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 COLETTE




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

J’AI LU N°2. Edition du 12 septembre 1978. 128 pages.

Première édition Flammarion. 1923.

Certifié sans OGM !

Dans ce roman de 1923, Colette, alors âgée de cinquante ans, narre tout en pudeur les approches amoureuses et sexuelles de deux gamins, Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans. Mais cela ne se circonscrit pas à ces relations d’enfants se connaissant depuis leur naissance, se côtoyant à Paris, et qui se retrouvent ensemble dans une grande maison non loin de Cancale avec leurs parents pour les vacances estivales.

A cet âge où l’adolescence commence à trouver en leur cœur des bourgeons amoureux, Phil et Vinca jouent, pêchent les coquillages, se disputent parfois pour des fadaises, mais sont comme des amants platoniques. Ils découvrent qu’ils s’aiment alors que depuis des années pour eux c’était l’amitié qui prévalait.

Il suffit qu’un jour, alors que Phil se promène seul, il est abordé dans la campagne par madame Dalleray, la Dame en blanc, une trentenaire qui a loué une maison pour l’été non loin de la leur. Elle s’intéresse au garçon et peu à peu celui-ci va la retrouver chez elle. Elle sera son initiatrice et le déniaisera. Mais Vinca s’aperçoit de ce manège nocturne. La Dame en blanc repart chez elle et entre les deux enfants, la jalousie et l’amour se disputent la prépondérance. Et les parents dans tout ça ? Ce sont les Ombres comme les appellent Phil et Vinca. Des personnages secondaires, très secondaires.

Ce roman sera diversement apprécié par les tenants de la morale, alors qu’il n’y a rien, sauf un ou deux passages légèrement suggestifs, et le film qui en sera adapté en 1954 sera également sous les feux des critiques négatives.

« Avec Le Blé en herbe, Autant-Lara retrouve ses ennemis de base. Les intégristes de tout poil se déchaînent. Ainsi, une association baptisée « Cartel d’action morale et sociale à Paris » lui envoie ce texte "gratiné" : « Votre projet, tiré de l’œuvre de Colette, nous déplaisait en raison des répercussions morales néfastes que ne pourrait manquer d’avoir un tel film sur l’ensemble de la jeunesse de notre pays. Du reste, nous songions déjà à le dénoncer aux autorités lorsque nous avons appris par la presse que vous renonciez à la réalisation de ce film, par suite de l’état de santé d’Edwige Feuillère ». Malheureusement pour nos censeurs autoproclamés et heureusement pour le cinéma, le film se fera, en 53, avec une Edwige Feuillère qui a retrouvé sa robuste santé. Colette qui assista à la première projection publique ne cacha pas sa satisfaction. La critique accueillit le film sans enthousiasme mais la jeunesse s’y précipita en masse. En ce milieu des années cinquante, Le Blé en herbe fit beaucoup pour l’éveil de la sexualité des adolescents « coincés » dans une France encore bien puritaine. »

— Francis Girod, Discours prononcé lors de sa réception sous la Coupole en hommage à Claude Autant-Lara

Depuis les mœurs ont évalué, et les amours enfantines ne choquent plus guère, sauf quelques bigots confits dans leur méconnaissance de la vie. Pourtant de nos jours comment serait accueilli cet ouvrage, qui est devenu un classique, avec le déchaînement des associations féministes ?

Un homme qui s’intéresse à une jeune fille est considéré comme un prédateur sexuel. Mais une femme qui prête son corps à une éducation sentimentale ne peut-elle être qu’une initiatrice et donc faire œuvre pie ?

Il est de notoriété publique que Colette, qui était anticonformiste, puisait souvent dans sa vie privée pour écrire ses romans. Peut-on imaginer que la Dame blanche ne soit autrement que Colette qui eut pour amant durant un certain temps Bertrand de Jouvenel, le fils de son deuxième mari, Henri de Jouvenel, alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Il était né en 1903 et donc cette passade ce serait déroulée en 1920. Et Colette ayant divorcé d’Henri de Jouvenel en 1923, ce roman celait peut-être leur rupture.

Ce roman a été adapté au cinéma par Jean Aurenche, Pierre Bost et Claude Autant-Lara, dans une réalisation de Claude Autant-Lara, en 1954. Les principaux interprètes en furent : Pierre-Michel Beck : Phil Audebert, l'adolescent, Nicole Berger : Vinca Ferret, l'adolescente, et Edwige Feuillère : Mme Dalleray, la dame en blanc.

Les romans emplissent cent pages, ou plus, de la préparation à l’amour physique, l’événement lui-même tient en quinze lignes, et Philippe cherchait en vain, dans sa mémoire, le livre où il est écrit qu’un jeune homme ne se délivre pas de l’enfance et de la chasteté par une seule chute, mais qu’il en chancelle encore, par oscillations profondes et comme sismiques, pendant de longs jours.

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