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JEAN-PAUL CHAUMEIL

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Le samedi 31 Janvier 2015

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Jean-paul CHAUMEIL




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

La vie de W. a basculé vers 1979-80 en Italie, quand il a rencontré un certain Dan. Celui-ci dirigeait un groupuscule anti-communiste, le Gladio. C'est sur une base de l'OTAN que son adjoint Gus entraînait des tireurs d'élite, des baroudeurs qui seraient envoyés plus tard en mission. Avec une préparation idéologique, afin que ces exécuteurs réalisent les bienfaits de l'économie capitaliste mondiale, pour laquelle ils allaient œuvrer. Être grassement payé afin d'éliminer les grains de sables qui nuisent à l'ultra-libéralisme, sans contact avec les commanditaires. Ne pas exister, mener des opérations occultes pour un résultat efficace. Voilà ce qu'on attendait de W. et de ses semblables. Il arriva qu'il coopère avec des gens exerçant le même métier particulier.

À Samarkand (Ouzbékistan), c'est avec Dimitri qu'il accomplit sa mission. C'était l'époque post-Gorbatchev, où l'on faisait le ménage autour de Gazprom afin que ça devienne un puissant holding. W. est intervenu depuis dans d'autres pays du monde. Y compris aux États-Unis, à la demande de l'industrie céréalière. C'est cette fois-là qu'il découvrit les Struggle For Live, un groupe de rock trash. Leurs musiques violentes accompagnent généralement ses missions, depuis cette époque. Quant à lui, W. n'est pas du tout opposé au système, qui lui permet de gagner des fortunes avec une activité “infralégale”. Que ses employeurs soient puissants, tandis que W. reste discrètement dans la marge, voilà ce qui lui garantit une certaine sécurité.

Il y a plus de vingt ans qu'il est exécuteur sur contrats. Le Gladio de Dan, c'est du passé. Il compte sur son ami trader new-yorkais Jack pour gérer au mieux son patrimoine. En abattant naguère un duo de maîtres-chanteurs, W. rendit un sacré service à Jack. En ce début septembre 2001, W. s'est installé au Chelsea Hotel, en plein cœur de New York. Il a une nouvelle mission lucrative à remplir, dans une des tours du World Trade Center. Buter un inconnu, récupérer sa mallette de documents, la transmettre à un contact, sans rien savoir des raisons de l'opération, parfait pour W. Tout se déroule comme prévu. Sauf qu'il remarque une femme qui le surveille et, surtout, que la tour du WTC se met à trembler. Dimitri est présent, lui aussi, venu là pour supprimer sur contrat son collègue W.

W. avoue avoir été déstabilisé par la situation inattendue, même si l'obstacle principal n'était pas Dimitri. Descendre avec la foule fuyant l'immeuble, sortir du guêpier encore inexplicable, regagner le Chelsea Hotel, c'est ce que lui dicte son instinct de survie. Il se procure au plus vite des armes. Après un périple dans la ville paniquée, W. pense que le Chelsea Hotel est surveillé. Se réfugiant dans une église, il s'aperçoit que les documents de la mallette qu'il a récupérée possèdent une très forte valeur.

Il est temps de faire son débriefing personnel. Et de se demander pourquoi il est, à son tour, devenu une cible ? Il a pourtant toujours privilégié le business, ne pratiquant jamais de politique. Lorsqu'il rentre clandestinement à l'hôtel, repérant des gens en surveillance, W. est sûr que plusieurs camps le traquent. Une nommé Lila, probablement employée par un service secret, lui offre une opportunité de négocier. Leur cavale ne sera pas sans causer quelques nouvelles victimes….

Il serait un peu trop facile de classer ce livre parmi les “romans d'espionnage”, ou de lui donner la même étiquette que ces “thrillers internationaux” traitant de la guerre secrète. Il est vrai que l'auteur souligne le cynisme de la finance mondiale, de son mépris de tout ce qui gêne son essor exponentiel. Ce qui a déteint sur le personnage central, narrateur de cette histoire, converti à l'ultra-libéralisme. S'il garde en lui une certaine rébellion, elle est musicale, à travers les chansons ponctuant ses missions. Pour le reste, le fric est plus motivant que tout, à ses yeux. Ce genre d'exécuteur sur contrat est-il crédible ? Ne dit-on pas que, au nom de la Raison d’État, certains pays utiliseraient les services de tueurs ? Des financiers usant de méthodes mafieuses pourraient assurément faire de même.

Le héros qui se trouve “au mauvais endroit, au mauvais moment”, c'est une des grandes traditions du polar. Quand il s'agit d'une tour du World Trade Center, le 11-Septembre, on est fatalement entraîné dans une situation extrêmement complexe. Notons qu'une partie de l'affaire se passe au Chelsea Hotel : un lieu judicieusement choisi, car c'était encore à l'époque une joyeuse pétaudière où tout pouvait se produire. Nous voilà plongés dans un tumultueux roman d'aventure, où plane un danger omniprésent.

Ce suspense possède un atout supplémentaire : sa tonalité d'écriture. Le narrateur interpelle le lecteur, ne cachant rien de son état d'esprit, de son activité, de son passé. Les dialogues sont peu nombreux, internes au texte, indiqués en italiques. Ça correspond à la logique d'un récit qu'il nous raconterait de vive voix, type “témoignage vécu”. Surtout, la méthode étant bien maîtrisée, ça offre un tempo bienvenu à l'intrigue. Un premier roman de très bon niveau.

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