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ALEXANDRE DUMAS

Récits Fantastiques


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Alexandre DUMAS




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Volume 1. Version numérique. Bibliothèque électronique du Québec. 164 pages.

On redécouvre tous les jours Alexandre Dumas !

Ce volume numérique proposé gratuitement par la Bibliothèque électronique du Québec comprend trois nouvelles axées sur le fantastique, le surnaturel, vous l’auriez deviné, parfois réédités dans divers recueils, ou pas. Car il est difficile de s’y retrouver dans la multitude de contes et nouvelles rédigées par Dumas et ses différents collaborateurs. Même le site qui lui est consacré par la Société des amis d’Alexandre Dumas (voir ici) ne les recensent pas toutes.

Donc ce volume nous propose de découvrir : Histoire d'un mort racontée par lui-même, Un dîner chez Rossini et Le lièvre de mon grand-père. Ces nouvelles possèdent en commun d’être des histoires gigognes, Dumas se mettant en scène dans diverses situations, lors de ces nombreux voyages, recueillant des historiettes narrées par des convives ou des personnages de rencontres. Mais parfois les préambules sont tout aussi intéressants que les nouvelles en elle-même, car ils offrent une vision de l’auteur et sa façon de travailler.

Histoire d’un mort racontée par lui-même.

Auteur réputé, Alexandre Dumas est habitué à recevoir des courriers anonymes ou non. Celui qu’il vient de recevoir émane d’un grincheux qui lui reproche de ne pouvoir trouver les Mémoires de la Fère, ce qui est somme toute normal puisque l’auteur des Trois Mousquetaires avait inventé ce manuscrit. Le soir même, il reçoit un autre courrier lui proposant une histoire, lui intimant d’en disposer à son idée, car de toute façon, lorsqu’il aura réceptionné cette missive, l’auteur en sera mort.

Trois personnages, réunis dans l’atelier d’un peintre, discutent autour d’un pot de punch, et la conversation tourne autour de contes fantastiques et plus particulièrement d’Hoffmann. L’un d’eux narre alors une histoire édifiante dont il fut, sinon le héros, du moins l’un des protagonistes. Médecin, il fut demandé un soir au chevet d’une jeune femme, résidant juste en face de chez lui. Une saignée, pense-t-il, devrait résoudre le problème de la magnifique jeune femme qui se languit dans son lit. Elle est triste et pourtant, se sentant mieux, elle demande si elle pourra danser, devant donner un bal chez elle. Rentré chez lui, le médecin ausculte les fenêtres de sa voisine, des fenêtres qui obstinément restent sombres et silencieuses. Il n’en dort plus, ne mange plus, dépérit et le lendemain il est mort ! Dans la fosse où il a été plongé, un inconnu vient le réveiller. Il s’agit de Satan… qui lui propose de retrouver le soir même cette belle femme à cause de laquelle il est mort d’amour.

Un dîner chez Rossini.

En voyage en Italie, Dumas est hébergé par son ami Rossini, et participe à l’un des dîners dont le compositeur est si friand. Il fait même passer les nourritures terrestres avant celles de l’esprit. Lors d’une discussion qui s’ensuit, reproche est fait à Rossini de ne plus composer. En général, un poème est proposé puis la musique est composée. Dumas demande à inverser le cours habituel et Rossini se lance le lendemain dans une improvisation musicale. Seulement il n’inscrit pas ce qu’il joue et alors que l’un des convives avait écrit un texte concernant un épisode survenu à un de ces ancêtres, c’est Dumas qui en hérite.

L’histoire contée se déroule en 1703. Deux étudiants, l’un pauvre et l’autre riche, partagent le même logement car ce qui les lie, c’est une amitié indéfectible. Il est même envisagé que l’un va épouser la sœur de l’autre, sans qu’ils se soient vus, car le frère a été si prolixe envers les deux jeunes gens qu’il est persuadé que sa sœur reconnaîtrait son ami sans qu’ils aient été présentés l’un à l’autre. Or ce frère si aimable reçoit une missive de sa sœur le prévenant que leur père est au plus mal. Il quitte donc Bologne pour Rome, promettant de donner de ses nouvelles, mais au bout de trois jours, son ami s’inquiète. Il sait que la route est peu sûre et il craint pour la vie de celui qui est parti si précipitamment. Avec raison.

Le lièvre de mon grand-père.

Lors d’un voyage près de Liège, trois touristes s’arrêtent dans une petite auberge et l’un d’eux est intrigué par tableau représentant un chasseur, un lièvre et saint Hubert. Le chasseur n’est autre que le grand-père de l’hôtelier qui raconte volontiers l’origine de cette peinture. Un épisode qui s’est déroulé quelques cent ans auparavant mettant en scène deux hommes qui se haïrent à cause d’une femme. L’un fut dédaigné, l’autre épousa la belle. L’un devint garde-chasse du prince-évêque et l’autre, grand chasseur se consacra peu à peu à cette passion, devenant braconnier. Le garde-chasse tua un jour, alors que le prince-évêque et ses invités forçaient un dix-cors, deux des chiens du braconnier qui avait eu l’imprudence d’entrer dans le territoire défendu. La vengeance fut terrible et le braconnier, quelques mois plus tard, après bien des vicissitudes, trouva sur son chemin le garde-chasse et l’abattit. Sur le cadavre de celui-ci se jucha un lièvre qui nargua le meurtrier.

