Ni Avec Toi Ni Sans Toi

par

MIREILLE LETROUHER

Les mots sont acides. Assis le nez sur les phalanges, il mousse sous les paroles acerbes, la pulsion vient, il triture son tee-shirt entre ses doigts, il a bien entendu ?
" Tout est fini, je ne peux rien, ni pour toi, ni pour moi. "
Brusquement il se lève, terrorisée elle bondit au valdingue de la chaise. Il va frapper. Elle hurle " Arrête " à la gueule du cinglé, elle pense trop, en trois bonds, il l¹a bloquée. Son poing écrase ce gosier béant, dévoreur d¹air, de fluide, qui lui fait peur. Aucun mot douloureux de la chiffe quand il la redresse sous les aisselles. Le coup de boulle plie la face adverse. Le bruit est éc¦urant. La silhouette affaissée, il lui balance son pied. Vidé, il s¹éponge sur son maillot et hausse les épaules. Il soupire, secoue la tête, s¹en va regarder par une fenêtre, où il reste un moment à fixer la nuit. Dans les vêtements d¹une femme, un corps jonche la moquette. Il observe sa montre onze heures trente. Il rétablit une chaise. En passant il remarque deux tongs égarées, il s¹accroupit pour murmurer à une oreille délicate :
- Tu dors ? Viens te coucher.
Sans réponse, il dégage son visage d¹un tulle de cheveux épars, il sifflote en ajoutant :
- Écoutes, rien de grave, avec une compresse tout va mieux. Allez, je t¹emmène.
Il se relève en grimace, mal au dos du " slam " quand il s¹est jeté de la scène, dans son public. Bilan un trauma crânien, trois vertèbres déplacées, il riait en ce temps. Là, il ne peut pas la porter. Il se baisse attrape les minces chevilles, la traîne du salon à la chambre, ensuite en pliant bien les genoux à cause de ses lombaires, il hisse la femme sur le lit, il la déshabille, avant de mettre sur sa figure un gant froid. Aux pieds des Carpates Arno se retrouve seul à l¹hôtel, mais personne ne dort à minuit, d¹après lui. Il faut qu¹il explique. Haut et fort, il téléphone à sa femme en France, ensuite Quentin à Bucarest.
Retrouver la cause. Aimée fut une reine de c¦ur joyeuse vivante. Elle a dessiné, écrit, photographié. Aimée rythme aussi une routine rêveuse de trois enfants. L¹intrusion des mondanités est bienvenue, personne t¹oblige d¹être intelligent ; mais Aimée ne voulait pas de cette soirée-là. Frank et Caroline insistaient :
- Soyons maisons, je mitonnerai chinois avec toi et Caroline.
- Le concert est un impératif absolu, tu sortiras avec nous.
Frank est incroyable, la paternité de Victor, l¹école maternelle l¹ont mis en fuite. Tant pis. Aimée sera bienheureuse entre ses fils Gautier et Victor. Le père de Gautier à quarante-cinq ans s¹essouffle au derrière des vingt ans. Frank le trouve à la ramasse du côté maturité. Vint Jérémie l¹éditeur. Un type brun, Jérémie a croisé Aimée dans une librairie. Ils ont eu Alfred ensuite le mariage, Aimée conjuguait les bonheurs. Sapristi ! La création d¹une bande dessinée autour de Vlad Tepes souffla la fin. Le vent les emportera, ils changèrent d¹amour, il ne leur restera que le ménage.
Donc cette soirée, Aimée et ses amis se tenaient loin de la scène, Frank discutait en attendant :
- Jérémie pour son boulot, il est absent de la maison depuis quand ?
- Je ne sais plus. Le temps passé est reparti avec lui.
Son regard s¹embue, intempestif Frank lui colle une bise :
- Tout ce que je dis, c¹est que de faire tout le temps, tout ensemble, ça use tout le truc.
- L¹album est terminé. J¹ai besoin d¹un autre, je ne suis plus une muse.
Franck a repoussé des cheveux sur une tempe :
- Le mariage est gênant pour l¹inspiration ?
- Il se gêne ? J¹attends quoi ? son retour de flamme ?
