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Rêve |
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Cornard était arrivé en retard, comme à tous ses rendez-vous. Il avait dû, comme d’habitude, demander de la monnaie aux gardes. Et comme à chaque fois, le café du distributeur de boissons chaudes était trop chaud. Deux nouvelles tâches avaient rejoint celles d’hier sur la cravate du docteur en pathologie criminelle Norbert Cornard. Cornard Regardant la pendule du couloir. A lui-même. 09 h 12… Elle est déjà arrivée depuis 12 minutes… L’accusé Je n’ai pas de vie de chambre et j’ai peur d’être un fils, ne plus être un enfant. Ma chambre est calme et bleue, avec une reproduction d’une famille d’ours en peluche, en face de mon grand lit. C’était le bois de lit de ma grand mère, côté paternel. Native de Tarare, elle avait hérité de mon grand père corse, toute l’ignominie et la majesté ! Elle était plus corse que tous les légendaires corses d’antan. Elle était femme ! Une version féminine du Parrain. J’adore ce bois de lit. C’est comme… une partie de moi, de mes origines. L’Histoire d’une famille. D’un nom. Une raison donnée à ma naissance. J’adore ce lit. Grand ! Très grand pour un géant d’un mètre cinquante tout mouillé ! Réellement grand… aussi. Une couette, beaucoup d’oreillers et j’arrive à être bien. Parfois. Toujours seul ? Pourtant, il y a quelque chose qui cloche. Un truc qui fait que je ne m’y sens jamais à l’aise. L’aquarium ? La famille d’ours au mur ? Ma lampe de chevet ? Quoi ? Je n’y dors pas très bien. Je suis si bien dans ce grand lit, sous la couette. Le rideau bleu de la chambre est toujours tiré. La lumière est toujours très tamisée, trop tamisée. C’est assez difficile et pénible de lire dans une semi obscurité. Je n’y dors pas très bien. De toute manière, en ce moment, je dors très mal. Je pense à ma mère. A sa vie. Ce qui lui reste de vie, comparant ce qu’elle a vécu avec ce qu’elle a le temps de vivre. Je pense à ma mère qui est redevenue la fille de sa mère. Je pense à cette fille qui va perdre sa mère. Elle verra mourir sa mère. Elle sait déjà qu’elle ne peut rien donner en échange de la non éternelle absence. Le deuil. Une séparation définitive sans droit de visite. Elle connaît la Mort. Elle découvre la réalité de son tourment, de cette horrible douleur de l’absence. La Mort. En fille, elle veut être présente pour les derniers instants qu’elle peut passer avec sa Maman. Maman ! Je ne veux plus être ton fils ! Papa ! Je ne veux plus être ton fils ! Je ne veux pas… Je suis devenu le fils de ma mère. Je vis ce qu’elle vit. Je souffre. Je suis son fils. Elle est ma mère. J’ai si peur de cette absence. Je sais qu’elle existe , j’en suis parfaitement conscient mais… MERDE, ça fait mal ! Putain d’émotions. Je dors peu et rarement dans mon lit. Je retourne à la télé. Je me réfugie. J’affiche mon moi en construisant mon appartement. Je m’exprime. Je me construis. Et pendant ce temps… Les passantes sont passées… HA ! Cette passante. C’est vrai que c’est sympa une fille, une « femme » mais… Mais… ? Je préfère la copine des autres. C’est plus cool ! Et, j’ai des envies assez précises. Je suis homme, aussi. Et je sais qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien. Une fille, une femme doit être un minimum appétissante. Elle ne se dit pas féminine pour rien ? Ma gourmandise restera certainement pour longtemps les filles, les femmes de caractère. Elles sont en général piquantes et assez pimentées. Il faut croquer avant de craquer. Jouer un peu. Les copines ad eternam de mes amis sont souvent de très agréables gourmandises. Il y a , cependant, quelques exceptions pour confirmer la règle. Je tiens à préciser, Madame, que je déteste jouer au cow-boy. Je déteste partir à la charge. N’appréciez-vous pas de vous faire séduire ? L’avocate Elle vous a séduit ? L’accusé N’aimez-vous pas être séduite ? L’avocate Si ! Comme toutes les femmes ! Bien sûr mais… revenons à votre cas ! Vous a-t-elle séduit ? L’accusé Comme toutes les femmes ! L’avocate Pardon ? L’accusé Comme toutes les femmes, vous aimez être séduite, comme toutes les femmes ! L’avocate Oui ! Mais… Vous en êtes encore là ! L’accusé Imaginez un homme qui aurait envie d’être séduit ? L’avocate C’est… Ca…. ! Mais… ! L’accusé Nous nous sommes plus mutuellement ! L’avocate Ca n’existe pas un homme qui aurait envie d’être séduit ! C’est pour les femmes ! C’est comme… C’est un privilège pour nous. Cornard Fermant la porte aussi doucement qu’il l’avait ouverte : sans bruit. Tête basse. Veuillez excuser mon retard mais… L’avocate Regardant Cornard d’un œil inquisiteur. Oui ! La politesse par exemple ! Pourquoi la politesse Cornard ? Cornard Tout penaud, la tête basse. On ne fait pas attendre une dame... Peut-être ? L’avocate Vous n’exagérez pas un peu ? Vous avez vu l’heure ? Cornard Oui… mais… parfois… ! L’accusé Je commence à vous apprécier Cornard. Un rebelle dans l’âme ! Cornard Regardant tristement l’accusé ; il l’implore presque. Veuillez me pardonner vous aussi ? L’avocate A l’accusé, sèchement. Vous a-t-elle séduit ? ou, C’est vous qui l’avez séduite ? Répondez-moi, le temps presse ! L’accusé A Cornard, d’une voix musicale. Je vous pardonne, vous m’amusez tant. L’avocate