Les Illusions Du Vide

par

GUILLAUME VIVIER

(dernière aurore de taf)



J'appuyais mon bras contre le mur de la salle. Il fallait que je trouve un boulot, et c'était la première fois que j'entrais dans une ANPE. Il caillait un peu dehors et je me rappelais que j'avais toujours réussi à avoir ce que je voulais. Pas du tout naturellement, j'attendais mon tour : un tour pour rien, ou pour le Pérou. Ce jour là, chaque fois que j'y pensait, il me semblait que la vie me jouait un drôle de tour. Mon cœur battait un peu plus fort, comme à l'approche d'une jolie fille. Et c'est une très jolie fille qui arriva. Quand JE m'assis devant son bureau, je compris d'un regard que j'avais bien agit. Pourtant, je n'avais pas la conscience tranquille, j'étais prisonnier d'un rôle et elle était sous le charme.
Le propos défilèrent sur ce que j'avais fait dans la vie, sur mon rêve de devenir écrivain et musicien, sur le fait que rien ne pouvait m'empêcher d'aller au bout de mes idées etc. La jeune femme me regarda bien en face et me dit :


- J'ai ce qu'il vous faut ! Une première ! L'éducation nationale lance un programme dans le but de recruter quelqu'un ans diplômes, sans concours et de le suivre et le former. Ne le dites à personne surtout, je bloque l'annonce pour vous !
La fille de l'ANPE était vraiment magnifique, je savais qu'elle n'était pas indifférente et j'aurais donné dix fois cet emploi tombé du ciel contre une nuit avec elle, avec son horizon, avec son paysage intime. Elle s'intéressait à moi, mais savait-elle vraiment que j'allais devenir, un grand compositeur, un grand chanteur. Déjà en ce temps là, je ne pensais qu'a la musique. Je la recherchais en moi et autour de moi, et Cette jeune femme était comme la musique.
- Revenez me voir quand vous voulez, et si ça ne marche pas, on trouvera ! Je laissais passer 4 jours, au bout desquels elle finit par filer l'annonce a quelqu'un d'autre. Quand enfin je me présentais, je me retrouvais devant 7 personnes. Par une opération du saint esprit, je décrochais l'emploi à deux fois contre 7, la voix des deux présidents semblant plus que prépondérante. Je rentrais donc à l'éducation nationale, car bien entendu je n'aurais jamais passé le concours d'entrer.
Au boulot, j'étais la roue branlante du carrosse. J'pouvais pas avaler leur long requiem de palabres de bureau. A cause de mon comportement décontracte, on me donnait du tout de même ! Tout de même ! Où allons-nous ? puis ils me la jouait compréhenssif. Avec eux, j'étais dans un autre monde, une autre planète. Je n'étais pas entouré que de trou du cul et de chattes à lunettes, il ne faut pas exagéré, ,il y avait des personnages hauts en couleur. Le président avec ses oreilles de diable et ses tics de langage, le vice président tellement généreux qu'il invitait même mon frère à manger, et Gina une secrétaire marié avec un flic qui rêvait que je visite son képi. Comme j'avais peu de travail, je pouvais beaucoup écrire. Ils discutaient de leurs salades et ils me foutaient la paix ! Oui, hormis mes trois amis, les autres manquaient de poésie pour faire du bon grain et j'ai toujours eu du mal a excuser la connerie surtout quand elle est portée par des gens qui se juge à un bon niveau. Ma présence en ces lieux était un délire passager ! Mais, dans l'ensemble, j'étais tombé sur des gens sympa, humains plus qu'humains, des fonctionnaires à part ! Il fallait d'ailleurs être bigrement a part pour demander à faire une telle expérience avec un sans diplôme. Mon bureau personnel en verre restait vide... Y'avait qu'le patron d'la boîte qu'était pas trop con. Lui il avait pas vraiment de supérieurs, même si un fonctionnaire a toujours un supérieur... qu'il soit homme de chair.... fantôme.... ou numéro. Et puis c'était un chic type. Il m'invitait toujours à manger sachant que je n'avais pas un rond et que je faisais souvent la fête. Il me répétait souvent " c'est vous que je préfère ici vous êtes sûrement un très bon artiste mais ce boulot c'est pas pour vous ça me fait mal au coeur de vous voir là même si ça fait plaisir aux secrétaires et même si je vois bien que beaucoup vous apprécient. Vous perdez votre temps ici ! vous êtes né sous une bonne étoile et vous devriez faire votre chemin ".
Le problème, c'est qu'au bout de deux ans, je serais muté de la FOEVEN à la Sorbonne et la, ce serait pas la même chanson ! Ils pouvaient bien crever cela me laisserais froid ! Leurs idées stéréotypées et moisies et leurs palabres névrosées, cela me faisait gerber. Le problème c'est qu'ils ne pourront même pas me virer on ne vire pas un fonctionnaire !

