Pulpe

par

JEAN-YVES DUCHEMIN

On rêve toujours d’une autre vie que la sienne !    
 
Ce n’était pas tout à fait une chambre, ce n’était pas tout à fait un bureau. La tapisserie représentait des fusées en plein essor dont la base incandescente était cachée par une lune ronde et rousse. Une véritable transhumance intergalactique, un exode qui voyait les émigrants quitter la cave pour rejoindre le grenier en empruntant la trajectoire des murs. Sans doute une fuite causée par un « accident » à l’échelle planétaire : une guerre atomique, une collision annoncée avec une comète… Un type d’une quarantaine d’années était allongé sur un lit ; son corps apparemment inerte, il fixait le plafond où s’ébattaient des ombres en forme de nuages agités par un vent de panique. La brume, devant ses yeux étrangement immobiles, s’épaississait jusqu’à devenir de la meringue enrobée d’une couleur de deuil ou de nuit. Le regard du type semblait halluciné, aimanté par le lustre d’où, si l’on en croyait la crainte qui s’affichait en surimpression sur ses traits contractés par l’angoisse, jaillirait sûrement la foudre, le fusillant tel un paratonnerre de chair, d’os et de sang. Ses paupières ne papillotaient même pas au rythme des mots qu’il débitait sur un ton monocorde. Les phrases sortaient de sa bouche comme des crachats, tant sa respiration devenait haletante au fil des minutes. Alors que là-haut, la brume se transformait en fumée, les nuages en visages émaciés et charbonneux. Un homme jeune était assis devant un ordinateur et pianotait, un sourire amusé plaqué sur la figure, les pupilles dilatées, un feu interne allumé sous son front. Le type alité interrompit sa narration ; ses lèvres se décrispèrent.  – Tu me feras la lecture ce soir, mon fils ?  – Pas ce soir, P’pa, j’ai une émission sur la NASA à la télé. Tu veux qu’elle vienne, tu veux que j’appelle Aïd…  – Ok, ok… pas grave, fiston. Je pourrai m’en passer pour une fois. Un peu de musique ne me fera pas de mal, hein ? ?
Ce fut un rêve atroce, qui le laissa trempé et chancelant au sortir du lit. On venait de lui voler la vue. Il était enfant, avait fait un pari avec un gosse de ses relations : « regarder le soleil dans les yeux », comme ils disaient, à l’heure de la récré, lorsqu’ils se réunissaient à l’abri du préau. Il avait regardé le soleil dans les yeux, et le soleil lui avait volé son regard. Enfin, c’est ainsi que cela se passa dans le cauchemar. Transpirant, il mit pied à terre, quittant son lit d’angoisse nocturne tel un chevalier épuisé par une trop longue course. Puis se dirigea vers la fenêtre d’un pas hésitant, maladroit, s’y pencha afin de mieux goûter à l’arôme entêtant de l’iode et admirer le pâle soleil de l’aube. Mais n’y parvint pas. Seul son odorat fut sollicité. Comme tous les matins depuis… depuis la NUIT DES TEMPS !    
?   Marseille.   Un jour, mon boucher a prétendu qu’il devait bien exister quelque part une planète comestible ; un bon quartier de viande perdu (suspendu ?) dans le cosmos. A mon avis, il lisait trop de romans de science-fiction, le Gros Lulu ! Mais je le soupçonne de l’avoir fait exprès dans le but de titiller ma fibre créatrice. Car il sait que je suis écrivain ; forcément, puisque c’est lui qui m’a présenté à son neveu, un jeune éditeur recrutant des jeunes auteurs dans la région. Je l’ai vu naître, ce marmot… Et le voilà maintenant commandant toute une armada de romanciers spécialisés dans la SF ! Je vais peut-être travailler pour lui, et ça m’interpelle, m’épate, quelque part me fascine. Me rajeunit surtout ; je remonte ainsi le temps sans bouger le petit doigt – si ce n’est pour taper sur le clavier de mon ordinateur. Je ne suis pas jaloux, non… mais je le trouve un peu novice en la matière pour juger les autres, ses aînés, ses pairs. La vie a été créée de la sorte : les jeunes, avec ou sans expérience, se permettent d’analyser, puis de condamner ou de monter au pinacle les œuvres des vieux. Des glorieux Anciens. De quel droit font-ils ça, ces blancs-becs, hein ? C’est le monde tourneboulé. Rien ne dit qu’eux-mêmes savent écrire ; par contre, ils lisent à tour de bras, à bride abattue, à bâtons rompus, ces contrôleurs des travaux finis ! Je ne suis pas envieux non plus, cependant je ne crois pas que je supporterais si ce prétentieux décidait de refuser un de mes romans. La critique n’a pas d’âge, je sais, néanmoins un minimum de respect s’impose, non ? Le Gros Lulu m’a donné le numéro de téléphone du jeunot. Non seulement il me vend de la bonne viande, mais en plus il apprécie ce que j’écris. Avant de devenir boucher il a fait des études de Lettres. Moi j’ai pris l’autre option : j’ai vaguement louvoyé entre les embûches d’une Ecole de Comptabilité. Et pourtant, aujourd’hui, à plus de quarante berges, j’ai toujours besoin d’une calculette pour que mes comptes de la vie courante soient bons. Mon boucher, en plus d’être un ami, est devenu mon thermomètre : c’est lui qui dépucelle mes textes. Il me donne son opinion, et s’il me fait les gros yeux, c’est qu’il n’aime pas particulièrement. Une fois, alors que j’attendais impatiemment la sentence, au sujet d’une « Nouvelle polarisée » que je venais d’écrire dans la nuit, il m’a regardé d’une façon bizarre, sans piper mot. J’ai tout de suite compris que je m’étais fourvoyé. Comme son surnom l’indique, c’était une Nouvelle dans le style polar. J’étais conscient que ce n’était pas mon truc ; que je fuyais mon domaine de prédilection. Un désir aveugle, une lubie. Je désirais mettre les pieds sur un territoire étranger, sans doute miné. Dépasser les frontières que je m’étais imposé. Provoquer un ennemi invisible, sournois. Cela pouvait passer pour de la provocation, oui. Je suis intimement persuadé qu’un retour aux affaires est plus important que le départ lui-même, et je sais pertinemment qu’en achevant ma Nouvelle, UN FLIC M’A SOURI, je comblais un vide minuscule comme le trou du cul d’une souris. Un fantasme, lorsqu’il est accompli, n’est déjà plus un fantasme, n’est-ce pas ? Il était impossible que l’envie me reprît un jour ; non, il n’y aurait pas de cycle. Je n’aime pas m’aventurer sur des plates-bandes que je n’ai pas au préalable arrosées, quitte à devoir enfiler des bottes. Le regard du Gros Lulu fut assez explicite, et sa grosse voix bourrue, résonnant dans ma tête tel le tonnerre, me souffla (souffla fort) que je faisais fausse route… que d’autres traitaient le sujet mieux que moi, qu’il me fallait retourner à ma passion première. Ce sont là ses propres termes. « Tu n’es pas assez calculateur, mon gars ! Un bon écrivain de polar doit farfouiller, imaginer des enquêtes qui tiennent la route, même si la solution se trouve au cœur d’un labyrinthe. Tu n’as pas ce profil, tu es plus doué pour l’improvisation… Tu rêves éveillé. Tu es anarchique dans ta façon d’agencer les chapitres. Et c’est là le plus beau des compliments, bonhom’ ! », déclara-t-il, comme s’il me psychanalysait. Il est exact que mes textes ne sont pas très structurés ; qu’on est plus confronté à des puzzles littéraires – voilà, ma foi, un bien grand mot ! – qu’à des histoires finement ciselées, savamment ficelées… comme les rôtis de mon Gros Lulu. Lucien Bourdoncle était un lecteur assidu, à tel point qu’il devait porter des lunettes lorsqu’il tranchait dans le vif, ou le lard. A