Les Aventures De Julie

par

MAGUIE HURON-HUBERT

(Un voisin peu banal)



Julie venait d'avoir 44 ans.

Son installation dans un joli appartement qu'elle avait trouvé en centre ville avait adouci la douleur de la brutale disparition de son mari.

Il était parti, comme chaque année "couvrir" le festival de Cannes, pour le journal local dans lequel il dirigeait la rubrique culture.. Mais il n'était jamais revenu de ce déplacement, et plus personne n'avait eu de ses nouvelles. Ni ses parents, ni sa femme, ni ses amis. Une enquête avait été ouverte, sans aucun résultat. La police avait demandé à Julie de rester à sa disposition.

Elle n'avait aucun alibi prouvant qu'elle n'était pour rien dans cette disparition. Durant tout le festival, elle était restée seule dans la maison qu'ils venaient d'acheter, et qu'elle était en train d'aménager.

Elle avait, décidé de quitter cette maison, isolée, pour la ville toute proche.

Son principal souci à ce moment- là était de s'intégrer, elle ne connaissait personne. Elle adorait la musique, ayant pratiqué le piano durant vingt ans dans son enfance. Elle avait tout naturellement contacté les organisateurs du festival musical qui se tenait dans la ville. Le refus cinglant de la part des organisateurs fut douloureux. On lui avaient sèchement répondu que ce festival était organisé depuis toujours par les anciens habitants de la ville.

Elle s'était sentie étrangère dans son propre pays, mais avait continué sa quête à travers la ville et avait fini par se faire accepter dans une petite maison des jeunes et de la culture où elle assistait le régisseur.

Maintenant, entre les répétitions et les spectacles, elle avait un but pour combler le vide de sa vie actuelle. Ses enfants lui manquaient, mais ils avaient leur vie

Un dimanche, elle décida d'aller faire un tour sur le cours principal de la ville à deux pas de chez elle.

En sortant de l'immeuble elle fut, une fois de plus, intriguée par un homme sensiblement du même âge qu'elle.

Ce n'était pas la première fois qu'elle le croisait, il relevait son courrier dans une des boîtes aux lettres dans le couloir de l'immeuble. Pourtant, il ne vivait pas là ! Elle, en était sûre. Il n'y avait qu'elle, et une voisine étudiante et pourtant trois boîtes aux lettres ! Intriguant !

Sa tenue aussi était déconcertante, un short blanc, un tee-shirt blanc, des sabots d'infirmier blancs, et au-dessus de la tête de cet homme immaculé, un chapeau de paille qui lui donnait un air de guide touristique grec.

Il ressortit sans un regard pour elle et s'engouffra dans une vieille camionnette bancale, dont on ne voyait pas le contenu. Il démarra en laissant derrière lui un panache de fumée noire et nauséabonde.

Elle n'y pensait déjà plus quand elle s'engageât sur les larges allées, ombragées de platanes du Cours. Les terrasses des cafés étaient déjà remplies de monde. C'était l'été, il faisait beau. Elle respira tout à coup avec bonheur, la vie semblait légère.

Elle s'attarda sur les étals des commerçants, installés là pour vendre les spécialités régionales et les productions artisanales destinés aux touristes, nombreux en cette saison. Les prix étaient prohibitifs. De toute façon elle n'avait envie de rien.

Il était presque l'heure du déjeuner. Souvent elle s'asseyait à l'une des terrasses, elle aimait bien se retrouver entourée d'inconnus dont elle écoutait les conversations en essayant d'imaginer leurs vies, leurs professions, elle bâtissait de véritables romans. Elle s'apprêtait à finir son déjeuner, lorsqu'une femme en tenue vaguement hippie s'approcha d'elle, portant un bloc à dessin et un chevalet.

"Voulez-vous votre portrait ? c'est cents francs "

Julie resta décontenancée, tandis que la femme lui montrait ses œuvres, toutes plus tristes les unes que les autres. Mais curieusement elle ne savait pas quoi lui répondre, cette femme lui faisait de la peine, elle ne savait pas pourquoi. Mais "l'artiste" se faisait de plus en plus pressante et Julie était de plus en plus embarrassée. Elle se sentait prête à céder, sans courage pour argumenter son refus. Une voix retentit derrière elle, calme, mais déterminée :

"Fiche la paix à cette femme, tu vois bien que tu l'ennuies et c'est une VRAI femme"

Julie interloquée se retourna et découvrit avec stupeur "l'homme de la boîte aux lettres". Assis derrière elle, il était en train de consulter des feuillets toujours dans sa tenue blanche mais il avait retiré son chapeau. Il y eut un échange assez vif entre la femme et l'homme, manifestement ils se connaissaient déjà, mais la femme finit par partir, l'air renfrogné. Julie remercia l'homme d'un léger hochement de tête accompagné d'un petit sourire, elle ne savait pas quoi dire. Elle se levait pour partir, mais l'homme jaillit hors de son fauteuil, passa en trombe devant elle, et s'engouffra dans sa vielle camionnette garée devant le restaurant, il en ressortit aussi vite, un chapeau de paille à la main, qu'il lui mit sur la tête tout en lui donnant une carte de visite.

"Si vous voulez écrivez-moi" dit-il et il tourna les talons.

Julie ne savait plus où elle en était; elle traversa l'avenue son chapeau ridicule sur la tête, le bristol au bout des doigts, incapable de prendre une autre décision que de rentrer chez elle, pour essayer de comprendre quelque chose à cette situation absurde.

