Un Soleil De Fin Du Monde Dechainerait

par

ARTUR MILHAN

Sans doute, dans un pays désert, abandonné, Crombeck n'avait-il pas à craindre que des regards indiscrets ne viennent à l'épier, mais comment peut-on jamais être sûr de ça, hein ? se demandait-il. Le soleil n'était pas très haut. "Un soleil de fin du monde déchaînerait…" Oui, il s'entraînait, et tandis qu'il s'entraînait d'épais nuages de poussière sortaient de terre et enveloppaient le vieux véhicule qui peinait à gravir la piste ; il suffisait d'un cahot, d'une courbe imprévue du terrain pour que la visibilité s'annule et alors les gros doigts déjà moites de l'homme resserraient leur étreinte autour du volant brûlant. Il n'empêche, aucune habitation, pas le moindre regard à l'entour, et maintenant qu'il pouvait en être sûr, comme les mots du sésame s'égrenaient en lui il souriait, il reprenait confiance. Mais l'instant d'après il n'en était plus aussi sûr, il s'en voulait même de s'être rassuré à bon compte ; le sourire que le rétroviseur lui avait renvoyé, une seconde plus tôt, s'évanouissait instantanément, cédant la place à une expression sournoise qui avivait l'éclat de ses prunelles. Sait-on jamais ? s'interrogeait-il enfin, sarcastique. Il se souvenait des recommandations que l'inconnu lui avait faites la veille et il se mettait à respirer avec difficulté, il sentait son sang battre furieusement contre la coque endolorie de ses tempes.

Voilà des heures pourtant qu'il avait quitté l'hôtel où il était descendu à son arrivée dans le Sud. Il n'avait rencontré personne ni croisé la moindre voiture, personne ni rien que ces buissons qui se brisaient avec fracas contre la carrosserie au passage du véhicule brinquebalant, cette limaille d'écorce suspendue dans l'espace comme une mystérieuse condensation qu'aucun vent ne venait dissiper. Parfois, la lumière encore oblique du matin était traversée par l'éclair d'un insecte affolé et augmentait autour de lui l'impression de désolation, d'agonie et de mort des choses. "Un soleil de fin du monde déchaînerait la colère des loups…" s'obstinait-il néanmoins à répéter, à court de souffle. Il se souvint de la voix de l'inconnu, des paroles que celui-ci avait débitées comme pour balayer les objections de son correspondant. Mais l'autre n'avait-il pas surtout tenté d'apaiser les doutes de ce dernier ? Ne craignait-il pas qu'au dernier moment Crombeck ne se dégonfle ?

Les semaines précédentes, les journaux avaient beaucoup parlé des incendies qui s'étaient déclarés au début de l'été dans le pays et un seul coup d'œil lui avait suffi pour se rendre compte que l'estimation des dégâts n'avait pas été exagérée : il n'était pas jusqu'au moindre brin d'herbe, jusqu'au moindre arbuste que le feu n'eût impitoyablement ravagé. Tout avait grillé de ce côté en moins de deux mois et ce qui était apparu dès l'aube à l'étranger, dans la lueur de ses phares, l'avait troublé comme un mauvais présage. Il lui faudrait encore parcourir une centaine de kilomètres avant d'atteindre la partie épargnée de la forêt.