force, il s’était usé les yeux. A la manière d’un maçon dont les mains se couvrent de cal au fil des années d’un labeur fourni avec zèle. C’est alors qu’il me parla de son neveu, et de la petite annonce me concernant qu’il avait découpée dans le journal tout exprès pour son pote. J’en pris connaissance, tandis qu’il servait un client un tantinet ronchon. Plus ronchon que pressé, en tout cas. Cependant, se posait un léger – lourd comme la Tour Eiffel, oui – problème. L’annonce précisait : « Jeune éditeur recherche jeunes auteurs de romans de SF, pour participer à la genèse d’une nouvelle Maison d’Editions. Contacter Franck Panter au… ». Ce qui m’intrigua le plus au premier abord fut le numéro de téléphone. Chaque chiffre semblait une perle d’un même collier : 66 66 66 66 66. Ce devait être une plaisanterie ; c’était là un gag diabolique, ou je perdais mon latin. Le Gros Lulu prétendit qu’il devait s’agir d’un message codé, qu’il n’y avait pas maldonne. Mais à qui s’adressait-il donc ? A des copains d’enfance que Franck avait égarés avec le temps, et qu’il désirait retrouver à tout prix ? Cette succession de chiffres représentait peut-être une sorte de mot de passe ; ils seraient les seuls privilégiés à en saisir le sens. Le message codé était-il destiné aux membres d’une secte ? Une secte satanique, des adeptes de la kabbale… A moins qu’il ne faille taper dix fois le chiffre 6 en langage morse pour être reconnu. Lucien m’assura que je me trompais ; j’aurais aimé le croire sur parole. Lorsque je composai ce numéro débile, je tentai de me raisonner : « Tu es trop vieux, mon salaud, renonce ! Tu pourrais passer pour son père… ». J’avais un trac de gamin avant l’examen, ou de puceau avant le grand saut. C’était un coup d’épée dans l’eau, mais je ne risquais rien d’essayer. Nul besoin de rafraîchir ma voix. En prévision d‘un futur rendez-vous, mieux valait jouer franc jeu. Ce que j’ignorais c’est que Franck Panter était aveugle ! Je l’ai peut-être vu naître, oui, mais lui n’aurait pas pu me voir vieillir. Pourquoi le Gros Lulu ne m’a-t-il pas averti ? ?
Le son de sa voix m’avait fait régresser, reculer dans le temps ; je retrouvais ainsi les années folles durant lesquelles je fuyais la compagnie de mes parents, pour rejoindre dans la foulée un endroit plus tranquille. Le plus souvent la cave me servait de retraite ; j’y écrivais des Nouvelles plus tordues les unes que les autres. Je les surnommais mes « Serpents Littéraires ». Après les avoir rédigées, je parlais d’elles affectueusement avec mes copains de l’époque. Lucien Bourdoncle en faisait partie. Nous avons usé nos frocs sur le même banc, de la maternelle au lycée ; après, on fut séparé par diverses orientations scolaires plus ou moins bienvenues. Plus ou moins hasardeuses. Mais la vie, toujours aussi égoïste et imprévisible, nous a éloignés l’un de l’autre afin de mieux nous réunir plus tard, alors que notre majorité était déjà un souvenir difficile à se remémorer. Nous nous retrouvâmes dans le même quartier tout à fait par hasard ; depuis, nous y vivotons tant bien que mal. La vie, cette traîtresse, nous devait bien ça, non ? La voix de Franck Panter (un nom d’emprunt ?) semblait si mûre que je rajeunissais sur-le-champ ; la mienne est encore juvénile, contrairement à l’effet qu’elle produit au téléphone où, paraît-il, elle serait un peu trop sèche, austère. Il me donna rendez-vous à La Chope en Fuite, une brasserie du Vieux Port, à Marseille – lui-même habitait Aubagne. La première chose que je vis lorsque j’arrivai sur les lieux de la prise de contact, c’est le chien d’aveugle qui l’accompagnait. Un labrador d’un noir corbeau. On aurait dit qu’on l’avait trempé dans de l’encre de Chine. Ce n’était pas un animal, non, c’était une ombre… une ombre palpable dont les formes rappelaient qu’il ne fallait surtout pas trop aiguillonner le maître. Une protection rapprochée à la fois douce, caressante, et pleine de crocs qui ne demandaient qu’à s’exprimer après un bon coup de gueule. D’abord les sommations aboyées comme il se doit, à la manière d’une sentinelle ou d’un adjudant, ensuite l’attaque foudroyante si… Crac ! Un claquement sec des mâchoires. J’en eus des frissons, les poils dressés telles les épines d’un cactus. Je me trompais : c’était une bonne pâte, ce clébard ! La langue un peu baladeuse, mais sympa tout de même. Je me suis toujours méfié, à tort ou à raison, de la gent canine. Sans doute parce que je me suis fait mordre lorsque j’étais encore un mioche en couches-culottes. Rien de bien grave, ma foi. Juste un souvenir douloureux qu’il était difficile d’effacer sur commande. Bizarrement, le jeune éditeur me reconnut grâce à ma voix ; je m’étais assis le plus près possible, lui demandant s’il était bien untel, et patati et patata… Il me répondit que oui, bien sûr ! On entama la conversation, après je me fusse installé à sa table, qui se trouvait juste devant la mienne. Le labrador m’observait déjà depuis que j’étais entré dans son champ de vision – ou bien son odorat l’avait-il aiguillé sur de bons rails. Cette pensée me mit mal à l’aise. Comme entrée en matière, on devait pouvoir mieux faire, n’est-ce pas ? Oui, je sais, j’ai trop d’imagination ! Je ne pus m’empêcher de lui parler de ce numéro de téléphone extravagant. Il éluda le problème d’un revers de main ; le chien suivait tous ses gestes comme s’il s’était agi d’un os à moelle qu’on agitait devant sa truffe sans qu’il puisse l’attraper. « Ne cherchez pas à comprendre ! », me dit-il sur un ton que je jugeai insolent. La différence d’âge me mettait sur la défensive, me rendant parano. Franck semblait intéressé par ce que je lui racontais au sujet de ma conception de la littérature de science-fiction. C’est un genre en perte de vitesse ; il faut donc le relancer, le réhabiliter. Oui, le rénover ! Par moments, je regardais l’animal qui, maintenant, remuait la queue en respirant fort. Est-ce qu’il était possible qu’il devinât mon âge à la seule écoute de mon timbre de voix ? Heureusement qu’il s’exprimait en jappant, le molosse du pauvre (?), sinon j’étais foutu ! Cependant, quelque chose me poussait à croire que le neveu du Gros Lulu était déjà au courant. Il est terriblement ardu de se réfugier derrière une apparence vocale. Le boucher s’était sans doute tu, mais l’intuition des aveugles est très bavarde et ne saurait souffrir le moindre mensonge. Le chien s’appelait Lab. Tout bascula lorsque je branchai Franck sur le problème de la cécité dans son boulot ; j’avais bien entendu évité d’aborder la question des ans. Ciel, qu’il me sembla mûr malgré (?) son jeune âge ! « Comment faites-vous pour lire les textes des auteurs que vous recrutez ? » ; « J’embauche des spécialistes qui les transcrivent en braille ; ça a au moins le mérite de créer des emplois, non ? »… Lab sentait le trouble qu’éprouvait son maître, et visiblement s’en inquiétait. Mais pas au point de montrer les crocs en grognant. M’avait-il apprivoisé ? Toujours est-il que Franck me parut avoir deviné la réaction de son brave toutou. Il décida de cesser de se cabrer sous le tir nourri de mes questions importunes. Que cela concernât les rapports de ce chien avec son maître ou les miens avec mon futur éditeur (enfin, presque), c’était tout un monde inversé. A vous donner le tournis ou le mal de mer… ?