Cornard, asseyez-vous, pour l’amour de Dieu. Dans trois jour la chaise électrique ! Nous n’avons pas de temps à perdre en amusement ! L’accusé A l’avocate. Nous nous sommes séduits mutuellement, en même temps… Simplement. Deux gentils hommes se battaient en duel sur la place publique. Ils réglaient une histoire de cœur et de cul et de réputation publique, en un mortel « à la vie, à la mort ». Quelques badeaux, des enfants et des vieillards principalement, regardaient. Ils se lâchaient, ils s’excitaient, l’adrénaline montante, sur l’un ou les autres. Cet homme, exposé au centre de la place publique, sur une charrette, dans une cage en fer, pieds et poings liés, vêtu de deuil, et quelques mètres plus loin, les duellistes… Henry, surnommé Harry par ses collègues de la criminelle, boit lentement un café serré bien chaud, le dos appuyé contre l’avant du distributeur de boissons chaudes. Les deux portes opposées, dans le couloir, s’ouvrent en même temps. D’un côté, Sidonie, surnommée Dîny par ses collègues de la criminelle, qui vient voir, le ventre en avant, son mari et supérieur Henry-Harry. De l’autre côté, Miss Pamplous Elodie-Anne, surnommée Miss Pamplemousses par tous les mâles du quartier des condamnés à mort, qui vient chercher, les hanches roulantes, un café au distributeur de boissons chaudes. Elle marche très vite. Elle est toujours speed. Par contre, côté carrosserie, tous les hommes s’unissent pour avouer qu’il n’y a rien à jeter ! Une Bombe. La Bombe arrive droit sur le distributeur de boissons chaudes. Harry se pousse. Elle cherche de la monnaie dans son sac à main mais n’en trouve pas. Elle s’énerve. Harry lui tend une pièce de 10 Frs. Elle s’en saisie, avec brusquerie. Harry lui sourit. Sidonie embrasse Henry. Miss Pamplemousse attend nerveusement son café long sans sucre. Sidonie Bonjour mademoiselle Pamplous. Pamplous Répondant machinalement, les syllabes retenues par les dents. Bonjours Sidonie A Henry, tout en lui enlevant un fil sur l’épaule. Tu as pensé à mettre un peu de bouffe dans la gamelle du chat, en partant ce matin ! Henry Oui. Sidonie En lui redressant son col de chemise. Tu as pensé à prendre du pain ? Henry Oui. Sidonie Fouillant dans son sac gigantesque, à la recherche d’un objet qu’elle ne trouvera pas. Ta mère a appelé à midi… Henry Tu es rentrée à la maison ? Sidonie Posant doucement ses mains sur son ventre de future maman. Non… Sur le portable… Henry Se redressant. Et… Elle voulait quoi ? Sidonie Se dandinant de droite et de gauche. Rien… Rien de grave… Je t’en parlerai plus tard. Henry Le dos appuyé contre le distributeur de boissons chaudes. Et Junior ? Sidonie Fouillant encore dans son sac parce qu’elle se souvenait ce qu’elle y cherchait. Tout va bien. Ce soir, je te montrerai les dernières écho. Pamplous se sauva pour retourner au travail. Et puis, elle détestait ces gens. Tout ces débordements de bonheur, de bien être, de vie, elle en était jalouse. Elle qui a un corps splendide, toujours impeccablement habillée, un métiers digne d’intérêt et de respect, elle est toujours célibataire. Qu’avaient-elles en plus, toutes les autres femmes ? Elle n’était pas parvenue à garder un homme plus de deux semaines. Pourquoi ? Pamplous A elle-même, comme si elle était seule. En marchant. Qu’ai-je fais au Bon Dieu ? Elle se heurta à Cornard qui venait, lui aussi, prendre un café au distributeur de boissons chaudes. Elle hurla lorsque le café se versa sur son tailleur gris, à hauteur de poitrine. Elle insulta Cornard. Elle le frappa. Elle l’insulta encore et entra, furieuse, dans la pièce. L’accusé Que d’attractions ! Pamplous Vous ! Taisez vous ! L’accusé S’adossant à son siège. Laissez-vous vivre… Cornard demanda de la monnaie à Henry et Sidonie. Il choisit un thé au citron, qu’il se renversa sur le pantalon. Cornard pensait de lui-même qu’il était un pauvre type qui, en plus, n’avait pas de chance. Il était célibataire et c’était certainement là son plus gros défaut. Il était de ces hommes qui ont beaucoup de mal à commencer une journée. Surtout du matin. Il passait son temps à courir. Il se négligeait. Un peu d’eau sur le visage. Les cheveux mouillés pour faciliter le coiffage. Vite mais bien se brosser les dents. Et… la chemise qui a fait deux jours, fera bien une troisième journée. Ce matin, il n’était pas coiffé et avait les yeux boursouflés de sommeil. Il avala d’un trait le reste de son thé et retourna dans la pièce. Harry Se redressant Alors, que dit ma mère ? Dîny Je patauge ! Y’a rien ! Harry Oh ! Dîny ! Qui a un problème ? Dîny Oui ! Un os de dinosaure ! Y’a aucune preuve ! Harry Aucune preuve ? Comment ? Dîny Personne ne l’a vu assassiner la gamine. Il n’y a aucune empreinte nulle part. Il est condamné à mort sur la parole du père de Inès. Il ne l’aimait pas du tout. On peut faire condamner n’importe qui comme ça ! Harry Tu n’as rien ? Dîny Non ! L’affaire n’existe pas ! Il n’y a que des ragots, des dires, des jalousies…. Tout le monde les a vu ensemble. Inès, 17 ans avec un type de 30 balais… Ce sont les seuls éléments ! Les gens accoururent de partout et encore plus rapidement quand apparu le Cheval Pourpre. Un bel étalon noir accoutré de luxueuses étoffes Rouge Sang, la monture du bourreau, qui reste dans l’ombre jusqu’au moment de