- Il réfléchis, il n¹avance pas autrement. Il a quelqu¹un ?
- Je m¹en fous. J¹en ai marre des sept ans du mariage, si différent des brûlures de la passion. Je suis froissée, je ne veux plus user du repassage du quotidien.
- L¹union me couche raide d¹amidon.
Caroline éclate de rire, Aimée aussi, si jolie dans son pull rose, les cheveux aux épaules, le visage serein sous sa frange. Aimée a épousé un type imparfait, ouf ! Je ne suis plus le seul. Frank n¹explore pas sa part de sagesse ce soir. Pour lui, Arno était pareil, comme les gens le voyaient. Le chanteur charismatique du groupe rock Amer Thune depuis vingt ans, tout file. Quatre lycéens lancés, des copains, ils se voulaient différents, ils furent célèbres. Les parents, des commerçants aisés, n¹ont pas découragé Arno de sa voie d¹artiste. Gratifié Arno ne déçoit personne. Ni dans la compromission, ni avec l¹argent rapide des médiocres, la drogue ne l¹intéressera jamais. Porteur de revendication, critiquant la société, son groupe dénonce la montée des extrémismes populiste. Le concert clôt, Arno assista à la soirée, il est venu parler à Frank, dont Caroline a pincé les côtes, Frank a dit " Bonjour belle inconnue, salut bel étranger " avant d¹ajouter :
- Caroline a repéré Christophe. On y va, a plus.
- Tu es Aimée, j¹ai lu un de tes albums. J¹ai aimé. Je suis enchanté de te voir. T¹es venue nous écouter ?
- Oui, bien le concert. Je ne voulais pas, mais ils ont insisté.
Arno est magnifique, Aimée se pâme. Irrésistible Arno la scrute. Le coup de foudre différent dans l¹instant est terrifiant. Arno rêve Aimée, sa jalousie plus cruelle que la tombe détruira l¹amante.
En attendant l¹issue, il fallait informer un absent. Le mari amoureux souffre du chaos, de ce qu¹il y ait un autre dans sa femme, la vie de sa femme avec un autre. Le choc passé, Jérémie s¹est conduit en honnête homme, en se bouffant le reste tout seul. Sa femme est heureuse, elle est faite pour cela. Il s¹offrira l¹assommoir, des lendemains de parpaing. Bien sûr, Arno n¹est pas un ami, mais ils se voyaient aux réunions de soutien, pour discuter en tas de tout. Arno, pour le faire bien lui a téléphoné :
- Je n¹y suis pour rien. Je subis le fait d¹aimer, maintenant je dois le faire vivre.
- Sans ma femme ? Impossible n¹est ce pas, navré, le seul à ne pas être fou de joie.
- Désolé, crois-moi. Tu sais, tout cela pose problème, ma femme vient d¹avoir un enfant, je laisse tout, je ne peux vivre que pour Aimée.
Un voleur d¹épouse réclame l¹exclusivité, désabusé le ton de Jérémie a soupiré :
- Tout va bien pour toi.
- Si on veut. Ma fille, je l¹ai appelé Alice.
Arno embêté, tente de bonne volonté :
- Comprends-moi, je suis impuissant. Aimée, elle seule est ma lueur au bout du tunnel.
- Elle t¹aime, je suis très loin, ne t¹inquiète pas.
- D¹accord, je sais, et cela ne me suffit pas, tu connais la nouvelle ?
Un truc de bien tu as un bon cancer ? Silencieux Jérémie l¹écoute.
- On a parlé avec ma femme, elle comprend tout, elle sait que je suis piégé. Elle est d¹accord avec moi, on divorce. La procédure marche. Tu vois ? Tâches d¹y réfléchir, sois civil.
- Aimée m¹en parlera, alors je m¹en occuperai.
Il a raccroché net. La passion est sa folie à elle pour cet autre, tout le fait souffrir, il l¹aime. Jérémie veut son chemin passé dans le c¦ur d¹Aimée. Ils ne divorceront pas. Tous deux s¹enverront des messages sur leur cellulaires, pendant les huit semaines qu¹elle passait à Bucarest, et la bête vulgaire a tué l¹amour courtois.