La montre du tableau de bord ne fonctionnait pas mais il ne devait pas être loin de 8 heures. L'air était aussi brûlant que le volant, saturé par les relents mêlés du gaz-oil et du feu que le sel d'une mer invisible rendait encore plus écoeurants à mesure que le temps passait. Aucun thermomètre, aucun système de ventilation. Il plongea une main nue sous la boîte à gants et tâtonna en direction du poste-émetteur que la veille il avait trouvé dans la chambre réservée pour lui mais il interrompit aussitôt son geste. Il frissonna. Sa langue scintilla une seconde entre ses lèvres sèches. Il eut encore à lutter contre la mauvaise humeur que lui causait sa lâcheté. L'autre n'avait-il pas compris à qui il avait affaire quand, après lui avoir annoncé qu'une voiture l'attendait avec toute la paperasse nécessaire dans le garage du village, il avait ajouté avec une précipitation soudaine que l'opération, à ce stade, ne présentait pour lui aucun danger ? Il avait dit vrai : la livraison s'était faite sans incident le matin après que Crombeck eut quitté l'hôtel. Eh ! Crombeck n'avait même pas ouvert la bouche pour acquiescer au boniment d'un concessionnaire puant l'eau de Cologne. C'est plus tard qu'il avait commencé à se reprocher la réserve qu'il avait manifestée alors, la jugeant d'abord méprisante et en définitive outrageante pour l'autre, puis il avait fini par penser avec orgueil qu'il avait eu raison de tenir bon et de ne pas répondre aux questions que l'homme en salopette s'était cru obligé de lui poser en promenant un doigt insidieux sur les flancs ressuyés du véhicule. Il s'était souvenu à temps que son fort accent du Nord aurait eu tôt fait de le désigner à la curiosité du village et qui sait si, cédant à l'impatience, il n'aurait pas perdu le contrôle de ses nerfs ? Qui sait si, rameutés, les flics du coin ne s'en seraient pas mêlés ? C'est ce qu'il s'était demandé. Après tout, il ne connaissait pas les gens d'ici. Or, s'il existait une chose importante, une chose sur laquelle l'inconnu s'était étendu la veille en articulant chaque syllabe avec une lenteur calculée, c'était celle-ci : il devait passer à tout prix inaperçu. Et pourtant Crombeck était intelligent. Il était lucide : prendre livraison d'une vieille caisse dans un trou perdu avant le lever du jour ne pouvait pas manquer d'exciter la curiosité autour de soi. Sans doute était-ce un trou perdu, oublié au milieu d'un paysage de cendre et, qui plus est, peuplé d'aborigènes quasi-centenaires. Cependant, en y pensant puis en y repensant durant la nuit qu'il avait passée à terre, étendu tout de son long auprès du poste-émetteur, s'il lui avait semblé d'abord que c'était là un concours de circonstances des plus favorables, un doute épouvantable avait peu à peu enflé comme un poulpe sous son crâne douloureux, sapant l'assurance naïve de sa première réaction. Un vrai cauchemar, oui ! Voilà qu'il avait eu la fièvre, cette nuit-là, et l'aube était loin encore derrière le store baissé, désespérément loin, à se demander si elle viendrait jamais comme il arrive aux enfants insomniaques. Comme il avait chaud, hein ? Il transpirait par tous les pores dilatés de sa peau. Puis il s'était mis à puer sans avoir le courage de se traîner jusqu'à la douche voilée par un rideau de plastique translucide, suspendu à une tringle. Ainsi Crombeck pua comme un chien et ses vêtements collèrent à sa graisse comme à son corps les loques d'un noyé. Puis il eut peur, il claqua des dents. Il était seul, sans même la présence d'une fille à ses côtés, là, sur le plancher en pente. Etait-il donc si stupide, si lâche ? se lamenta-t-il une fois à part lui comme son regard se détournait du store obscur. Il dut se contrôler pour ne pas se mettre à glapir. Qu'aurait pensé la patronne de l'hôtel, une vieille garce en tablier qui, en guise de bienvenue, avait poussé la clé de la chambre sur le comptoir crasseux de la réception sans même un regard pour son client ? De grosses gouttes de sueur éclataient dans ses yeux et, comme Crombeck restait étendu à terre, auprès du poste-émetteur désormais silencieux, son cœur s'était emballé. Oui, comment avait-il pu ne pas penser que la situation était trop favorable, justement, trop rassurante au bout du compte pour ne pas devoir éveiller le soupçon chez un homme à qui on avait laissé entendre quelques heures plus tôt que la moindre erreur d'appréciation du danger pouvait lui coûter sinon la vie, au moins la confiance de ceux qui entendaient mettre son courage à l'épreuve ? Et s'il venait à trahir ainsi cette confiance accordée au-delà de toute espérance, que lui resterait-il après celle qu'il avait eue de triompher enfin de la merde où il avait pataugé jusqu'alors ? Ce serait pire que de se faire trouer. Quel con. Rater l'affaire de sa vie !

Telle avait été sa disposition d'esprit avant que ses pensées ne finissent par s'obscurcir tout à fait. Il se répéta : "Oui, quel con !" avec une sorte de délectation amère et l'évidence de la situation lui avait traversé l'esprit avec la véhémence des prémonitions tragiques : le danger n'avait pas cessé depuis le départ de le menacer et seule la lâcheté, une lâcheté qui remontait pour ainsi dire à plus loin que lui, l'avait empêché d'en apprécier l'étendue. Or la conscience de celle-ci était désormais d'autant plus inquiétante, rétrospectivement, que tout avait semblé autour de lui se présenter sous des dehors pacifiques.

- Vous monterez à bord du véhicule sans oublier le poste-émetteur et vous filerez ! Ecoutez-moi bien, mon cher. Vous filerez droit devant vous. Il vous suffira de suivre l'artère principale jusqu'à la sortie du village. A peine une distance d'un kilomètre depuis le garage. Arrivé là, vous continuez devant vous. Tout droit, toujours tout droit, oui. Vous ne pouvez pas vous tromper. Moins de dix kilomètres séparent le village des abords de la forêt que vous ne tarderez pas à atteindre. Mais ne soyez pas surpris de n'y voir aucun arbre : ils ont tous cramé. Vous le savez sans doute pour avoir lu les journaux comme tout le monde, n'est-ce pas ? Toute cette partie du pays est devenue un no man's land. Nous n'avons pas choisi cet itinéraire par hasard. Vous roulerez une centaine de kilomètres avant de trouver les premiers arbres. Le feu ne les a pas eus, ceux-là. Mais c'est là que la seconde partie de votre mission commence, si vous voulez. Ou de votre chemin. Avant que vous y soyez parvenu, vous n'avez strictement rien à craindre si vous faites exactement comme je vous ai dit : au village, ne parlez à personne, n'entrez dans aucun bistrot, n'allez nulle part ! Restez dans la chambre que nous avons réservée pour vous. Il s'agit de passer inaperçu… Inaperçu, hein ? Ne l'oubliez pas, Crombeck. N'oubliez jamais que dans cette sorte de travail le mot d'ordre est chaque fois le même : passer inaperçu ! A vous de nous prouver que vous êtes à la hauteur…

