Le Guêpier De L’orgueil

par

CYPRIS

Par un temps frais, le long des fougères bordant la route, une voiture circulait à vive allure. Le ciel se faisait plus sombre. Les phares prenaient peu à peu le relais et illuminaient au loin le paysage printanier. Les deux occupants souhaitaient arriver à destination le plus rapidement possible, avant nuit noire.


Le passager, Stan, regardait la poussière du tableau de bord. Il tentait de distinguer des formes dans le paysage malgré les immenses tâches de buée collées au pare-brise. A sa gauche, son chef de service, Monsieur Gray. Tous deux revenaient d'une formation sur le passage à l'an deux mille des systèmes automatisés. Le chef bougonna quelques mots. Il critiquait sans cesse les prestations de l'animateur du stage. Pourtant, il dominait son sujet. Le chef continuait à abaisser les autres participants à cette formation. Stan n'en pouvait plus. Il serra ses lèvres entre ses dents, sans répondre aux sauts d'orgueil de son voisin.


Stan regardait sa montre avec angoisse. Il était déjà tard et il devait prendre son fils Roman chez la nourrice ce soir. Arriver sur le lieu de travail pour prendre son véhicule et passer chez elle lui prendrait trop de temps. C'est qu'elle est pointilleuse, la nourrice ! Elle ne souhaite pas déborder d'une minute. Il faut la comprendre : elle aussi a une vie de famille. Pendant ce temps, Monsieur Gray continuait de discuter, sans se rendre compte du peu d'attention accordée par son passager.




Stan imaginait arriver en retard. L'angoisse le gagnait. Dans sa tête, il commençait à préparer la course poursuite avec sa voiture. Il enfila son blouson. Quand Monsieur Gray termina son monologue, Stan ouvrit la bouche afin de lui expliquer combien il serait en retard. Mais Monsieur Gray attaqua sur un autre sujet de conversation : Bizarre, votre blouson noir et jaune, rigolait-il.




Monsieur Gray se calma. Stan commença son explication :


- Je suis désolé, Monsieur, mais je dois vous demander une faveur. Vous serait-il possible de m'accorder un petit détour pour me déposer directement chez la nourrice ?




En effet, Stan n'habitait pas très loin et pourrait rentrer ensuite à pied. Il suffirait que sa femme le dépose au travail le lendemain matin et le tour serait joué !




Mais Monsieur Gray refusa Oh ! Ce n'est pas bien pressé, je pense. La nourrice comprendra qu'exceptionnellement vous étiez en formation. Ce n'est pas tous les jours qu'on a en charge la réussite des systèmes à puces électroniques de toute l'entreprise. Ah ah ah !




Stan ne sut pas quoi répondre. Il regardait son blouson. Nerveux, il comptait les rayures de bas en haut : une noire, une jaune, une noire, une jaune…




Le silence revenu dans le véhicule, Stan reprit son explication :


- Je n'ai jamais été en retard. Roman connaît bien l'heure à laquelle j'arrive habituellement. Il sera déçu, anxieux. Il pleurnichera !

- Ah… ah… ah…, répondait Monsieur Gray. Ne pensez-vous pas qu'il faut aussi qu'il apprenne à se débarrasser très tôt de certaines manières ? Nous ne tarderons pas à arriver à notre lieu de travail. Avec un peu de chance, le directeur sera encore présent à cette heure. Je lui ferai un rapport complet.




Puis il partit dans des explications sur ce que j'ai compris…, ce que je vais lui dire et ce qu'il pensera de notre service…


Stan comprit que rien ne pourrait y faire. Nerveusement, il enroulait les rayures basses de son blouson. Puis il le déroulait. Puis il le roulait. Il fit cela plusieurs fois, jouant avec ses rayures jaunes puis les noires. Il angoissait à l'idée de trouver Roman en pleurs, la nourrice en colère due au retard à la maison. Sa femme allait ainsi se faire du soucis.




C'était trop cette fois. Stan en avait assez de se taire. Tant à dire. Il décida de lancer ses remarques à Monsieur Gray. Il ouvra la bouche mais… Nous sommes arrivés, sourit Monsieur Gray. Il en avait fallu de peu pour que Stan ne commette l'irréparable.




Stan sortit de la voiture et salua son supérieur hiérarchique. Il prit le volant de la sienne et commença sa folle cavale. Il aurait peut-être pu lui casser la figure ? Il imaginait son chef dans toutes souffrances, celles que lui-même connaissait depuis tant d'années. Cette douleur ce soir, qu'il partagera avec Roman, avec les autres personnes de son entourage privé, celle de ce soir est de trop. Il tapait sur son volant, les yeux larmoyants.


Monsieur Gray, ne trouvait pas le Directeur. Il reprit le véhicule de service. Retour par de petites routes avant de rejoindre la départementale. Peu de voitures. Trop chaud. Il ouvrit la fenêtre latérale pour laisser passer un filet d'air.




A chaque ligne droite, à chaque virage, Stan prenait des risques. Il décida de se calmer. Il vaut mieux arriver en retard que ne jamais arriver. Cette phrase le rassura.




Monsieur Gray prenait son temps. Sa femme l'attendra. Ses enfants sont déjà couchés. Peu importe ! C'est cela, la carrière ! Il faut savoir réaliser des sacrifices. Ils comprendront, un jour, pourquoi leur père n'était jamais disponible.




Stan entra au village. Il s'arrêta devant la maison de la nourrice. Une demi-heure de retard ! Le plus dur l'attendait! Il fit mine d'être détendu et repassait le scénario qu'il avait préparé dans sa tête. Il plaça ses mains à l'intérieur des poches de son bizarre blouson, à rayures noires et jaunes. Mais ne pensons plus à cet imbécile.


La température intérieure était idéale. Monsieur Gray remontait la fenêtre quand… Une guêpe pénétra. L'insecte vola de droite, de gauche, devant, derrière. Il était allergique. Une seule piqûre suffisait… Il s'affola. Un coup de volant… quelques tonneaux. Une rangée de buisson stoppa le véhicule. Ouf ! Je l'ai échappé belle




La guêpe se posa sur son nez. Monsieur Gray n'osait plus bouger. Paralysé de frayeur, par un insecte… Le dard… Il hurla. Elle le piqua. Plus rien à faire. Il allait mourir…


Ses yeux se fixèrent sur le corps de l'animal : une rayure noire, une jaune… une rayure noire, une jaune… une rayure noire, une jaune…
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