l’exécution. Les hommes, au passage, prenaient les enfants sur leurs épaules pour qu’ils voient mieux. Les femmes cessaient toute activité. Les duellistes oublièrent leurs querelles et se joignirent à la foule pour acclamer le bourreau. Un homme grand et fort. Vêtu d’aussi pompeuses étoffes Rouge Pourpre que sa monture. Très riche, il vivait, seul, à l’extérieur du village, le visage dissimulé sous un masque de cuir rouge, qu’il ne devait jamais ôter. Cornard Interrompant Pamplous Imaginons un instant… qu’elle ait survécu… Les médecins pensaient pouvoir la sauver. Pamplous A quel prix ! Avec des séquelles terribles… Un légume ! Cornard Oui. Presque. L’Accusé Perte de l’usage des 4 membres. Perte de l’écoute, de l’odorat et de la parole. Cornard Sans parler de l’aspect physique de la rescapée ! Madame Frankenstein aurait eu de quoi être verte de jalousie. Pamplous Et…. Où voulez-vous en venir ? Cornard L’auriez-vous aimée de la même manière, autant ? Avec autant de passion qu’avant ? L’Accusé Silencieux. Pamplous Auriez-vous aimé un jouet cassé ? L’Accusé Je ne sais pas. J’aurai peut être pu l’aimer autant mais… pas de la même manière.Peut-on chérir une poupée de porcelaine au visages brisé puis grossièrement recollé. J’ignore tout, ou presque, de la force de l’amour. Pamplous La perte de la passion charnelle ! ? Cornard De la pitié ! Le pire. L’Accusé Elle respirait la vie. Elle était belle. Jeune. Joyeuse. Et du jour au lendemain, elle aurait pu se retrouver figée à vie sur un lit, dépendante, diminuée et humiliée. Si Dieu existe, il a eu raison de lui offrire un aller direct. Cornard Mais… Vous. Vous êtes valide. L’Accusé Aspirant une grande bouffée d’air pour appuyer son soupir. Oui. Je suis valide. Je devient son pire bourreau. Cornard Vous avez peur ? Vous… L’Accusé Oui. Peur d’engager ma vie en de pareilles circonstances. Pamplous Sévèrement Là n’est pas la question Cornard, la gamine est morte de toute manière. Notre job est d’éviter la peine capitale à mon client. Cornard N’ayant fait aucun cas des paroles de Pamplous Aviez-vous des peurs ? Aviez-vous peur quand vous étiez avec Inès ? L’Accusé Regardant la table. Oui… Avant de la connaître. Elle m’a libéré… Cornard Quelles genres de peurs aviez-vous ? L’Accusé Prenant une cigarette et en proposant une à Pamplous et Cornard. Pamplous refusa la cigarette. Cornard en prit une, dans un geste maladroit, un geste d’interdit. J’avais de nombreuses peurs…. Des angoisses…. Des craintes… Cornard Ne sachant quoi faire avec sa cigarette Puis-je vous emprunter votre briquet, s’il vous plait ? Pamplous Vous ne voudriez pas qu’on vous la fume aussi ? L’Accusé J’avais peur de me balader dans les rues de la ville… un nez de clown dans la poche. Pamplous Ridicule ! L’Accusé J’avais peur d’embrasser une fille, une femme, sans être certain qu’elle le souhaite elle aussi… J’avais peur de ne pas savoir porter mon âge… Peur de séduire une femme… Peur de changer. Pamplous Voilà un beau spécimen de frustré indécrottable ! Cornard D’une voix à peine perceptible S’il vous plaît, mademoiselle Pamplous… Laissez-moi faire mon travail… S’il vous plait… L’Accusé J’avais peur de pleurer aussi. Cornard Vous pensiez qu’un homme n’avait pas le droit de pleurer ? L’Accusé Oui. On me l’a répété tant et tant de fois ! Le portable de Cornard se mit à sonner. Jungle bell emplit rapidement la petite pièce de sa mélodie aiguë. Cornard se dirigea, la tête basse, fondant en excuses, vers un coin de la pièce. Il prononça une suite de ouis, gêné. Il raccrocha. Il était blanc, les traits décomposés. C’était sa mère qui l’appelait. Elle l’appelait si souvent, n’importe quand, dès qu’elle pensait à lui. Elle s’inquiétait, pour la millième fois au moins, de savoir si son petit Norbert aimait les courgettes farcies et s’il serait à l’heure pour le repas de midi. Devait-elle lui en garder une portion au chaud L’Accusé Avec Inès, je n’avais plus de peur. J’étais heureux et bien dans ma peau. Cornard Tout en griffonnant quelques notes dans son dossier et en observant du coin de l’œil Pamplous qui tapotait l’angle de la table de ses ongles rouges manucurés. Pour quoi faites-vous une telle différence entre fille et femme ? L’Accusé Parce qu’un type, qui attend de la tendresse et qui a un besoin débordant d’en donner sans compter… n’est pas vraiment un homme… Peut-être ? Pamplous Ne vous êtes vous jamais aperçu que vous étiez au 21ème siècle ? ! Que vous aviez déjà 30 ans ? Ne vous a-t-on pas dit que les contes de fées n’existent pas ? Une femme est une femme ! Cornard Croyez-vous à l’amitié entre les femmes et les hommes ? L’Accusé Oui ! Pamplous Nous avons donc des chances de vous sauver de la chaise mais, je craints que vous ne finissiez vos jours dans une pièce capitonnée ! L’Accusé Miss Pamplous, ne rêvez-vous donc jamais ? Pamplous Je n’en ai pas le temps ! La vie continue ! Il faut savoir être adulte ! Mais pouvez-vous comprendre cela ? J’en doute ! L’Accusé Oui ! A vos yeux, je ne suis qu’un Pierrot ! Pensez-vous que j’aurais pu vous séduire… en tant que femme que vous dites être et moi… en tant qu’homme ? Pamplous Effarée Certainement pas ! Qu’irais-je faire avec un guignol ? ! Cornard A Pamplous, tout en continuant de prendre des notes. Votre vie