Accompagnée de Quentin, et d¹autres, Aimée résidait en Roumanie pour huit semaines de festivals, ses fils en vacances chez leur père. Hébergée dans le Complexe des Carpates, Aimée déprimait. Tout était neuf, sans charmes passés. Elle téléphonait. Tout le temps pour dire, comme le répétera Arno aux flics locaux :
- Un truc, comme à Vegas, tu vois le genre. Situé à quarante kilomètres de Bucarest, dans la forêt, au bord d¹un lac à mille mètres. Rejoins-moi. Rien ici. Piscine, tennis, golf, sauna, salle de gym, tout pour les retraités. Une excroissance fabriquée dans la forêt. Je t¹aime. Tu me manque.
- Je ne fais rien ici, sans toi, quand tu es là je ne pense à rien d¹autre. Je n¹ai pas le choix, ni avec toi, ni sans toi. Je te rejoins, nous deux on sera.
Arno déclamait, Aimée buvait ces mots, leurs retrouvailles furent un pur bonheur. Le séjour dans le palace roumain les unissait. En cinq mois de liaison, jamais il n¹avait été deux. Aimée s¹occupait de ses enfants, travaillait partout en France. Sur la route pendant quatre mois Arno avait tourné ses concerts. Ici, la jeune femme animait des ateliers, des conférences, participait au festival, Arno l¹attendait planté dans leur suite. Par un matin radieux, après dix jours communs, Arno s¹était appuyé bras croisés au chambranle de la pièce d¹eau. Emmitouflée d¹un peignoir Aimée siffle d¹admiration, bave, en riant :
- Pas mon truc. Je dois faire la photo. Où est passé mon matériel ?
- Par là bas, il me semble, tu suis mon doigt le meuble aux trucs.
Aimée sans nuage règle son matériel :
- Spontané, je ne prends pas l¹étoile du rock coincé aux lavabos !
La moquerie pique. Arno baisse son front qu¹il a buté. Un tic agite sa bouche, il recule dans la salle de bain, parle aux miroirs :
- Possible d¹être connu, comme je l¹entends, pas comme les autres le voudraient. Les seules étoiles sont dans le ciel.
Nonchalante Aimée remarque, ce n¹est pas rien, elle ajoute :
- Relax, je le fais bien en artiste emblématique.
Arno est foudroyé par une évidence. Elle se fout de lui. Il a reculé, ses mains fixées aux linteaux de la porte. Aimée effleure une épaule, s¹éloigne. Nerveux Arno s¹agace de ce contact, il détourne la tête, se gratte l¹éternelle barbe de trois jours. Il prend des objets qu¹il rejette, balance du linge dans la baignoire. Occupée elle n¹entend pas son agitation. Les yeux plissés il grimace en parlant au lavabo :
- Tu es une fille gâtée, moi, je ne viens pas de ta cour de friqué, de rien à d¹autre à foutre que d¹exprimer ses talents, sa nature profonde.
Elle a entendu, elle reviens vers lui, ses magnifiques prunelles, ses traits purs sont interrogatifs. Arno hausse les épaules, s¹enfouit le visage dans une serviette blanche. Aimée l¹entend grogner :
- Dis à Jérémie le divorce. Pour moi. Lui s¹occupe des garçons. Vu ?
Il parle de plus en plus fort, bouge le tissu épais
- Tu dois être libre. Tout gommer.
Aimée le voit beau, passionné. Aimée élevée dans la soie s¹attendrit :
- Effacer mes quarante ans ? Mes fils ? Voyons ! Je ne suis plus Juliette, pour crier au balcon, Roméo, Roméo ! Je renie mon mari, je renie son nom.
La serviette tombe. Arno se redresse les poings aux hanches :
- Tu le fais bien exprès de jouer avec moi. Attends. Je vais t¹apprendre qui commande.
- Commander quoi ? Qu¹est qui ce se passe mon chéri ?
