La Passion Du Nègre COHEN_SOLAL508

JEAN-MICHEL COHEN SOLAL

La Passion Du Nègre


Aux éditions LES CHEMINS DU HASARD

327

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Le mardi 31 Juillet 2018

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Jean-michel COHEN SOLAL




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Parution le 17 mai 2018. 166 pages. 15,50€.

ISBN : 979-1097547127

Ou, pour faire taire ceux qui voient du racisme partout et par voie de conséquence l’encourage, La ferveur de l’écrivain fantôme.

Alors qu’il a un manuscrit apparemment perdu dans les méandres labyrinthiques des maisons d’édition parisiennes, Solal, parfaitement bilingue, subsiste en donnant des cours particuliers de français à des élèves new-yorkais ou en traduisant des ouvrages.

Il vit à New-York, dans un petit immeuble situé à l’angle de la 94e Rue et de la 2e Avenue. Ce n’est pas vraiment le Pérou avec un propriétaire Irlandais pingre et qui préfère procéder aux réparations lui-même qu’à les confier à des spécialistes.

Solal se baguenaude entre deux cours, et deux maigres repas, dans la Grosse Pomme, plus particulièrement à Harlem. Il se souvient de son enfance, avec des parents dont la passion et la profession tournaient autour de la musique. Mais il a préféré se diriger vers la littérature, autre passion qui ne nourrit pas son homme. Pas souvent tout au moins.

Il est fort étonné, lorsque dans une bibliothèque publique, alors qu’il feint d’être intéressé par un article dans un journal, un lecteur assis à la même table l’aborde en lui affirmant qu’il le connait. Et qu’il a lu son manuscrit narrant la fin de la vieille Europe et les montées du nationalisme. L’homme ne tarit pas déloge sur cet ouvrage diffusé et surtout lu confidentiellement à New-York.

L’homme se présente, mais afin de respecter son identité, Solal se contente de l’appeler M. D’ailleurs M., qui possède à son actif quelques ouvrages édités à des millions d’exemplaire, qui se cache sous un pseudonyme, qui n’a jamais accordé d’entretien dans les journaux, a toujours refusé de participé à des émissions télévisée, lui demande quelque chose qui l’étonne, l’interloque, le laisse pantois.

M. souhaite que Solal devienne son double littéraire, un écrivain fantôme, un nègre pour employer la locution usitée depuis la nuit des temps ou presque. Il sera payé en conséquence, ce qui naturellement arrange les finances de notre narrateur.

Solal prendra des notes, effectuera des enregistrements, remettra au propre ce que lui confie M. Car M. est en phase 4 d’Alzheimer, et parfois ses pensées divaguent.

Etrange roman que cette Passion du Nègre qui s’apparente presque à une autobiographie du narrateur. La rencontre avec un écrivain célèbre désirant laisser des traces pour la postérité mais qui ne canalise plus ses idées, qui n’arrive plus à s’exprimer correctement, est entourée d’une forme de nostalgie du passé de l’enfance, de l’adolescence.

Entre les résurgences mémorielles de Solal, ses déambulations, son travail avec M., travail qui lui prend du temps et l’oblige à bousculer ses habitudes horaires, le lecteur navigue entre fiction et réalité. D’autant qu’il va rencontrer d’autres personnages dont un romancier français, des passages qui sortent de l’intrigue et offrent une vision sur celui dont je me garderai bien de vous dévoiler le nom préférant laisser le lecteur dans une interrogation énigmatique.

C’est tout à la fois un roman musical, sur le jazz avec en point de mire le Cotton Club, mais surtout axé sur des pièces musicales, de Schubert par exemple, qu’un roman littéraire aux nombreuses références. Et en toile de fond la perte de Mavis, celle qu’il aimait.

Un roman bizarre et intimiste qui est presque comme un retour sur soi, comme une confession, comme un moyen de faire la paix avec soi-même.

C’est aussi un regard dénué d’empathie envers des événements qui secouent la vieille Europe, mais pas que, des interrogations sur un avenir plus ou moins proche et délétère.

Les odieux attentats qui secouaient le Vieux Continent, et les discours décomplexés de Zemmour, Onfray et d’autres sur la fin de notre civilisation cristallisaient les peurs et les fantasmes dans la société française : la droitisation politique de mon pays m’affectait profondément.

Je pleurais sur l’absurdité d’un monde désenchanté qui rejetait les valeurs d’humanisme et de tolérance dont j’étais nostalgique.

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