Dieu sait pourquoi plus tard Crombeck s'était rappelé le doigt que le garagiste avait promené un temps sur la carosserie de l'auto. Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis l'aube et ni la garce de l'hôtel, ni le concessionnaire en salopette n'avaient signalé aux autorités la présence au village de ce gros Tyrolien sans voix qui ne s'était même pas arrêté au bistrot du centre pour se renseigner auprès du loufiat ou se rafraîchir la pente ou remonter sa montre, ou consulter seulement ses guides… Personne ne s'était lancé à ses trousses et ça, c'était la vérité la plus stricte. Et alors ? s'était-il interrogé, troublé. Qu'est-ce que ça prouve ? Une telle discrétion, justement, n'était-elle pas en soi suspecte ? Merde, quoi ! protestait une voix en lui. L'inconnu avait bien organisé les choses et le danger viendrait plus tard ! Voilà tout ! en concluait maintenant la voix moqueuse, en lui. C'est qu'il n'était pas n'importe qui, l'inconnu. Il avait dressé son plan. Grisonnant comme un parrain qu'il était, habitué à ne jamais se tromper et à donner des ordres. Sans doute tout avait-il été prévu et son choix d'un bled abandonné à l'érosion du soleil, par exemple, avait-il dû être étudié avec assez de soin pour que Crombeck n'eût le moment venu d'autre souci que d'y dormir sans avoir à courir le moindre risque. De fait l'homme se sentit à nouveau rassuré, tenté par l'espièglerie, et les mains relâchèrent leur pression sur le volant trépidant. Une tête souriante, hérissée de cheveux gras, en torche vivante, flottait dans la pénombre du rétroviseur tandis que la litanie montait d'un ton entre les lèvres sèches : "Un soleil de fin du monde déchaînerait la colère des loups…"

Surgis des deux côtés de la piste, les anciens massifs de buissons formaient un lugubre contraste avec la clarté du matin et, à mesure que le véhicule s'élevait, ce qui apparaissait à perte de vue à Crombeck, sous le ciel vide, ressemblait exactement à ce que les journaux avaient nommé les semaines précédentes un théâtre de cendre d'où toute vie s'était retirée. Le désert avait succédé à la jungle de naguère et le silence aux hurlements de la faune. Seul parfois cet éclair d'un insecte fou qui cinglait la lumière avant de s'écraser contre le parebrise. Cela suffisait cependant à faire tressaillir l'homme et, comme la litanie s'interrompait, comme la tête chavirait dans le rétroviseur, une lourde patte abandonnait une seconde le volant, luisante et sans poil, faisait le geste de chasser un agresseur imaginaire hors de l'habitacle où elle se heurtait avec un bruit de chair molle à une vitre brûlante et lisse. Crombeck en était quitte l'instant d'après pour se maudire. Eh ! La fièvre de la nuit précédente ne l'avait naturellement pas quitté, non ; il lui semblait même que sous ses vêtements devenus trop justes, surtout aux aisselles où elle s'accompagnait d'une morsure douloureuse, elle avait encore augmenté au long des heures, mêlant l'odeur de son corps aux relents du gaz-oil et du feu. Et de la mer que lui cachaient de lointains contreforts. Il toussait et soufflait bruyamment, à présent, il cherchait en lui-même, épouvanté, les paroles du sésame qu'il avait oubliées dans son désarroi. Il laissait enfin échapper un juron tandis que son regard sans expérience continuait d'inspecter l'espace à la recherche d'un danger réel, un espion tapi sous l'abri improvisé d'un buisson épargné par le feu, un flic embusqué derrière le squelette d'un arbousier, une voiture lancée à sa poursuite. Mais c'était proprement terrifiant : comme il s'avisait tout à coup que les paroles du leitmotiv s'étaient réveillées d'elles-mêmes entre ses lèvres devenues insensibles, ses yeux ne rencontraient rien de plus, dans le jour à naître, que cet immuable désert autour de lui ; le véhicule continuait de bringuebaler sans autre obstacle que la pente abrupte et les vortex de fumée où s'évanouissaient comme un leurre les allusions énigmatiques de l'inconnu.

