Un Oiseau Dans La Gorge

par

MIREILLE LETROUHER

Une petite fille à deux nattes noires possède un mainate offert par son papa. L'oiseau vient de Kuala Lampur, par les quais de la mégisserie, le papa murmure à la maman :
" Les contrôles sanitaires et le reste quand je rentre crevé de voyage, merci bien. Promesse tenue. Je suis passé chez l'oiseleur. "
Odile, Elodie les mêmes lettres, pas la même chanson se dit Paul. Il écoute sa femme et sa fille se chicaner dès l'ouverture de la cage de l'oiseau. Elles s'accordent sur la liberté surveillée, l'oiseau plus vieux que la fillette, est habitué comme ça.
Paul sourit. L'oiseau a becqueté ses pattes avant de lisser ses plumes, déchirer à coup de bec le journal placé au fond de sa cage. Il devait l'avoir déjà lu.
Depuis trois mois, l'oiseau habite dans l'appartement du quatrième sans ascenseur.
Il s'appelle Goli, le soir il imite bien le rossignol. Chaque matin il claironne le rythme des trois huit d'Elodie : pain, lait, chocolat. Elle rouspète fort :
" J'ai que sept ans et je fais tout, toute seule, c'est pas normal ! "
De la salle de bain Odile réplique :
-Ton esclave paternel rentre après-demain. Tes tartines seront beurrées dans la joie. En attendant casse ta croûte pendant que je me maquille.
L'heure tourne pour Odile :
- Allez Élodie, on y va, ton sac sur ton dos. Bien.
-Ma copine la meilleure, et ben c'est Moïra.
-Quel rapport avec la petite du pâtissier ? Je vois, résistance passive.
Odile recouvre un crâne de mohair rayé pastel :
-Pas mon bonnet !. J'ai l'air ridicule. À ce soir Goli.
-Couvres-toi. Attends- moi, je ferme la porte à clef. "
De retour de l'école, le constat sera brutal. Le réfrigérateur familial étant désert, elles vont chez le charcutier. Goli cela ne l'intéresse pas il descend un vieux pied de table à coup de bec. Le commerçant traiteur n'aime pas les animaux, il les transforme en plat. Il vient justement de s'adresser à Elodie :
" Faute de grive, on mange des merles, alors il va bien ton mainate ?
La petite furieuse a froncé les sourcils en désignant la vitrine réfrigérée :
- Pour que vous le vouliez en faire une caille farcie ?
-Il plaisante ma chérie.
Les mots " gros abruti " brille sur le front du charcutier Odile soupire :
Pour mon jambon ? Cinq euros les quatre tranches ?
-Tout juste mademoiselle Odile. Payez à La patronne, elle est à la caisse, comme d'habitude.
- Ma maman c'est une madame, d'abord. " Lui claque la petite. Elle n'aurait pas tiré la langue ? Se demande sa mère en attrapant sa progéniture par une manche.
Le fils du charcutier, du côté luxuriant de la bouffe, a gloussé. Il a trente ans, où presque, il vit chez ses parents. Il est très gentil, il m'aide beaucoup, dit de lui sa maman luisante de maquillage qui est assise à la caisse. D'un bond, le jeune homme a ramassé le jouet d'un bébé qui vient d'arriver, il l'agite devant l'enfant qui se met à hurler dans sa poussette. Odile et sa fille s'éclipsent.
Deux retours de l'école plus tard, Elodie s'écriera :
" Papa est déjà rentré. Yahoou ! " Elle se jette dans les bras, qui la font voler bas. Elle vaut son pesant de sept ans. Quand sa fille fut couchée, Paul étalé dans le sofa interpella sa femme. Elle rangeait deux ou trois trucs avant de s'asseoir :
-Odile, sais-tu que le fil de la boutique " au rat goût d'ours " a été occis ce matin au petit jour ? Rapide en traduction Odile se retourne :
- Le fils des Ragoursse assassiné ? La charcuterie ou je prends mon jambon. Mais je l'ai vu hier midi ce garçon. Tout allait très bien.
-Pour toi oui, lui non, il est mort. Son corps a été trouvé par la voirie de six heure, à la déchetterie. Je t'accompagnerai, si tu dois passer prendre des informations pour ton bulletin.
-Naturellement. J'irai voir la famille. Quel vide pour l'animation locale, il organisait tout le carnaval de la ville. Il faisait venir des écoles de samba, les cariocas et tout ça. Je dois lui passer une chronique. "
La boutique était close. Cela contraignit Odile à contourner l'immeuble du coin.
En tamponnant ses yeux gonflés madame Ragoursse lui racontera :
" Vous comprenez, je vous parle, parce que je vous connais, vous êtes d'ici, le bulletin local ce n'est pas pareil. Les autres, je n'ai rien à leur dire. Mon garçon, il était bien trop gentil. Tout ça c'est de la faute à l'autre, là.
-Voyons Colette, ne reproche pas aux gens de gagner leur vie honnêtement. Ce bon dieu de gamin à jamais voulut le comprendre.
-Comprendre quoi ? Monsieur Ragoursse ?
-Rien, je dis ça comme ça pour moi. De parler ça me soulage de ce gamin et des idées qu'il s'était mis dans la tête. " Avec un soupir à fendre un billot le charcutier avait quitté la pièce. Odile s'excusa de nouveau du dérangement avant de laisser madame Ragoursse au bon soin de sa famille. Ensuite, elle retrouva sa fille et son mari sur le trottoir.
