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Monstres Cachés. Anthologie 2018.


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Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Imajn’ère. 17,50€ jusqu’au 25 avril 2018. Ensuite 19,00€. 484 pages.

ISBN : 9782954507569

C’est comme pour les œufs de Pâques, suffit de les chercher !

Neuvième anthologie publiée par Imajn’ère, ce recueil, comme tous ceux précédemment publiés, est une aimable composition entre auteurs chevronnés et nouvelles plumes dont le sommaire est détaillé en fin d’article.

Si la présence d’un auteur comme Brice Tarvel est incontestable, la découverte d’autres noms m’a fort étonné, par exemple celui de David Verdier dont je ne connaissais que les romans de détection et meurtres en chambre close. Et à côté de ceux-ci, la présence de lauréats du concours Imajn’ère signifie un attrait sérieux pour une littérature souvent considérée comme futile.

Futile ? Oui mais au combien enthousiasmante, délassante, et surtout propice à amener de jeunes lecteurs à cette passion dévorante. Même si nos parents n’avaient de cesse de nous enjoindre à poser nos romans et à aller batifoler dehors, de profiter du bon air. Mais de nos jours, il veut encore mieux rester chez soi, à lire des ouvrages tels que celui présenté, que de se baguenauder, au risque de se trouver dans une rafle aveugle, surtout lorsqu’on habite en banlieue.

J’écris, j’écris, mais si je vous entretenais plutôt de ce qu’il y a à l’intérieur ? C’est ce pour quoi vous me lisez, non ?

Alors difficile de tout vous présenter, et difficile d’effectuer un choix parmi tous ces auteurs et toutes ces nouvelles. Tant pis, au risque de déplaire à certaines et certains, je vais me lancer et plouf, plouf, le premier qui lira sera :

Des choses au fond des yeux de Célia Rodmacq. Pourquoi celui-là ? Parce que le titre déjà m’attire, je pense que trouver quelque chose au fond des yeux au lieu d’au fond de… (complétez-vous-même les points de suspension) est porteur de générosité. Une introspection dans un esprit, celui du narrateur qui vit dans une pièce étroite, obscure, encombrée et malodorante. Portant la maison est grande, claire, vide et fade. Il l’aime quand elle est silencieuse, que Maman ne répare pas la voiture, que Papa n’écoute pas la musique, que Billie ne regarde pas la télévision d’où s’échappent les rires des dessins animés. Mais quand il est seul, c’est le calme, et il peut déambuler à loisir et regarder, examiner une photo. Pas de grandiloquence dans ce conte, mais une forme d’étouffement. Le reflet d’un monde vu par un narrateur qui ne se décrit pas, ne se connait pas, peut-être.

David Verdier, avec East end, november, nous envoie en 1888, à Londres et plus précisément dans le quartier de Whitechapel. Point n’est besoin, me semble-t-il de continuer mon développé concernant le tueur qui sévit dans cette nouvelle. Toutefois, David Verdier nous offre une théorie non négligeable dans ce qui constitue un mystère sur l’identité de cet adepte du couteau.

Brice Tarvel, un habitué des anthologies et grand romancier de l’Imaginaire, explore dans La prison de cuir un domaine dont un romancier Américain, qui fait toujours parler de lui et est l’objet de nombreuses études, fut le chantre. Son nom n’est pas cité, donc je m’abstiendrai, tout en précisant toutefois qu’Innsmouth sert de décor à cette aventure vécue par cinq jeunes gens, quatre garçons et une jeune fille, qui n’ont rien à voir avec un fameux club. Mais si Brice Tarvel s’immisce dans une histoire à référence, il n’emprunte pas, contrairement à ce qu’il a déjà produit avec Harry Dickson, à un personnage ou à un auteur, et garde son libre imaginaire dans une histoire digne de son célèbre prédécesseur.

Les morts ont toujours tort, d’après Roxane Dambre, qui situe sa nouvelle dans une agence dirigée par Isadora, une tueuse. Celle-ci vient d’accomplir un contrat, avec vingt-deux morts à son actif, et un personnage cauteleux lui demande de conclure un nouveau contrat. Mais Isadora n’est pas naïve et elle possède des alliés inattendus qui savent la seconder dans cette histoire de poker-menteur.

Avec Simon Sanahujas, nous voici transporté dans un monde qui n’est pas vraiment défini dans une époque qui ne l’est guère plus. Un monstre qui se cache là-dedans pourrait être une histoire mettant en scène Ulysse rentrant chez lui, ou le fils prodigue, ou tout autre personnage revenant au pays après avoir longtemps pérégriné, sorte de mercenaire à la Rambo. Toutefois, si Karn, c’est son nom, est le protagoniste principal, Sturnelle, une gamine, est bien plus qu’un faire-valoir.

Pour Thomas Geha, Le monde selon Minos est une projection dans l’avenir, mais espérons que ce qu’il pronostique ne se réalisera pas. Quoi que, d’apprendre qu’en 2027 vient de décéder Poutine n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Les événements politiques et scientifiques ponctuent la trajectoire de Jérôme Vergonnes qui, à trente-deux ans, survit à un accident de la route qui a coûté la vie à sa femme et ses deux jeunes enfants. Il est handicapé, sans emploi stable, et naturellement, l’un découlant de l’autre, grevé de dettes. Il fait un jour la connaissance d’une jeune femme et au bout de quelques mois, celle-ci lui propose de se rendre dans un pays d’Amérique centrale afin de se faire opérer.