Un inconnu qui n'habite pas le même immeuble que vous mais y a une boîte aux lettres, vous offre un chapeau et vous demande de lui écrire ? La lettre arrivera chose surréaliste, dans la boîte à côté de la sienne, chez quelqu'un qui n'habite pas là !….

Elle retrouva avec soulagement son appartement, alluma la télé,(elle détestait le silence) s'assit sur le canapé , le chapeau toujours sur la tête. Elle avait du mal à se concentrer sur ce qui venait de se passer, mais maintenant elle avait envie de rire. Si elle racontait ça à qui que ce soit, on penserait qu'elle était encore plus dérangée qu'on ne le croyait. Elle en était là de ses réflexions, quand elle réalisa qu'elle n'avait même pas lu la carte de visite, elle la ramassa sur la table basse où elle l'avait déposée en arrivant et lu :



LUC MICHOULI
Friperie de Luxe

Marché de votre ville

(Villeneuve le lundi)

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Tel :06 40 22 98 03

Lucfrip@free.fr

Boutique 42 rue des Soupirs

13780 VILLENEUVE-MIRABEAU



C'est bien MON adresse pensa t elle ; mais elle savait bien qu'à part un bouquiniste installé dans le garage de l'immeuble il n'y avait pas de boutique dans sa rue.

Elle en parlerait à sa voisine Isabelle, dès son retour. Elle passait son week-end chez ses parents. Il n'y avait pas de séance de théâtre ce soir là, et elle décida d'aller au cinéma, il y avait neuf salles à quelques pas de chez elle et on jouait un Woody Allen dont elle raffolait.

Le lendemain, s'apprêtant à sortir, elle croisa dans l'escalier sa voisine Isabelle chargée d'un gros sac. Elles ne se connaissaient que depuis peu mais s'appréciaient car toutes deux étaient nouvelles venues dans cette ville, et n'avaient guère d'amis. Julie l'embrassa lui demanda de ses nouvelles et décida de lui parler de l'intriguant "homme au courrier". Le connaissait-elle ? Etait-il un de ses amis ?

Isabelle parût surprise. Elle l'avait aussi remarqué, et pensait que c'était un ami de Julie! Elles rirent toutes les deux. Il fut décider qu'elles l'auraient à l'œil, et se tiendraient au courant.

Il se passa plus d'une semaine sans que ni l'une ni l'autre ne le revoient. La boîte aux lettres se remplissait un peu plus chaque jour, mais personne ne venait relever le courrier. Isabelle et Julie faisaient des hypothèses : peut-être s'agissait-il d' un ancien locataire ? Maintenant installé ailleurs, il avait oublié de faire son changement d'adresse

Les jours passaient et elles finirent par ne plus y penser. Mais un matin Isabelle monta toute excitée dire à Julie "la boîte est vide".

L'histoire rebondissait! Julie alla vérifier de ses yeux qu'Isabelle avait raison, elle en profita pour regarder si elle avait du courrier, et elle trouva au fond de sa boîte un mot plié en quatre.



"Rendez-vous au même endroit ce soir à 6h. LUC"


Cà alors quel culot! Pour qui se prenait-il? Au même endroit ! Comme s'ils avaient des habitudes ! Isabelle la regardait d'un air narquois.

" Ah, ah ! Tu le connais donc petite cachottière. Mais tu sais, il est plutôt joli garçon. Je ne vois pas pourquoi tu te caches !"

Julie eue beau jurer ces grands dieux qu'il n'en était rien, Isabelle garda son petit air entendu.

Durant les répétitions au théâtre l'après midi, elle pensait sans arrêt à cette invitation, partagée entre la curiosité (si elle y allait, elle en saurait plus) et l'exaspération (si j'y vais, pour qui va-t-il me prendre).

A cinq heures elle n'était toujours pas décidée, mais au lieu de rentrer directement chez elle, elle alla traîner sur le Cours, se trouvant de fumeuses excuses pour se trouver là, "par hasard". Elle avait l'impression désagréable de retomber en adolescence, à l'époque où elle avait envie et peur de rencontrer ces extra-terrestres qu'étaient pour elle les garçons. D'une famille de 4 filles élevée par des femmes, enseignée par des femmes dans un lycée de jeunes filles, elle avait eu du mal à oser fréquenter ces êtres si différents qu'on appelait les hommes ! Le seul qu'elle ait bien connu, si l'on peu dire, était son père ,individu notoirement absent de la vie familiale. Il passait parfois, austère et fermé, une véritable statue du commandeur ! C'était assez terrifiant !

Finalement elle avait sauté le pas en épousant à vingt ans un copain rencontré chez des amis, qui lui avait écrit quelques poèmes. Sa vie conjugale avait été assez chaotique, la seule consolation était ses deux enfants qu'elle avait élevée pratiquement seule et avec qui elle entretenait des rapports quasi fusionnels. Mais maintenant ils étaient loin, son fils avait déjà deux enfants, sa fille finissait ses études à Paris.

Il y avait bien eu un deuxième mariage, très éphémère, après cinq mois, son mari avait disparu vers d'autres cieux, en lui laissant une pension assez confortable, et des questions sans réponses enfouies au fond du cœur.

Plongée dans ses réflexions, elle arriva à la hauteur du restaurant où elle pensait avoir rendez-vous. Il était encore trop tôt. Elle se sentait presque en sécurité. Elle fit rapidement d'un regard le tour de la terrasse, rien ! Pas de danger à l'horizon. A cette heure il y avait encore que peu de monde. Julie soupira soulagée et vaguement déçue. C'était peut-être une blague. Elle s'apprêtait à repartir quand la petite camionnette fit son apparition, toujours entourée d'un panache noir, et se gara, sans vergogne, devant la terrasse.