sentimentale vous convient ? Pamplous Sèchement Cela ne vous regarde pas ! L’Accusé A Pamplous, la fixant, droit dans les yeux. Votre vie sentimentale vous convient ? Pamplous Se levant. Hurlant de rage. Cela ne vous regarde pas ! C’est clair ! Continuons… J’ai moi aussi des questions à vous poser ! Pourquoi avez-vous tué Inès ? Cornard Je ne pense pas qu’il l’aie tuée. Pamplous Vous, fermez-la ! L’Accusé Très calmement Je ne l’ai pas tuée. Ma seule faute, c’est d’avoir été un gentil garçon… Un gentil homme. Un homme tendre. Cornard Un être humain ? Pamplous A Cornard, violemment Toi, la ferme ! L’Accusé Avec douceur mais suffisamment fermement pour se faire entendre. Miss Pamplous, ne vous êtes-vous jamais vu comme un bout de viande ? Un bout de bidoche parmi des milliards d’autres bouts de viande ? Pamplous Enervée Je ne vous permets pas de m’insulter ! L’Accusé Toujours calmement Vous n’êtes, à mes yeux, qu’une femme ! Une femme sans magie ! Un bout de viande ! Un poulet à fourrer ! Pamplous Très énervée Je vous interdit de me parler ainsi ! Je ne suis pas un quartier de viande mais une femme ! Une femme libre ! Une femme libre qui gagne sa vie ! Je n’ai pas besoin d’un homme pour ça ! Et si j’ai besoin d’un homme, je suis assez grande pour le choisir seule ! Cornard Pour quoi faire avez-vous besoin d’un homme…. Alors ? Pamplous Hors d’elle La ferme Connard ! Cornard Cornard, mademoiselle Pamplous, Cornard. L’Accusé Oui ! Vous n’êtes qu’une femme ! Je vais vous paraître mystique, encore une fois, mais, rappelez-vous, Miss Pamplous… Vous avez une âme, vous aussi ! Cela n’a rien de religieux… Mais c’est certainement la seule chose qui peut faire la différence entre un quartier de bidoche et une femme ! Ne sommes-nous pas des êtres humains à la base ? Pour quoi devons-nous si fidèlement imiter les fourmis ? ! Faut-il absolument que tous faits ou gestes suivent les règles à la lettre ? N’avez-vous pas envie de vous évader, de rire ? Pamplous Si ! J’aime rire mais je n’en ai pas le temps ! Et il y a des réalités ! L’Accusé N’êtes-vous pas lasse de toujours tout garder en vous ? N’avez-vous plus d’émotions ? N’êtes-vous, au fond de vous-même qu’un bout de viande ? Pour quoi retenir nos émotions ? Nos joies ? Le plaisir d’un flirt ? Cornard Parce qu’une personne adulte doit contenir ses émotions ! Les contrôler ! Il faut rester maître de soi ! L’Accusé Le monde est bien triste s’il est interdit d’envoyer un bouquet de fleurs à une fille, à une femme, simplement par plaisir, pour sa propre joie… à elle… et à soi… Ne peut-on imaginer que chaque être est unique ? Ne peut-on imaginer, sans égratigner notre bel état d’adulte, qu’un nouveau flirt est un renouveau… Ne peut-on pas profiter, avec joie, d’un rayon de soleil et croire que ce rayon de soleil est différent des autres ? Comme si une nouvelle « passion » est aussi une « passion unique ». En étant conscient que la vie est longue… L’animal trépignait, soufflait. Le bourreau attendait, impassible et droit sur sa monture. La guillotine, tirée par trois chevaux bais, remontée la rue principale, attirant dans son sillage les badeaux les plus timides en une longue procession lugubre. L’homme en cage prenait son dernier repas, un morceau de pain et de l’eau de pluie croupie dans un calice douteux. Plusieurs centaines d’hommes, femmes, de tous âges, ainsi que des enfants, s’étaient réunis sur la place pour l’exécution publique. Henry, appuyé contre le distributeur de boissons chaudes, lisait les rubriques sportives du journal de la région. Un léger tremblement, pratiquement imperceptible mais bien réel extirpa Henry de sa lecture qui s’éloigna un peu de la machine. Il ne vit pas la curieuse vague métallique qui serpenta le long du mur du couloir puis sur la porte de la pièce où l’accusé prenait son repas de midi. Henry se replongea dans les résultats du foot. Mademoiselle Pamplous entra, suivi d’un garde faisant mine de lui peloter les fesses tout en tirant la langue en un rictus pervers, le bas du ventre en avant. Henry Tout en lisant ‘jour mademoiselle Pamplous. ‘jour Sly. Sly ‘Jour Harry. Mademoiselle Pamplous alla directement, sans un mot, dans la pièce du fond. Sly Tout en soupesant de gigantesques seins imaginaires. Putain ! La salope ! J’ me la cal’rais bien sur l’ chapiteau ! ‘stoire d’ voir d’ quelle manière elle couine ! Henry T’inquiète ! Jamais tu lui feras le tourniquet à celle-ci ! Question de caste ! Sly Regardant en direction de la porte de la pièce du fond C’ t’une belle salope quand même ! Une bonne p’tite garce ! Comme elle doit être bonne ! Nom de Dieu ! J’ me la f’rais bien, même en doublette ! Sidonie Venant juste d’arriver Sly, ta maman ne t’a jamais dit qu’il ne fallait pas fantasmer au dessus de tes moyens ! Cette fille-là, le simple fait de la regarder pourrait te coûter cher ! Dix minutes plus tard, Cornard entra en courant et en retard dans le couloir, suant, le costume maculé de deux nouvelles taches version Mac Do en quatrième vitesse. Il fouilla dans ses poches mais ne trouva pas de monnaie. Il n’eut pas le temps d’en demander autour de lui, Henry, Sidonie et Sly lui tendaient, en riant tous les trois, des pièces de dix francs. Cornard les remercia en riant et leur proposa une boisson chaude. Il