La Nuit Myope A.D.G.243

A.D.G.

La Nuit Myope


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 A.D.G.




Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

CLAUDE LE NOCHER

Domi est un cadre commercial parisien. Âgé d’environ trente-cinq ans, il est marié avec Christine. Ils habitent dans le 10e arrondissement, du côté de la place Franz-Liszt. Leur brave chien noir, Laskar, est un groenendael ou berger-belge, vif au possible malgré ses neuf ans, assez craintif. La fête du Comité d’Entreprise de sa société s’est poursuivie en boîte de nuit, pour Domi et quelques collègues. Il s’est largement alcoolisé durant cette soirée inhabituelle. Pourquoi se voit-il tel un aventurier, tandis qu’il rentre chez lui en taxi à un horaire matutinal ? Dans ce club, il vient de rencontrer le grand amour. Elle s’appelle Armelle, c’est une mignonne blonde, employée de banque de vingt-cinq ans. Armelle est prête à le suivre pour le projet auquel il rêve depuis des années.

On peut être un responsable commercial pragmatique et éprouver des envies d’ailleurs. Ce qui excite Domi, c’est l’idée d’imiter l’écrivain Robert-Louis Stevenson. Du moins, de faire lui aussi son “voyage avec un âne dans les Cévennes”, tel l’Écossais en 1878. Partir de la Haute-Loire, traverser la Lozère, cheminer jusque dans le Gard, admirer pour de vrai les paysages escarpés et retrouver l’ambiance de la randonnée de Stevenson. Lors de cette soirée en boîte de nuit, Armelle a accepté de l’accompagner. Elle a indiqué son adresse sur un paquet de cigarettes. Pas encore vraiment désenivré, Domi repasse par chez lui, évite de réveiller Christine, quitte son domicile avec le chien Laskar. Entre-temps, il a cassé ses lunettes. Pas si grave, Domi a une paire de rechange à son bureau.

C’est ainsi que Laskar et lui vont traverser à pieds la moitié de Paris. S’il pense à certains écrivains, comme Marcel Aymé ou Jacques Perret, ayant raconté ce genre de périples, il se souvient surtout des fugues qu’il vécut dans sa prime jeunesse. Certes, Domi n’y voit pas trop clair, mais le trajet pourrait se faire sans incident. L’esprit à l’aventure, il va chercher néanmoins querelle à un quidam, au sujet d’un chantier interdit au public qui ralentit son parcours. “Ergoter, discutailler, perdre infiniment de temps à prouver ses droits”, Domi est sur ce point un Français bien ordinaire.

Vu que Domi va manquer de cigarettes et qu’il est dans le flou, il urge d’arriver – à six heures du matin – aux bureaux de la société qui l’emploie. Il ne peut échapper à une halte auprès du gardien de nuit, un drôle de bonhomme catarrheux. Avant d’inopinément croiser le PDG de l’entreprise, un monsieur bavard, agaçant quand on a la gueule-de-bois et besoin de l’air des Cévennes. Ce que Domi ne risque pas d’oublier, c’est l’adresse d’Armelle. Elle ne l’espère sans doute pas si tôt, mais il a tellement hâte d’aventure, avec ses surprises…

(Extrait) : “Le veilleur se trouvait être un personnage pitoyable : d’allure plutôt nunuche et de taille brève, des yeux jaunes veinulés d’incarnat, un nez cassé et rose à l’arête, le teint d’un sac de jute et l’haleine d’une charogne. Il picolait comme un boyard, égarant ses kils de rouge à tous les étages lors des rondes réglementaires et comme il était sujet également à une bronchite chronique, il se rinçait le gosier avec des sirops relativement opiacés, sans préjudice des tranquillisants qu’il croquait assidûment au motif d’une vie insignifiante.

Ces séduisants coquetèles faisaient alterner en lui une hébétude joviale et d’extravagantes colères ; au demeurant, le meilleur homme du monde, n’était la manie fatigante qu’il avait de ne pas vous lâcher la main de sitôt après l’avoir serrée…”

De 1971 à 1988, le romancier A.D.G. (1947-2004) figura parmi les piliers de la Série Noire chez Gallimard, où furent publiés près de vingt de ses titres. Il fut récompensé en 1977 par le Prix Mystère de la critique pour “L’otage est sans pitié”. Écrivain et journaliste pour le moins sulfureux, il se démarqua des auteurs de sa génération en adoptant des positions marquées à l’extrême droite politique. Provocateur réac controversé sans doute, mais les idéologies opposées n’excluaient pas les sympathies personnelles, en particulier avec son confrère Frédéric Fajardie. S’il restait infréquentable, A.D.G. ne manquait pas de talent. Ce court roman présenté dans la collection "La petite vermillon" par l’écrivain Jérôme Leroy en apporte la démonstration.