" Alors ? L'interroge Paul.
-Ils ont du chagrin, mais il y a un gros truc qui cloche entre eux.
Très futée Elodie avait redressé son nez. Il deviendra pointu comme celui de la sorcière, de ma belle-mère, se reprend Paul très bon gendre.
-C'est l'envie qui l'a tué.
Quoi ? Exclamé par ses parents libéra son flot de parole :
-Avec Moïra, on l'a entendue dans la rue, qu'il disait à son téléphone : l'envie me passera pas, elle me tuera peut-être.
-Je peux te demander ce que vous fichiez dans la rue ? Où était ta mère ?
-Nous on suivait Goli, il était parti, maman elle criait contre nous.
-Je vous appelais pour que vous m'attendiez ! Le mainate peut sortir seul, il ne risque rien lui !
- Et pourquoi je peux pas moi ? "
Rassuré Paul explique à sa petite fille ce qui la différencie d'un vieil oiseau. Leur ballade les promène dans les jardins de la mairie. Paul badine :
-Élodie, tu ne m'as pas expliqué pourquoi l'oiseau volait à tire d'aile.
-Papa ! C'est pas de ma faute, me crie pas toujours dessus.
-Déjà, je ne crie pas, alors racontes-moi. Tu étais avec Moïra, hier midi.
-Bah oui, c'étais la grève, maman nous a gardé toutes les deux.
Les chaussures d'Elodie qui connaissaient cette histoire souffraient en plus d'une raclée sur les graviers.
-On était en train de parler. Et je sais pas, mais la fenêtre a été ouverte. Goli est parti pendant que maman faisait cuire les nuggets.
-Bien sûr ! Il a eu peur de finir en carré pané comme un poulet de batterie. Donc il s'est envolé.
- Moïra et moi on avait attaché la ficelle à sa patte, pour voir ; Il a crié idiote, maman s'est retournée, on a sursauté. Il est parti par la fenêtre, Moïra a tout coupé avec le sécateur des rosiers à papi Claude, que j'avais retrouvé. La bobine est restée à la maison comme ça.
- Et vous avez fichu le camp, toutes les deux, pour voir où il allait. Ta pauvre mère a dû tracer la route.
-Bravo papa t'as tout compris. Il est allé jusqu'à l'impasse qui donne sur la cour des gros camions. Mais on est pas allé dans la cour s'est défendu. En haut de la rue du coupe-gorge, comme elle dit, lui, il y était.
- Le mainate ? Ou le type ?
- Tu ne comprends rien. Celui qu'est mort. Là on l'a entendu avec son téléphone. Maman est arrivée pas beaucoup de temps après. Elle court vite pour une dame.
-J'étais en miette. Je n'ai pas parlé avec lui. J'ai demandé pour l'oiseau. Il m'a dit qu'il l'avait vu se percher dans le platane, il l'avait entendu siffler au-dessus de lui.
Il en était ravi.
-Tu parles. Avec Goli, qui imite le serpent mieux qu'une vipère ! Tous les chats du quartier sont cardiaques depuis que l'oiseau vit avec nous.
-Tu sais, il avait l'air tellement heureux cet homme, quand je pense qu'il est mort.
Les enfants m'attendaient en haut de la rue du coupe-gorge.
-Odile c'est l'impasse de la cour de la déchetterie, pas une galerie d'art !
-Le coin me fait peur, et je ne lui ai pas demandé ce qu'il faisait là. Trop tard maintenant. On rentre ? "
Lendemain matin dans la salle de bain, Paul réfléchissait en se rasant
" Odile les mecs s'inventent plein de truc sur eux pour se rendre importants. Si j'ai raison, notre mort croyait que le reporter local cherchait quelque chose, cela aurait inquiété d'autre gens qui l'ont réduit au silence.
-Je suis la spécialiste des encarts entre deux promos locales du bulletin municipal. Je le voyais quand il était d'actualité ce type, pour le Mardi gras ou la mi-carême.
-Peut-être qu'il jonglait avec des produits illicites, ou des matières réactives.
-Le genre qui rapporte plus que le café au petit producteur ?
-Par exemple. "
Le temps passe, jusqu'à la préparation du repas vespéral. Tandis que Elodie s'occupe dans la salle de bain, au lieu de se laver, Paul seconde efficacement sa femme. Adossé au buffet les bras croisés, il la regarde s'activer en lui faisant la conversation :
" Figures-toi que c'est bouclé l'affaire de l'impasse en coupe-gorge.
-Qui te l'as dit ? Un collègue ? Alors qui c'est ?
- Attends. Tu connais Franck, il est en cheville avec le médico-départemental.
-Alors ? Donnes-moi la suite avant d'aller mettre la table. C'est qui, des narcos trafiquants, un réseau de pédophiles ?
- Personne. Le cher garçon a dû être dérangé, voire surpris. Dans une savante manœuvre d'auto-érotisme. Tout ce qu'il y a de branché, vois-tu.
Là-dessus Paul éclata de rire devant l'étourderie d'Odile. Surprise, elle avait gardé les épluchures en mettant les feuilles propres à la poubelle.
-Rends toi compte ! pendant que moi je lui racontais que je voulais rattraper l'oiseau.
-Lui venait de faire prendre l'air au sien.
-Il pratiquait l'auto-pendaison érotique, dans cette petite rue pourrie, et dans le platane où allait se percher Goli. Franchement où va-t'on Paul ?
-On ira à table quand j'aurai fini de relaver ta salade. "

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