L'homme en descendit, aujourd'hui il était tout en noir ! Julie resta figée sur le trottoir. Avec un peu de chance il ne la reconnaîtrait même pas, mais il s'avança vers elle avec un large sourire et lui dit simplement "c'est bien". Elle était maintenant obligée de le suivre, inutile de feindre une présence inopinée. Ils prirent place à la terrasse et le silence s'installa.

Le garçon s'approcha pour prendre la commande, ils se mirent d'accord pour deux Martinis, mais tous deux restaient silencieux.

Julie brûlait de lui poser des questions, qui était-il ? que lui voulait-il ? où habitait-il ?……mais elle était paralysée, et lui, détendu semblait l'avoir oubliée. Il observait d'un air détaché les clients et les promeneurs .

Ce n'est qu'au retour du garçon, avec leurs apéritifs, qu'il sembla se souvenir de sa présence.

Il la regarda, droit dans les yeux et lui dit:

"Je cherche une partenaire pour les marchés, et je pense que vous ferez l'affaire. Pourtant avant, il faut que je vous dise, qu'actuellement, j'ai quelques problèmes avec ma camionnette, et qu'il nous faudra utiliser votre voiture, le temps de la faire réparer. D'autre part, je n'ai plus de logement, et je sais que vous avez deux chambres dans votre appartement, je suggère de devenir votre colocataire, nous partagerons les frais, et les recettes, il faudra aussi que vous participiez aux achats de marchandise…… ça vous va ?"

Julie était tétanisée sur son siège. Ainsi il savait qu'elle avait une voiture ! Pourtant elle ne s'en servait que très peu, la laissant la plupart du temps au parking ; il était si difficile de se garer dans cette ville. Et comment savait-il qu'elle avait deux chambres ? Et pourquoi s'imaginait-il qu'elle allait devenir son employée, sa logeuse, sa banquière ?………Elle était sans voix, son verre suspendu près de sa bouche entrouverte.

Mais lui, semblait très à l'aise. Il sortit de la poche de sa veste quelques photos qu'il lui tendit.

"Voilà, c'est mon stand d'été, comme ça vous pouvez vous faire une idée"

Elle reposa son verre, prit les photos, et les regarda sans rien comprendre. C'était des photos d'un stand assez grand, ombragé par un parasol orange, les vêtements aux couleurs vives étaient artistiquement disposés, donnant une impression joyeuse de vacances et de fête. Devant le stand Luc, posait dans une posture avantageuse, l'air extrêmement satisfait de lui-même.

Julie, faisait machinalement défiler les photos tout en réfléchissant.

Elle les lui rendis et dit.

- "Oui mais pourquoi moi ?"

- "C'est simple, dit Luc, quand vous avez emménagé, j'habitais la maison d'à côté. J'ai vu vos meubles quand le déménageur vous les a livrés. Vous savez comme moi que la décoration et le choix des meubles, parlent d'eux mêmes. J'ai su tout de suite que vous viviez dans un décor qui vous ressemblait, ni trop excentrique, ni trop… conventionnel, tout comme votre façon de vous habiller."

Il la regardait en souriant, l'air satisfait de son bon jugement.

Ainsi, il habitait la maison d'à côté, voilà déjà un début de réponse, mais alors, pourquoi avait-il sa boîte aux lettres chez elle, et pourquoi voulait-il une chambre dans son appartement ? C'était absurde.

Elle se décida à lui poser ces questions, mais il devint extrèmement évasif.

"Affaires personnelles" dit-il d'une manière laconique. Et il n'avait pas l'air d'avoir la moindre intention d'en dire plus.

Julie décida que la plaisanterie avait assez duré, elle se leva en lui disant bonsoir, laissa sur la table le montant de son apéritif. Il la laissa partir sans même se lever de son siège. "Quel goujat !", pensa t'elle. Non seulement il est complètement givré mais en plus il n'a aucun savoir vivre.

Pourtant le soir, elle se surprit à regarder les maisons mitoyennes, cherchant à deviner où vivait cet étrange garçon. Mais elle ne vit que les personnes habituelles, la jeune et jolie voisine avec un bébé, la vieille dame, si soignée qui promenait son chien comme chaque soir. En face de chez elle c'était un Lycée, il n'y avait donc plus personne à cette heure là,.

Elle était déçue, vaguement mécontente, et elle sombra difficilement dans un sommeil agité.

Le lendemain, elle en parla avec Isabelle, mais celle-ci n'avait pas d'idées. Elle n'avait jamais vu cet homme ailleurs que devant sa boîte au lettre. Ensuite il repartait toujours dans sa camionnette. A la réflexion, elle se souvenait qu'il "jetait" assez souvent le courrier sans le lire, dans la grande boîte à ordure collective qui était rangée sous l'escalier.

Elles tombèrent d'accord : ce type était fou !

Quelques jours passèrent, la vie suivait son cours habituel, théâtre, cinéma.

Un soir où elle rentrait d'une répétition tardive, elle trouva Luc sur le trottoir devant sa porte.

- "Je t'attendais "dit-il (maintenant il me tutoie ! Pensa Julie)

- "Je passe te prendre demain à quatre heures, comme ça tu sauras si ça te plaît. Il faut être très tôt sur le marché pour obtenir une bonne place. Tout dépend de la place. Tu vas voir c'est très amusant !"