Cette “Nuit myope” n’est pas une histoire criminelle. Ce roman court est une déambulation littéraire amusée à travers Paris, sur les pas d’un “navranturier”. De l’humour, le récit en regorge. Par exemple : “La friture immonde qui frétillait dans les eaux répugnantes fut dispersée par un poisson-chat assermenté : —Circulez, y a rien nageoires. Caudales, je vous dis.” A.D.G aimait les mots, et se servait à merveille du vocabulaire. Simple, l’idée du scénario ? Oui, ce qui n’empêche pas que ce roman soit enthousiasmant. À redécouvrir, dans cette réédition bienvenue.

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Une autre lecture du

La Nuit Myope

de
PAUL MAUGENDRE

PAUL MAUGENDRE

Collection La Petite Vermillon N°427.

Première édition : Balland. Collection L'Instant romanesque. 1981 (et non pas 1990 comme indiqué dans le copyright).

Réédition en 2003 chez Christian Durante, collection Poche-numérique.

La nuit est chaude,

Elle est sauva-age,

La nuit est belle...

Plus roman blême que roman noir, La nuit myope nous entraîne dans une aventure semi-nocturne, matutinale, dans une traversée de Paris qui n'est pas sans rappeler Antoine Blondin avec Monsieur Jadis ou l'école du soir (1970), Jacques Perret, auteur surtout connu pour Le caporal épinglé (1947) et Marcel Aymé avec par exemple son recueil de nouvelles Le vin de Paris (1947) qui contient le très célèbre Traversée de Paris justement.

Une traversée presque à l'aveugle, embrumée, fuligineuse, floue dans le petit matin par un myope qui a perdu un verre. Mais il en avait tellement bu auparavant, en début de nuit, avec Armelle.

Directeur commercial dans une société d'emballages, Domi, comme Domino en référence à la chanson de Dalida, Domi s'était sustenté au restaurant en compagnie de quelques collègues, dans le cadre de son comité d'entreprise, puis ils étaient allés en boîte (eh oui !). Une fin de soirée au cours de laquelle il s'est retrouvé dans les bras d'Armelle, une jolie jeune femme qui elle aussi participait à une soirée festive avec quelques amis (peut-être).

Quelques sloves plus tard, quelques ouisquies et coupettes de champagne absorbés, quelques digressions échangées, Domi rentre chez lui avec en poche son paquet de Gauloises dédicacé de l'adresse de la belle.

L'aventure, Domi en a toujours rêvé, et enfin il va pouvoir réaliser ce phantasme qui le poursuit. Il a proposé à Armelle de partir dans les Cévennes refaire le voyage de Robert-Louis Stevenson juché sur le dos de Modestine, ou d'une lointaine descendante.

Alors il rentre rapidement chez lui, à bord d'un taxi (hon, hon), essaie de ne pas réveiller sa femme couchée avec Morphée, se déguise en randonneur et direction, où ai-je mis mon emballage de cigarettes, là-bas chez Armelle.

Il est cinq heures, Paris s'éveille, Domi n'a pas sommeil, accroché à la laisse de son chien Laskar, tout heureux de prendre le frais.

Et Domi part à l'aventure, toutes voiles dehors, lunettes sur le nez, mais un verre en moins à cause d'un frottement intempestif avec une lingette adéquate, comme Sheila en son temps, d'abord direction le bureau afin de récupérer le double de ses double-foyers, puis après un échange verbal, quoique oral, savoureux avec le veilleur qui par définition dort, puis son patron, moins amène, direction Armelle qui doit l'attendre impatiemment. Toujours avec Laskar en éclaireur.

Une balade semée d'embûches pour Domi l'aventurier dans l'univers du début des années 80, jonchée de calembours, de jeux de mots, d'à-peu-près, de références musicales (vous souvenez-vous avoir dansé sur ouatère châle oeuf pâle !) et littéraires, jouissive en diable, une promenade à la recherche d'un amour et d'une vie autre que celle qu'il subit, à la façon de René Fallet dans Paris au mois d'août. Références également à un poète biélorusse du nom de Sergueï Djerbitskine, surnommé Machin, qui n'est autre que le personnage récurrent de quelques romans et.

Ce court roman, qualifié de sorte d'épopée dérisoire d'un rêveur velléitaire, est une récréation dans l'œuvre d'A.D.G., de son vrai nom Alain Fournier (d'où le titre d'un de ses romans : Le grand Môme) et qui a utilisé également le pseudonyme d'Alain Camille. En effet ayant débuté comme journaliste pigiste pour la presse socialiste, puis gaulliste, puis tourné vers l'anarchisme de droite devenant grand reporter à Minute, A.D.G. a défrayé la chronique et ses confrères romanciers ainsi que les critiques de gauche (ceux qui encensent malgré tout Céline), par des ouvrages comme Joujoux sur le Caillou, rapides à fabriquer des amalgames et à proférer des conclusions erronées suite à des déductions hâtives.

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