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JOSEPH FARNEL

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Le samedi 18 Janvier 2014

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Joseph FARNEL




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

A ne pas confondre avec les poules de Loué !

Parfois on est amené à effectuer un travail peu intéressant mais qu'on accepte, la situation financière nous y obligeant.

Ainsi George Lernaf, détective privé de son état, n'apprécie guère les enquêtes ayant pour motif l'adultère. Mais comme son compte en banque est régulièrement dans le rouge, rouge sang même pour rester dans ce qui va suivre, il veut bien s'occuper d'une histoire de cocufiage proposée par Maître Bellet avocat.

Entrons dans le vif du sujet comme diraient quelques personnages hauts placés, dont nous ne connaîtrons pas les noms, et qui ont recours à des hétaïres comme il était de bon goût de baptiser les prostituées de luxe aux siècles précédents.

Christian Domaine, le client de l'avocat, soupçonne sa femme de s'adonner aux plaisirs charnels sans son consentement et en compagnie d'inconnus. A Lernaf donc d'enquêter et éventuellement selon le résultat fournir les preuves permettant d'entamer une procédure de divorce. Ce n'est pas trop le truc de Lernaf mais quand l'avocat lui propose une rémunération conséquente pour ses services, il ne peut qu'accepter. Ne serait-ce que pour amadouer son banquier. Et comme il est prévoyant, il ne place pas tout, une petite entorse à l'administration fiscale. En quittant l'avocat, il remarque que la secrétaire de celui-ci, une jolie petite grassouillette lui fait de l'œil, ce qui flatte son égo mais elle n'est pas son genre. Lui il serait plutôt attiré par les jolies femmes minces, telle Angélique Domaine, dont nous ferons bientôt connaissance. Mais auparavant il propose à son ami Emile Dujardin, le commandant de police du 3ème arrondissement parisien de déjeuner ensemble. Une invitation que celui-ci accepte avec d'autant plus de plaisir que le repas se déroulera chez Dédé, une cantine où l'on ne sert pas de la cuisine dite moderne, celle où il y a des dessins dans l'assiette et rien à manger dedans. C'est du roboratif à l'ancienne, longuement mijoté, accompagné de vins gouleyants en provenance directe de petits producteurs. Mais Lernaf, en contrepartie, demande à son ami d'enquêter sur Domaine via la DCRI, l'ancienne appellation des RG ce qui ne change en rien le travail pour lequel des agents fouineurs sont rémunérés.

Le soir même, dans une autre gargote, devant un plantureux couscous, les deux compères se retrouvent. Dujardin annonce que Domaine est déjà fiché et qu'il traîne derrière lui quelques casseroles tintinnabulantes aux oreilles des policiers. D'abord ce serait plutôt lui qui ferait sa femme cocue, mais avec un homme, ce qui n'est pas répréhensible en soi, mais jette le discrédit sur la mission confiée à Lernaf. Plus graves ce sont les affaires douteuses qu'il conclurait avec des marchands de canons et des agressions sexuelles dans lesquelles il aurait été impliqué. La mission semble plus périlleuse que prévue au départ.

Le lendemain, Lernaf entame sa filature. A la vue d'Angélique sortant de chez elle, un châssis de Formule 1 pour une démarche féline, Lernaf est subjugué, mais ce n'est pas fini car la gente dame entre dans un institut de beauté, comme si elle en avait besoin. Marylin, la réceptionniste, a été coulée dans le même moule, et grâce à son bagout, ses belles paroles, et la promesse d'un repas au restaurant le soir même, le détective obtient quelques informations non négligeables. Puis il attend la sortie d'Angélique, la suit à nouveau jusqu'à un immeuble cossu sis près du parc Monceau. Il repère une bombe, enfin une jeune femme, habillée de vert écolo entrer dans l'immeuble. Il se rendra vite compte qu'un des appartements sert d'agence sociale non déclarée pour hommes en peine de liaisons du genre simulacre de la reproduction.

Un nouveau repas en compagnie de Dujardin, du commissaire Fabre, son supérieur, et d'un représentant de la DCRI, Valois, est organisé. Mais le travail de Lernaf ne se résume pas qu'en repas copieux et arrosés. L'amant de Domaine est localisé, il s'agit d'un Iranien qui fréquente un bar homo, bar dont je ne vous donne point l'adresse car il ne s'agit pas ici pour moi de servir d'indicateur pour fredaines. Puis une horrible découverte est signalée au cabinet de Maître Bellet : le coffre-fort a été ouvert de même que la gorge de la replète secrétaire. Celle-ci ne servira plus de maîtresse au bavard (surnom argotique des avocats) et ne fera plus de l'œil à Lernaf. Près du corps ensanglanté git un couteau dont l'origine est l'atelier d'un artisan coutelier d'Objat en Corrèze. Or, ayant laissé tombé accidentellement son briquet, Lernaf retrouve son bien sous la chaise de la défunte ainsi qu'un bout de papier sur lequel est inscrite une adresse en Corrèze.

Lernaf semble être la cible d'individus vindicatifs et Valois lui adjoint un garde du corps, une jeune femme fort avenante et qui a du répondant.

Une piste islamiste est évoquée sans pour cela mettre au rebut la petite entreprise d'Angélique et ses jeunes femmes à louer (et louées par leurs pratiques qui ne tarissent pas d'éloges) pour une nuit et plus si affinité. Mais les cadavres s'amoncellent, toujours trucidés par des couteaux émanant de la même origine et laissés sur place, donnant du fil à retordre à Lernaf, Dujardin, et les autres.

Dans une ambiance joyeuse, conviviale, roborative et rafraichissante, grâce aux nombreuses bouteilles de vin et alcool divers qui transitent par les gosiers de Lernaf et Dujardin, lequel Dujardin n'est pas un nain mais plutôt un ogre, le lecteur déambule dans cette histoire qui est aussi un véritable dictionnaire des maximes, proverbes, sentences et aphorismes dont se gargarise Dujardin, les écorchant ou les estropiant au passage. Lernaf, qui lui est cultivé, sait remettre en bon ordre les déclarations de son ami.

Un roman qui sent bon les années cinquante ou soixante mettant en scène des femmes de petite vertu ou non, toujours belles à couper le souffle et un détective qui sait user de son charme pour leur faire visiter gratuitement et à plusieurs reprises le septième ciel. Certains jugeront que cette histoire n'est pas crédible, et alors ! Les romans de Rabelais, San-Antonio et autres amuseurs littéraires sont-ils crédibles ? Pour moi oui, puisqu'ils chassent la morosité, et remplacent avantageusement les électuaires antistress .

Ce roman est une ode à la bonne chère et à la belle chair, et Joseph Farnel s'amuse à se mettre en scène, non seulement par l'anagramme du nom de son détective, mais parce que celui-ci s'habille chez un couturier nommé Farnel. Or Joseph Farnel a dirigé une maison de couture durant de longues années, une petite visite sur internet le démontrant.

Et n'hésitez pas à visiter, puisque je parle (façon de dire) d'internet, le site de Joseph Farnel.

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