commanda un thé au citron. La machine lui expulsa sur le pantalon un liquide rosâtre dans un gobelet jaune en morceaux. Henry Derrière Sidonie, la serrant tendrement dans ses bras. Pas de chance Norbert ! Norbert Dans un sourire de bonne humeur. Jamais ! J’ai la poisse ! Faut faire avec ! Sidonie Caressant les mains d’Henry. D’un ton maternel. Pressez-vous Norbert, Miss Pamplous va encore vous engueuler. Norbert Oui. J’y courre… Merci mademoiselle Sidonie. Sly Entrecoupant ses mots d’un rire gras Essayez d’ voir si Miss Pamplemousses porte une p’tite culotte ! Dites-le moi et j’ vous file 100 balles. Norbert riait quand il entra, en retard, dans la pièce où l’attendaient Miss Pamplous et l’accusé. Il s’assis, ouvrit son dossier et comme si de rien n’était, il posa sa première question. Cornard Pour quoi préférez-vous les amies « ad eternam », je vous cite, de vos amis ? L’Accusé Bonjour Monsieur Cornard Cornard Oui, bonjours à vous deux. Et Norbert se mit à rire. Cornard Excusez-moi ! Pamplous Sèchement En retard ! Impoli ! Sale ! N’avez-vous donc aucune qualité Cornard ? L’Accusé Si, celle de savoir s’excuser ! Humblement. Pamplous La qualité des lâches ! L’Accusé Pour quoi je préfère les amies ad eternam de mes amis ? Cornard Oui ! Merci ! L’Accusé Parce que je peux parler avec elles sans me retrouver embarrassé de l’ambiguïté d’une hypothétique tentative de séduction. Je suis libéré. Elles aussi ! Je n’ai plus à jouer de ma virilité. Je peux être moi. Sans peur. Pamplous D’un rire cynique Un frustré pédophile attardé mentale ! La totale ! Vous en avez d’autres comme celle-là ? Cornard Ne faisant aucun cas de Pamplous Et avec Inès ? L’Accusé Tout a été si simple, si naturel ! Plus de costume gris aux œillères noires. Plus de peur. Nous nous aimions comme nous faisions l’amour. Nous nous écoutions. Nous écoutions nos corps et nos cœurs. Pamplous Vous faites de la poésie ! Vous ne répondez pas à la question ! Cornard Si, au contraire, il y répond parfaitement. Pamplous Expliquez-moi ça alors ! Développez votre pensée ! L’Accusé Elle n’était plus fille ou enfant. Je n’étais plus homme ou adulte. Nous étions. Des yeux. Des lèvres. Un désir. De la tendresse. Deux corps au cœur bouillonnant d’attention, d’attente, d’écoute. Un don mutuel. Et de la tendresse. Tant de tendresse que l’ivresse nous surprenait à chaque fois. Nous ne pensions plus à l’autre. Nous ne songions plus à notre plaisir personnel. Nous n’avions plus de patience. La violence était une douceur et le sexe une fontaine intarissable où coulait un miel pimenté de rages, de cris, de douleurs inconscientes et enfouies en nous. Nous partagions nos plaisirs en y mêlant nos souffrances. Nous nous donnions l’un à l’autre, oubliant ce que nous étions. Oubliant la réalité et ses règles standardisées. Cornard Le désir, la passion et la compassion à l’état pur. Pamplous Vous vous droguiez ? Vous buviez ? Fumiez la moquette ? L’Accusé Non. Notre seule drogue, naturelle, était la passion nue. Nous étions nous-mêmes. Pamplous Sceptique Oui ! L’Accusé N’aimeriez-vous pas qu’un homme vous prenne dans ses bras ? Qu’il vous embrasse dans le cou ? Et qu’il vous serre très fort contre lui, comme une enfant, en silence ? Pamplous Si, bien sûre ! Mais… L’Accusé Mais… Nous ne sommes que des adultes ! Un clin d’œil, un restau et assez flirté, baisse culotte ! Cornard Nous sommes adultes ! Pour quoi s’embarrasser d’un paquet cadeau, d’un flirt ? Les adultes savent ce qu’ils attendent les uns des autres ! Pour quoi s’embarrasser de romantisme ringard ? Nous connaissons tous la finalité d’une drague ! Pamplous Songeuse Version cinq à sept. Le but étant de s’envoyer en l’air ! Cornard L’Homme est un animal… Pamplous Se ressaisissant Cela n’explique pas le fait que vous l’ayez tuée ! Un crime passionnel ? Cornard On peut mourir par passion mais difficilement tuer ! C’est comme se priver de cette passion, de cette affection et de l’être qui en est l’objet. Pamplous On peut tuer par égoïsme ! L’Accusé Pour que nul autre ne puisse en profiter ! Et vivre avec la douleur ? La Mort des deux est préférable ! Non ? Pamplous N’êtes-vous pas condamné à la chaise électrique ? N’allez-vous pas mourir, vous aussi ? L’Accusé Baissant la tête Oui ! Dans le couloir, Sidonie et Henry s’embrassaient. Henry, le dos appuyé contre le distributeur de boissons chaudes, caressait le visage de sa femme. Sidonie, lové contre son mari, ne pensait qu’au baiser. Sly vint se prendre un potage au parfum tomate. La machine lui projeta sur le pantalon un infâme liquide verdâtre et gluant mélangé aux restes d’un gobelet rose déchiqueté. Sly Jurant Complét’ment détraquée c’te machine ! Faut qu’ j’appelle l’ réparateur. Henry Serrant toujours Sidonie dans ses bras Les gobelets ne sont pas blancs normalement ? Sly Jurant toujours, tout en s’en allant M’en balance d’ la couleur des gob’lets… J’ veux juste mon potage à la tomate ! Harry Montrant le mur en face de lui à Dîny Tu avais remarqué ce tableau ? Dîny Se retournant Non ! Quelqu’un est venu l’accrocher entre midi et deux ! Harry Non ! Il n’y était pas il y a cinq minutes ! Dîny Regardant Harry dans les yeux. Quelque chose qui cloche ? Harry Oui ! Regarde les murs, leur couleur. Dîny Ils sont vert pâle. Et