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MAREK CORBEL

Auguste L’aventurier


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Marek CORBEL




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Goater noir N°22. Parution le 16 novembre 2017. 252 pages. 18,00€.

Ce n’est pas parce qu’il s’appelait Auguste que c’était un clown…

Cinq jours avant la libération de Paris de l’occupation allemande, Suzanne, une jeune bonne bretonne, avance avec difficulté, portant un lourd cabas, se dirigeant vers la rue Damrémont dans le XVIIIe arrondissement. En ce 14 août 1944 la chaleur l’indispose, pourtant il lui faut absolument se rendre « chez Frési » et rencontrer Le Léon. Un garçon-boucher lui a remis un mot émanant de sa sœur aînée Louise qui a disparu depuis 1940. Selon certaines informations, Louise serait emprisonnée dans un cabaret, fief de truands notoires.

Chez Frési, qui devient par la suite chez Fransi, Gus Le Léon est occupé dans la cave avec quelques comparses. Il tape le carton dans cde tripot clandestin, mais il ne dédaigne pas s’occuper de quelques affaires en marge, surtout lorsque cela met en cause une bande de Corses. Car, là encore des informations affirment que Louise serait détenue comme tapineuse par les Bariani dans un clandé nommé L’Herbe bleue. Mais il lui faut faire gaffe, à la Carlingue notamment, c’est-à-dire la Gestapo, et en compagnie de ses amis Dédé Banquise et Frantz l’Avignonnais, il va se mettre en route, Suzanne lui ayant refourgué quelques biftons qu’elle a réussi à épargner ou qu’elle a obtenu par sa sœur en même temps que le message.

Août 1976. La canicule encore. Serait-elle à l’origine du décès du général Guyot de Kernavoelen en son château du Hénan, à Nevez, entre Pont-Aven et Concarneau. Le lieutenant Kerautret est chargé de s’informer de ce décès qui n’est pas suspect, mais presque. Le général possède un passé de baroudeur, durant la guerre puis en Indochine et en Algérie. Après il a été nommé à la tête du contre-espionnage français et, surtout, il était ami avec Raymond Marcellin, l’ancien ministre de l’intérieur du 31 mai 1968 à fin février 1974. Il leur faut donc marcher sur des œufs.

Une conférence de presse est organisée, et parmi les envoyés spéciaux des grands quotidiens parisiens, se tient Suzanne Le Bris, une localière qui doit également assurer un reportage auprès d’un auteur de romans policiers en vue, un Breton du Nord-Finistère.

Après la conférence de presse, elle se rend chez le romancier de polars, et il lui semble bien reconnaître l’homme. De même Auguste Treguier, qui vit en compagnie de sa femme Margot, est subjugué par cette belle Bretonne d’une petite cinquantaine d’années. Ils vont se rencontrer à plusieurs reprises, parlant de la carrière de l’auteur.

Le procureur et le juge sont perplexes. Un commissaire de la Sûreté est dépêché de Paris pour enquêter conjointement avec la brigade de gendarmerie de Pont-Aven, et leurs sentiments sont partagés. L’autopsie démontre que le général a été empoisonné. Mais s’agit-il d’un meurtre politique ou d’ordre privé ?

Le lecteur navigue entre 1944 et 1976, effectuant de nombreux allers-retours et il est happé par la narration. Soit Suzanne s’exprime sur ses démarches en 1944, soit Auguste Treguier se confie intérieurement sur son parcours. Et ces deux narrations à la première personne du singulier incitent le lecteur à changer de statut. De témoin assisté dans une narration impersonnelle, il devient le confident de ces deux personnages. Et entre les deux narrations, l’auteur emploie le système narratif de la troisième personne, afin de mieux enchaîner, lier le tout. Et si ce lecteur sait à la moitié du roman comment et par qui ce meurtre a été commis, il lui faudra attendre afin de savoir pourquoi.

La langue verte ou argot, et à fortiori la langue française, évolue selon les modes linguistiques et les ajouts empruntés à de petits marlous, à des enfants de la banlieue ou à des membres de communautés étrangères. Mais c’est bien la première fois que je lis goalante pour goualante, ou giar pour gnard ou gniard. Mais ceci n’est qu’une réflexion de croulant qui a évolué dans cette atmosphère (incidemment, j’ai vécu rue Damrémont) et les gnières qui n’ont pas jacté l’argomuche de Pantruche n’y entraveront que dalle à ma jactance.

Mais ceci n’est qu’un détail dans ce roman hommage à Auguste Le Breton, né Monfort, à Lesneven en 1913, et qui se rendra célèbre pour sa série des Rififi, dont le premier Du Rififi chez les hommes parait à la Série Noire en 1953. C’est dans Les Hauts-murs puis dans La Loi des rues qu’il narre son enfance et son adolescence, une autobiographie romancée, via un personnage nommé Tréguier.

Et l’on retrouve certains traits, certains épisodes, ses colères, ses diatribes dans les passages où Auguste Tréguier prend la parole. Il n’est pas tendre entre les auteurs issus de mai 69, des petits bourges qui ne connaissent rien à la vie, surtout celle des truands. Et il vitupère contre les Presses de la Ville, référence aux Presses de la Cité, qui rechignent avec sa série des Antigangs, dont le premier roman sera effectivement publié chez Plon (Plomb pour Gus) en 1977. Il évoque également le cinéma, Ennio Morricone, Jules Dassin, Henri Verneuil pour le Clan des Siciliens, et d’autres. Et Auguste Tréguier se confond dans Auguste Le Breton et inversement.

Gus n’échappe pas au plaisir des comparaisons, presqu’un conflit de génération littéraire, et s’il évoque Manchette et ADG, deux inséparables diamétralement opposés, Léo Malet, José Giovanni, Simonin, ou encore Raf (et non Ralf) Valet, ce n’est pas toujours pour leur tresser une couronne de fleurs.

Des personnages réels traversent ce roman, telle Fréhel, l’inoubliable interprète de Tel qu’il est il me plait, et les figures moins sympathiques comme Bonny et surtout Lafont sont évoquées. Toutefois, la Dauphine, une voiture crée par Renault, ne pouvait rouler dans Paris en 1944, puisqu’elle n’a été conçue que dans les années 50 et mise sur le marché à partir de 1956.

Un bon roman historico-policier qui nous fait remonter le temps, et découvrir la face cachée de certains personnages, à la fin de la guerre puis après.

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