Le mentor, le grand-prêtre, le grand manitou de ces anthologies, Jean-Hugues Villacampa avec Phenomenae NY nous propose de nous emmener aux Etats-Unis, en compagnie de Randolph Derleth, professeur d’occultisme, qui assiste en compagnie d’une jeune dame, Carmélia, à des événements étranges dans Central Park. Et de fil en aiguille, il va faire connaissance d’autres protagonistes dont le mari de Carmélia, John-Hugues, bouquiniste. Un clin d’œil, pour reconnait en ce personnage la figure même de l’auteur, et qui va en amener d’autres. Le thème central est l’annonce de la conjonction de cinq planètes, phénomène rare, en ce mois de juillet 2016, et dont la statue de la Liberté, va se trouver comme le clou de cette histoire. Et ce n’est pas parce qu’il est l’instigateur de cette anthologie, et des précédentes, que Jean-Hugues Villacampa se laisse aller. Enfin si, il se laisse aller dans un imaginaire débridé, mais il signe également la plus longue nouvelle du recueil.

Enfin, pour terminer mon petit tour d’horizon, suivons un auteur prometteur qui œuvre dans des genres divers sans se galvauder. Julien Heylbroeck, dont j’ai déjà eu le plaisir de vous présenter deux romans, s’immisce dans l’Histoire, relativement proche, ou plutôt dans la continuation de l’Histoire. Bleu, tel est le titre de son texte, et des bleus, l’homme qui se réveille dans une cave, lié à des tuyaux de cuivre en est marqué. Il se demande comment et pourquoi, il est arrivé dans cet endroit de désolation, et recherche dans ses proches souvenirs, ceux qui lui restent après une biture dans un bar, en compagnie d’un homme qui lui semblait inoffensif.

Et comme il faut parfois une respiration entre deux nouvelles, Patrick Eris s’est amusé à rédiger de petites brèves de comptoir littéraire. Quelques lignes, voire une page, pas plus, mais qui se lisent comme un petit blanc avalé vite fait entre deux boulots, une décompression qui n’est pas factice.

Un véritable choix vous est donc proposé parmi tous ces monstres, monstres cachés en nous, monstres humains, monstres mythologiques, monstres de papier, le rayon est bien garni et n’attend plus que les chalands en quête de sensations fortes.

Sommaire :

Préface de Caza, illustrateur de couverture et 20 images intérieures. Page 7.

Nouvelles de :

RODMACQ Célia : Des choses au fond des yeux. Page 11. Lauréate du concours Imajn’ère.

CEDE : Une si jolie chose ! Page 29. Lauréat du concours Imajn’ère.

REEVES J. A. : Une histoire de loyer. Page 51. Lauréate du concours Imajn’ère.

RAVAT Christian : La spécialité de Charcoin. Page 59. Lauréat du concours Imajn’ère.

CHAUDERON Samantha : Mort dans l'œuf. Page 79. Lauréate du concours Imajn’ère.

VERDIER David : East End, november. Page 99. Lauréat du concours Imajn’ère.

TARVEL Brice : La prison de cuir. Page 119.

DAMBRE Roxane : Les morts ont toujours tort. Page 141.

SANAHUJAS Simon : Un monstre se cache là-dedans. Page 161.

DAVOUST Lionel : Regarde vers l'ouest. Page 177.

HEYLBROECK Julien : Bleu. Page 211.

GREENE Beth : Un si beau costume. Page 225.

LEROY-RAMBAUD Martine : Les elligrées. Page 241.

LEBOULANGER Camille : Le chant du Profond. Page 251.

CALVIAC Audrey : Mon très cher monsieur Lapin. Page 273.

SONCARRIEU Pierre-Marie : Memento Mori. Page 283.

CUIDET Arnaud : Mon pire ennemi. Page 305.

LUCE Christine : AIRE3. Page 323.

GEHA Thomas : Le monde selon Minos. Page 343.

VILLACAMPA Jean-Hugues : Phenomenae NY. Page 353.

MALLET Sarah & Romain : Mais... qu'avez-vous fait gober à Solange ? Page 405.

CARPENTIER Francis : Tanatot. Page 423.

VERSCHUEREN Jérôme : La petite chose de Yuggoth. Page 443.

ERIS Patrick : Les brèves. Pages 49, 77, 117, 159, 209, 239, 271, 303.

Postface de Jean-Hugues Villacampa. Page 459

Les auteurs : Page 461.

L’illustrateur : Page 479.

En 2013, j’avais eu le plaisir (si, si !) de vous présenter Total Chaos, qui était le premier recueil publié par Imajn’ere. Et en compulsant le sommaire, réduit à l’époque, on peut se rendre compte que depuis quelques lauréats au concours ont tracé leur sillon avec leurs plumes trempées dans l’encre noire. Par exemple Julien Heylbroeck et Jérôme Verschueren qui ont offerts quelques bons titres depuis, aussi bien aux éditions du Carnoplaste qu’aux éditions Les Moutons électriques.

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