alors ? Harry Ils étaient gris ce matin ! Ne me dis pas que quelqu’un les a peints entre midi et deux ! ? Dîny Et… Harry Sortant le journal de sa poche Et… regarde ce journal. Dîny Examinant le journal sous toutes les coutures. Il… Il n’y a pas de date ! Harry Exact ! Le tableau sur le mur représentait une scène d’une époque Moyenâgeuse. Au centre, une cage dans laquelle était accroupi un homme vêtu de haillons. Tout autour de la cage, des gens, beaucoup de gens. Des hommes, des femmes et des enfants applaudissaient un imposant personnage au visage dissimulé par un masque de cuir rouge, montant un cheval pourpre, dans un coin du tableau, dans l’ombre d’une arche. En petit, en se rapprochant de la toile, on pouvait voir une guillotine tirée par des chevaux bais et deux hommes se battant en duel… En se rapprochant encore, Harry et Dîny auraient perçu les cris des gens… La chaleur était de plus en plus élevée dans la pièce. Mademoiselle Pamplous regrettait de s’être autant maquillée. Un maquillage pour personne ou… presque… Rodolphe, un des gardiens. Pas un type vulgaire et grossier comme Sly. Non, Rodolphe était mignon, grand et très silencieux. Il avait du charme. Un charme qui pourrait rendre jalouses les copine de Elodie-Anne. Pamplous Pour elle-même, oubliant Cornard et son client. Vertes de jalousie les copines ! Vertes ! Norbert, suant et sentant sa transpiration lui couler sur le corps, se félicitait de s’être mis un peu de parfum. Il avait envie d’un thé frais au citron. L’Accusé ne transpirait pas, lui. Comme si la température n’avait aucun effet sur lui. Cornard Comment avais-vous réagi le jour où vous avez pris conscience que vos parents étaient mortels ? L’Accusé Je me suis dit qu’il était temps qu’ils aient leur propre vie. Cornard Quelle(s) genre(s) de rapport(s) avez vous avec eux ? L’Accusé Pour mon père… que j’aime beaucoup… Je remerciais Inès de m’avoir permis de ne pas entièrement lui ressembler… Cornard Précisez… L’Accusé L’idée de me retrouver comme mon père, enfermé dans un mutisme impénétrable et bricolant pour m’occuper et… peut-être ne pas songer à des idéaux ravalés devenus irréalisables par la force du temps et des choses, m’effrayée… J’aimerais tant qu’il vive… Qu’il se lâche un peu… Cornard Se levant de sa chaise. Si vous le permettez, je vais chercher une boissons et nous reprenons ensuite ? Personnellement je me dessèche avec cette chaleur. L’Accusé Se calant dans son siège. Je vous en prie. Cornard Mademoiselle Pamplous, voulez-vous que je vous rapporte quelque chose ? Pamplous Surprise. Heu… Oui… Cornard Un café, un thé frais… autre chose ? Pamplous Toujours surprise. Un… Thé menthe glacé… S’il vous plait… Cornard S’adressant à l’accusé. Et vous ? L’Accusé Non… Rien… Merci Monsieur Cornard… Pamplous, déconcertée, laissa aller un merci à l’attention de Cornard. Il l’entendit parfaitement. Ce merci lui fit plaisir, mais il préféra ne pas en faire de cas. Henry et Sidonie, l’ayant vu venir, avait déjà sorti leurs pièces de dix francs. Cornard sourit. Il les remercia, toujours en souriant. Sidonie Vous faites plaisir à voir Norbert ! Qu’est-ce qui vous met d’aussi bonne humeur ? Etes-vous amoureux ? Norbert Non ! L’amour est un luxe bien au dessus de mes moyens, mademoiselle Sidonie. C’est vous deux. Vous respirez la gentillesse. Et… Ce pauvre type, dans cette pièce… Henry Depuis quand trouve-t-on plaisante la compagnie d’un condamné à mort ? Norbert Lui, c’est différent ! Je pense qu’il a vécu quelque chose ! Il a vécu quelque chose de rare ! Il a trouvé le repos en trouvant l’amour d’une amie. Imaginez ! L’amour et le calme ! Enfin, moi je l’imagine. Henry Et… Votre métier vous permet de croire à des… sornettes… Sidonie Coupant Henry en lui posant un doigt sur les lèvres. Des contes… Henry Des contes… comme les histoires de votre client ? Norbert Normalement non ! Mais… Norbert introduisit la première pièce dans le distributeur de boissons. Un gobelet blanc apparut, normalement. Il se rempli de thé à la menthe, normalement. Le thé au citron de Norbert lui fut servi normalement lui aussi. Il emporta les deux boissons dans la pièce sans en renverser une goutte, ni sur lui, ni par terre. Norbert trinqua avec mademoiselle Pamplous qui accompagna ce geste d’un sourire amicale. Norbert bu son thé au citron. Un thé relativement frais pour une boisson de distributeur avec un agréable parfum de fruit et une belle couleur jaune. Une belle couleur de citron aux reflets métalliques. Des reflets que Norbert ne vit pas. Des reflets que Pamplous ne vit pas non plus dans sont thé frais à la menthe. Ils burent avec avidité ce thé qui leur procurait un peu de fraîcheur dans l’écrasante chaleur de la pièce. Presque une micro canicule qui n’avait l’air d’incommoder qu’eux deux. Cornard Je vous remercie pour cette petite pause. Mais, si vous le permettez, reprenons… Cornard se sentait bien. Il n’était plus incommodé par la chaleur. La fraîcheur du thé l’avait envahi. Pamplous, de son côté, ressentait les mêmes sensations. Elle sentait comme… une fraîcheur de bien être traverser tout son corps. Tout devint plus limpide. Quelque part en elle, elle comprenait que les choses devaient être moins tarabiscotées. Elle en ignorait la raison mais savait que ce serait