Cette entrevue avait chamboulé mes habitudes ; maintenant, tout ce que j’écrirai sera pesé, analysé, lu sous toutes les coutures. Même en diagonale. J’imaginais ma Nouvelle, UN FLIC M’A SOURI, traduite en langage braille ; le mec qui la transcrirait s’égratignerait le bout des doigts jusqu’à l’os. Et si Lab rôdait… Le type en question y perdrait ses empreintes à jamais. L’idéal pour commettre le crime parfait. Quant au préposé à la première lecture, il attraperait une conjonctivite niagaresque, proche de la crise de larmes. Un tel échec, ça laisse des traces, n’est-ce pas ? Franck Panter m’avait proposé un marché fort acceptable, ma foi. Je devais lui faire parvenir deux romans parmi ceux que je jugeais très bons, plus une poignée de Nouvelles de même présumée qualité ; s’il était satisfait, il me le ferait savoir. Il contacterait son oncle, qui transmettrait. Il voulait créer une Collection Coup de Poing. Quelque chose de percutant : il faudrait que ça rentre dans le lard du lecteur (ou de la lectrice). Pour cette fois-ci, afin d’aller plus vite, il trouverait quelqu’un pour lire mes textes de visu. Une lectrice, c’est mieux au niveau de la douceur du timbre. Il fallait que les phrases caressent les oreilles de Franck. Il n’aimait pas le bruit et la vulgarité. Il n’avait pas encore recruté les « traducteurs ». Je crois bien qu’il avait tout fait de travers ; l’expérience ne s’acquiert pas dans un landau, non. Je le soupçonnais d’être un enfant gâté ; j’allais lui montrer de quel bois je me chauffe. Si Lab me permettait cette insolence, bien sûr. Brave clebs, gentil toutou… Quelques jours plus tard, on frappa à ma porte. J’ouvris. C’était une jeune femme au physique très agréable, vêtue sobrement, comme si elle avait honte d’être belle. Elle se présenta : elle s’appelait Aïda Fiesco. C’était une métisse, elle avait les yeux vert émeraude. Telles deux gouttes d’eau volées à la mer des Antilles. Sans doute une fille des DOM-TOM, née sur une île enchantée. Elle n’avait pas d’accent particulier. Elle était très troublante, et semblait consciente de l’effet qu’elle produisait sur les hommes. Oui, mais elle paraissait réellement gênée d’être si désirable ; à moins que ce ne fût autre chose. Le monde est ainsi fait : qu’on soit moche ou beau, on veut toujours changer de peau. Je lui aurais volontiers conté fleurette, si la situation s’y prêtait… C’était la lectrice de Franck Panter. Ce qu’elle m’apprit me scia, me clouant littéralement sur place. A peine venait-elle de terminer son récit que le téléphone tintinnabula, résonnant dans la pièce à la manière d’un avertissement, ou d’une alarme. C’était le Gros Lulu ; il était en colère. Je ne pus que lui répondre : « Je sais, je sais, vieux… Mademoiselle Fiesco est ici. ». Alors qu’elle lisait PULPE, LA PLANETE COMESTIBLE, un des deux romans que j’avais envoyés à Franck, Lab s’était jeté sur son maître, le mordant jusqu’au sang. On l’avait emmené à l’hôpital où il avait été recousu d’urgence. Il avait le torse lacéré par les crocs de la bête subitement devenue folle, incontrôlable. D’après ce que m’a raconté Lucien, son neveu était très commotionné. Le chien avait bien failli l’égorger. On avait piqué Lab. Et c’est surtout ça qui avait choqué Franck Panter ! Il n’y a rien de plus fidèle que l’amour qu’on éprouve pour une bête… et réciproquement. ?
