Un Jardin à La Cour BENOTMAN513

ABDEL HAFED BENOTMAN

Un Jardin à La Cour


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Le mercredi 28 Avril 2016

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Abdel hafed BENOTMAN




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

“Un jardin à la cour”, c'est une centaine de pages où le taulard Hafed raconte ce qu'il a traversé. Comme il débuta tôt dans la délinquance, l'été de ses dix-sept ans, son père maçon l'entraîna en Algérie, en espérant bien qu'il y reste. Mais ce parigot natif sut revenir en France, et salua pour la dernière fois sa famille. Quel voyou n'aurait pas été, en 1979, admirateur de Jacques Mesrine ? Alors, avec ses potes, il braque un restaurant chic de la capitale. Avec succès, du moins jusqu'à ce qu'ils soient tous arrêtés. “Époque bénie où le dernier des cons avait quand même un peu de "mentale"… La prison avait, oui je le dis, une forme d'innocence. Nous étions tous coupables dans une prison encore innocente.” Il faut s'imposer en milieu carcéral, mais on y trouve des amis. On n'y communique qu'au minimum, on parle sans se dévoiler aux autres. L'écriture prend du sens.

Lucide, il l'est pourtant : “La prison, c'est le rendez-vous des cons, je ne le dirai jamais assez, et du fait que j'y ai été par trois fois à ce rendez-vous, ça me donne le droit de l'affirmer sans me vexer moi-même ni les autres.” Double condamnation, deux fois sept ans, commuées en une seule. Impossible de suriner les deux juges d'instruction, pas la chance de s'évader, quelques séjours au mitard puisqu'il refuse le travail en prison. Mais lui, il préfère se cultiver en autodidacte. Gamberger, observer, comprendre. “La police à l'ancienne”, a-t-elle jamais été tendre avec le banditisme ? Les viols entre détenus, plus un mythe destiné à effrayer. La misère sexuelle, fantasmes et branlette, oui. Le suicide de prisonniers : “Va savoir si ce n'est pas un sentiment, la peur, le dégoût ou que sais-je, qui finalement vous assassine malgré vous ?”

Ce qui le débecte, ce sont les idéaux exprimés par M.Poncif, prêt aux compromissions les plus odieuses au nom de principes prétendus sains, ou ceux proférés par M.Cliché, roi de la couardise et du non-argument. Dégoûté de la société, Hafed ne l'est-il pas de longue date ? Puis il y aura les cours de théâtre en prison, avant de suivre durant deux ans la troupe culturelle de Marianne, en province. Ateliers pour prévenir les jeunes, distraire les vieux. Un retour à Paris, sans gloire, avec quelques tentatives féminines où il est, pour lui, plutôt question de sexe que d'amour. L'éjaculation des mots, de l'écrit, ça reste une valeur sûre. Conclusion ? “Alors, j'aurai passé mon existence à être joyeux, tout simplement en misant sur la Joie, et sans chercher à être heureux socialement, ni me pourrir à quêter l'utopie du bonheur. Juste joyeux.”

La prison, il l'évoque encore dans la nouvelle “Erika”. La nuit, même sous les verrous, il y a toujours un moyen de prendre son pied. Pas en se faisant sauter par un codétenu. Pour la jouissance, il peut compter sur Erika. Si l'on est tant soit peu inspiré, si on sait la caresser même quand elle est toute froide au début, le bonheur ne tarde pas à monter. Si on a du doigté, elle réagit en se faisant entendre : “Le bruit infernal de ta jouissance, Erika, se démultiplie de cellule en cellule, de numéro d'écrou en numéro d'écrou.” Après 22 heures, ça excite évidemment les autres taulards, tant de liberté sonore. C'est en souvenir de son pote Raymond, qu'il se sent la force de chanter en chœur avec Erika.

Ils sont moins hermétiques à son art, les prisonniers, quand ils ont besoin de ses services pour écrire un courrier. Là, c'est bien lui et son Erika qui doivent se substituer à leur inculture de minables voyous. Moquez-vous de l'Écrivain, les gars ! N'empêche que ça dérange ces messieurs les détenus, ça perturbe leur sommeil. Alors, on réclame le maton, qu'il fasse taire les délires orgiaques et nocturnes du copain d'Erika. On requiert même l'intervention du directeur de l’Établissement Pénitentiaire. Direction le mitard, le cachot pour une traversée de quarante jours. Ça cogite dans la tête pendant ce genre de villégiature. De quoi virer dingue. Lui, il pense à son défunt pote Raymond et à sa douce Erika qui l'attend, ça lui apporte une certaine dose d'évasion…

Ce livre présente une quinzaine d'autres textes d'Abdel Hafed Benotman. Dont l'excellent “Parano-rail”, mettant en scène un employé de wagon-bar se voulant bon citoyen mais qui risque de tomber sur un type qui n'apprécie guère sa suspicion. Cette nouvelle fut publiée dans “Tout le monde descend !”, à l'initiative du festival Noir sur la Ville, de Lamballe, en 2009. Elle est née dans le TGV qui, l'année précédente, le ramenait à Paris en remarquant que le serveur du wagon-bar semblait le trouver louche. À retenir aussi “Les jouets de l'Histoire”, illustrée par Laurence Biberfeld, auteure des dessins de “Coco” (2012, Éd.Écorce) sur un texte plein de fantaisie d'Hafed Benotman. Celui-ci considérait que la plupart de ses écrits gagnaient à être lus à haute voix. Sans doute avait-il raison, mais n'en déduisons pas que son écriture ait manqué de puissance littéraire. Au contraire.

Ex-taulard réglo et rebelle, Hafed ne s'est jamais pris pour un intellectuel : “Quand un connard de socio me dit que la lecture et l'écriture avaient dû me permettre de m'évader de ma dure condition d'enfermé… Je ferme ma gueule. Ces cons d'intellos ne savent vraiment pas la vraie beauté risquée d'une évasion. La liberté ou la mort, loin, très loin de leur littérature thérapeutique” écrit-il dans la nouvelle “Erika”. Néanmoins, son autre vie depuis bon nombre d'années, c'était l'écriture. Théâtre, nouvelles, romans, scénarios de films et poésie, il exprima sa force créatrice par tous les moyens. Tous ceux qui liront “Un jardin à la cour”, et les nouvelles qui suivent, réaliseront que par sa tonalité originale, il n'a pas seulement "témoigné" sur son univers… Il a fait œuvre d'Écrivain. Sa générosité et son talent apparaissent dans chaque phrase, dans chaque mot.

Abdel Hafed Benotman est décédé le 20 février 2015, à cinquante-quatre ans. Son dernier séjour en prison s'est terminé en 2007. Que l'on m'autorise un souvenir : en mars 2008, je pris pour la première fois Hafed en photo, à Rennes. Une relation respectueuse naquit dès cet instant. À chaque fois qu'il vint dans l'Ouest, de Lamballe à Penmarc'h et Mauves-sur-Loire, il émanait d'Hafed une sympathie complice ¯ qu'ont dû ressentir tous ceux qui l'ont connu sous cet angle. Sa fougue et son œil pétillant restent dans le cœur de ses amis. Merci, Hafed ! Nous avons tellement envie que beaucoup d'autres lecteurs partagent ce plaisir de lire tes écrits.

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