Perplexe Aimée hausse un sourcil. Arno les mâchoires serrées attrape deux frêles poignets, une gifle énorme ramasse le visage offert. La pommette gracieuse est claquée à la volée, la bouche s¹écrase molle, les dents s¹entrechoquent. L¹odeur du savon frappe aussi le nez qui s¹érafle sous les ongles durcis par la pratique des cordes de guitare. Les larmes piquent les yeux d¹Aimée. Réagissant à la douleur, la joue meurtrie s¹échauffe, Aimée est pétrifiée. Il mesure un mètre quatre-vingt pour soixante-dix neuf kilos de viande crue. Il la soulève comme en salle de musculation. En force il redresse cette loque d¹un mètre soixante, cinquante kilos en photo. Il lui crie en pleine figure :
- Sale pute ! Arrête de m¹humilier de ta gueule !
Le choc a rendu Aimée sourde. Muette elle ne bouge pas, ses pupilles dilatées fixent le mufle cramoisi vociférant. De l¹autre côté des inconnus s¹interrogent. Arno lâche aux pieds, elle s¹effondre. Il hurle en ponctuant à coups de sabots :
- Je commande ! Tu obéis pouffiasse. Connasse ! J¹ai quitté ma femme. Mon bébé pleure ! Je l¹ai abandonnée. À cause de toi putain !
Automate Aimée s¹est roulée en boule, elle se protège la tète, le ventre, de ses bras, de ses jambes repliées. Jambes écartées flamberge au vent il rugit :
- Je suis le maître de ton c¦ur, tout de toi m¹appartiens.
De l¹autre côté de la porte, on entend des voix. Le téléphone sur la table basse, celui de la chambre sonnent. Une réceptionniste qui s¹inquiète à l¹extérieur :
- S¹il vous plaît ! Veuillez ouvrir !
Arno se baisse, il prend une poignée de cheveux, tire en la redressant contre lui :
- Mon amour, je t¹aime. Ton bien, c¹est de me rendre heureux. Relève-toi. Tout va bien. Tu tremble ? Ce n¹est rien, tu dois comprendre. Je t¹aime, il n¹y a que toi. Sans toi, je ne suis rien, avec toi, j¹ai tout.
Un gémissement, les larmes coulent libératrices :
- Je n¹ai rien fait, tu t¹es excité tout seul, il faut te faire aider.
Arno secoue la tête. Affligé il murmure en l¹accompagnant :
- N¹invente pas, je ne suis pas malade. Je m¹énerve, mec normal veut sa femme pour lui. Sois raisonnable mon ange. On ne peut plus discuter, on ne va pas mêler d¹étrangers à notre amour. Repose-toi, je reviens.
Arno referme la porte de la chambre, va enfiler un peignoir dans la salle de bain, se passe la tête sous l¹eau. Il attrape une serviette. En se frottant les cheveux, il ouvre la porte. Souriant il salue l¹hôtesse :
- Bonjour. Vous avez un problème ? Je peux vous aider ?
Hésitante la jeune fille sourit intimidé par le chanteur guitariste :
- Veuillez excuser mon intrusion, des clients ont signalé des bruits, ici, dans notre hôtel. Impossible, n¹est ce pas ?
Un sourire ensorceleur, sur des dents parfaites, des yeux clairs rieurs :
- Entrez, Mademoiselle. Comme vous le voyez, je sors de la douche, figurez vous que je hurle à tue tête, une fois sortie de l¹eau, je me tais.
Tout est emballé dans un regard angélique, si bleu, un sourire à tomber la Roumaine de vingt ans. Le peignoir baille sur des pectoraux à lécher. La jeune fille rougit, se reprend, se confond en excuse. Après, la police lui dira que tout s¹était fini avant minuit. La nuit ou Arno avait appelé Quentin Scot. Ce bruit insistant l¹énerve. Le téléphone ! Enivré, il n¹a pas coupé la sonnerie. L¹appel lui fait ouvrir le combiné du portable lumineux. Putain il est une heure du matin, quel est le con ? Une voix haletante, il l¹indiquera au policier pour leur rapport au petit jour :
- Quentin. On se voit de suite. T¹entends, dis ?
La légende de l¹élégance inclassable de Quentin Scot est mourante. Il va l¹envoyer au chiottes ce briseur de moral, ce jaloux aux sentiments, fixé à emmerder un gars gentil. Lui.