Ce jour-là, j’ai pris un tel coup derrière la tête que j’en fus tout secoué, comme un milk-shake. La conversation que j’eus avec cette Enfant des Iles me laissa sans voix ; je demeurai muet longtemps après qu’elle eût quitté mon appartement. Mon regard ne s’aventura même pas sur ses courbes mouvantes, alors qu’elle marchait sur le palier pour rejoindre l’escalier, un peu plus loin. Je fixai le sol, à la manière du Petit Poucet cherchant les cailloux qu’il avait semés, et ne les y trouvant pas. Rien n’aurait pu détourner mes yeux fixés sur une ligne invisible ; plutôt la circonférence d’un cercle vicieux au centre duquel je poireauterais, attendant d’être enfin libéré d’un sortilège entêté, obsédant. Envahissant. Ou une cible dont je serais le point de mire. J’aurais beau me protéger de mes bras, les flèches franchiraient cette défense de chair inoffensive et m’atteindraient en plein cœur. Ce qui m’avait tout de suite intrigué, inquiété, c’est de quelle façon elle avait obtenu mon adresse. La réponse ne se fit pas attendre : Franck Panter tenait un cahier spécial où il notait les coordonnées de ses éventuels coopérateurs futurs. A côté du nom figuraient les titres des œuvres « recensées ». J’étais en tête de liste, paraît-il ; elle n’avait pas cherché plus avant. J’appris également qu’elle connaissait bien le Gros Lulu. Et pour cause. Là, j’étais encore plus scié, cloué… Le père de mon pote avait beaucoup voyagé dans les DOM-TOM ; il avait même failli y devenir ambassadeur. Pour une obscure raison politique, son ambition avait capoté. Papa Bourdoncle n’était pas revenu de là-bas les mains vides ; comme d’habitude, il était hors de question qu’il rentrât chez lui sans rapporter, blotti bien au chaud dans une valise, un souvenir palpable, si je puis dire. Il avait tenu à adopter une fille locale, une enfant du cru, car il était devenu stérile à la suite d’une grave maladie tropicale. Et surtout, après son divorce, la garde du Gros Lulu lui avait été retirée. Lucien avait huit ans à l’époque. Je n’en croyais pas mes oreilles – mes yeux non plus, je ne les croyais pas, tant cette jeune femme était farouchement attirante. Une véritable beauté sauvage… et si naturelle. Mon copain d’antan m’avait donc caché ce trésor ; mais était-il seulement au courant de son existence ! Je décidai de me taire : on ne sait jamais dans quel engrenage on met les pieds avec ce genre de « ragot ». Un jour peut-être je réglerai mes comptes sur la question. Elle me narra dans les détails ce qui était arrivé à Franck Panter. Elle venait d’entamer la lecture du chapitre où mon héros pose son astronef endommagé par des astéroïdes sur la planète PULPE. Enfin, c’est ainsi qu’il la nommera plus tard. La voix d’Aïda se troubla, se mit à trembler, comme si son larynx s’obstruait progressivement et qu’elle tentait de protéger ses cordes vocales en toussotant sporadiquement. Je revoyais la scène que j’avais imaginée grâce à mon boucher – l’histoire du quartier de viande perdu dans le cosmos. L’expression « le serpent se mord la queue » me vint à l’esprit ; elle repartit aussitôt, en sifflant. PULPE, LA PLANETE COMESTIBLE, mon roman le plus récent – je l’avais terminé à peine quelques jours avant ma rencontre avec l’éditeur –, commençait à porter malheur. Mais ce n’était qu’un début. Un malheureux début. Fort heureusement, Aïda n’avait pas lu à son patron – son parent, oui – l’autre roman (le plus ancien de la paire, évidemment) et les quelques Nouvelles allant avec… Un sacré lot, ma foi. Néanmoins, sur l’instant, quelque chose me tarabusta. On aurait dit que ça me donnait de l’urticaire au cerveau ; je me grattai le crâne, sur le haut du front, labourant quelques rides. Là où poussent les cornes d’un cocu. Mon Dieu, comme j’aurais aimé y fourrer mes doigts, afin de les y enfoncer jusqu’à la garde ! Est-ce que Franck était au courant du lien invisible qui le liait à son employée ? Je subodorai que non. Mais tout le monde peut se tromper, n’est-ce pas ? Et penser cela est plutôt rassurant, ma foi. Il me revenait en mémoire ce qui était arrivé à Richard, mon neveu et filleul, lorsque je lui avais lu un passage d’une Nouvelle que j’avais écrite alors que je venais tout juste d’avoir quatorze ans, LA PUCE ET LE POU, dans le but innocent de l’endormir. Je ne l’avais jamais terminée, songeant à l’époque qu’un auteur de Nouvelles était forcément moins capable qu’un romancier ; que c’était là une sorte de porte de sortie, un aveu d’impuissance. La négation, le côté obscur du talent. Le nombre de pages n’est pas proportionnel à la qualité d’une œuvre : je ne compris ça que beaucoup plus tard ! Il s’agissait d’une histoire toute bête (?). La banale rencontre d’un coiffeur pour dames avec la femme qui s’occupe habituellement du toilettage de son chat. Un double échange. Deux cœurs en osmose… et l’accouplement électrique d’une puce avec un pou. Le vieux Fougasse s’était jeté sur Richard toutes griffes dehors, en grimaçant comme une gargouille et feulant tel un tigre réduit à l’état de miniature à cause d’un mauvais sort. J’avais tout juste eu le temps de retirer le gosse de la trajectoire du félin en folie. Puis j’avais très vite refermé mon manuscrit inachevé. Le chat s’était alors calmé, et semblait complètement abruti, tétanisé par sa propre attitude. Richard arborait une petite estafilade sur la joue gauche. J’aurais dû me douter qu’il y avait… « anguille sous roche ». Encore une expression qui trotte dans ma tête, telle une obsession ou une idée fixe. Et oui, je fus tout à la fois scié et cloué. Ah, toujours cette fascination pour les phrases toutes faites ! Les proverbes, les citations, les exemples… Il faut que ça cesse. ?
  (Extrait du carnet de bord du Commandant Perryl.)   Il ne me reste plus beaucoup d’oxygène, cependant l’avarie se résorbe. Lentement mais sûrement. Je fais ce que je peux, avec les moyens du bord. Eurêka, Le Super Ordinateur, n’a pas été touché à l’issue de la chute. C’est une bonne nouvelle. Des astéroïdes continuent à pleuvoir ; je n’ose même pas quitter ma coque protectrice. Cette planète est vraiment spéciale : mon observation me porte à croire que c’est un territoire globalement réservé à des vampires colonisateurs, ou des sangsues immigrées là pour quelque travail de pompage. Tels les vers suceurs de PETROLAND, le satellite pourvoyeur de source essentielle de la planète NRJ. Ce monde semble inhabité en surface. Ou si peu. Les ombres agissent comme des tatouages ; à une certaine heure de la journée elles demeurent immobiles, imprimées, décalquées sur le sol mouvant. Ensuite elles se diluent, sans raison apparente… tout simplement parce que le moment de la dissolution est venu. On dirait les contours d’une victime dessinés à la craie par la Police après un accident ou un meurtre. Les frontières de la victime, oui. C’est une boule aussi vierge que le crâne d’un chauve. Une boule de billard ricochant dans le cosmos, une roue de voiture privée d’essieu et percutant des murs invisibles de gravitation potentielle ; une bille de flipper démesurée dévalant la pente infinie d’un univers sans véritable inclinaison ; une bulle de savon égarée dans un espace froid et délavé. Je suis persuadé qu’elle vole au sein de cette immensité illimitée, à la recherche d’un nuage de création universelle, balle perdue qui se contenterait de la moindre cible échouée à sa portée pour assurer sa subsistance. Elle attire les astronefs de passage tel un aimant et les gobe comme si c’étaient de simples huîtres, ou un gibier cosmique rôdant trop près d’un prédateur sidéral. Elle est friande d’épaves délaissées par des équipages en fuite, car ainsi, elle n’a plus besoin de fouiller dans la coquille même de ces insectes de métal évidés et qu’elle happe de bon appétit. C’est une gourmande ; les déserteurs sont vite