Au point que lorsque le choc, suivi d'une rafale de déclics insolites, retentit dans ses oreilles, il ne sut pas d'abord d'où ça provenait. Sa première pensée fut d'ailleurs qu'il délirait ou qu'il s'était tout bonnement endormi au volant, après sa nuit blanche. Oui, il s'était endormi, se força-t-il à penser. Il s'était endormi auprès du poste-émetteur, n'est-ce pas ? Il avait rêvé et voilà qu'il rêvait encore en suivant des yeux la chute d'un cadavre sur le parebrise. Il aurait eu peine à dire quelle heure il pouvait être, alors. Le soleil paraissait toujours suivre une courbe ascendante mais en homme des villes Crombeck n'aurait pu l'établir avec certitude. 9 heures ? 10 heures ? Pourquoi cet abruti de garagiste n'avait-il pas remplacé la montre du tableau de bord ? Avait-il parcouru les cent kilomètres séparant, comme le lui avait dit l'inconnu, le village de la partie intacte de la forêt ? En tout cas, il lui semblait peu vraisemblable qu'il fût passé midi quand le choc se produisit. Comme pour se garantir d'un péril auquel il n'avait pas pensé jusque-là, il leva instinctivement le pied de l'accélérateur, ce qui eut pour effet de paralyser aussitôt tous les circuits de la machine. Il s'en voulut. Le moteur allait caler par sa faute. Déjà le ronflement décroissait quand un dernier déclic se fit entendre. Il vit avec rage que seuls quelques mètres s'étendaient devant lui jusqu'au sommet de la piste alors que la partie intacte de la forêt, encore inaccessible à ses regards, devait s'étendre au-delà, sur le flanc opposé de la colline : en tout, s'il ne se trompait pas, moins de cinq cents mètres le séparaient donc du secteur où devait s'achever la première partie de son voyage et commencer la seconde, déterminante, celle-là, la plus dangeureuse, l'avait averti la voix de la veille ! La plus périlleuse, et qui fera la différence !… Vous m'écoutez toujours ? Je ne vous entends plus, Crombeck… Auriez-vous peur ?

Le ronflement avait continué de décroître. Raidi derrière le volant, le voyageur transpirait et soufflait de plus belle, il fit non de la tête, ses poumons étaient douloureux, un soulier trop lourd martela à plusieurs reprises la pédale de l'accélérateur, à grands bruits, la grosse patte manoeuvra en tous sens le levier des vitesses, de telle sorte qu'à certain moment Crombeck crut que le manche s'était détaché de la molette, mais non, rien à faire ; la machine, après la rafale de déclics, semblait résolue à ne plus obéir ! Crombeck n'y connaissait rien, en mécanique. L'idée seule de toucher un carburateur, d'examiner une burette d'huile, d'ausculter à mains nues les organes fumants d'une bagnole le dégoûtait, l'avait toujours plongé dans les transes. Rien n'était plus simple, hein ? Il avait horreur de ça, se salir ! C'était pure vérité ! Cette puanteur qui vous tenaillait la gorge et vous faisait suffoquer ! En une fraction de seconde il se revit dans une carrière enclavée dans la banlieue d'Innsbruck coltinant dès l'aube un bloc de granit après l'autre. Non seulement, au cours de ces années-là, il en avait coûté à son corps une multitude d'osselets qu'il avait entendu exploser un à un sous ses efforts chaque jour renouvelés, mais les épais volutes de poussière qu'on respirait là-bas jusqu'au soir avaient à la longue laissé sur sa peau une multitude d'empreintes si tenaces, sous le grattement de l'ongle, que même la pierre ponce n'en était jamais venue à bout.

Comme le moteur toussait, le véhicule avait encore fait une méchante embardée dans la broussaille, il roula quelques secondes puis stoppa net à la naissance d'un tertre modeste et ras. Il ne resta pas longtemps immobile : déjà, avec la force inexorable d'une gueule affamée, ourlée d'obscurité, la pente abrupte commençait à aspirer peu à peu vers l'arrière une bécane soudainement délestée de son poids et le paysage se mettait en silence à chavirer dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ah ! Comme on était soudain fringante, véloce à amorcer sa descente le long d'une rampe en lacets qu'on avait eu tant de peine naguère à escalader ! Quant à Crombeck, il n'avait point rêvé, bien sûr, il ne se trouvait plus étendu tout de son long sur le plancher d'une chambre à se demander avec angoisse si l'aube viendrait jamais à pointer derrière le store baissé. Les doigts toujours crispés sur le volant, comme jadis sur le bloc de granit qu'il avait hissé seul sur son dos en bouillie, il était pris de vertige sur son siège. Les mots le frappèrent : "Dans le sens inverse des aiguille d'une montre". Pourtant il ne songea pas à avoir peur. Au contraire, contre toute attente, il se sentit subitement gagné par la tentation de s'en remettre au hasard de ce compte à rebours en même temps que l'envie d'en rigoler oppressait sa poitrine . Mais oui ! Tout devenait enfin si facile ! pensa-t-il avec une sorte d'allégresse. Ne plus essayer d'opposer de résistance, enfin, à la mauvaiseté du sort, envoyer tout uniment au diable et l'inconnu et ses recommandations et renoncer d'un seul coup et pour toujours aux fastes desseins qu'il avait roulés dans sa grosse tête !

