Apocalypse Bébé, prix Renaudot 2010, me laisse un goût étrange en bouche, saveur métallique et désagréable de perplexité.A priori, Virginie Despentes a tout pour me plaire. A posteriori aussi, d’ailleurs. J’avais bien aimé « Baise-moi » , suis sensible à son anarcho- féminisme dur, à sa vision de la prostitution, du lesbianisme. Moins à celle de la toxicomanie, la mienne tournant plutôt autour de la bouteille, fruit des coteaux et du soleil. Alors ?Ben alors… « Apocalypse bébé » met en scène Julie, une looseuse qui fait métier de pister des ados en fugue ou déviants pour des parents friqués et dépassés à la fois. Détective privée dépressive, sa vie n’est qu’océan d’ennui et de banalités. À la suite de la disparition d’une gamine étrange, la voici qui s’acoquine avec une icône de la nuit lesbienne parisienne. « La Hyène ». Violente, en tout. Excessive et visionnaire, elle va entraîner Julie sur les traces de la fugueuse dans une errance qui les mène jusque Barcelone.Le ressort romanesque lui-même m’a paru sans guère de relief. La manipulation d’une gamine, par qui ? pourquoi ? rien de tout cela n’a vraiment de force et l’écriture ne fait pas grand-chose pour sauver la trame romanesque. On a connu Despentes plus incisive et plus poétique à la fois. J’ai, certes, apprécié les portraits, celui de l’ado, sa déchirure, son désespoir, présents aussi dans les souvenirs de la Hyène qui se retrouve dans la gamine.Mais, ces flamboyances douloureuses exceptées, je ne comprends pas l’attribution d’un Prix Renaudot, sorte de Goncourt bis, à la renommée bien établie.Toujours prête à me flageller, j’en ai déduit que je ne connaissais rien au prix Renaudot. Un coup d’œil rapide à la page idoine sur « Wikipedia » m’a éclairée : « Galli-Gra-Seuil ». Tous les 5, 6 ans, le jury Renaudot sort de la trilogie et va voir du côté de POL, Julliard, voire même « Le Rocher ». Vous allez me trouver mauvaise fille : je devrais me réjouir de voir un prix de renommée nationale (et pas celui du meilleur auteur de la bibliothèque de St Cucufa) attribué à un polar. Car c’est bien ce qu’est « Apocalypse Bébé ». Mais j’en ai tant lu de meilleurs tout au long de cette année ! Beaucoup dont la qualité ne le cède en rien à ce prix Renaudot 2010 mais qui resteront dans l’anonymat avant de finir au pilon. Alors ? Alors Despentes est « bonne cliente » chez les médias. Sa façon d’appeler un chat, une chatte, son passé sulfureux… frisson garanti d’encanaillement pour le journaliste et la ménagère : plus exotique et moins dangereux que de prendre le métro la nuit. Si ma naïveté vous fait sourire, que vous connaissez, ou croyez connaître d’autres motifs à ce prix, tournant autour du copinage, de la manipulation ou je ne sais encore quelle vilainie… laissez-moi les ignorer et continuer à chercher au cœur des livres des pépites qui me ravissent.
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