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ROBERT BARR

Lord Stranleigh, Millionnaire


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Robert BARR




Une lecture de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection Baskerville N° 20. Parution juillet 2014. 268 pages. 20,00€.

Millionnaire, oui, mais humaniste, ce qui change tout ! La Totale quoi !

L'argent attire l'argent, c'est bien connu, encore faut-il posséder des dispositions naturelles afin de fructifier son héritage. Et Lord Stranleigh détient ce don, amassant tout en aidant son prochain. Car il n'entre pas dans la catégorie des financiers véreux, au contraire, c'est en aidant son prochain qu'il augmente son patrimoine.

Par exemple, dans L'ascension des magasins Bendale, la première des six nouvelles qui composent ce recueil, Lors Stranleigh est abordé par une jeune femme indignée des propos tenus à son encontre par deux individus pour le moins impolis. Or cette passante prénommée Sally n'est pas une inconnue. En effet elle est la fille du garde-forestier de Stranleigh Park, un des nombreux domaines de la famille Stranleigh, et lorsqu'il était gamin, Sally s'occupait parfois de lui. Cela remonte à plus de quinze ans, Sally s'est mariée avec Bendale et ils se sont installés à Londres. Bendale a ouvert une boutique de coutellerie, qui était fort achalandée jusqu'au jour où un dénommé Brassard s'est imposé dans le quartier. Ancien vendeur épicier, il a profité de la faillite de son patron pour racheter la boutique puis il s'est agrandi, a racheté d'autres commerces contigus et s'est développé en écrasant tout sur son passage. Bendale n'a pas voulu lui vendre sa coutellerie alors Brassard s'est déclaré son ennemi en achetant en gros et en cassant les prix. Depuis les époux Bendale vivotent et sont prêts à brader leur affaire. Seulement la somme d'argent initiale proposée par Brassard n'est devenue qu'une aumône et Sally est inquiète pour son mari. Emu, Lord Stranleigh va trouver la parade avec l'aide de gamins des rues.

Souvent il existe une incompatibilité entre la fonction de chercheur, de scientifique et d'inventeur, et celle de financier. Dans L'affaire Sarsfield-Mitcham, Lord Stranleigh va se porter au secours d'un savant américain qui vient de mettre au point un système ingénieux de freinage. Cet appareil est destiné à détecter deux locomotives roulant sur la même voie l'une à la rencontre de l'autre. Ce frein permet de bloquer les deux motrices et donc d'éviter un accident. Lord Strangleigh s'embarque pour les Etats-Unis à la demande de son ami Peter Mackeller, qui lui doit sa richesse, et va contrer les visées d'un riche industriel, possesseur de compagnies ferroviaires, qui aimerait se procurer ce brevet pour rien.

Une petit délégation d'ouvriers agricoles se présente un beau jour chez Lord Stranleigh afin de lui faire part de doléances justifiées. C'est ainsi qu'il apprend éberlué qu'il possède une immense propriété dans le Muddleshire. Les cinq hommes se plaignent de la dégradation des cottages dans lesquels ils vivent et qui leurs sont loués par les métayers de Lord Stranleigh. Ces demeures ont plus de trois cents ans d'âge, n'ont jamais été entretenues, les toits fuient, le plancher est en terre battue, bref ces ouvriers agricoles vivent dans des conditions déplorables. Stranleigh est même tout étonné que ces habitations ne possèdent pas de salle de bain. Au lieu de les faire réparer il va procéder à la construction de nouvelles demeures, possédant tout le confort. Le conseil de comté, par la voie du secrétaire, demande à ce que ces nouvelles maisons soient démolies, car l'architecte n'aurait pas déposé les plans pour approbation. Le fondé de pouvoir de Lord Stranleigh et l'architecte se rejettent la faute l'un sur l'autre, ce qui enlise plutôt qu'elle ne débrouille cette affaire. Lord Stranleigh pique un coup de sang, relatif car il reste toujours affable et flegmatique. Il ne s'en laisse pas conter et va découvrir la faille qui va mettre ses adversaires sur le carreau. Le tout dans Le respect de la loi.

Trois autres nouvelles, L'enlèvement inaperçu, Sa Seigneurie s'amuse et Toute une ville en gage, complètent ce recueil. Elle ont été écrites en 1908 et publiées de février à mai 1908 dans le Saturday Evening Post, soit il y a plus de cent ans. Pourtant elles restent terriblement d'actualité et l'on pourra comparer leur contenu avec ce qu'il se passe actuellement.

Ce que l'on désigne comme délits d'initié en Bourse, le rejet des erreurs administratives sur les simples péquins, les vices de forme et de procédure, l'appétit toujours grandissant des grands groupes commerciaux, je ne citerais pas de noms vous les connaissez puisque deux ou trois hypermarchés en général sont installés à la périphérie de nos villes, désireux d'étendre leurs domaines, imposant leurs prix aux industriels et plongeant les petits artisans et les petits commerces dits de proximité dans des situations précaires.

Il n'y a rien de nouveau sous les têtes des profiteurs, seules les agissements se sont améliorés avec l'apparition de nouvelles techniques de communications et informatiques. La différence réside en l'élégance de l'écriture de Robert Barr, en cet humour so British et dans l'affabilité, le calme, la pondération, le respect que déploie Lord Stranleigh lors de ces différentes aventures. Il ne s'alarme pas, il ne s'excite pas, il prend le temps de l'analyse, jamais bien longtemps grâce à ses facultés intellectuelles, et surtout son humanisme qui le pousse à aider les plus faibles et les plus pauvres face aux requins de la finance et du commerce. Mais il ne rechigne pas non plus à utiliser ses poings pour se défendre des attaques d'aigrefins. Alors qu'il pourrait se contenter d'aller à son club, jouer au bridge, se coucher tard, ou tôt le matin, de prendre son petit-déjeuner à midi, et de laisser ses placements générer de copieux bénéfices.

Existe également en format Kindle pour 5,14€.

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