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DANIEL CARIO

Les Brumes De Décembre


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Daniel CARIO




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 4 avril 2019. 560 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2258152649

Mais les brumes de décembre se répercutent sur toute l’année…

La tête embrumée de Franck Hamonic n’est pas posée sur un corps, mais sur une barrique. Car il est fin saoul, Franck, et quasiment tous les jours. Une façon de vivre, de se comporter, et il a à peine dépassé les vingt ans d’existence !

Ce soir là n’échappe pas à l’habitude et quand il rentre avec sa fourgonnette chez lui, enfin dans le gourbi aménagé chez sa belle-mère, il tangue et il roule, même s’il est sur la terre ferme.

Le lendemain, 24 décembre, alors que tout devrait être propice à la fête, il est découvert pendu. Un suicide apparemment, seulement l’adjudant Philippe Derval, de la brigade de Port-Louis, n’est pas convaincu par ce qu’il lui semble être une mise en scène. Le médecin légiste bâcle son travail, mais Derval remarque sur les poignets d’Hamonic des traces de suspectes de ruban adhésif. Et vlan dans la suffisance du légiste qui n’a pas pris au sérieux cette affaire, trop occupé, peut-être, par l’approche de Noël.

Mais la brigade de Port-Louis est embarrassée par une autre affaire, banale et pourtant lamentable. Une gamine a été retrouvée morte dans un fossé, bousculée de son vélo par un chauffard. Mais pour retrouver l’indélicat personnage, qui ne s’est naturellement pas manifesté auprès de la maréchaussée, les pistes sont minces, voire effacées.

Philippe Derval va mettre son nez dans la vie privée d’Hamonic, une vie qui sent mauvais. Si sa belle-mère élève son fils Tristan, un gamin de deux ans et quelques, c’est parce que sa fille, et accessoirement la femme d’Hamonic, s’est suicidée peu après la naissance du gamin.

Enquêtant chez les parents Hamonic, Derval est intrigué par la jeune sœur de celui-ci, du nom de Sterenn, une adolescente mal dans sa peau, une gothique qui en fait sûrement un peu trop, en dit un peu trop, affabule sans aucun doute, mais dont les révélations ne manquent pas de saveurs. De saveurs et d’interrogations. Hamonic était un voyou, souvent accompagné de deux compères fréquentés depuis leur plus jeune enfance et dont la mauvaise réputation parle pour eux. Sterenn les suivait, petit chien fidèle de son frère et occasionnellement amie de l’un ou de l’autre des deux canailles.

Mais Derval va aussi se renseigner auprès de la maîtresse d’école de la gamine décédée accidentellement, qui eut plusieurs années auparavant dans une autre école du canton Hamonic et compères. En compagnie de son coéquipier, malgré parfois les avis divergents de son supérieur hiérarchique, du médecin légiste qui n’apprécie pas s’être fourvoyer, de la pression de la juge d’instruction, des réticences des parents d’Hamonic et ceux des amis de celui-ci, des fausses pistes placées comme des peaux de banane à cause d’idées préconçues ou involontairement envisagées comme des prétextes à défendre, à masquer certains faits, Derval patauge dans la vase des parc ostréicoles et les maraîchages.

Et comme son ménage ne va pas très fort, sa femme étant déçue de se retrouver comme une âme en peine dans une région qu’elle ne connait pas et dont elle ne souhaite pas faire la connaissance, Derval se sent attiré par la maîtresse d’école, qui par la force de l’attirance des sentiments, pourrait très bien se trouver investie dans un nouveau statut de maîtresse…

Seulement des coups de feu sont tirés, et pas perdus pour tout le monde…

Outre l’aspect policier qui forme la trame de ce roman, deux obsessions se dégagent dans le récit.

D’abord la Bretagne, la beauté de ses paysages, la rudesse du temps et des travaux, aussi bien à la ferme qu’à la pêche, les préjugés qui affadissent la région pour moult raisons, mais aussi la lente déliquescence qui ronge un couple.

Tu veux que je te dise une chose ? Il n’y a que les touristes à faire semblant d’apprécier la pluie et le vent. Les Bretons sont moins cons que les parigots. Par un temps comme aujourd’hui, ils se mettent à l’abri dans le premier bistrot venu devant un café bien chaud…

L’on ne dira jamais assez du rôle social des petits cafés !

Car en toile de fond, le lecteur assiste à l’échec des mariages. Pour de nombreux couples qui gravitent dans cette histoire, à des degrés divers. Mais la focalisation se porte sur celui de Philippe Derval qui maîtrise mieux ses enquêtes, même si celle-ci dure un mois et qu’il atermoie dans différentes suppositions, que dans la gestion de sa vie maritale. Est-ce-ce sa faute ou celle de sa femme qui envisageait pour elle un autre avenir que celui de femme au foyer ?

Cette dilution des sentiments était apparue bien avant de venir en Bretagne. Depuis, la situation s’était aggravée. Etait-ce le fruit de l’habitude ? Autant dans son métier l’adjudant faisait preuve de psychologie, autant avec sa femme il avait du mal à cerner les rouages de son fonctionnement mental.

Quant à l’enquête en elle-même, elle tourne en rond, peut-être parce que l’adjudant n’a pas pris le bon bout de la ficelle, qu’il s’est désintéressé des à-côtés, des personnages secondaires. Mais cela est facile au lecteur d’effectuer ce genre de déclaration, même si au départ, ou presque il se doute de l’identité du coupable. Mais c’était le pourquoi qui lui manquait pour justifier ses suppositions. D’autant que l’auteur joue avec les déclarations approximatives de certains protagonistes, ou des mythomanies d’autres.

Et en toile de fond, c’est la Bretagne que Daniel Cario célèbre, la Bretagne géographique, l’enquête évoluant dans les environs de Port-Louis, mais également la Bretagne sociale et ses travailleurs de la terre et de la mer qui ont bien du mal à joindre les deux bouts mais font preuve de pugnacité.

Moi, je trouve que c’est plutôt une preuve de bon sens de conserver ses racines, de ne pas renier ses ancêtres.

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