De toute façon, il n'aurait pas voulu rire : il n'aimait pas ça, rire de lui-même. Ou bien il avait oublié que cela avait jamais pu lui être possible dans une vie ancienne. L'écran du parebrise était constellé d'infâmes dépouilles de moustiques séchés par la chaleur et le moteur, qui sans doute l'avait lâché pour de bon, crachait son atroce pestilance aux narines embroussaillées de l'homme. La fumée d'écorce était retombée comme l'écume de la mer le long de la carosserie ressuyée et un essaim de particules aveuglantes embrasa ses paupières, ce qui fit qu'un instant il ne vit plus rien. Mais il resta sans réaction, les paupières contractées. Il entendait au loin des pneus chasser dans la cendre puis il lui sembla qu'ils mordaient en miaulant sur le bas-côté de la piste. Or dix secondes ne s'étaient pas écoulées, depuis ce moment, quand le miracle s'accomplit. Il n'aurait pas été capable ensuite d'expliquer autrement qu'il ait réussi la manoeuvre ni même qu'il y ait seulement pensé. Le fait est qu'il y pensa, ou un autre en lui, et qu'elle avait réussi.

Dans le rétroviseur, tandis que les éléments du paysage fonçaient pêle-mêle dans les vitres de guingois, la tête était devenue folle, bizarrement penchée, elle aussi, coupée en deux par un trait d'ombre. La lumière du soleil était venue frapper de plein fouet une joue scintillante et étrangement haute, comme un lever du jour en sa vallée lointaine. Alors, les yeux fermés, il se surprit à écraser la pédale du frein avec toute la vigueur dont ses muscles étaient capables à cette heure et l'engin, que la soudaineté de son réflexe avait déporté au bord du précipice, en contrebas, vint buter de côté contre une souche que le hasard avait dressée là, formant une espèce de ressaut cornu surplombant le vide, il est vrai qu'il y eut une secousse effroyable, les amortisseurs gémirent, une branche fut catapultée dans une spirale de cendre noire, rebondit avec fracas sur le coffre, à l'arrière, puis cela fut projeté hors de la vue du voyageur. Sans la présence de cette souche, qui avait tenu bon, probable que la voiture bon marché aurait continué sa descente et aurait versé à son tour et lui avec, ainsi que le poste-émetteur, au fond du précipice où se serait anéanti le tout. Il lui suffit alors de braquer à gauche en se cramponnant de toutes ses forces à l'ébonite du volant, ce faisant il hurlait : "Merde, alors. C'est donc ça, le Sud ?" Longtemps il hurla : "C'est donc ça, le Sud ?" Ainsi Crombeck pensa ce matin-là après sa nuit blanche que le Sud était un pays de lumière dont l'assoupissement n'avait jamais été tant réel que dans le rêve des autres, les flics, les journalistes, leurs gobe-mouches de lecteurs et les pompiers du ciel qui s'en étaient retournés en commentant par radio les prouesses auxquelles ils s'étaient livrés de conserve pour maîtriser le sinistre du début de l'été. Une monstrueuse paupière racornie, faussement repliée sur un œil qui n'avait jamais cessé depuis le départ, en définitive, d'espionner Crombeck au plus secret de lui-même. N'était-ce pas là le danger contre lequel l'inconnu l'avait mis en garde, en définitive ?