Julie était soufflée, et en même temps, pourquoi pas ? Ça n'engageait à rien une journée. Et cette histoire était tellement aux antipodes de sa vie habituelle qu'elle avait presque envie d'essayer.

Elle mit le réveil à 3h. Il ne lui restait pas beaucoup de temps pour dormir mais elle eut du mal à trouver le sommeil. Elle était assez perplexe sur sa propre attitude qu'elle jugeait ambiguë.

A l'heure dite, il était là et sonnait à sa porte. Elle était prête, descendit et monta dans la vieille camionnette. Les sièges étaient défoncés. A l'arrière elle découvrit un véritable amoncellement de cartons, surmontés d'un mannequin démonté à hauteur de la taille afin de pouvoir rentrer. Il y avait aussi des tréteaux et elle reconnu le store orange, celui qu'elle avait vu sur la photo.

Après une petite heure de route, ils arrivèrent dans un village qu'elle ne connaissait pas. Elle avait l'impression d'être dans un film de Pagnol. La place carrée, avec au centre une jolie fontaine, les maisons typiquement provençales aux volets bleu. Quelques forains étaient déjà en train de déballer leurs marchandises, plus particulièrement les marchands de légumes. Le poissonnier qui semblait bien connaître Luc le salua d'un "bonjour" sonore à l'accent ensoleillé.

Luc s'était garé à l'entrée du marché, juste en face de la Caisse d'Epargne. Il expliqua à Julie que c'était là qu'ils feraient les meilleures affaires.

- "On ne travaille qu'en liquide, il faut donc piquer le fric dès l'entrée du client, sinon il a tout dépensé chez les autres commerçants, et pour nous c'est fichu".

Il s'approcha d'un employé qui faisait le tour des étals, un carnet à la main, il y eut un bref conciliabule entre eux deux, et Julie crut bien voir un furtif échange de billets.

Luc vint la retrouver et commença à prendre ses marques en déployant son étal qui faisait bien quatre mètres de long.

"Maintenant, petit déjeuner, les clients n'arrivent jamais avant neuf heures".

Julie le suivit docilement. Le bistrot tout proche était déjà très animé. On y commentait les nouvelles sportives et locales. Certains buvaient déjà des ballons de vin blanc, d'autres lisaient le journal, et à part la patronne, il n'y avait que des hommes.

Il y eut un léger silence à leur arrivée, Luc salua plusieurs personnes, mais ne la présenta pas, et il n'y eut aucune question sur sa présence, même si elle sentait qu'on l'observait avec curiosité. Julie se demanda s'il avait eu une "partenaire" avant elle, mais n'osa pas poser de questions.

Vers huit heures Luc se leva :

"Il faut y aller" dit-il à Julie, qui lui emboîta le pas toujours aussi docilement. Elle était étonnée de sa passivité. Ce garçon lui faisait faire n'importe quoi, mais elle était vivement curieuse de voir le contenu des cartons.

Il étendit un tapis de feutre rouge sur son étal et commença à déballer sa marchandise. Elle sentait qu'il était très habitué. le haut du mannequin retrouva ses jambes, et, posé devant le stand, fut prestement recouvert d'une robe légère, en cotonnade fleurie. D'un carton il sortit quelques chapeaux d'été assez similaires à celui qu'il lui avait offert, et en mis un sur la tête du mannequin qui maintenant ne manquait pas d'allure. La tête légèrement inclinée, un bras décrivant une gracieuse courbe, on aurait dit une jeune femme, heureuse, allant à un rendez-vous printanier, les cheveux au vent, le sourire aux lèvres.

Il sortit ensuite des maillots de bains colorés qu'il disposa en mettant en valeur les couleurs. Il avait un talent certain pour harmoniser les tons. Julie fût assez étonnée car rapidement l'étal sembla rempli de jolies choses, alors qu'en fait, il n'y avait pas beaucoup de marchandise. La moitié des cartons étaient restés pleins dans la camionnette.

Il installa pour finir, le vaste parasol, et accrocha des paréos multicolores qui remuaient gracieusement dans le vent. C'était tout à fait réussi. Apparemment pas grand chose à vendre, et pourtant une impression d'opulence se dégageait de l'ensemble.

Julie était bluffée !

Les premiers clients arrivèrent, comme il l'avait dit vers 9 h. Pour entrer au marché, ils étaient obligés de passer devant leur stand.

Les premières arrivées étaient des femmes d'un certain âge, avec des cabas. Peu d'entre elles s'arrêtèrent, se contentant de jeter un coup d'œil furtif. Elles savaient ce qu'elles avaient à faire : acheter les produits pour nourrir leurs vieux maris. Les frivolités de ce stand n'étaient pas pour elles. Il y en eut une quand même, qui s'arrêta, et demanda à Julie, si elle avait une petite chose, pas trop chère, pour l'anniversaire de sa petite fille, qui allait sur ses seize ans. Elle venait dimanche, voir sa grand-mère.

Luc s'approcha l'air radieux, bien sûr, il avait "plein" de petites choses pas chères, qui ferait plaisir à la jeune fille, qu'il imaginait ravissante, si elle ressemblait à son adorable grand'mère. Celle-ci rougit de plaisir. Luc commençait à faire virevolter sous son nez avec des gestes de prestidigitateur, maillots et paréos assortis. Bien sûr elle pouvait se contenter de l'un ou de l'autre, mais l'ensemble était si joli, n'est ce pas ! Et pourquoi pas y ajouter ce joli chapeau ? Ravissant, ravissant ! Avec son ruban dans les mêmes ton que l'ensemble ! Quel dommage, il n'avait plus les sandales qui allaient merveilleusement avec ! Mais si elle voulait, il pouvait se les procurer et les lui apporter la semaine prochaine. Ah oui ! L'anniversaire était dimanche, mais pour elle, ne voulait-elle pas se faire un petit plaisir, il avait dans son camion une petite robe d'été, qui semblait avoir été faite pour elle ! Il n'avait pas eu le temps de la sortir ! Ah ah ! Encore heureux, sinon elle serait déjà partie, c'était sûr !

