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CHRISTIAN BLANCHARD

Les Orpailleurs De La Fosse


Aux éditions CHEMIN FAISANT

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Le jeudi 14 Octobre 2016

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Christian BLANCHARD




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Hermine noire. Parution 1er juin 2016. 226 pages. 10,00€.

L'or à Laura...

S'appeler Le Gall en Bretagne, c'est presque commun, même si c'est un nom propre. Kervella, à Plougatel-Daoulas, c'est la même chose, du genre copié-collé. Alors répondre au patronyme de Le Gall-Kervella, cela sent le Breton pure souche à cent lieux, voire plus car l'on sait que le Breton est voyageur. Se prénommer Napoléon fait un peu désordre dans le paysage, mais après tout pourquoi pas, quoique les références historiques ne sont guère en faveur du petit Caporal. Mais Napoléon Le Gall-Kervella possède une autre singularité particulière ou une particularité singulière. Il est Noir. Il est Noir Breton, et non pas Breton noir car cela laisserait supposer qu'il abuse du Lambig et du Chouchen. Ce qui est faux et pourrait même porter atteinte à son honneur.

Le Gall-Kervella est agent de collecte des ordures (ou déchets) ménagères, c'est-à-dire éboueur ou poubelleur, et en jargon des agents territoriaux affectés à cette tâche ingrate mais indispensable, on s'en rend compte lors des grèves, un ripeur.

Derrière la benne à 05H30, en binôme avec Albert, et c'est parti pour un tour de la ville de Brest et de sa communauté d'agglomération ou de communes, à pousser les bacs, les vider, les repositionner, un labeur assez fatiguant même si le système de levage des poubelles est agréablement (?) amélioré.

Mais Napoléon Le Gall-Kervella ne se contente pas de cet emploi, et il travaille au noir, ayant créé la BBK, la Black Breiz Kaoc'h, Kaoc'h signifiant, je vous livre la signification sans l'odeur, merde, excrément, détritus... Et il est demandé par des particuliers désireux de se débarrasser de produits encombrants sans passer par la case déchèterie, pour des raisons parfois évidentes et qui ne tiennent qu'à eux.

Il est fort bien équipé notre ripeur, en matériel informatique, en incinérateur, broyeur, cuves diverses, en buses, un équipement adapté pour satisfaire ses employeurs occasionnels, un immense terrain avec hangars sur la pointe de Porsguen.

Il est contacté par téléphone, numéro masqué ce qui est pratique lorsqu'on désire garder l'anonymat, pour se rendre route du Rocher de l'Impératrice, pour procéder à la vidange d'une fosse septique. Napoléon l'est aussi, sceptique, car après tout ce travail relève de l'assainissement ou d'entreprises privées ayant pignon sur rue. Il se rend donc de nuit afin d'opérer à un repérage et est reçu par un gorille humain puis par un certain John Smith.

Or, lorsqu'il soulève le couvercle en béton, des odeurs nauséabondes se dégagent de l'ouverture, normal me direz-vous, mais il est anormal que le cadavre d'un homme se tienne debout à l'intérieur de la cuve. Il serait allongé encore, mais non debout, et il résiste le cadavre aux efforts déployés. Enfin, Napoléon parvient à l'extraire de sa gangue d'excréments, et il touche un acompte conséquent pour le faire disparaitre de la circulation. Il touchera l'autre partie de ses émoluments lorsqu'il reviendra avec les preuves de son travail.

Rentré chez lui il s'occupe de son cadavre, mais découvre dans les défécations accrochées à ses pieds des particules, élémentaires, qui se révèlent être de l'or. Mais peu après un autre corps attend ses bons soins dans la réserve d'une bijouterie. Un Asiate comme le précédent et qui possède la particularité d'avoir un gros trou dans la tête. Laura, la jeune femme qui l'a appelé et le réceptionne, affirme à Napoléon que l'homme s'est suicidé. Notre éboueur n'est pas convaincu car tout laisse supposer que son nouveau cadavre a été assassiné.

Il remarque que les deux cadavres se ressemblent étrangement, comme s'il s'agissait de jumeaux. Ce dont il aura confirmation par un de leurs compatriotes, un Bengali comme eux. Napoléon sent qu'il vient de mettre le bras jusqu'à l'épaule dans un engrenage qui pourrait le rendre manchot.

Lorsque j'ai rencontré Christian Blanchard, alors qu'il dédicaçait ses livres sur la place du marché, non loin du calvaire (tout un symbole pour un écrivain !) de Plougastel-Daoulas, il m'a affirmé que ce roman était "soft" par rapport à ses autres écrits. Soft, je crois, est un vieux mot breton qui veut dire doux, souple, mou, moelleux, ou quelque chose comme ça. Je veux bien le croire, et malgré les lieux où cette histoire se déroule et les petites manipulations opérées par Napoléon Le Gall-Kervella, vous n'êtes pas obligés de vous munir d'un mouchoir ou d'un protège-nez.

Partant d'un fait divers réel, Christian Blanchard mêle astucieusement pointe d'humour, mais surtout petits coups de griffe au passage. Ainsi il s'en prend, gentiment (?), au maire qui cumule les emplois, comme si son héros narrateur était bien placé pour donner la leçon.

Il revient sur l'affaire d'une chemise déchirée, et l'adapte à sa manière entre un éboueur et son chef hiérarchique. Mais cela fait moins de vagues qu'à Air France. Je ne reviendrai pas sur cet épisode lamentable d'un pauvre directeur des Ressources humaines (déjà la dénomination montre le mépris affiché envers les salariés !) qui peut mettre à la porte qui il veut, quand il veut, et qui se plaint pour une chemise qu'il se fera rembourser comme accident du travail.

Il émet également quelques réflexions, bienvenues, sur ces Français partis s'installer, pour des raisons qui leur sont propres, professionnelles ou personnelles, à l'étranger, Canada, Australie, Chine, liste que vous pouvez compléter à votre guise, et qui sont devenus des migrants. Comment sont-ils perçus par les autochtones et sont-ils rejetés comme la plupart des immigrés en France ?

L'on sent que l'auteur n'en est pas à son premier roman, ni à sa première diatribe (je vous conseille d'aller visiter son site) et l'intrigue est solide, intéressante, et traite d'un sujet peu souvent abordé, celui du retraitement des déchets. Du moins dans le contexte qu'il propose. Et de plus, les clandestins ont toute sa sympathie. Celle du héros également puisqu'il se rendra même jusqu'à Dhaka.

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