Trois Cercueils Se Refermeront CARR328

JOHN DICKSON CARR

Trois Cercueils Se Refermeront


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Le jeudi 12 Fevrier 2015

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John dickson CARR




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

The Hollow Man - 1935. Traduit pas Hélène Almaric. Première édition Le Masque N°1923. Parution le 26 octobre 1988. Réédition Le Masque Poche N°54. Parution le 7 janvier 2015. 300 pages. 7,50€.

Mais auparavant, ils se sont ouverts ! Logique non ?

Tous les soirs de la semaine, ou presque, ils retrouvent dans la confortable arrière-salle d'un pub afin discuter en toute liberté. Ils, ce sont le docteur Charles Grimaud, Stuart Mills, qui deviendra l'interlocuteur privilégié de Gideon Fell et de l'inspecteur Hadley, ainsi que Pettis, Mangan, Burnaby. En général c'est surtout Grimaud qui tient le crachoir.

En ce soir du 6 février, après que Grimaud a accaparé la parole comme à son habitude, imposant son avis sur les fausses histoires de fantômes, tout en affirmant croire justement à ceux-ci, un individu s'introduit dans leur petite pièce et s'interpose dans la conversation, ou plutôt le monologue de Grimaud.

Les propos tenus par l'homme sont assez hermétiques pour la plupart de cette petite assemblée. Il parle d'un frère qui représente un grand danger pour Grimaud, d'un frère qui se serait levé de son cercueil, et qui pourrait lui rendre visite. En fait il y aurait trois cercueils, précise-t-il. Avant de partir il laisse sa carte sur laquelle sont inscrits son nom et sa profession, Peter Fley illusionniste, et son adresse, Cagliostro Street.

Trois jours plus tard, le 9 février, alors que le docteur Fell célèbre l'arrivée de ses jeunes amis, Ted et Dorothy Rampole, il commence à se disputer avec le superintendant Hadley à propos de méthodes scientifiques en criminologie. Rampole s'immisce dans la conversation en demandant à Fell s'il connait la signification des mots Trois cercueils. Il a vu récemment Mangan qui lui a narré la soirée du 6 février. Fell connait bien Grimaud et s'intéresse à l'histoire. Mangan est amoureux de la fille de Grimaud lequel depuis quelques jours reçoit des lettres, qu'il déchire sans un mot. Grimaud aurait demandé à Mangan d'être présent ce soir du 9 février et a commandé un tableau à Burnaby. Ce tableau représente un paysage bizarre avec des arbres et des pierres tombales. Il s'est fait livrer cette peinture et il a fallu pas moins de deux hommes pour monter l'emballage à l'étage.

Fell est intrigué par cette histoire : Quand un prétendu dément menace un homme sensé, vous êtes libre de le prendre au sérieux ou pas. Mais quand un homme sensé se conduit exactement comme un dément, je sais que moi, je prends l'affaire au sérieux.

Fell et ses compagnons, Rampole et Hadley, se rendent immédiatement au domicile de Grimaud. La neige tombe et le seuil est vierge. Ils sont reçu par la gouvernante de Grimaud, ainsi que par sa fille et Stuart Mills qui sont dans tous leurs états. Ils ont entendu un coup de feu. La porte de Grimaud est fermée de l'intérieur et grâce à une petite pince, ils parviennent à forcer la serrure. Grimaud est agonisant mais il parvient à bredouiller quelques mots. Il faut souligner ici le travail de la traductrice qui effectue une véritable gymnastique entre anglais et français pour nous révéler ces paroles, alors que bien évidemment Fell et consorts n'ont pas besoin eux de traducteur. Mais ce bafouillis est pour le moins incompréhensible même pour Fell.

Une fenêtre est entrouverte mais donne sur une cour intérieure. D'après la hauteur, le meurtrier présumé n'aurait pu sauter sans en subir des conséquences fâcheuses, et d'ailleurs il n'existe aucune trace de réception dans la neige. La cheminée non plus n'aurait pu servir de moyen d'évasion. De plus des papiers finissent de brûler dans l'âtre, cendres que s'empresse de prélever Fell afin de pouvoir les étudier plus à loisir. Le fameux tableau représentant trois pierres tombales a été lacéré. Toutefois un embryon d'idée se coagule dans le cerveau du détective, surtout après avoir examiné la bibliothèque

L'origine de l'histoire se trouve en Transylvanie, c'est ce que déduit le docteur Gideon Fell. Mais toutes les déclarations, déductions, raisonnements, voire démonstrations, sont à prendre au conditionnel.

Le lendemain, Hadley annonce un nouveau meurtre, en plein air cette fois. Celui de Fley, retrouvé dans mort dans sa rue, un pistolet à quelques mètre de lui. Tout autour la neige est vierge. Or ce meurtre aurait été perpétré environ une heure après la tentative d'assassinat, réussie, de Grimaud.

Outre les deux résolutions de cette double énigme qui en réalité n'en font qu'une, on lira avec plaisir et intérêt une mini conférence de Fell sur les fantômes, et l'on peut se demander à juste raison si derrière le détective se cache J.D. Carr lui-même.

Ensuite le point de vue de O'Rourke, collègue de Fley dans un minable cabaret, sur les réactions des spectateurs lorsqu'ils apprennent le truc des illusionnistes. Peut-être comme le lecteur lorsque la solution lui est formulée et qu'il décide, en fin de compte, de penser et de déclarer que finalement ce n'était pas si compliqué que cela en avait l'air.

Enfin le chapitre sur les problèmes de meurtre en chambre close, qui donne lieu à une longue dissertation de Fell, est riche d'enseignement en tout point, surtout pour le lecteur qui s'intéresse au roman policier d'énigme et de meurtre(s) en chambre close plus particulièrement. A noter cet échange entre Pettis et Fell.

- Mais, si vous voulez disséquer des situations impossibles, l'interrompit Pettis, pourquoi choisir la fiction policière ?

- Parce que, dit le docteur Fell avec franchise, nous sommes dans un roman policier, et quoi qu'on lui dise, le lecteur ne s'y trompe pas. Inutile d'inventer des prétextes compliqués pour introduire un débat sur les romans policiers. Glorifions-nous franchement de nous adonner à la plus noble des quêtes offertes à un personnage de roman.

Inutile de préciser que là encore, derrière Fell se profile l'ombre de John Dickson Carr, sa pensée et sa conviction d'écrivain. Et le lecteur français peut être fier car Fell déclare :

La solution la plus satisfaisante à ce type d'intrigue, et qui inclut un meurtrier, se trouve dans Le mystère de la Chambre Jaune, de Gaston Leroux, le meilleur roman policier jamais écrit. Cocorico !

Contrairement à La chambre ardente, roman sur lequel planait une ombre de fantastique, Trois cercueils se refermeront n'empruntent pas à ce genre de littéraire. Tout est plausible, vérifiable, concret, même si parfois la résolution de l'énigme semble quelque peu tirée par les cheveux. Mais guère plus que dans certains romans noirs, thrillers, ou romans policiers en tout genre dont l'histoire est dépendante de l'inventivité, l'imagination et la créativité de l'auteur.

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