rattrapés au moyen de pseudopodes dont elle a le secret, et qu’il est difficile de voir venir puisqu’ils surgissent en un éclair de son sous-sol spongieux comme un marécage. Les dunes ondulent, s’agitent frénétiquement, affamées ; en quête de proies fraîches, elles engloutiraient volontiers des troupeaux entiers de moutons écorchés vifs lors d’une transhumance de mort. Elles s’approchent en fluctuant, fauves avides sans queue ni tête ni pattes ni… Et, rampant sous cette moquette vibrante, aux dimensions démentielles, des êtres de cauchemar se faufilent, en approche rapide. Mais il n’y a jamais d’animaux dans les cales des vaisseaux stellaires absorbés ! Et, ouvrant une brèche aux dimensions adéquates, cet astre vivant engloutit tout ce qui la piétine insolemment. Ceux qui marchent sur sa peau de papier mâché, et qu’elle avale goulûment sans autre forme de procès. Rien ni personne ne peut subsister sur ce caillou céleste, sans subir les pires outrages d’un repas consommé en toute hâte. Seules survivent les taupes carnivores qui rongent ses entrailles, et dessinent de bien étranges labyrinthes sanglants dans sa chair… pulpeuse. De véritables termites carnassiers conçus pour la perforation chirurgicale. Ainsi, noyés par des vagues de sang, des sortes de tunnels de métro s’entrecroisent sous les tranches superposées de cette vieille carne spiralée. Les hémorragies qui en découlent déchirent l’écorce gluante de ce fruit suspendu sanguinolent, et les geysers éjaculent dans l’air saturé de cendres puant l’abattoir des torrents d’hémoglobine, à la manière de volcans sans cesse en éruption… cutanée. Cycle infernal, éternel recommencement puisque les épaves d’astronefs sont immédiatement recrachées, vomies, tandis que les membres des équipages ont été préalablement digérés, et se sont mêlés à cette terre roussâtre en une bouillie infâme, formant çà et là des croûtes pustuleuses, pestilentielles, à la surface. Cette planète est malade ; on dirait qu’elle est fiévreuse. Qu’elle a du mal à respirer… A ma connaissance, je suis l’unique survivant humain, le seul rescapé parasitant cette mappemonde de chair hémophile ; je dois être fort indigeste. Il faut vous dire que j’ai adopté une taupe carnivore, et peut-être a-t-elle peur de ce petit monstre fouisseur. Rien n’est moins sûr… A moins que mon scaphandre en fibres de basalte, tricoté à la main avec des aiguilles de silex, soit un rempart inviolable où cet astre insatiable se casse les dents. Je suis un ermite isolé sur un monde désolé ; absurde, non ? Ah oui, je voulais préciser : ma taupe s’appelle Termitt ! C’est un mâle. Parfois je le surnomme Termitator. Il m’obéit… savez-vous ?  – Termitt, va chercher… Et il me ramène aussitôt un débris d’astronef. Ou un os. Je me sens aussi stupide qu’un ver habitant un fruit trop mûr. Un jour, il s’est pointé avec un nouveau compagnon : un chien bizarre caparaçonné d’une sorte d’armure. Je crois bien que c’est un robot. Je crains que Termitt ne soit jaloux. Je n’aurais pas dû lui permettre de gambader sans laisse dans cette nature hostile. Il ne supporte déjà plus la promiscuité que lui impose ce chien de fer. Heureusement qu’il n’aboie pas, car on entendrait grincer ses rouages bouffés par la rouille ! Mon Dieu, je m’emmêle les pinceaux, je perds la boule. Je mélange tout. En vérité, je suis ici depuis plus de six mois. Je ne suis même pas certain de rentrer un jour. Mon mécanicien est mort le jour du crash. Et mon copilote a été dévoré par une drôle de bête. Quant au spécialiste des transmissions, il a chopé une mauvaise fièvre. Il est actuellement dans le coma. J’ignore si je dois le déclarer vivant, ou l’enterrer. Il serait vite aspergé d’acide gastrique et disparaîtrait, négligeant les asticots. En cherchant bien dans les vestiges de mon astronef, j’ai déniché un vieux livre dont je ne me sépare jamais. Tout comme DE LA TERRE A LA LUNE de Jules Verne ou CHRONIQUES MARTIENNES de Ray Bradbury. C’est ROBINSON CRUSOE de Daniel Defoe. Et cette radio qui ne fonctionne toujours pas ! Mais que se passe-t-il ? On cogne contre la coque de l’astronef. Il y a une fêlure dans le fuselage. La chose n’a pas tardé à la découvrir. Je perçois des grognements inhumains. Le chien tourne en rond, il fait un boucan de ferraille, son museau s’agite fiévreusement ; ma taupe est terrorisée. Nous tremblons tous comme des… Mais, Seigneur, c’est… c’est… ?
« Flèche Ardente, ici La Terre ! Flèche Ardente, ici La Terre ! M’entendez-vous ? Merde, mais c’est quoi ce bordel ! Flèche Ard… ci… Ter… ; Flèch… Ter… ; Fl… » La sonnerie du téléphone m’expulsa du cauchemar dans lequel je m’enlisais. Je tâtonnai tel un aveugle, tombai sur le bouquin de Serge Brussolo (mon auteur fétiche) que j’avais commencé la veille au soir, puis saisis enfin le combiné à l’instant précis où on raccrochait à l’autre bout du fil. Sans doute lassé d’attendre. Je transpirais comme si je venais de courir un cent mètres ; en dégoulinant sur mon visage, les gouttes de sueur m’aveuglaient et rendaient mes joues poisseuses. Je m’essuyai d’un revers de main. Ma peau semblait un buvard sur lequel on aurait versé le contenu d’un bidon d’huile. Il m’en avait fallu du temps pour fuir ce mauvais rêve ! J’avais la sensation que des pseudopodes m’attiraient de l’autre côté du miroir ; qu’on ne me laisserait pas quitter le pays des horreurs aussi aisément. En toute impunité. Je respirais si fort que j’éprouvai le besoin évident de me désaltérer. J’allumai, jetai un œil sur le réveille-matin, me levai puis me dirigeai vers la cuisine d’un pas incertain. Un ver était moins nu que moi. Il faisait une chaleur moite, malsaine. Une ultime étoile était restée accrochée dans le ciel : sacrée Vénus ! L’aube était proche, amenant son lot de rayons de soleil. Aujourd’hui, la canicule se découperait encore au couteau. Et ne cicatriserait pas de sitôt. J’ouvris le réfrigérateur ; le téléphone résonna une seconde fois, semant des perles d’écho entre les murs de mon appartement du bord de mer. Je me précipitai pour répondre. C’était le Gros Lulu : je m’en doutais. Il voulait me voir le plus vite possible ; je lui dis de me rejoindre ici s’il le désirait. « J’arriv’ ! », me cria-t-il dans l’oreille. J’en fus tout secoué. Il y avait une telle urgence dans sa voix, que j’imaginai le pire en me servant un verre de jus d’orange ; je mis mon café matinal à chauffer. Vingt minutes plus tard, une paluche géante frappait à ma porte. C’était mon boucher unique et préféré. J’avais revêtu un short et un T-shirt. Dans la précipitation j’enfilai le T-shirt de traviole. Et sa couleur se mariait très mal avec le reste de ma panoplie du « tricheur de l’aube ». Je gardai les yeux ouverts par la force des choses. Une allumette pour maintenir les paupières écartées m’aurait bien aidé. Mais j’avais peur de me brûler la cornée. Je devais m’éclaircir les idées au plus vite ; je secouai la tête comme si je sortais de la piscine. Une furie pénétra dans mon antre secret. « Que me vaut le plaisir de… » ; « Salut bonhom’ ! Faut qu’j’te caus’. », m’ordonna le Gros Lulu sur un ton autoritaire que je ne lui connaissais pas. Il m’en serra cinq vigoureusement, broyant d’inoffensives phalanges. Il me causa donc de PULPE, LA PLANETE COMESTIBLE, mon dernier roman. Décidément, en voilà un qui fait du bruit bien avant son éventuelle sortie officielle ! Il était question des esquisses que je lui avais confiées. Je n’avais pu résister à tant d’empressement et de soif de lire. De me lire. Le carnet de bord du Commandant Perryl était achevé ; je lui avais remis les quelques feuillets en avant-première. Lui aussi avait cauchemardé durant cette nuit de tous les maléfices. Et cela avait un rapport avec la planète PULPE. Le passage des ombres mobiles tatouées sur le sol l’avait particulièrement marqué au fer rouge. ?