Etourdie par son bagout, la vieille dame acheta le tout. En payant, elle avait l'air un peu incrédule de la personne qui ne comprend pas très bien ce qui lui arrive, Luc était en train de lui rendre la monnaie, et se tapa la main sur le front.

- "Et votre mari, vous oubliez votre mari, c'est pas gentil ça ! J'ai un lot de casquettes en toile. Avec cette chaleur, c'est plus prudent de se couvrir la tête…. comme vous êtes ma première cliente de la journée, je vous la fait à moitié prix ! Regardez la qualité ! Touchez, touchez, vous pouvez la laver, elle ne bougera pas, quel tour de tête, votre mari ? Comme moi ? Alors voilà votre bonheur, revenez la semaine prochaine s'il y a un problème, je vous la change où vous la rachète ! Promis."

Elle accepta. Luc mit le tout dans un sac, et ils purent voir la vieille dame repartir du marché, direction… la Poste. Elle allait sûrement chercher de l'argent pour faire enfin ses courses.

Julie avait vaguement honte, mais en même temps elle s'était bien amusée.

Luc lui dit alors :

- "C'est vers les onze heures et demi que ça marche le mieux. Les mamans viennent chercher les enfants à l'école, c'est une bonne clientèle pour nous."

Et tout se passa comme prévu. Les mamans repartirent avec maillots, paréos, chapeaux, accessoires pour les petits. De temps en temps, Luc s'engouffrait dans sa camionnette et ressortait avec quelque chose d'imprévu, qui pouvait faire le bonheur d'un proche. Ca marchait à presque tous les coups. Il y eut même un petit garçon qui réclamait des gants, sa mère eut beau le raisonner, il n'en démordait pas. Luc sortit de sa caverne d'Ali Baba, une paire de gants "magiques" (ils prenaient la taille de la main, de la plus petite à la plus grande et chaque doigts avaient un bout d'une couleur différente). Le petit garçon ravi ne voulu pas les quitter. La maman repartit avec ses maillots et les gants d'hiver pour son petit garçon, elle-même n'avait plus trop l'air de savoir ce qui lui arrivait. Julie nota qu'elle quittait le marché, sans rien acheter d'autre.

Vers midi, le poissonnier voisin, vint leur rendre visite. Il cherchait un petit truc pour sa fille, Luc lui montra un minuscule bikini. Julie le trouva atroce, d'un vert criard à faire fuir, mais le poissonnier, visiblement ravi, proposa un énorme poisson en échange du maillot.

Luc accepta très vite, alla récupérer son poisson, et acheta quelques légumes "en soldes" puisque le marché fermait.

Julie prise par l'ambiance alla chez le fleuriste, et revint avec deux magnifiques bouquets qu'elle avait obtenus pour un prix dérisoire.

Ils rangèrent leur stand, reprirent le chemin de (Julie ne l'avait pas encore compris) "leur maison".

Luc se gara, descendit avec les vivres fraîches et dit.

"Je m'occupe de la bouffe"

C'est ainsi qu'il s'installa chez elle.

Il leur fit un excellent déjeuner. Au moins se dit Julie, comme cuisinier, il n'est pas mal. La conversation roula essentiellement sur le marché. A la fin du repas, il lui dit :

- "Prête moi ta voiture, j'ai des courses à faire.:"

Fataliste, elle lui donna les clefs, et comme elle commençait à lui expliquer où il pouvait la trouver sur le parking qu'elle louait, il lui dit: "je sais" et partit sans autre explication .

Julie, éprouva soudain une grande lassitude. Dans qu'elle histoire était-elle en train de se fourrer. Qui était cet étrange garçon, qui avait l'air de tout savoir sur elle, et dont elle ne connaissait rien. Qui plus est, elle doutait même que son nom soit son vrai nom. Peut-être ne reverrait-elle plus jamais sa voiture. Oui, c'était cela ! Il venait de lui piquer sa voiture ! Le reste n'était qu'une mise en scène.

Abattue, elle s'allongea sur le canapé et, maudissant son énorme bêtise, elle ne tarda pas à s'endormir.

Il faisait presque nuit lorsqu'elle se réveilla. Elle décida de ne pas bouger de l'appartement, au cas où Luc réapparaîtrait, mais cet espoir lui paraissait bien mince. Après avoir prévenu le théâtre qu'elle ne viendrait pas ce soir la, elle essaya de s'intéressé à un film à la télé mais elle avait la tête ailleurs.

Il allait être huit heures quand on frappa à sa porte. C'était Isabelle qui arborait un air plus qu'étonné.

"J'ai vu Luc dans TA voiture. Il vient de déposer une jeune femme et son bébé à la maison d'à côté. Il est rentré chez elles avec un énorme carton, rempli de provisions. Mais dit-moi, qu'est ce qui se passe ?"

Julie se précipita à la fenêtre. Effectivement, sa voiture était là garée sur le trottoir. Elle n'y comprenait rien, mais au moins pensa-t-elle avec soulagement, Luc n'avait pas volé son véhicule.