Quand je passais à la Sorbonne, le tic tac de l'horloge rythmait la vie de mes collègues, moi, je m'asseyais, et écrivais des milliers de pages, me levant de temps en temps pour couper une centaine feuilles ! une dizaine de minutes de travail effectif par jours ! Je regardais leur tête courbée et résignée, Le pif dans les papiers, plus une étoile dans les yeux. Ils écoutaient leur supérieur leur inculquer De précieux conseilles de merde, les oreilles confites de reconnaissance.
Mes journées se passaient à écrire tranquillement dans mon bureau, à discuter de temps en temps avec les secrétaires, écouter ici Paris, France dimanche et ci et la, et bien entendu, beaucoup d'histoires de cul, celles qui m'intéressaient le plus. Ils en voyaient pas plus loin que leurs états d'âmes, pendant qu'en écrivant, je développais ma perception du mystère. Voilà les réflexions que je saisissais au cours de mon passage sur leur planète. Bien sûr, j'établissais des contacts avec d'autres formes de vies.
Ainsi pendant trois ans je n'ai rien branlé ! Non par fainéantise, mais par manque de travail et de passion pour ce job. Et puis, malgré le bordel que je foutais, mes collègues m'aimaient bien trop pour demander à ce que je sois foutu dehors. Dans une entreprise privée, j'aurais été lourdé depuis longtemps... Alors je poussais le bouchon de plus en plus loin, collectionnant les arrêts maladie et tout le fumier ! avec renfort de lettres de psy disant que j'étais dérangé ! Mais rien n'y faisait ! ils continuaient à me payer et à m'attendre. Petit à petit, je sentais monter en moi un grand écœurement, le lent spectacle de l'humanité brassant du papier.

J'avais beau leur danser sur les tables, et leur parler comme à des inférieurs, ils me voulaient toujours comme roue de secours. Don Quichotte fonctionnaire ! Les secrétaire me regardaient danser le jerk le cœur relever dans la bouche et mes quelques énnemis me reluquaient pâles comme des spectres. Ca me faisait bien rire et ça leur faisait un drôle d'effet !

Un matin après une nouvelle remarque d'un sous-chef, je décidais de partir, pas partir pour rire, partir définitivement comme au cinéma. Les secrétaires étaient dégoutées, ça leur faisait mal de me voir me barrer. Mais lui, avec sa grosse bedaine et son haleine de chien déshydraté, il se propanait, se butanait. Il avait beau faire, moi, je rêvais, je projetais, je volais, je vivais, j'exultais, Bref je l'emmerdais ! Trop loin de sa bedaine de sous-chef, trop loin du sourire ovarien des putes à clavier et de leurs discussions de merde, des règles administratives, des règles de la femme du sous-chef là je triomphais ! Je me levais rangeais tranquillement mes affaires pendant qu'il aboyait comme un cleps son vomi sur la rentabilité. Je quittais cette famille de cons qui pullulent sur la terre. Je me retrouvais dehors, prit un grand bol d'air, j'étais libre ! Je suppoose qu'aujourd'hui encore, ils continuent leur boulot avec la longue piqûre des heures qui s'écoule douloureusement. J ene sais non plus ce qu'ets devenu Gina, masse de poésie princière, différente des autres qui voulait partir avec moi, mais qui ne le fit pas. Cette fille semblait pouvoir être sauvée. Il pendait à ses lèvres un cri de désespoir qu'elle n'eut pas le courage de formuler et dont elle trouvait la réponse dans mes yeux. J'avais plus rien à foutre la bas puisque mon message semblait intraduisible. J'étais donc sortit pour de bon. Le gros sac m'avait suivit pour être sûr que je ne reviendrais pas. Avec son regard de calcaire il m'avait accosté, soufflant comme de la tuffe par les naseaux. Je me retournais près à lui coller mon poing dans la gueule, et il s'en alla en jurant.
Après cette séance dans les travaux publics je trouvais presque drôle d'avoir le privilège de réfléchir. J'étais sortit d'un salon d'attente dans lequel la vie était totalement absente.

J'entrais dans le premier café prêt à engloutir le regard de la première fille venue à la santé des pécheurs et des fous. Y'en avait un qui vidait des inepties par saccades. Je commandais un double Bourbon. J'étais dehors pour toujours. J'étais là avec les sauvages.

7 mois plus tard mon salaire était encore viré, je passais tous les mois à la poste persuadé que je n'aurais plus de paye, et ils continuaient à me payé ! Il semblait que tant que je n'avais pas démissionné, ils continueraient à me payer ! Et puis un jour plus rien, plus de salaire, plus rien, s'en était fini de ma fable, de ma fulgurance, l'univers était réductible à la raison étriqué de la Sorbonne, et je n'étais plus conforme aux vues matérialistes des fonctionnaires. Je hurlais de rire en pensant à tout ça, mais c'était sans compter sur la bêtise incorrigible de l'homme, et le plus souvent de son manque d'âme. Moi, l'âme ne cessait de se manifester, je vivais sans jamais retourner voir la fille de l'ANPE, j'avais changé d'arrondissement, et elle n'était plus de mon secteur, mais je la gardais en mémoire, comme une trace de vie éternelle dans mon héroïsme, elle était dans la beauté d'une manière générale, une héroïne, un sage, une sainte véritable autant dire qu'une seule visite aurait pu apporter la preuve véritable et irréfutable de la réalité de l'âme. Etre est une célébration et aujourd'hui, vingt ans plus tard, je vais tenter de la retrouver pour lui demander pourquoi pas du travail, amis aussi de caresser son lit d'herbe humide au levé du soleil.

Des années plus tard j'ai su que mon supérieur ami était mort et encore quelques années plus tard j'ai dû demander pour les ASSEDIC mes fiches de payes de l'époque. J'avais complètement disparu ! Plus de numéro ! Plus rien ! Un bouffeur de papier descendit à la cave et fini par me retrouver dans la galerie des martyrs.

Quelques années plus tard encore je demandais à nouveau ces papiers, cette fois j'avais complètement disparu.

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