Grâce à un piston inespéré, le Gros Lulu avait effectué son service militaire dans les DOM-TOM. Il était affecté à la réception et la distribution du courrier des gradés dans une caserne située à une poignée de kilomètres d’un village très pittoresque. Il allait y passer ses toujours trop courtes permissions. C’est ainsi que le paradis s’immisça dans sa vie, et qu’il garda de cette période un souvenir inoubliable, ineffaçable. « Même si je deviens amnésique, la seule chose que je n’oublierai jamais ce sont les filles de là-bas ! Bronzées, satinées, douces, sucrées, aimantes… Quel panard, les mecs ! », déclarait-il chaque fois qu’on s’attardait sur le sujet. Son regard s’illuminait alors comme un sapin de Noël à minuit, tandis qu’un mioche – toujours le même – se mettait à brailler dans la crèche. Et qu’un vieux monsieur – oui, toujours le même itou – investissait la cheminée, sa longue barbe pendant jusque dans les grolles des enfants sages. C’est dans ce village très pittoresque, où les cases étaient plantées comme des boutons dans une sorte de clairière taillée dans la jungle, qu’une espèce de sorcier intemporel lui avait tatoué sur l’épaule gauche une fusée s’ébranlant pour un horizon vertical. L’homme ridé avait prétendu que ce dessin lui porterait chance, que grâce à lui il serait perpétuellement imprégné d’une odeur spéciale qui attirerait toutes les femelles du Royaume Continental. C’étaient là ses propres mots ; une fois sortis de la bouche édentée d’un vieillard bronzé, ils sonnaient moins machos. Cela s’appelait « l’arôme d’amour ». Le Gros Lulu n’avait rien senti à l’époque, quand la fusée prit son essor pour des cieux imaginaires ; mais aujourd’hui, à la suite de ce rêve débile, le tatouage le faisait atrocement souffrir. Sa peau brûlait à l’endroit même du décollage. Je lui conseillai d’aller voir son dermatologue. Il fit la grimace, perplexe. Il semblait paumé tout à coup, et découvrir cet homme corpulent en pleine détresse faisait peine à voir ! Tout ça à cause d’un dessin fixe qui remontait sa pendule intime, lui imposant un voyage dans ce passé si passionnant que la libération avait éloigné. Il paraissait si fragile subitement, devant l’incompréhension qui le minait. Une statue d’argile sous l’averse, un géant ayant chaussé des bottes de nain. Des bottines, oui. Il me fallait à tout prix le réconforter. Je lui racontai dare-dare ce que mon filleul avait dû subir lorsque je lui lus LA PUCE ET LE POU, pour le pousser dans les petits bras musclés de Morphée. Il ouvrit de grands yeux surpris et me lança à la volée quelque chose qui me scia, me cloua littéralement sur place : « Tu me feras lire ça, hein bonhom’ ? ». Il avait sans doute envie de se gratter, le Gros Lulu ! Je lui expliquai que c’était impossible ; il fit la moue, tel un minot à qui on refuse un bonbon. Il était vraiment pitoyable, ce gros benêt ! Je l’invitai à me laisser terminer ma mise en route matinale ; il partit en bougonnant. Une odeur magique de café envahit la pièce ; je humai l’air à la manière d’un Indien sur le sentier de la guerre, ou d’un prédateur en quête de nourriture. Cela me repositionna sur de bons rails, m’aiguilla sur le chemin de la vraie vie. Aïda m’avait laissé son numéro de téléphone : c’était décidé, je l’appellerai pour connaître le nom de la clinique où Franck Panter était soigné. Mais d’abord une tasse de café bien chaude, ensuite un bon bain moussant avec des bulles multicolores et odorantes. Froid, très froid. Le régime de la douche écossaise commençait à me lasser. ? Je pris contact avec la lectrice. Elle me donna rendez-vous sur le Quai des Belges, au pied de la Canebière. Un point de convergence frappé du sceau de la célébrité. Ainsi, on ne risquait pas de se tromper, on ne pouvait pas se rater. Cependant, bien souvent, des gens sont tellement persuadés de se retrouver au bon endroit et à la bonne heure, qu’ils en oublient ce facteur malchance qui vous pousse sournoisement vers un aiguillage faussé, un but détourné. Vous arrivez gonflé à bloc, à la limite fier d’être là le premier, mais l’autre, dans sa précipitation, accumule les bourdes, les maladresses, et au bout du compte, le lieu est certes connu mais la dimension temps est décalée, dépassée de soixante bonnes minutes. Alors vous commencez à douter de votre propre exactitude, parfois de votre mémoire, pourquoi pas de votre raison ; il vous arrive même de penser que le rendez-vous était ailleurs… Et quand vous renoncez, partez, profondément déçu, les nerfs à vif, l’autre arrive enfin, avec une heure de retard. Mais reconnaissons que le facteur chance, lui, nous aiguille souvent sur une personne inespérée, alors que nous venons d’emprunter un itinéraire improvisé ; qu’un petit clin d’œil du destin – un appel du pied ? – nous a poussé à changer de direction à un moment précis de notre trajectoire. Souvent aussi, le contraire s’impose, espiègle, lourd de conséquences : vous évitez, sans trop savoir pourquoi (pour qui…), une rue ou un trottoir qui vous aurait permis de croiser l’âme sœur inconsciemment recherchée. Peut-être du masochisme… mais avant tout, il fallait anticiper la déception souhaitée, pour se donner du mal gratuitement. Les bateaux de pêche somnolaient, blottis les uns contre les autres, telle une portée de jeunes oisillons marins. L’iode me chatouilla les narines et, bien sûr, la pollution se chargea de tout gâcher. De tout foutre en l’air. Je toussai aussitôt. Oui, un gros coup de mistral nettoierait tout ça ! Mais le responsable de la grande soufflerie s’était inscrit aux abonnés absents. Il n’est jamais là quand on le désire, ce vieux cabotin ! C’était l’heure de manger, j’avais faim, j’invitai la jeune femme au restaurant. On s’engagea dans les rues qui sentent si bon le poisson, du côté de la Place Thiars. Pas très loin de l’endroit où Panisse ouvre tous les matins son magasin, dans la célèbre Trilogie de Marcel Pagnol. Ici, l’accent est plus qu’ailleurs de mise, et on s’en donne à cœur joie, sans minauder. Il fallait trouver un endroit où se sustenter correctement. Dénicher l’oiseau rare… en l’occurrence, un animal aquatique. On discuta ferme, puis on choisit enfin l’heureux élu : Au Bar Jo – le bar (on l’appelle aussi le loup) est un grand poisson aux reflets argentés, dont la chair est très fine, très recherchée pour ses qualités gustatives. L’enseigne représentait un poisson souriant, dans la plus pure tradition provençale. Son ventre, affichant impudiquement son embonpoint, était serré par une grosse ceinture où était inscrit en lettres dessinées naïvement mais avec classe : « Il y avait Jojo-le-mérou, MOI c’est Jo-le-bar, pour VOUS servir ! ». Jo-le-bar avait endossé un smoking et brandissait au-dessus de sa tête un menu à la carte qu’il semblait tenir entre ses nageoires comme une banderole un jour de manif. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bar était grand – l’établissement, pas l’animal aquatique. On y dégusta des fruits de mer à gogo, et sirota un vin blanc piquant qui nous grisa légèrement. Le regard de la lectrice brillait plus que de coutume… le mien aussi, car je pouvais l’apercevoir dans le sien. On aurait dit qu’il s’y noyait. C’était une atmosphère propice aux confidences, aux aveux ou aux débats révélateurs ; pour le moment, c’étaient surtout les révélations qui m’intéressaient. J’appris donc que Franck serait « libéré » dans deux jours. Qu’il était toujours autant choqué. Et pleurait sans cesse la mort brutale du brave Lab. Aïda devait s’occuper de lui dénicher un autre chien d’aveugle. C’est maintenant que je décidai de mettre en pratique le plan que j’avais imaginé après le départ précipité du Gros Lulu. J’ai encore devant les yeux son air dépité, et je me sens toujours aussi penaud. Il m’avait fait drôlement de la peine, ce gros nounours avec des pattes de mammouth ! J’allais faire croire à mademoiselle Fiesco que j’étais homo et que Franck Panter m’avait tapé dans l’œil. Je m’attendais à tout sauf à ce qui s’ensuivit. Avant même que ma bouche ne laissât tomber une ébauche d’un début de phrase, Aïda anticipa. Elle baissa la tête, comme une collégienne avouant un acte répréhensible, et murmura : « Il faut que je vous fasse part d’une chose à laquelle vous ne vous attendez sûrement pas… ». Maintenant il me fallait biaiser, sinon j’allais demeurer sous le charme de cette voix qui ne semblait pas avoir été créée uniquement pour la lecture. « J’ai également un petit truc à vous dire ! », rétorquai-je, ma foi assez désappointé. « Non, laissez-moi parler d’abord, je vous prie ! Votre tour viendra. », s’enflamma-t-elle. Devant tant d’insistance, je ne pus qu’abdiquer. J’avais préparé mon petit effet pour des prunes. C’est toujours ainsi avec les femmes, n’est-ce pas ? Elles devancent nos attaques, et on se retrouve dès lors dans la peau d’un contre-attaquant ; parfois même on est acculé, notre répartie coincée dans une impasse, tout au fond du gosier. Mais c’est hélas trop tard pour l’estocade, on est déjà blessé à mort ! Je crois bien que chacun de nous savait pertinemment ce que l’autre allait déballer. ?
Une heure plus tard on quittait le restaurant, la tête basse, tels deux gosses pris en flagrant délit de vol au rayon des jouets d’un grand magasin, à la veille de Noël. Il ne nous restait plus qu’à rejoindre nos pénates respectives. Aïda me tendit la main pour serrer la mienne, qui était molle, flasque. On aurait dit qu’on en avait retiré les phalanges, les carpes et les métacarpes. Elle devait avoir la consistance d’un gant de toilette. Une main de fantôme. La sienne était plus ferme, mais elle la retira si vite que je n’eus pas le temps de constater son degré de froideur. Une main de morte. Si je l’avais étreinte fermement, comme à mon habitude, je l’aurais sans doute émiettée. (Nous étions sciés, cloués sur place.) Elle balbutia trois ou quatre mots inaudibles, sans doute banaux ; j’en fis de même. Puis on se sépara. Je n’ai jamais revu la fille du Gros Lulu.   (Un soleil venait d’exploser dans mon crâne. L’ombre s’y imposa, investissant mes pensées et effaçant les lueurs de la cohérence ; la brume noya mes idées claires, le doute et les ténèbres empiétèrent sur mon horizon…)   Franck n’était pas aveugle ; je suis forcément au courant puisque c’est mon fils. En vérité, tout cela représentait le thème du second roman que j’avais envoyé à Franck Panter. Et qu’il n’avait pas eu le temps d’analyser, de juger… De décortiquer. Un chien virtuel était passé par-là, mordant dans le sens critique de mon éditeur virtuel comme s’il s’était agi d’un quartier de viande fort appétissant. Oui, je prenais mes désirs pour des réalités et la science-fiction avait ramené le mensonge sur le devant de la scène. En vérité, j’étais plus isolé que le Commandant Perryl sur sa planète comestible, attendant d’être dévoré par des monstres invisibles, des ombres carnivores et prédatrices… Ou des tatouages pyromanes. Ma femme m’a quitté, s’est envolée sous d’autres cieux il y a plus de vingt ans – un pilote de ligne l’avait prise sous son aile –, me laissant cogiter et élever notre fils en solitaire. J’étais déjà privé de la vue lorsque nous nous rencontrâmes – je suis aveugle depuis l’enfance à cause d’un virus – tout à fait par hasard, alors que mon labrador avait flairé la bonne affaire en la personne de cette superbe « bergère allemande » que ma future promise tenait en laisse. Ce fut une rencontre tout ce qu’il y a de féerique, passionnée, analogue à celle qu’on offre assez naïvement aux gosses dans les dessins animés de Walt Disney. Mais par la suite, tout partit à vau-l’eau, s’accéléra à un rythme endiablé, comme si ma chance quittait notre cage à tire-d’aile, le croupion fièrement dressé, oiseau de malheur à l’envergure démesurée. C’est dans ces moments-là qu’on réclame un ralenti, ou un arrêt sur image. J’avais fait la connaissance d’un type absolument charmant, qui était également aveugle et écoutait de la Musique Classique, parfois de l’Opéra, à fond la caisse. Il m’invitait souvent chez lui, afin de partager nos impressions sur le terrain, comme il disait. Des réactions à chaud. Il possédait un meilleur matos que le mien pour profiter fidèlement de ce qui nous émerveillait, nous fascinait. Je ne sus trop pourquoi ma femme devint jalouse de cet homme et m’accusa d’entretenir avec lui des relations homosexuelles, en quelque sorte extra-musicales. Je crois bien que ça l’arrangeait de penser ça, et qu’elle en avait déjà marre de vivre avec l’écran éteint de mon regard vide où elle ne pouvait pas se mirer, et qui ne reflétait pas la joie de vivre qu’elle aurait aimé y voir se réfléchir. Depuis notre divorce j’ai cessé toute relation avec les femmes… et avec mon nouvel ami également. Mon ex-femme a très vite mal tourné – elle avait sans doute été privée trop longtemps du regard d’un homme –, et j’ai immédiatement obtenu la garde de notre enfant. Le mec à la belle casquette, aussi léger et « volage » que l’appareil qu’il pilotait, l’avait sans doute dévergondée au point de l’égarer dans les nuages ; puis elle avait rejoint le paradis des femmes frustrées, qui était maintenant à sa portée, après avoir fréquenté d’un peu trop près le Septième Ciel. Notre fils fut tout pour moi : plus que ma propre vie, plus que ma vue. Le labrador est subitement mort, de vieillesse, et mon fils l’a remplacé… pour les promenades, évidemment. Je dois avouer qu’il combla aussi le manque affectif que le décès du clebs avait suscité en moi. Trop pour un seul homme, mais pas pour un enfant tant désiré ! Donc, mon plan consistait à dévoiler la vérité à la lectrice, mais elle semblait au courant de tout, devançant mes intentions peu louables avec une facilité déconcertante. Avec un zeste de panache en prime. J’avais un goût amer dans la bouche, et une haleine de fauve. Les femmes ont tellement d’intuition que ça en devient gênant ! Je me suis installé devant mon (notre ?) ordinateur… machinalement, à la manière des téléspectateurs obsédés par le petit écran et fixant la mire des heures durant. Il était forcément éteint puisqu’il n’y avait personne pour l’allumer. Et à quoi cela aurait-il servi de le mettre en route, hein, à quoi ? Plus rien ne sortait de mon crâne carbonisé. J’avais incendié toutes les étapes de mon existence, et maintenant je me retrouvais à l’hôpital, au service des grands brûlés. Condamné à arroser ma peine avec l’eau de mon chagrin. Puis, soudain, je me suis senti transporté ailleurs, aspiré par un vide vertigineux, ténébreux. En une fraction de seconde, le temps d’un soupir… ?