Elle raconta sa journée à Isabelle, médusée. Celle-ci tenta d'expliquer à Julie qu'elle était totalement irresponsable, de s'engager dans cette aventure. Il était peut-être dangereux ! un escroc, un repris de justice. Mais on sonna à la porte. C'était Luc, un sourire radieux, une bouteille de champagne à la main.

"Salut les filles " lança t-il sans être étonné de voir Isabelle, "nous allons fêter notre première journée de collaboration". Il se tourna vers Isabelle et lui dit :

- "Je suis Luc, votre nouveau voisin, et, Julie et moi, habitons et travaillons ensembles depuis ce matin."

Isabelle tentât de battre en retraite, mais Julie soudain d'excellente humeur, avait sorti trois coupes et posé quelques olives sur la table basse. Elle trouva que la vie, avait enfin repris des couleurs. Elle qui aimait les situations insolites, se trouvait comblée. Un nouveau job, en plein air, rigolo, peut-être pas très lucratif, mais plein de fantaisie, un nouveau locataire, pour le moins pas banal, une voisine charmante, qu'elle n'était pas mécontente d'étonner. Oui, la vie reprenait de l'intérêt.

Ils parlèrent de choses et d'autres, surtout de météo. C'est très important la météo quand on fait les marchés. Luc demanda à Isabelle quelles études elle faisait, et sembla intéressé quand elle lui dit, qu'elle finissait une maîtrise en économie. Lui même avait un fils (ah bon !) qui faisait un BTS commercial, son deuxième fils (encore un !) était en quatrième, quand à sa fille (famille nombreuse !) elle n'avait que deux ans, mais était la prunelle de ses yeux.

Isabelle et Julie buvaient ses paroles. C'est Isabelle qui posa la première, la question qui les préoccupait toutes deux.

- "Mais OU sont tous ces enfants et leur mère ?"

- "Ah !" dit Luc, "Il y a trois mères, chacun des enfants vit avec sa mère, l'un à Angers, l'autre à Manosque, et la troisième à côté de chez vous." Il se tourna vers Isabelle. "Je crois que vous les avez vu tout à l'heure."

Isabelle, bredouilla un "oui", consternée. Cet homme avait des yeux derrière la tête, il l'avait repérée, alors qu'elle pensait qu'il ne la connaissait même pas.

Elle prit congé rapidement, et quand Julie la raccompagna à la porte, elle lui fit de grands signes, en se tapant sur le front. Julie sourit, referma la porte, le champagne aidant, elle était prête à écouter les aventures de son "associé".

Mais elle le trouva à la cuisine, fouillant dans le frigo. Il n'avait pas l'air content devant le contenu.

"Bon, je vois ce qu'il faut faire ! Ce soir resto, demain courses."

Ainsi fut-il fait. Au retour il alla vers la voiture, toujours garée sur le trottoir (bon pour la fourrière, pensa Julie), et il sortit du coffre un sac de voyage.

Rentrés "chez eux", Luc demanda quelle était sa chambre. Julie lui dit qu'elle dormait depuis toujours sur la mezzanine, qu'il pouvait donc s'installer dans la grande chambre, derrière le séjour.

A trois heures le lendemain matin, ils avaient déjà des habitudes ! Lever, météo et en fonction du vent, choix de la ville où poser leur étal. La camionnette avait rendu l'âme et c'était la voiture de Julie, débarrassée de ses sièges arrière, qui servait maintenant, au transport des marchandises.

Luc, un jour, après le marché, lui demanda si elle connaissait la Camargue. Elle avoua qu'elle ne connaissait que les Saintes Marie de la Mer. Ils décidèrent de découvrir "l'autre Camargue" l'après midi même.

Ils roulèrent vers les Salines, puis Luc s'engageât dans un chemin sableux. Bientôt ,il s'arrêta,

- "Il faut dégonfler les pneus" dit-il.

Quand ce fut fait, ils se mirent à rouler sur une plage magnifique, déserte, Julie avait l'impression d'être sur une autre planète. Il y avait çà et là quelques maisons, bancales et poétiques, sur pilotis. Julie pensait que c'était un paradis. Maintenant ils roulaient sur l'eau, la petite voiture avançait courageusement, le soleil couchant, donnait des couleurs sublimes au ciel, et au sable, il y avait quelque chose d'irréel à toute cette beauté ! Julie en avait les larmes aux yeux. Elle pensa, c'est là que je finirais ma vie, une maison sur pilotis, une machine à écrire, une lampe à pétrole, et enfin j'écrirai toutes ces histoires qui me trottent dans la tête depuis si longtemps.

Maintenant, Julie, pensait tout savoir, de son mystérieux "voisin colocataire : ses trois femmes, ses trois enfants, et l'impossibilité totale, qu'il ressentait à vivre une relation plus profonde avec aucune d'entre elles. Il lui avait expliqué, qu'il assurait, matériellement, l'entretient de ses "trois femmes", de façon peut-être pas très morale, mais efficace. Il louait les appartements où elles vivaient, à son nom, et les factures arrivaient dans sa "fausse boîte aux lettres". Et comme il n'avait aucun domicile, il était introuvable, donc ses femmes étaient logées, éclairées, etc. gratis. Il trouvait cela astucieux. Julie pensait juste que c'était malhonnête. Mais bon, elle s'était habituée au côté un peu limite de Luc, et de toute façon, elle n'était pas là pour lui faire la morale, et cette histoire aurait, un jour, une fin.