ainsi dorénavant… Cornard Et… avec votre mère, quelle genre de relation ? L’Accusé Je faisais tout mon possible pour ne jamais oublier son anniversaire, sa fête et la fête des mères… Je lui offre… je lui offrais des cadeaux… Cornard Pourquoi des cadeaux ? L’Accusé Pour lui dire que je l’aime… Cornard Etes-vous famille à bisous ? L’Accusé Non… Jamais ! Ca ne se fait pas chez nous ! C’est ainsi… Une coutume qui a été perdue par la famille… Peut-être considérée comme désuète… Obsolète… peut-être ? Allez savoir, cela fait si longtemps… Pamplous Ayant lu la question suivante dans le dossier de Cornard. En allant jeter son gobelet elle s’était permise un petit regard par dessus l’épaule de Norbert. Curieusement, elle se sentait l’envie d’être espiègle… Et avec Inès, comment étiez-vous ? L’Accusé Devant traduire des sentiments en mots pour se faire comprendre. Après un long silence. Avec Inès… Avec Inès… Nous avions tant de choses à nous dire. Nous parlions de tout. De la vie, des gens, du monde… Elle refaisait le monde en prenant conscience de certaines horreurs et moi, je lui donnais raison et lui expliquais que certaines choses sont impossibles. Je trouvais toujours un bon côté aux choses pour qu’elle retrouve le sourire… J’étais alors aussi convaincu qu’elle que ces bons côtés aux choses existent… Nous nous souhaitions le bonjour à chaque retrouvaille… Elle s’intéressais… Je m’intéressais… Nous nous intéressions ! Et, je l’admet, elle avait toute la fraicheur de la jeunesse ; elle respirait la vie ! Pamplous D’une voix inhabituellement amicale. Et… Comment vous-êtes vous connus ? L’Accusé Le jour où j’ai compris une chose importante… Il faisait beau ce jour ! Pamplous Presque avec douceur. Quelle… chose ? Sans raison, Norbert explosa en une incroyable colère. Le visage écarlate, le souffle rageur, Norbert se leva en poussant violemment sa chaise et hurla sur Pamplous. Ses yeux avaient des reflets métalliques. Norbert Vous m’emmerdez mademoiselle Elodie-Anne Pamplous ! Vous m’emmerdez ! Le comprenez-vous ? ! Pamplous devint blême quand Cornard se rapprocha d’elle. Il sortit son portable de sa poche de veste et se remit à hurler tout en le frappant contre la table. Cornard Y’en a marre de ces portes ! Y’en a marre … des portes ouvertes sur toutes ces autres portes ouvertes… Je ferme la mienne, je l’ai laissée trop longtemps ouverte… Et merde ! Puis il se rassit tranquillement, calmement. Ses yeux avaient perdu leurs reflets métalliques. Il continua comme si rien ne s’était passé. Il trouva Pamplous un peu étrange, comme effrayée mais, à part ce détail, rien ne l’inquiéta outres mesures. L’inexplicable disparition de la pendule dans le couloir obligea Henry à chercher Sly pour lui demander l’heure. Sidonie attendait des informations sur un type qui pourrait être un témoin potentiel. Sly les avait alors suivis. Sly Ma copine me reproche d’ porter des charentaises ! Elle m’dit que ça fait plouk ! Pamplous, toute guillerette, venait chercher deux thés au distributeur de boissons. L’un, au citron, pour Norbert et l’autre, à la menthe, pour elle. Elle arriva au même moment. Pamplous Tout en incérant la première pièce et en sélectionnant le boutant du thé au citron. Mon pauvre Sly, je vois que vous avez une amie perspicace ! Sidonie Rougissant légèrement, un peu par colère. Mais, on peut aussi tout simplement se trouver bien dedans ! Hein Henry ? Dis quelque chose ! ? Pamplous Regardant Henry Pour vous, c’est pas pareil ? C’est une question d’état d’esprit ! Henry En souriant. Une sorte d’art de vivre ! Sly Alors… Finalement ça rend pas con d’ porter des charentaises ? Pamplous Retournant dans la pièce, les deux thés en mains. Question d’état d’esprit Sly ! L’état d’esprit ! C’est très important ! Sidonie Retenant son envie de rire Je vais vous donner un conseil Sly ! Portez vos charentaises et si votre copine vous dit quelque chose, dites lui que vous en portez parce que vous êtes bien dedans. La guillotine était dressée sur la place publique. Le bourreau était sorti de l’ombre et s’avancait vers la cage. Le cheval était nerveux. L’animal sentait le sang. La foule hurlait. Elle supportait le bourreau en une macabre acclamation générale. Deux gardes libérèrent de ses liens d’aciers l’homme dans la cage. Ils l’emmenèrent devant les marches menant à la sanction publique. Il se trouvait à quelques marches de la guillotine. A quelques marches des derniers instants de sa vie. Les duellistes avaient fait la paix et buvaient la pinte de l’amitié à la terrasse d’une taverne qui leur offrait l’avantage d’assister àl’exécution confortablement installés, sans être gênés par la foule. Alors que Pamplous entrait dans la pièce, Sly fut soudainement pris de convulsions. Il tomba à terre. Il hurla de douleur. Son corps se modifiait. Sly se transformait en quelque chose. Une chose sauvage et violente. A la place de Sly, une monstrueuse créature rugissante, puissante, sur ses quatre membres, était au milieu du couloir. Elle faisait prés de deux mètres de haut et avait des yeux rouge aux reflets métalliques. Elle se dressa et changea les trois gardiens, qui avaient accouru, alarmés par les cris de Sly, en statues de pierre. Le monstre fixait Pamplous de son regard incarnat. Il lui lança