TARDI / MANCHETTE

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Ô Dingos, Ô Châteaux


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Le jeudi 11 Novembre 2011
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Une lecture de
CLAUDE LE NOCHER

En France, au début des années 1970. Ancien architecte, Michel Hartog est devenu un puissant homme d’affaires. Au décès de son frère et de son épouse, il a hérité de tous leurs biens financiers. Il a aussi la charge de son neveu, un gamin nommé Peter. Hartog étant très occupé, c’est une nurse qui s’en occupe. Ayant créé une fondation au nom du couple défunt, Michel Hartog n’emploie que du personnel handicapé. En remplacement de l’ancienne nurse, il engage Julie Ballanger pour garder le petit Peter. C’est dans un établissement psychiatrique qu’il a trouvé la jeune femme, ex-délinquante pas encore très stable. À peine Hartog et Julie arrivent-ils dans l’immeuble du financier, qu’ils sont agressés par Fuentès. Cet ancien ami d’Hartog, visiblement alcoolique, lui garde rancune de sa réussite sociale. Le premier contact avec Peter n’est pas très encourageant pour Julie. Dès le lendemain, Hartog doit partir à l’étranger.

Alors qu’ils se promènent au Jardin du Luxembourg, Julie et Peter sont enlevés par des inconnus à bord d’une Renault16. Impossible de résister, de s’échapper. Les kidnappeurs les conduisent dans une maisonnette isolée, au fond d’une petite vallée à moins de cent kilomètres de Paris. L’opération est organisée par un britannique, Thompson. Malgré ses problèmes de santé, il compte mener l’affaire jusqu’au bout, selon le plan de son commanditaire. Ses complices Bibi, Nénesse et Frédo, ne sont sans doute pas la crème des gangsters, mais ce n’est pas un problème pour Thompson. Il fait signer à Julie une lettre où elle s’accuse implicitement du kidnapping, le but étant finalement de supprimer l’enfant et la jeune femme dans un court délai. Thompson aurait mieux fait de s’en charger lui-même, car Julie et l’enfant parviennent bientôt à s’enfuir.

La police et les médias sont alertés, un tel enlèvement ne pouvant être occulté trop longtemps. Bien qu’elle laisse des indices derrière eux, Julie craint moins la police que les tueurs qui sont à leurs trousses. Thompson et ses hommes sont bien informés de ses mouvements, le commanditaire étant en contact avec les autorités policières. Julie n’avance pas sans but. Elle se dirige avec Peter vers le canton de Cugnac, une région montagneuse. Elle se souvient d’une photo de la Tour Maure, qui pourrait être le repaire du commanditaire de l’affaire. Probablement ce diable de Fuentès, l’ennemi de Hartog. Afin de semer ses poursuivants, Julie provoque un spectaculaire incident dans un supermarché des environs. Pour autant, Peter et elle sont loin d’être en sécurité…

Après La position du tireur couché et Le petit bleu de la côte ouest, Tardi adapte un troisième roman de Jean-Patrick Manchette, Ô dingos, ô châteaux. Ce titre fut récompensé par le Grand Prix de Littérature policière 1973. À la surprise générale, précise le préfacier François Guérif, car Manchette n’avait encore produit que trois romans noirs. Le qualificatif œuvre de jeunesse utilisé par Guérif est impropre, concernant ce violent roman. Car, si le contexte sociopolitique apparaît moins, la cascade de dérapages vers une froide folie meurtrière est impeccablement maîtrisé. Et si le final fut écrit d’un seul jet, nous dit Guérif, c’est bien que tel devait être l’inexorable dénouement.

On est bien d’accord pour affirmer que Tardi, ce Maître de la BD, est au sommet de son art dans cette adaptation. Il n’était pas forcément simple de restituer l’univers du héros de Léo Malet, le détective Nestor Burma. Pas plus qu’il n’était facile d’adapter Vautrin, Céline, Siniac, Pennac ou Daeninckx, comme il l’a également fait par le passé. Scénariser et mettre en image l’œuvre noire de Manchette peut sembler une mission impossible. En particulier pour Ô dingos, ô châteaux, improbable road-story tellement en décalage avec la société policée du début des années 1970, fière de ses R16 et de ses 2CV. Remarquable et complète adaptation d’un roman toujours hors norme.




CLAUDE LE NOCHER

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