- Arno, je dors. Moi. De plus, il y a photos, donc fraîcheur, disponibilité demain à huit heures. Salut.
- Quittes pas, Quentin par pitié.
Le primaire suppliant à une plombe ! Quentin est excédé :
- Ta guitare a changé de place, tu peux plus te gratter pour créer ?
- Tu es fou ! Personne ne touches à ma guitare.
- Arno je te le dis. Merde jusqu¹à demain.
- Tout à l¹heure les photos, avec Aimée. On a un problème.
- Les photos c¹est demain. Putain de patience !
- Mais demain impossible, pour les photos, je veux dire.
La syntaxe d¹un chanteur de rock est navrante, comment fait Aimée ? Dans le grand lit à gauche, on tamponne. Quentin se frotte les sourcils de sa main libre. Il se plaint en se retournant vers l¹autre oreiller.
- Je suis stupide de ne pas mettre sur répondeur pour ça.
- Tu es le père Térésa des c¦urs en détresse mon ange.
Brutalement Quentin s¹assied dans le lit. Il allume cette affreuse lampe. Les couvertures recouvrent la tête d¹à côté. Pourquoi c¹est impossible les photos demain ? Il questionne le téléphone posé sur la table de chevet, le micro répond :
- Pour ça que je t¹appelle, tu comprends ? Aimée s¹est disputé avec moi, un truc un autre. Un peu chaud comme dispute.
- Quoi ? Passe-moi Aimée. Maintenant.
Ce type le hérisse.
- Non, là c¹n¹est pas possible. Faut mieux que tu viennes. Tu vois ?
Quentin se vêt en hâte. Sa fébrilité interroge l¹objet de ses désirs :
- Tu m¹abandonnes pour deux pigeons qui roucoulent de travers !
Le visage de Quentin s¹éclaire sous la chiche lueur de l¹applique du Grand Hôtel de Bucarest, malgré le bel oiseau dans son nid, Quentin part se taper quarante kilomètres en taxi :
- Pourquoi tu t¹en mêles ?
- L'image que j'ai d'Aimée, son ironie, cette façon de ne pas prendre les choses très au sérieux, de se moquer affectueusement de moi. J¹ai son éclat de rire et son sourire. Et là, je m¹inquiète, donc je dois la voir.
Les yeux sur le plafond, Nicholas s¹est redressé sur les coudes :
- Tu aimes cette femme ?
Sa voix dérape toute triste. Quentin au-dessus de ses tennis le regarde. Il sourit l¹acteur, plus beau à quarante ans que n¹importe qui. Quentin, Aimée, sont venus en invités d¹honneur du gouvernement Roumain, ils animent le premier festival sur les gloires roumaines. Ces rencontres internationales visent à promouvoir la culture roumaine auprès des investisseurs. Vlad Tepes l¹empaleur des Carpates, de la plaine moldave, Dracula pour l¹écrivain Bram Stoker, devient une société de parc d¹attractions, un Draculand coté en bourse. La Roumanie, chambre antique de la fin du monde, a été brisée par la tyrannie, elle se vend aux marchands. L¹ancêtre massacreur des Turcs va rapporter des millions aux Alpes Transylvanienne. Bienvenue Aimée Kuntz l¹auteur de bandes dessinées, qui vulgarise Dracula en Europe. Lui, Quentin Scot, il va terminer ses lectures du Tueur sans gage d¹Eugène Ionesco.
Nicholas Romanescu étudiant en fin de cycle, traducteur pour les personnalités ?
- Je ne te quitte pas, Nicholas. Je veux aider une amie.
- Ce type fait semblant, avec tout le monde et le reste. Il est obnubilé par l¹expression de sa sincérité artistique en public. Sa différence n¹existe pas. J¹ai la charité de ne pas rire quand il cite Rainer Maria Rilke de travers.
- Arrêtes. J¹y vais, je te reviendrai plus vite.
