducteur attentionné lui propose une chambre à l'hôtel où il doit faire étape, et elle passe trois nuits et deux jours dont la teneur relève de la vie privée.

Mais elle n'a en tête que deux mots auxquels elle s'accroche, comme son père le lui a enseigné, et qui sont : fuir et disparaître. Elle quitte en catimini son sauveur involontaire et dans le train qu'elle emprunte vers Genève, elle repense à son cousin Anselme. Jésuite, Anselme travaille au Vatican précisant à Antonia : Nous soutenons des mouvements populaires, des pauvres bougres que le système tente de broyer, comme en Amérique latine, et même ici !

Anselme, prévoyant qu'Antonia, qui ne partage pas ses idées religieuses, pourrait subir des déconvenues dans ses activités, lui avait proposé de se réfugier, si besoin était, dans une congrégation à Genève, installée sur la route de Lausanne. Et Antonia, devenue Astrid se souvient du conseil et se présente donc à la directrice, qui l'accueille sans poser de questions. Et c'est ainsi qu'elle sera fortement conseillée et amenée à s'engager dans l'humanitaire et à prodiguer son savoir en Ethiopie, devenant institutrice, enseignant aux gamins l'anglais et l'italien. Elle change une nouvelle fois d'apparence et commence une nouvelle vie. Elle rencontrera à plusieurs reprises Anselme, et au bout de quelques années de tribulations elle sera en poste au Rwanda, coincée entre les Tutsis et les Hutus, au début des années 1990.

Seulement, à Milan les policiers ne l'ont pas oubliée. Le colonel et son adjoint le capitaine Octavio sont obnubilés par la Pistolera et ils mettent tout en œuvre afin de procéder à son arrestation. Un défi qu'ils se sont lancés, une obsession qui confine presque à la paranoïa.

Dans ce roman qui est presqu'un récit biographique, Gildas Girodeau soulève de nombreux points d'interrogations, concernant la lutte des Italiens contre les Brigades Rouges, mais également la politique du Vatican et des Etats-Unis, via la CIA, sur les continents africains et sud-américains. Et on ne peut s'empêcher de mettre en parallèle l'histoire et les conviction d'Antonia à celles de Cesare Battisti. La Pistolera a été ainsi surnommée car elle ne tuait pas mais tirait sur les jambes des fascistes. Il est étonnant de constater que les fascistes ne furent que peu ou prou inquiétés alors qu'ils posaient des bombes et s'adonnaient à des attentats meurtriers tandis que les membres de l'extrême-gauche était traqués à outrance, alors qu'ils répondaient, violemment certes, aux provocations. Et dans ce cas on comprend fort bien que les gouvernements de la droite italienne concentraient leurs efforts dans la lutte contre l'extrême-gauche, de même que les gouvernements de droite français, en soutien à leurs homologues transalpins.

Tu sais bien que l'ennemi, c'est la gauche, déclare Octavio lors d'une conversation avec son supérieur, conversation qui tourne sur les événements au Chili et de l'opération Condor.

Gildas Girodeau remet également les pendules à l'heure sur les terribles événements qui se sont déroulés d'abord en Ethiopie, Erythrée et Somalie, puis dans l'antagonisme, supposé ethnique, entre Tutsis et Hutus, des combats qui se transforment en génocides par la volonté de tiers dont les principales préoccupations sont la plupart du temps financières en asseyant une hégémonie capitaliste et religieuse sur certaines régions du monde. Comme l'annonce une des principales protagonistes du roman à Antonia : Les élites Tutsies commençaient à lorgner vers le bloc de l'Est, ce qui menaçait les colonisateurs mais aussi la mission d'évangélisation des Pères... Et une fois de plus les supposés bienfaits de la colonisation avec son aspect parfois néfaste, des envahisseurs qui n'agissaient pas par philanthropie, peuvent être remis en cause, de même que l'évangélisation forcée et forcenée par des religieux qui ne se montrent chrétiens que d'appelation.

Toutefois, ce travail d'historien, Gildas Girodeau l'effectue honnêtement, sans prendre partie, sans dévoiler son sentiment, mais en décrivant les faits tels qu'ils se sont déroulés et non pas comme aimeraient le faire croire quelques journalistes inféodés à des partis politiques qui ne veulent regarder que par le bout de la lorgnette favorable dans leur posture. Evidemment on peut toujours arguer que derrière les personnages, se cache l'auteur, mais il faut savoir aussi se rendre à l'évidence. Les déclarations des hommes politiques ne sont pas toujours empreintes de bonne foi.

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PAUL MAUGENDRE
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