Quand il eut rouvert les yeux, le pays lui parut bleu, puis jaune, puis gris, puis noir lorsqu'il reporta une attention hagarde sur ses genoux animés par le mouvement de sa course. Parce que l'étranger s'était pris à trotter aussi vite que le lui permettaient son poids et sa taille. Sans doute le silence était-il total, à peine quelquefois déchiré par la piqûre oblique d'un insecte à l'agonie, mais aucun vacarme n'avait jamais non plus produit un tel assourdissement que ce silence à l'intérieur de son corps. Une demi-heure peut-être s'était écoulée. Il se souvint qu'il avait hurlé, à certain moment, mais il ne se souvenait plus pourquoi ni quand. Il réentendait le claquement sec de la portière derrière lui, le rebond de ses semelles dans la cendre en débâcle. Il se revoyait comme une ombre s'élevant à travers le soleil. La chaleur s'était densifiée autour de lui en une matière immobile, aussi concrète et compacte qu'une louche de colle en fusion, par exemple, de celles à base de solutés marins dont se servent les maçons du bout du monde, et dont l'odeur était aussi âcre et abominable ; et c'est alors seulement qu'il avait réalisé que les dégâts causés par le feu n'avaient pas été surestimés : non, avait-il songé quand il s'était retrouvé hors du véhicule, tout avait cramé, par ici, il n'en crut pas d'abord son regard. Il lui semblait qu'il n'avait jusqu'à maintenant envisagé le fait que comme la réalité peu crédible d'un rêve mais déjà, tandis que le souvenir de sa nuit resurgissait dans son esprit, une quinte le saisissait par le revers, il se vit cloué sur place, à mi-chemin de la pente, la respiration coupée, incapable de progresser plus avant, il buta sur un débris calciné que les flammes avaient oublié là, il manqua même chanceler dans la cendre qui montait en tourbillons aveugles autour de lui, mais s'il était parvenu à garder l'équilibre, tant bien que mal, il crut bien qu'il allait vomir. Cette chaleur, cette puanteur suffocante… Ah ! C'était la réalité, ça ! Alors il tira un mouchoir sale d'une poche de son pantalon, qu'il pressa délicatement sur sa bouche, à petits coups, pour éviter d'en fendre la peau sèche, puis il épongea son front et ses yeux larmoyants. Ensuite il se dit qu'il avait soif, et, le cœur battant, le souffle douloureux, il s'était remis à trottiner sous le ciel ; il trottina comme jamais peut-être chasseur ne vit de sa vie gibier blessé trottinant dans une forêt morte : au hasard. Comme il atteignait le sommet de la pente abrupte, il constata qu'il ne s'était pas trompé : il avait roulé, depuis l'aube, les cent kilomètres annoncés par le mystérieux correspondant de la veille ! Cent kilomètres, hein ! se répéta Crombeck, chaviré, en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule. Cent kilomètres ! La partie intacte de la forêt s'étendait bien au-delà du sommet, sur le flanc opposé de la colline. Rien de tout ça n'était un rêve. Plus tard il s'était retrouvé le buste dans l'obscurité, effaré, tremblant sur ses jambes courtes et larges. Sa course l'avait épuisé. Il était désemparé : comment savoir quelle pièce du moteur avait lâché ? Et à quoi bon, de toute façon, chercher maintenant à jouer les mécanos ? Oui, il aurait bien tout planté là. Pourtant, les mots continuaient de s'égrener entre ses lèvres tandis que les deux grosses pattes erraient à tâtons dans un entrelacs de fils encore chauds : "Un soleil de fin du monde…" N'aurait-il pas mieux valu, finalement, que l'engin s'anéantisse avec lui au fond du ravin ? se demanda-t-il. Qu'avait-il donc espéré, la nuit précédente ? Comme en réponse à la question, la voix du poste-émetteur crachotait de nouveau en lui, impassible. Il se rappela tout à coup qu'il avait haussé le volume du son en actionnant un bouton sur le côté, un minuscule bouton de bakélite, tandis que l'écouteur ressemblait à une pastille qu'il appuyait fébrilement sur son oreille poisseuse.

- Crombeck… Vous m'écoutez ? Plusieurs malfrats sont en lisse, exactement pareils à vous, tout autant que vous volontaires pour arriver jusqu'à moi, hein ! Arriver jusqu'à moi, eh ! eh !… Inutile de vous dire qu'un seul y réussira, mon vieux… Est-ce que vous comprenez ça ? Un seul arrivera ici vivant : celui que je cherche. C'est la règle du jeu et la seule qui puisse me permettre de ne pas me tromper ! Il me fallait un test dont le résultat soit INFAILLIBLE ! Je n'ai pas les moyens de me laisser fourvoyer par le hasard, à mon âge ! C'est que je cherche mon lieutenant, moi ! Autant dire le meilleur ! Un vrai dur ! Je me fais vieux, aujourd'hui, et vous êtes tous jeunes. Est-ce que vous comprenez ça ?… Allo ? Redites-moi donc le mot de passe, mon cher.

Et, comme s'il s'était toujours trouvé à l'hôtel du village, étendu sur le plancher en pente de la chambre, Crombeck récitait avec docilité : "Un soleil de fin du monde déchaînerait la colère des loups…"

- Ne l'oubliez pas : j'ai pensé à TOUT… enchaînait sans temps mort la voix impitoyable.

Or Crombeck avait trouvé ! Oui, c'était ce satané delco... Il s'est débranché, remarqua-t-il avec dégoût. Il le rebrancha comme il put, à l'aveuglette, rabattit le capot et réussit à opérer la marche arrière qui ramena la guimbarde dans les ornières de la piste. Le moteur était reparti sans histoire et la guimbarde, galvanisée par une force nouvelle, avait achevé la distance jusqu'au sommet. Parvenu là, il suffit à Crombeck de se laisser entraîner de l'autre côté de la colline. Ce qu'il avait fait après avoir coupé le contact.

