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JEAN-FRANCOIS COATMEUR

Des Feux Sous La Cendre


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Le mercredi 10 Janvier 2018

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Jean-francois COATMEUR




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Brest, vers la mi-janvier 1991. Âgée de dix-neuf ans, Bernadette Mérou est étudiante en sociologie. Son petit-ami Jean-Loup Rungoat habite rue Saint-Malo, il partage un logement avec son ami Félix. Congolais d’origine, ce dernier y tient une librairie. Line et Théo, les parents quinquagénaires de Bernadette, restent proches de leur fille bien que leur couple soit en crise. Théo s’organise une autre vie à Rennes, mais revient à Brest le week-end. Ce dimanche-là, Line a trouvé Bernadette soucieuse, tendue. Durant l’après-midi, l’emploi du temps de la jeune femme s’avère mal défini. On la retrouve plus tard, victime d’une chute sur les rochers du port, qui aurait pu être fatale. Pendant sept semaines, Bernadette reste dans le coma. À son réveil, de graves séquelles subsistent.

Malgré un séjour médicalisé à Berck-Plage, le traumatisme de Bernadette n’a pas disparu début août. À son retour chez ses parents à Brest, elle conserve un mutisme inquiétant, et rejette toujours certains proches, tel Jean-Loup. Celui-ci et Line s’interrogent sur la chute de la jeune femme, et sur ce qu’elle fit ce dimanche après-midi. Visitant l’appartement de Bernadette, sa mère découvre son mémoire intitulé "Les Exclus de la cité". Elle s’intéressa en particulier au cas d’un vieil homme interné en psychiatrie. Cet Alphonse Ludulic a été placé depuis au Foyer Saint-Urbain, une maison de retraite. Le médecin traitant du foyer est le docteur Marjolin, qui a suivi le cas de Ludulic dès ses premiers dérapages mentaux. Bernadette l’ayant rencontré, Line le contacte, mais il minimise le problème Ludulic.

D’autres ne sont pas coopératifs envers Jean-Loup, non plus : c’est la famille du vieux monsieur, qui vit dans sa propriété. Edmond Crapart, neveu de Ludulic, apparaît comme un homme d’affaire assez influent, appartenant au club de notables "Les Féaux d’Armor". Sa ravissante compagne Asuncion n’est pas sa première épouse. Justin, le fils d’Edmond, fait facilement preuve d’agressivité. Les Crapart font partie d’une classe sociale qui ne se mélange pas avec tout le monde. Selon un voisin, Ludulic était déjà singulier, son parcours de colonial en Afrique y ayant sans doute contribué. Quand Line Mérou peut finalement poser quelques questions au vieil homme, il n’est guère bavard, répondant des platitudes. Ludulic est-il prisonnier de cette maison de retraite, ou de ses fautes passées ?

Si le docteur Marjolin semble troublé et même gêné par ce dossier, au point de se placer en retrait, Edmond Crapart affiche une certaine sérénité. C’est à cause d’une affaire de mœurs que son oncle dut, au départ, être interné. Line et Jean-Loup savent maintenant que Bernadette est passée chez Crapart la veille de son "accident", et qu’elle devait voir Ludulic l’après-midi en question. Jean-Loup et Félix tentent d’entrer nuitamment au foyer pour mettre la pression sur le vieux monsieur, mais c’est un échec. Lorsque se produit un suicide suspect, le policier Lordois et son équipe mènent une enquête sérieuse. Bien des choses méritent d’être éclaircies, en effet. Pour autant, il subsiste un vrai danger autour de Bernadette et de sa mère…

(Extrait) “Jean-Loup, qui avait réduit l’allure, vit l’individu qui s’extrayait de l’angle opposé de la bâtisse. Costaud, large d’épaules, démarche pesante d’homme de la terre, il portait combinaison de peine et bottes en caoutchouc boueuses et tenait par une laisse courte un grand chien au poil ras. Ludulic ? Après tout, il aurait pu au téléphone faire avaler à Line n’importe quelle salade ? Jean-Loup ralentit encore et stoppa au mitan de la terrasse. Il plaça l’engin sur sa béquille, s’avança. Le type était bien plus jeune qu’il ne l’avait cru, la vingtaine à tout casser, un balèze dont la face avait l’expression bornée à l’animalité forte de ces vachers d’autrefois, pauvres bougres à demi demeurés qu’on croisait parfois dans les campagnes perdues. Le gros chien tendait sa laisse en exhibant des crocs écumants […] Le garçon le décortiqua pièce à pièce, méthodiquement. Une étincelle roublarde éclaira le lourd visage rougeaud. Le chien continuait de gronder, collé à la botte de son maître, un jus verdâtre lui dégoulinant de la gueule.”

Comme dans la plupart des livres de Jean-François Coatmeur, cette intrigue ne repose pas sur des investigations balisées, type "roman d'enquête". Certes, au fil du récit, arrivent de nouveaux éléments qui précisent le rôle – parfois obscur – des protagonistes. La captation des biens d’un vieux colonial n’a d’intérêt qu’à travers les rouages de cette magouille. En fait, c’est le sort de Bernadette et de ses proches qui crée l’ambiance de cette histoire. La jeune femme, apathique suite à sa terrible chute, n’est plus en état de témoigner. Sa mère ne se consacre plus qu’à elle. Même si son mari apporte quelques détails, c’est sur le fougueux petit-ami de Bernadette que Line peut compter pour démêler les mystères.

Il n’est pas nécessaire de vanter la qualité des romans de Jean-François Coatmeur, dont la construction est toujours parfaite. Il est bon de souligner aussi la richesse du vocabulaire employé par l’auteur. Par exemple, il parle plutôt de vestibules et de corridors, au lieu de simples entrées et couloirs. En quelques mots choisis, il décrit une scène : “Sur sa gauche, un réverbère éclairait le béton triste d’une petite église au modernisme biscornu. Il traversa la placette, atteignit le porche”… ou dresse le portrait d’un personnage : “Il s’exprimait d’une voix parcimonieuse, comme si son statut de gringalet impliquait aussi cette économie d’énergie. Dans ses yeux d’un bleu de myosotis s’attardaient des candeurs d’enfance.” Loin d’une narration sans relief, quel style dans l’écriture de l’auteur !

Jean-François Coatmeur nous a quittés le 11 décembre 2017, à quatre-vingt-douze ans. Son œuvre ne sera pas oubliée par les amateurs de suspense. Lire ou relire ses romans, aussi sombres fussent-ils généralement, c’est l’assurance de grands plaisirs de lecture.

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