Leurs relations n'étaient pas toujours au beau fixe. Souvent, Julie était irritée, par son sans gêne. Il s'était approprié la voiture, disparaissait avec. Parfois plusieurs jours. Et à son retour, elle n'avait droit à aucune explications. Plus grave, elle n'osait plus inviter chez elle, qui que ce soit tant elle sentait bien que leur "relation" n'avait rien de normal. En fait tout les opposait. Il lui fallait bien reconnaître qu'il était totalement inculte.

Mais, là, maintenant sur cette plage, elle se dit, qu'un garçon qui lui faisait découvrir cet environnement magique, ne pouvait être entièrement nul. S'il venait là, ce n'était sûrement par hasard, s'il lui faisait découvrir cet endroit, c'était un signe de confiance, sinon d'amitié.

Il la fit descendre de la voiture, bloqua le volant au maximum, mis la voiture en marche, et, monta sur le toit, devant Julie ébahie. Il commença un numéro d'équilibriste: roue, triple soleil, poirier, tandis que la voiture décrivait sur la plage des ronds gracieux.

Julie, était sous le charme, c'était un saltimbanque, et ce spectacle était pour elle seule. Elle en fût plus touchée qu'elle n'aurait pu l'imaginer.

Il faisait presque nuit, et maintenant, ils roulaient au bord de la lagune. On entendait juste le crissement des pneus sur le sable, et quelques oiseaux qui criaient encore, au-dessus de la mer. Le silence entre eux était total.

Luc s'arrêta, près d'un haut bouquet de bambous sauvages, descendit, et invita Julie à le suivre.

Il écarta les bambous, et elle pu découvrir, une caravane, invisible de l'extérieur.

"C'est chez moi" dit-il sobrement.

Il ouvrit la caravane avec un bout de petite cuillère qui faisait office de clef, cachée sous le tapis devant la caravane.

Julie pénétra dans ce petit logement d'une propreté parfaite, décoré avec un goût qu'elle reconnut. Cela ressemblait à son étal de marché. Peu de choses mais une harmonie de couleur qui rendait l'atmosphère chaleureuse et vivante. On avait immédiatement envie de s'asseoir et prendre un verre.

Elle compris, sur-le-champ, où il disparaissait parfois.

Mais lorsque Luc lui proposa de rester là, ce soir, elle déclina rapidement son invitation, malgré le charme de tout ce qui venait d'arriver, elle se sentait sur le qui-vive.

Elle demanda à rentrer chez elle, et Luc, n'insista pas et n'eut même pas l'air fâché.

Ils dînèrent en route dans une gargote sur le sable où des gitans jouaient des airs endiablés, Luc avait l'air d'être un habitué, ce qui n'étonna qu'à peine Julie. Il devait être des leurs et cela expliquait beaucoup de choses.

Le lendemain, le temps gris et le vent qui soufflait dans la région, les dissuadèrent de sortir. Ces jours là les clients pressés ne jetaient même pas un regard sur leur étal. Julie décida de faire un grand ménage, tandis que Luc l'informait qu'il avait des courses urgentes à faire. Il prit la voiture. Julie n'était pas mécontente de se retrouver seule. Elle était en train d'écouter de la musique à fond, tout en passant l'aspirateur, lorsque le téléphone sonna. C'était sa voisine, troisième "épouse" de Luc. Elle avait une voix hystérique,

- "Luc vient d'avoir un accident, vous m'entendez ? un accident très grave, avec votre voiture ! Il est à l'hôpital, mais je crois qu'il y a des morts." Elle était hors d'elle, Julie la sentait prête à exploser, elle-même commençait à se sentir mal. Elle resta sans voix un moment, puis se ressaisit.

- "Où est-il ?"

- "A l'hôpital municipal !"

- "J'y vais" dit Julie, et elle raccrocha. Elle s'aperçut qu'elle tremblait, sa tête tournait. Elle appela un taxi, partagée entre la rage et l'inquiétude. Elle pensa d'une manière absurde à ne plus jamais lui prêter sa voiture…

Dans l'hôpital, elle fut un peu rassurée en le voyant. Il était conscient, avec un énorme bandage sur la tête, mais il l'assura qu'on lui avait dit qu'il n'avait rien de grave. Ce qui semblait le préoccuper le plus, c'était l'état de la voiture. Il ne parla pas des morts, il n'avait pas l'air au courant. Il se souvenait juste, qu'à un croisement, une autre voiture lui avait brutalement coupé la route. Il avait la priorité, ça il en était sûr, mais il n'avait pas pu éviter le choc. Ensuite il ne se souvenait de rien. Il ne s'était plus rendu compte de quoi que ce soit, et s'était réveillé à l'hôpital. C'était tout ce qu'il pouvait dire.

Elle se rendit chez les infirmières, qui lui confirmèrent qu'il y avait un autre blessé, plus grave. C'était un cinéaste connu, en vacances dans la région. Mais il y avait aussi un mort. Personne ne savait qui il était. De toutes façons, on l'avait envoyé à la morgue.

Julie rentra chez elle le moral à zéro. Les ennuis recommençaient, elle se sentait dans un pétrin inextricable. Elle aurait aimé pouvoir en parler à quelqu'un, mais Isabelle était partie pour quelques jours

Elle s'apprêtait à téléphoner à son fils, elle avait trop besoin de se confier à quelqu'un, quand on sonna à sa porte.

Elle fut à peine surprise de voir deux policiers devant elle.

Ils ôtèrent leurs casquettes, et lui demandèrent très courtoisement s'ils pouvaient lui parler. Julie les pria de s'asseoir et fit de même, elle ne tenait plus sur ses jambes.