- C'est de ce côté que commencera la partie la plus périlleuse du chemin que vous avez à accomplir pour parvenir jusqu'à moi…Eh ! Crombeck ? Est-ce que vous m'avez entendu ? Je vous disais que ce sera la partie la plus périlleuse pour vous…

Dans le rétroviseur, un visage ruisselant se crispait puis il vit le menton se mettre à saillir comme un jabot dans le col ouvert de la chemise. Il s'était rappelé subitement qu'en cet instant il aurait pu être mort, déchiqueté dans les profondeurs insondables de l'abîme dont il n'avait cessé depuis l'aube de lorgner le bord en gravissant la pente. Un frisson d'épouvante le parcourut rétrospectivement. Puis il sentit l'abcès de la fureur gonfler de nouveau en lui, il cracha droit entre ses jambes écartées, sur le plancher couvert de cendre. Enfin il détourna les yeux. Il s'enfonçait entre deux haies d'arbres rachitiques, hérissés d'un feuillage ridicule dont les branches basses, à son passage, venaient cingler le toit en gerbes crépitantes. En tout cas, le feu ne les avait pas eus, ceux-là, remarqua-t-il en se souvenant que c'étaient les mots que l'inconnu avait employés lui-même quelques heures plus tôt à propos des arbres, mais qu'est-ce que la présence de ces légions de squelettes pouvaient cacher ici de plus cruel que leur absence de l'autre côté, hein ? Pas plus que là-bas n'apparaissait ici le moindre indice de vie. Aucun regard à l'affût. Aucune tenancière d'hôtel borgne ni garagiste au doigt hostile. Ni le moindre flic à l'entour ! Telles étaient les pensées de Crombeck quand le nouveau paysage avait défilé le long des vitres tremblotantes, enveloppé d'une pénombre vaporeuse que déchirait quelquefois une masse vibrante de soleil et son buste, qu'on eût dit arrimé au volant, surgissait alors un court instant dans un fourmillement de lumière, le rétroviseur lançait un éclair qui l'éblouissait. Comme l'ancien le nouveau paysage défilait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. S'il avait parcouru une centaine de kilomètres, depuis son départ du village, il devait être maintenant passé midi, il était exact qu'il n'avait rencontré personne, il se laissa aller à soupirer, seule une légère douleur subsistait à son côté gauche après sa crise de toux et malgré la soif il s'était détendu. Il aurait juré que la lumière, qui tombait d'aplomb sur la forêt, avait commencé de corroyer la carosserie de l'engin. De toute façon, trop tard pour renoncer, songea-t-il encore. Dans moins de trois heures, pour ainsi dire, il serait arrivé, il en fut si sûr qu'il s'imagina déjà lieutenant d'un parrain raffiné, plus question pour lui de coltiner des blocs de granit du matin au soir comme il l'avait fait trop longtemps avant d'être jeté en tôle comme un vulgaire écumeur de casino pour avoir tenté de s'emparer de l'argent de la paie ! L'autre le savait, c'est qu'il avait son réseau d'informateurs, et c'est pour ça qu'il faisait confiance à Crombeck : ce dernier avait déjà écopé de deux ans d'emprisonnement dans l'est du Tyrol, à la forteresse de Kitsbühel ! Il ne put s'empêcher de ricaner à l'idée que c'était à l'infirmerie qu'un rouquin de toubib avec qui il s'était lié sur le tard lui avait passé en douce tous les renseignements nécessaires pour prendre contact avec l'inconnu dès après sa libération deux mois auparavant ! Lui, Crombeck, ancien manœuvre tatoué par la pierre, lieutenant maintenant d'un parrain ! Est-ce que c'était un rêve, une chimère ? Comment avait-il pu espérer mourir alors qu'il était si près du but ? Quel con, ma parole.

- Je sais que vous m'entendez, continuait de débiter la voix. Vous aurez tous des chances égales… Tous autant que vous êtes ! A vous de jouer !