Mais ce qui importe le plus, à mes yeux, ce n’est point cette nouvelle surnaturelle mais ce qui est développé en préambule.

En effet, Alexandre Dumas n’hésite pas à répondre, avec humour, à quelques critiques qui dénoncent son emploi exagéré d’écrivains fantômes, de collaborateurs, dans ce qui pourrait être la préface du Lièvre de mon grand-père.

Causerie en manière d’explication

Chers lecteurs,

Pour peu que vous m’ayez suivi avec quelque intérêt dans ma vie littéraire et dans ma vie privée, je n’ai pas besoin de vous dire que j’ai habité la ville de Bruxelles en Brabant du 11 décembre 1851 au 6 janvier 1854. Les quatre volumes de Conscience l’Innocent, les six volumes du Pasteur d’Ashbourn, les cinq volumes d’Isaac Laquedem, les dix-huit volumes de la Comtesse de Charny, les deux volumes de Catherine Blum, et douze ou quatorze volumes de mes Mémoires datent de là. Ce sera un jour une matière difficile à explorer, un problème difficile à résoudre pour mes biographes, que de découvrir quels collaborateurs anonymes ont fait ces cinquante volumes. Car, vous le savez, cher lecteur, il est connu (des biographes bien entendu) que je n’ai pas fait un seul de mes douze cents volumes.

Dieu fasse paix à mes biographes comme il veut bien, dans sa miséricorde infinie, me faire paix à moi-même ! Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous apporte un nouveau conte. La véritable date de celui qui surgit à vos yeux sous le titre un peu excentrique mais qui sera pleinement justifié, du Lièvre de mon grand-père, doit en réalité remonter à la période de ses frères belges. Mais comme je ne veux pas qu’à l’endroit de son véritable auteur plane sur lui la fâcheuse obscurité qui plane sur les autres, j’entreprends de raconter aujourd’hui dans cette causerie-préface la façon dont il voit le jour, et, tout en me réservant le titre du parrain qui le tient sur les fonts de baptême de la publicité, de faire connaître son véritable père. Son véritable père a nom : M. de Cherville.

M. de Cherville pour vous, chers lecteurs Cherville tout court pour moi. Le temps passait vite et doucement, pour moi surtout qui étais exilé volontaire dans cette bonne ville de Bruxelles. Un grand salon situé rue de Waterloo, 73, réunissait tous les soirs, ou à peu près, quelques bons amis, des amis de cœur, des amis de vingt ans : Victor Hugo, – à tout seigneur tout honneur, – Charras, Esquiros, Noël Parfait, Hetzel, Péan, Cherville.

Suivent ces quelques lignes qui donnent un éclairage particulier sur la naissance de ce conte :

On restait ainsi jusqu’à une heure ou deux heures du matin autour d’une table à thé, causant, bavardant, riant, pleurant quelquefois. Pendant ce temps, en général, je travaillais ; seulement, deux ou trois fois, d’habitude, dans la soirée, je descendais de mon second et venais jeter un mot au milieu de la conversation générale, comme un voyageur qui arrive au bord d’une rivière jette une branche au courant. Et la conversation emportait le mot comme le courant emporte la branche.

Puis je remontais travailler.

Donc, nous connaissons maintenant la provenance de ce conte rédigé par Dumas mais dont la provenance vient de monsieur de Cherville qui lui-même la tient de l’aubergiste cité plus haut.

Et si le site des Amis d’Alexandre Dumas nomme comme collaborateurs de cette histoire, Paul Bocage et Paul Lacroix, c’est parce que ce conte est inclus dans Les mille et un Fantômes. Ce qui est peut-être vrai, sauf que, précision est donnée concernant ce recueil :

Les Mille et un Fantômes, recueil de nouvelles écrit en 1849, constitue l’une des quelques incursions de Dumas dans le registre de la littérature fantastique. Histoires de revenants, damnation d’un chasseur condamné à poursuivre un lièvre géant et immortel, aventures extravagantes d’un marin marié à une sirène : c’est un autre versant de l’imagination de Dumas qui apparaît là.

Collaborateurs : Paul Bocage, Paul Lacroix

Personnellement, je m’en tiens aux propos de Dumas. D’autant que Cherville fut connu pour ses ouvrages de cynégétique mais surtout que Le lièvre de mon grand-père se termine par cette phrase :

Samedi 22 février 1856, à une heure trois quarts du matin.

Etonnant, non ! Qu’un texte soit publié dans un recueil datant de 1849, alors qu’il n’a été écrit qu’en 1856. Ou alors, il y a quelque confusion dans le recensement des Mille et un fantômes.

Que ceci ne nous empêche point de lire, ou relire, ces quelques textes charmants.

http://beq.ebooksgratuits.com/vents/dumas.htm

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