- "Nous avons un très mauvaise nouvelle à vous apprendre" dit l'un d'entre eux.

Julie ne dit rien, la mauvaise nouvelle, elle la connaissait! Mais il continua,

- "Nous avons retrouvé votre mari, dont vous nous avez signalé la disparition, il y a maintenant huit mois", il consultât les papiers qu'il tenait à la main,

- "Oui ça va faire huit mois, dans quatre jours. Malheureusement, je dois vous informer qu'il a été tué dans un accident de voiture, en fin de matinée. Nous avons eu du mal à l'identifier, car il n'avait aucun papier sur lui"

Julie s'agrippait à son fauteuil. Je vis un cauchemar, je vais me réveiller, pensait-elle, mais non les policiers étaient bien là, l'air attristé.

- "Il va falloir que vous ayez beaucoup de courage, il faut que vous veniez reconnaître le corps".

Julie se leva comme un automate, prit son sac et les suivit. L'un d'entre eux lui tenait le coude comme s'il pressentait qu'elle était prête à s'écrouler. Elle lui en fût reconnaissante.

A la morgue, elle fut frappée par l'ambiance assez décontractée qui régnait, un homme affable les amena vers une grande chambre froide, et alla vers le corps portant le numéro 447 accroché à son orteil droit qui seul dépassait du drap blanc qui le recouvrait.

Quand il découvrit le corps Julie, vacilla, prête à s'évanouir.

C'était lui, et en même temps ce n'était pas son mari tel qu'elle l'avait connu. Il n'avait plus de moustache, et ses cheveux étaient teints en blond. Sidérée et muette, Julie était étonnée, elle ne ressentait rien. Toutes les questions qu'elle s'était posées depuis la disparition mystérieuse de son mari, ne trouvaient aucune réponse devant ce corps qui lui semblait totalement étranger. Il émanait de ce corps quelque chose d'étrangement féminin qu'elle n'avait jamais remarqué.

Elle confirma que c'était bien son mari, et ils sortirent tous rapidement.

Il lui restait à faire quelques formalités, et les policiers l'emmenèrent avec eux. Dans leur bureau, elle demanda comment on avait réussit à l'identifier. Les deux policiers eurent l'air embarrassés.

- "Il n'était pas seul, lorsqu'il a eu cet accident, le conducteur de la voiture qui n'est que blessé, n'est autre que Germain Vialeuf, le cinéaste, vous connaissez ? Nous avons pu l'interroger. C'est lui qui nous a donné l'identité réelle de votre mari. En fait, il semblerait que votre mari ait été son secrétaire depuis sa disparition, et autant que vous ne l'appreniez pas par la presse, il était plus que son secrétaire si vous voyez ce que je veux dire."

Julie avait envie de disparaître à son tour, elle envisageait de fondre comme un glaçon au soleil, elle avait honte et en même temps envie de rire, l'absurdité de la situation lui sautait au visage. Luc venait de tuer son mari.. Cela les policiers ne le savaient pas encore. Elle se rendait compte que son visage devait être celui d'une demeurée mentale, yeux ronds et bouche ouverte. Elle tenta de se ressaisir et se composa un visage plus lisse. Cela parut rassurer les deux policiers qui eurent, l'air moins inquiet.

- "De toute façon pour vous, c'est aussi une bonne nouvelle, vous n'êtes plus suspecte dans cette histoire de disparition. Maintenant vous n'avez plus besoin de résider ici, vous pouvez aller où bon vous semble."

La semaine suivante c'était chose faite. Julie quitta la ville, s'installa près de chez ses enfants, le scandale soulevé par l'accident retomba rapidement aux oubliettes. Elle avait reprit son travail à mi-temps et consacrait beaucoup de son temps à écrire de petites nouvelles.



Julie,avec son héritage, s'était acheté une péniche sur laquelle elle vivait. Elle n'avait ni eu, ni demandé de nouvelles de Luc.

Un jour, la télévision marchait en sourdine, tandis que Julie s'activait à la préparation d'un repas, elle avait des invités. Tout étant prêt, elle s'assit sur le canapé, face à la télévision.

C'était l'ouverture du festival de Cannes.

Elle allait zapper, (trop de mauvais souvenirs), mais soudain, elle sursauta. Montant les marches dans leurs costumes de gala, elle reconnut le "fameux" metteur en scène, ce qui n'avait rien d'étonnant, son film faisait l'ouverture. Mais la surprise de Julie venait du fait que derrière le metteur en scène, elle voyait sans oser y croire, une silhouette familière. Malgré son smoking, qui le métamorphosait en play boy, c'était bien LUC !!

Elle appris qu'il s'appelait maintenant, David KRISTER, et qu'il était la révélation de ce nouveau film ! On parlait de lui pour les palmes du meilleur acteur

Il y eut une interview, où une journaliste, manifestement sous le charme, demanda à "David" comment il avait été "découvert".

Julie ne fût guère étonnée, lorsqu'il déclara qu'il avait rencontré son futur metteur en scène, dans un centre de rééducation, où tous deux étaient en traitement, après un accident de voiture. Ils avaient sympathisé, et décidé de faire quelques essais, qui avaient été concluants.

Julie, pensive, éteignit le poste, elle pensait à son mari "secrétaire", et maintenant Luc "acteur".

"Si vous voyez ce que je veux dire!" Comme lui avait dit le policier.
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Vos commentaires

ok continue, tu es sur la bonne voie
zoe

Le samedi 24 Avril 2005

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Maguie Huron-Hubert

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