L'auto, avec Crombeck à son bord, allait ainsi sa route en dansant dans une forêt morne. Mais comme il se sentait bien, à présent ! Rien ne pouvait plus lui arriver ! se disait-il en jubilant. Oui, il jubilait. Même la puanteur de la cendre s'était dissipée dans la fournaise infernale et les insectes, qui avaient perdu leur éclat, s'étaient faits plus rares et n'apparaissaient plus ici qu'en essaims furtifs et bleutés entre des arbres que la canicule avait blanchis : plus malins, plus adroits à éviter le choc du parebrise. Dans le rétroviseur, une bouche sanglante et épaisse s'entrouvrait et se refermait tandis que les grosses pattes s'étaient mises à pianoter sur un volant apaisé. Crombeck aurait juré qu'il avait accompli l'essentiel de son périple et, à part cet incident, un moment plus tôt, il ne s'était rien passé de notable, il avait pu rebrancher un méchant delco en surmontant sa répugnance et il était vivant ! Vivant ! Aucune raison de craindre pour sa peau : il lui restait au bas mot une cinquantaine de kilomètres avant d'atteindre la vallée que lui avait désignée l'inconnu si ce dernier avait bien apprécier les distances. Mais rien à craindre non plus pour ça. Qu'avait-il à craindre, raisonnablement ? Crombeck n'était pas si lâche. Il regardait le nouveau paysage et se disait : Dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Il était redevenu raisonnable. Il était optimiste. Impossible, d'ailleurs, que le parrain se fût jamais trompé. Il l'avait dit la veille dans le poste-émetteur au moment où Crombeck, étendu tout de son long, haussait une fois de plus le volume du son : le parrain avait pensé à tout ! La vallée s'ouvrait juste à la sortie de la forêt qu'il devrait se contraindre à traverser pour éviter toute agglomération, bien entendu… Il le comprenait, ça, n'est-ce pas ? Avait-il donc déjà oublié qu'il devait passer à tout prix inaperçu ? s'était récrié l'autre à certain moment. Eh ! Un terrain en descente, mon cher, à dévaler en roue libre ! Dès que la vallée est en vue, ralentir puis stopper en douceur peu avant le panneau à droite, planté de guingois dans la broussaille à quelques mètres d'une immense écriteau interdisant à quiconque l'accès de cette partie épargnée par le feu. Bien entendu qu'il ne peut pas se tromper ! Il sera à découvert, alors, depuis un certain temps déjà. Le panneau de bois indique en lettres gothiques le nom de la propriété: Les loups. Qu'il suive ensuite à pied l'étroit sentier vicinal, un aveugle ne saurait le manquer ; le portail se trouve au bout, tout acier, toute paroie, on bute sur lui pour ainsi dire, il notera la présence d'un petit bouton encastré dans la muraille à hauteur du visage… Eh bien, facile, il n'a qu'à le pousser, ce petit bouton. Inutile de toquer au portail. En approchant ses lèvres d'une minuscule trappe ménagée dans un des vantaux, il suffit au visiteur d'articuler : "Un soleil de fin du monde déchaînerait la colère des loups" pour qu'un mécanisme, commandé de l'intérieur par un planton invisible, déclenche aussitôt son ouverture.

Voilà. Du velours ! Mais oui. A se demander ce que l'inconnu avait voulu dire en affirmant d'un ton doucereux que la seconde moitié du parcours serait la plus dangereuse. Qu'est-ce que ça voulait dire : dangereuse ? La partie la plus périlleuse… Son intonation n'était-elle pas celle d'un parrain soupçonneux ? Cette voix tantôt inquiétante, tantôt rassurante… Ainsi réfléchit souvent Crombeck en se laissant guider ce midi-là par la douce descente d'une piste du Sud. Il eut peine à avaler sa salive ; la transpiration lui faisait un masque brûlant, huileux, mordait sous ses aisselles, affaiblissait l'étreinte de ses doigts autour du volant. Il bégaya : "Un soleil de fin du monde…" Un épais soulier appuyait d'une pression molle sur la pédale du frein. Une seconde, la curiosité le rendit de nouveau malade. De nouveau il avait failli céder à la tentation d'allumer le poste-émetteur quand tout à coup il s'était rappelé l'arme trouvée la veille dans sa chambre d'hôtel, planquée dans le chevet : un pistolet automatique Ortgies auquel on avait assujetti un réducteur de son Redfield. Il plongea alors une main nerveuse dans la boîte à gants tandis que l'autre restait cramponnée tant bien que mal au volant, il eut un instant de panique : il ne trouvait qu'un bric-à-brac de chiffons, d'ampoules, de cartes routières dans leurs étuis de plastique. Pourtant il se souvenait y avoir jeté l'arme le matin après s'être éloigné du garage du village. Il eut un haut-le-coeur. Il se revit à l'aube, comme il fouillait dans la boîte à gants avec toute la ferveur que donne parfois à un homme le sentiment de son impuissance : il remontait alors l'artère principale du village en direction de la grand-route obscure. Il évoqua un bref instant le désert au-delà, le scintillement de la cendre dans le halo des phares, les premiers insectes lançant un fol éclat avant de s'abîmer dans les ténèbres. Il se pencha davantage malgré la douleur qui lui poignait la poitrine et des os grincèrent à l'intérieur de son corps. Ainsi, quand ses doigts reconnurent le contact glacé, une pensée soudaine avait-elle figé son sang dans ses veines. Une arme ? Eh ! Pourquoi une arme, nom de Dieu ? C'était comme s'il la découvrait là tout à coup ! Il lui sembla que sa tête s'était mise à bourdonner qu'il crut voir se mettre à gonfler comme une bulle d'eau étincelante dans le rétroviseur. Les autres avaient-ils reçu un pétard, eux aussi ? Sa main étreignait la crosse et, dans le rétroviseur, la tête gonflait toujours. L'inconnu leur avait-il donné les mêmes instructions qu'à lui ? se demanda-t-il.

- Eh ! Eh ! Tirez ! Tirez sans la moindre hésitation à la moindre rencontre ! Tirez à vue, mon ami ! Mon choix ira à celui-là seul qui survivra… Est-ce que vous m'entendez, mon ami ? A celui-là seul qui…

… survivra, se répéta à voix haute l'étranger qu'une terreur subite avait pétrifié sur son siège.

Paris, mars 2000

Artur Milhan


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