Usage Communal Du Corps Féminin DOUARD324

JULIE DOUARD

Usage Communal Du Corps Féminin


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Le vendredi 17 Janvier 2014

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Julie DOUARD




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Une petite ville de France, intemporelle et pittoresque. Ces derniers temps, c'est autour de la jeune Marie Marron que se cristallisent les évènements. Pas plus sotte que d'autres, un brin naïve sans doute, elle s'avère assez lente, peu réactive. Orpheline, Marie habite avec sa tante, la vieille Hortense. Celle-ci n'est d'ailleurs pas si âgée, mais se complaît dans une existence confinée. Marie est la secrétaire à temps partiel du dentiste local. L'épouse de ce dernier est toujours absente, voyageant à son gré. Un de leur fils, Maurice, étudie la philologie, filière universitaire aux débouchés inexistants. Il aussi lymphatique que Marie. Il a peu de chances de lui plaire, car la jeune femme s'est éprise de Gustave Machin. S'il n'a guère d'allure, ce commercial est un vindicatif, limite sanguin, clamant haut et fort sa conception obtuse du monde. Il a tout pour plaire à la timide Marie, qui est son contraire.

Francine Dumoulin est l'inamovible secrétaire de mairie. Bien consciente de sa laideur, elle économise en vue d'une opération esthétique. Gustave Machin s'est mis en tête que Marie doit remplacer Francine à son poste de la mairie. Pour ce faire, il élabore un plan tortueux qui a de fortes chances d'échouer. Gustave se rapproche de Francine, partageant deux ou trois soirées alcoolisées. Comme c'était à craindre, le projet tourne mal, avec le décès de Francine. La mise en scène d'un suicide est si peu crédible, que le chef des gendarmes Barnabé n'y croit pas un instant. La même nuit, un gros ivrogne du coin est retrouvé mort non loin de là. Effectivement, il avait croisé Francine peu avant. Voilà donc un coupable idéal, et une affaire résolue. Un temps suspecté, Gustave s'était vite disculpé. Néanmoins, après tant de stress, il est interné à l'Institut de Récupération, tenu par des religieuses.

L'étudiant Maurice connaît de sévères contrariétés, quand la filière est supprimée. Josette, une native du cru, également. Le petit ami de celle-ci, Rudolph, s'impose bientôt dans le paysage local. Diplômé en Ingénierie Providentielle, on va inventer pour ce pékin-là un poste de factotum. Il risque de mettre de l'animation chez la vieille Hortense, où il s'est installé. La mairie (où Marie est devenue secrétaire) veut organiser une fête, un concours de misses réservé aux femmes mûres de la contrée. Il faut s'attendre à divers remous. Du côté de l'Institut, c'est une vraie révolution que Gustave Machin impose, avec la complicité de la jeune Catherinette, une nonne passionnée. La mère supérieure n'eût sûrement pas permis ces bouleversements, mais elle était bien fragile. Tant de choses se produisent ici, loin d'être expliquées, que ça pourrait apporter une forte médiatisation à la commune...

Malgré quelques victimes, il ne s'agit pas d'un polar, d'un roman criminel. L'auteure a concocté là une comédie très amusante. Elle nous raconte des vicissitudes villageoises truculentes, dignes du “Clochemerle” de Gabriel Chevallier (1934). Le procédé n'est donc pas neuf, l'essentiel étant qu'il fonctionne. On est ici dans une bourgade anonyme, les décors sont peu décrits. Sauf pour les besoins de la cause, bien sûr. À l'instar d'un Dashiell Hammett, Juliette Douard fait du béhaviorisme littéraire : ce sont les comportements et les faits qui déterminent la psychologie de chacun des protagonistes ; c'est la mise en présence de caractères différents ou opposés, qui entraîne la cocasserie des situations.

L'humour ne va pas sans caricatures. Certains portraits sont directs, des gens comme Gustave ou Francine étant aisés à imaginer. Il y en a de plus nuancés : “Aussi étonnant que cela pût paraître, Maryse Chabodon, qui n'avait jamais montré la moindre parcelle de tendresse pour les membres de sa famille, avait ses bonnes œuvres. Et parmi elles, se trouvait l'Institut de Récupération (...) En effet, Maryse s'était toujours sentie proche des personnes qui avaient pété les plombs une bonne fois pour toutes ; car c'était bien ce qu'elle avait envisagé pour elle-même, sans toutefois y parvenir...” Tant de péripéties, en particulier de gérer le concours de misses, sont autant d'expériences nouvelles pour la jeune Marie. Sans doute sera-t-elle à peu près la seule à en tirer un profit personnel. Une tonalité enjouée, des aventures plutôt délirantes, voilà un roman drôle qui fait du bien.

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