Trop réveillé, le jeune homme s¹était plongé dans le topo de préparation des conférences qui suivait. L¹appel de Quentin à trois heures du matin l¹avait surpris devant l¹ordinateur allumé. Quentin s¹était précipité au chevet d¹Aimée inconsciente, il attendait les secours et la police. Arno s¹était enfui. Les deux hommes s¹étaient retrouvés, à cinq heures du matin, dans le hall du service de réanimation intensive du centre hospitalier universitaire de Bucarest. À midi, Aimée décédera d¹un ¦dème crânien, la conséquence des coups reçut. Arno se retrouva en prison.
En France, les fils d¹Aimée se souviennent. L¹expression de sa voix, un torrent sous un regard clair où les mots comme des pierres ricochent pour se transformer en sable de rivière. Toutes les femmes sont en verre, elle avait l¹art du cristal. Aimée baillait dans l¹uniformité, elle avait eu des parents célèbres formidables. Elle était si particulière. En fin d¹après-midi, elle orientait la porte-fenêtre de l¹entrée pour se regarder. Résultat ? Aimée Kurtz s¹habille comme un sac. Se peigne pareil. Elle sortait seule ce soir.
- Bon, mes enfants, j¹y vais.
L¹aîné Gautier était arrivé en dérapant sur ses chaussettes
- Plus de chaussons Gautier ? Trop tard à dix-sept ans.
Lourdeur d¹une fois comme mère. Il avait gémi en voûtant son dos :
- Mais ce n¹est rien ça. Tu vas où ? Je peux savoir ?
Une moue plisse la bouche généreuse, remonte des fossettes. Les deux autres comiques ont rappliqué derrière leur grand frère. Victor est l¹important de neuf ans, Alfred suce son pouce. À cinq ans, il a arrêté, mais sa mère les abandonne à la maison avant de sortir seule, son pouce le reprend pour une semaine entière. Patiente Aimée leur rappelle :
- Vous avez oublié ? Je vous l¹ai déjà dit. J¹ai Amer Thune en concert avec Paul et Caroline ce soir.
- Pourquoi moi, je ne vais pas avec toi et papa ?
- Victor ! Tes frères n¹y vont pas non plus. Ton père m¹accompagne. Tu crois que je devrai être gardé par les papas de tes frères, avec toi, et tes deux frères en plus ?
Victor réfléchit adosser les bras croisés au chambranle de la porte à double battant qui sépare le hall de la pièce de séjour :
- Des fois il se passe des trucs aux concerts, la drogue, les casseurs qui caillasse tout, les voitures volées qui brûlent, les gens qui meurent étouffés.
- Victor mon chéri ! Tu confonds avec les raves. Je prends un taxi, ton père vient en voiture, ma drogue c¹est vous trois, je ne ramasse pas de cailloux, je regarde les musiciens sur scène pour mon album sur les gloires du rock Il me faut des postures, des attitudes. Comprends-tu ?
- Demain tu aura du mal à te lever pour nous amener à l¹école.
- Oui, tant pis pour moi, je suis une grande, je peux moins dormir.
- Maman tu t¹en vas et nous ? Bredouille Alfred le menton tremblant, les yeux trouble sous la tignasse.
- Coiffeur pour Alfred, je le note.
Elle a sorti son agenda électronique d¹un sac changé en cabas, qu¹elle posait toujours sur le banc coffre installé dans le vestibule, en partant du hall pour aller de l¹office à la cuisine.
- Pendant que j¹y suis, autre chose ?
- Une carte cellulaire pour mon téléphone. Et celui de Victor aussi.
- Voilà, voilà. J¹avais oublié de les donner, mais j¹y ai pensé en achetant mes cigarettes toute à l¹heure.
- Maman, tu dois t¹arrêter. La clope te tue.
- La cigarette m¹est néfaste. Gautier, je le sais, mon seul défaut. Non ?
Assit avec ses deux frères sur la tombe de sa mère, Gautier se dit que la rencontre du connard intersidéral, sa mère l¹avait faite ce soir-là. Seule, sans eux. Le gentil père de Victor était très occupé par sa gentille femme. Eux, les trois frères, il l¹aurait évacué vite fait ce tueur du futur. La mort rend inutile l¹amour que les enfants porte à leur mère. Qu¹est que son assassinat fera d¹eux.
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