La nuit, je rêve de PULPE. Mais le roman sans titre, le roman de ma vie a déserté mon sommeil agité. Mon cerveau est devenu une feuille blanche sur laquelle aucun souvenir ne vient plus taper des lettres. Mes pensées, telles des taches d’encre sympathique… Peut-être faudrait-il que je change de genre ; écrire des polars, par exemple. C’est plus réaliste et ça demande moins d’imagination au niveau de mon lectorat. Abandonner les Nouvelles pour écrire des pavés de six à sept cents pages, sans tomber dans le piège du bavardage et des digressions. Le genre de bouquins qui pourraient servir de projectiles, à l’abri d’une barricade un jour de révolution, tandis que les CRS chargent comme un troupeau de bovins. N’est pas Stephen King qui veut, hein ? Ni Serge Brussolo. Le premier nommé étale trop de confiture sur la tartine ; le second, qui abhorre le « sucré », n’est pas devenu l’auteur de mes livres de chevet par hasard. Il faut à tout prix que je me sorte de la tête ces histoires débiles et que je remette les pieds sur terre ; que j’affronte la réalité, que je la regarde en face, même si elle doit me terrasser comme un gladiateur sans pitié. Mon fils est parti, et il me tarde de deviner à nouveau son sourire amusé derrière l’écran opaque de mon regard perdu, effacé. J’existe grâce à lui, pour lui ; ses yeux me parlaient tant qu’aujourd’hui ils me manquent. Sans eux je perds la raison… Et pour cause, je suis aveugle. Avant d’engager une jeune femme spécialisée dans le traitement de textes, c’est lui qui tapait mes romans. C’est en relisant PULPE qu’il lui a pris l’envie de décoller. Il s’est envolé de ses propres ailes et je suis resté au nid, tel un vieillard déplumé. Il paraît qu’un jour mon fils m’a souri… mais ce n’est pas un flic, non ! Mon fils est astronaute, et il n’est toujours pas rentré. Le Gros Lulu est végétarien ; chez lui, pas de déformation professionnelle. ?
Je suis nonchalamment allongé sur mon lit d’ennui, mon territoire de désœuvrement, suis immobile, fixant un plafond que je n’ai plus la force ni le talent d’imaginer. Je n’esquisse aucun mouvement, suis aussi inerte qu’un minéral, aussi figé qu’un gisant. Il existe des animaux qui font le mort pour leurrer un prédateur : je les imite à ma manière. Plus personne pour me faire la lecture. J’ai envie d’écouter de la musique, mais je suis seul, lamentablement seul… Et qui pourrait égayer ces murs avec un fond sonore où me noyer, me perdre, hein, qui ? Je ne vais pas ameuter le quartier pour quelques notes en l’air. J’ai l’impression d’entendre décoller toute une armada de fusées en partance, survolant des frontières suspendues, pour des planètes à découvrir, puis à peupler. Un boucan incroyable, de tous les diables ! Le monde qui m’entoure est sourd, plus que je ne suis aveugle ; dès lors que le bruit déserte les oreilles, c’est le bruit qui n’existe pas… et s’il n’existe pas, c’est que le monde ne fabrique pas ce qu’il renie. Le monde n’est musical que si les yeux accompagnent le bruit. Malgré le mystère dont elle est auréolée, il semble impossible d’apprécier une femme quand on ne la comprend pas ! On a créé les énigmes pour qu’elles soient résolues, non ? Sinon, quel intérêt d’être flic ! Mon épouse fut appréciée et comprise pourtant… mais son ambition ne se limitait sans doute pas à une vie bien rangée, tranquille, sécurisante. Normale. Elle avait besoin d’espace ; elle fut servie en s’éloignant de moi. Je me demande si elle n’a pas avant tout cherché à fuir mon regard mort, qui reflétait sa tristesse. C’est le seul parallèle que j’ai trouvé. Une métaphore pas si gratuite que ça. J’ai envie de rejoindre le néant, le vrai, mais il ne m’attend pas. Pas encore. Suis scié de fatigue, cloué sur le lit… ………………………………….
  En attendant, j’ai mon magnéto. C’est une oreille froide mais efficace ; elle enregistre tout et restitue ce qu’elle a avalé d’une manière irréprochable, très propre. Elle rumine. Elle a une mémoire formidable, infaillible ; elle m’aidera bien, j’en suis convaincu. Je commence la lecture – un comble. Je n’ai pas envie d’attendre la préposée au traitement de textes : ça urge. Le titre d’abord, MA VIE SANS MON FILS, puis…   Ce n’était pas tout à fait une chambre, ce n’était pas tout à fait un bureau...    
 
 
 
 
FIN
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je viens seulement de trouver le temps de tout lire, je suis impressionnée, j'ai trouvé ce texte très fort, bien écris plein d'imagination, en bref j'ai beaucoup aimé merci
Thérèse

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Je ne serais pas d'une tres grande originalité, mais cette nouvelle est celle qui m'a le plus touché, ce n'est pas que les autres ne soient sans aucun interêts bien au contraire mais "Pulpe" m'a ému au point d'en pleurer, je suis surement une ridicule sensible mais bon. Je crois que ce seras toujours ma preferée.
Bisousssssssss enormesssssss de Cat.
clauzinette
clausepenale@aol.com
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