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Jeanne DESAUBRY




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Recueil nouvelles numériques. Collection Noire sœur. Parution 23 août 2017. 125 pages. 3,99€.

7 nouvelles, comme les 7 jours de la semaine, les 7 péchés capitaux, les 7 mercenaires, et j’en passe… 7 bons moments à lire et à frémir…

Au sommaire 7 nouvelles dont 2 inédites qui nous plongent dans un univers qui n’est pas loin de celui que nous vivons. Pas tous, non, mais au moins on l’a côtoyé ou on en a entendu parler. Ce qui ne retire en rien le désespoir de ceux qui en souffrent, ou les saloperies de ceux qui les commettent. Parfois. Car il faut faire la part des choses, et la vengeance est non seulement un plat qui se mange froid, mais est salvateur pour le mental.

Pull :

Derrière la vitrine du pharmacien sont exposés des champignons. Comme ils sont en plastique, ils ne sont pas vénéneux, pas comme le potard dont la passion est de pratiquer le ball-trap. Sa femme est envieuse, quant à Blanche leur fille, elle a bien changé en quelques mois. Auparavant elle était souriante, avenante, et croquait la vie à pleines dents. Mais un incident s’est produit pendant qu’elle fréquentait l’école, en internat. Faut choisir ses fréquentations, mais parfois c’est difficile.

Les huitres, ça ne se garde pas.

Un vieil homme aigri lorgne le soir, de sa fenêtre, les environs. Il sort parfois afin d’acquérir quelques rognures pour se sustenter. Il remarque lors du passage d’un camion du service d’entretien de la ville, qu’un gros sac poubelle jaune, qui a échappé des mains de l’éboueur, contient un nombre incalculable de morceaux de tissus. Tout de suite il établit une corrélation avec une maison au fond d’un jardin dont il voit les lumières briller le soir. Une histoire qui nous ramène aux heures sombres de la collaboration.

Ecole Danger :

Nouvellement nommé comme professeur à l’école Einstein de Gent sur Marne, Gilles Le Floch est intrigué par des dessins punaisés sur un panneau d’affichage. Des étiquettes ont été scotchées sous chaque feuillet, comportant chacun un nom et deux dates. Date de naissance et date de décès ? Lors de la réunion, une des professeurs pose la question qui tue : Pour les travaux, on en est où ? Devant les tergiversations du directeur, elle s’insurge : Et les promesses du maire l’année dernière ? Il va leur falloir combien de temps ? Combien de morts ?

C’est ainsi que, peu après, Gilles Le Floch apprend que l’établissement est pollué. Et les solutions radicales sont parfois plus efficaces que les dépôts de plaintes et les lenteurs administratives.

L’heure du bouillon :

Un gâteau au chocolat à partager, c’est ce que Sonia, la petite fille de madame Briare lui a apporté ce jour-là. Puis il a fallu se promener pour passer le temps. Mais madame Briare déteste cette maison de retraite où elle a été placée, suite à une chute malencontreuse. Et depuis elle se déplace avec des béquilles.

Elle se souvient de son mariage, de son fils José décédé depuis des années. Elle a souffert, surtout qu’il est mort d’une maladie, de toxicomanie, d’un virus. La disparition de son mari homophobe, suite à un infarctus et autres inconvénients liés à l’âge, aux abus et à l’inaction, l’aurait presque soulagée. Seulement ce placement en maison de retraite a sonné comme un glas, d’autant que la gouvernante est une femme sans empathie pour ses pensionnaires.

Maman sait faire du bon café…

Dans l’avion qui ramène le couple Bernin, Monique est chahutée par les va-et-vient des passagers. Elle est installée en classe éco tandis que son mari bénéficie d’une place en classe affaires. Un coup du sort qui lui a été favorable. Ils reviennent d’Egypte où elle n’a pu visiter que le terrain de boules où Jules se rendait régulièrement avec des copains de rencontre. Sans compter les apéros du midi et du soir, des verres de rosé à volonté. Pour un voyage de noces effectué après quarante ans de mariage, ce ne fut pas vraiment une excursion idyllique. Et lorsqu’ils rentrent chez eux, près du Havre, Monique pense que après quarante ans de vie commune elle a droit elle aussi à quelques moments de bonheur, simplement, sans se faire rabrouer.

Le roi Richard :

Vous trouverez la chronique consacrée à cette nouvelle ici :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2016/05/jeanne-desaubry-le-roi-richard.html

Si ces nouvelles narrent des histoires simples, sans esbroufe, décrivent le quotidien, subi par bon nombre d’enfants ou de personnes âgées, qui se cache sous des dehors ou des vitrines bien calmes, la dernière nouvelle est à ranger dans le classicisme intemporel le plus pur. Une histoire telle qu’auraient pu en écrire des auteurs comme Fortuné du Boisgobey, Maurice Leblanc, Francis Didelot, M. G. Braun (dans la série Sam et Sally), André Lay et quelques autres qui régalèrent bon nombre de lecteurs lesquels aimaient les histoires simples et bien construites, bien écrites également sans fioriture, avec un doigt de suspense et de machiavélisme. Un doigt car l’on se doute de l’épilogue, quoique, avec nos écrivains retors, parfois, on se fait gentiment enfariner.

Palais Royal :

Le Palais Royal est un quartier reconnu pour ses boutiques de luxe, pourtant l’échoppe tenue par Paul Dutilleul, avec les boiseries anciennes de la devanture et les tentures épaisses n’attirent guère le regard des passants. Rien en vitrine, car Paul Dutilleul est dépositaire. Il garde, dans des coffres-forts dissimulés à la vue, des objets d’art ou de luxe confiés par de richissimes clients qui désirent mettre à l’abri de la convoitise des voleurs leurs biens les plus précieux.

Dutilleul a connu Sophia alors qu’il effectuait des travaux de rénovation et ce quinquagénaire avait été conquis dès le premier regard par les jambes puis les yeux de cette jeune femme. Et le reste aussi, ne soyons pas mesquin. Il avait divorcé, elle avait procédé à l’aménagement informatique du local, comptabilité, sécurité et autres bricoles dont maintenant plus personne ne peut se passer. Surtout les assurances qui veulent se prémunir d’une visite inopinée de cambrioleurs. Les assureurs aiment encaisser mais pas débourser.

Or donc lors de son passage, un inspecteur de leur assurance a relevé quelques disfonctionnements et le couple doit procéder à des aménagements dans leur installation. C’est ainsi qu’un technicien se présente chez eux et tandis que Paul est sorti pour vaquer à ses affaires, l’homme démontre auprès de Sophia son doigté en matière d’informatique, établissant des connexions qui l’amènent à revenir peaufiner son travail.

Et malgré tout, un soir de la Saint-Sylvestre, l’inimaginable se produit. Des cambrioleurs s’introduisent dans l’échoppe malgré les précautions et les serrures informatisées.

Sept nouvelles qui ne manqueront pas de vous réjouir, surtout la dernière, et de vous interpeller, les six premières, sur les rapports familiaux, scolaires ou résidentiels. A déguster sans modération…

Retrouvez
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