d’une voix puissante et forte, comme venant du plus profond des enfers… Je vais te bouffer le cul dés que j’en aurai terminé avec tous les autres… La porte de la pièce se ferma, emprisonnant Pamplous, Cornard et l’accusé. D’une main, Henry poussa Sidonie derrière lui pour la protéger et de l’autre main il dégaina son python 357S Viper à impulsions plasmiques. Harry tira trois fois. Les articulations des deux membres arrière du monstre explosèrent en milliers d’atomes qui s’évaporèrent ausitôt dans l’air. Le troisième tire fit exploser la moitié de la gueule du cerbère qui s’effondra lourdement. Il écrasa le distributeur de boissons. Sidonie se colla à Henry mais ne pleura pas. Il lui caressa le visage et l’embrassa en la serrant très fort contre lui. Le cadavre de Sly, nu, gisait à quelques mètres de leur étreinte. Il n’avait plus de genoux et n’avait plus qu’une moitié de visage. Henry Tenant le menton de Dîny entre ses doigts, la regardant dans les yeux. Et si on s’en allait ? Junior ne nous en voudra pas ! Ils enjambèrent les restes de Sly. Il n’y avait pas de sang, juste des morceaux. Ils évitèrent de toucher les gardiens en pierre, retenant leur respiration pour ne pas les briser. Harry Je suis étonné à chaque fois ! Ces flingues modernes sont vraiment fabuleux. Ils permettent de tuer… Sidonie Prenant la main d’Henry D’intercepter mon chéri… Harry … d’intercepter proprement ! Henry/Harry ouvrit la porte. Sidonie et Henry restèrent pétrifiés. Ils étaient tétanisés par ce qu’ils découvraient. La frayeur et les cris d’hystérie avaient pris possession de Elodie-Anne. Norbert se sentait fort. L’accusé était toujours resté assis, attendant la question suivante. Il attendait la sanction. L’homme monta les marches. Les gens hurlèrent. Le bourreau grimpa le petit escalier avec sa monture. Une latte se brisa. Le cheval rugissait. Il crachait. Et la foule applaudissait. Pamplous se tue soudainement. Elle s’assit. Elle ne bougeait plus, le regard dans le vide. Elle ne voulait… elle ne pouvait pas croire ce qu’elle avait vu. Elle lança, brisant ce soudain silence, quelques mots d’interrogation. Pamplous Norbert ! Que s’est-il passé ? Norbert Si nous avons vu tous les deux… les trois… plus si survivants de l’autre côté de cette porte… la même chose… L’Accusé Calmement, tirant à lui un morceau de papier et un crayon posés sur la table. Il écrit : Réveille-toi ! Abruti ! C’est Stephein ! Il posa le crayon et toujours très calmement, il confirma avoir vu la chose supposée. Norbert Donc… Nous avons vu le gardien Sly se transformer en une sorte de… Cerbère, une gargouille, un…,une… Pamplous Un monstre… L’Accusé Quelle est la procédure dans un cas comme celui-ci ? Avez-vous de quoi protéger la vie du condamné à mort ? Pamplous Respirant plus régulièrement Où trouvez-vous la force pour faire de l’humour dans un cas pareil ? Ne dites plus rien, je vous en prie. L’Accusé Ses yeux avaient des reflets métalliques. Dans la Mort ! Fillette ! Pamplous Maintenant, je suis sûr d’une chose, j’aurais dû écouter ce que me disait ma mère. Cornard S’apprétant à ouvrir la porte Et… que vous disait votre mère ? Pamplous Son regard, toujours dans le vide, se remplissait de reflets métalliques. Aucune idée… Je n’écoutais jamais ce que me disait ma mère ! Cornard ouvrit la porte avec mille précautions. L’homme était debout, face à la guillotine, face à la foule blessante. Le bourreau lui proposa une cagoule grise, du haut de sa monture, droit, dans un geste de mépris. L’homme la refusa. Le bourreau se rapprocha du levier qui actionne la lame. Il y posa sa main droite. L’homme s’agenouilla. Henry referma la porte. Ils se regardèrent et se laissèrent tous les deux glisser contre le mur jusqu’au sol. Henry parla le premier. Henry Ca ressemble à un truc comme… le rêve du rêveur ? Qui est le rêve ? Qui est le rêveur ? Sidonie Peut-être ? Ou… aussi, une version post moderne de « Huis clos » de Sartre ? ! Henry Et… que nous préconise-t-on de faire dans un cas pareil, dans la police ? Sidonie Aucune idée ? Mais… Henry !…Et junior ?… Et notre amour dans tout ça ? Henry J’ sais pas… Faut voir la suite… Sidonie Tournant la tête face au visage d’Henry. Elle le regarda dans les yeux. Que sont devenus les 3 autres ? Harry Bonne question ! Dîny Nous pourrions aller voir ? ! L’accusé poussa violemment la table. Il envoya voler sa chaise. Ses yeux étaient couleur de métal. Les muscles de sont visages roulaient sous la peau. Il attrapa Pamplous et la souleva avant de la plaquer contre le mur. Il la retourna, lui écrasant le visage contre le mur en la tenant sèchement par la nuque. Norbert intervint mais fut propulsé en arrière d’un simple geste de la main de l’accusé, comme si un puissant fluide invisible, comme un coup de poing, en avait jailli. L’accusé A Pamplous, qui avait perdu les reflets métalliques de ses yeux, et qui pleurait de peur. Sais-tu que l’amour n’est qu’un leurre petite fille ? L’Homme est un animal doué de parole qui se crée des valeurs pour s’imaginer dominer le primate qu’il est ! L’art, la morale, l’amour ne sont que des fabuleries qui lui servent de justifications, d’excuses à son humanité de pacotille ! Pamplous Terrifiée et en larmes Et Inès ? N’a-t-elle jamais compté ? Je vous en prie, pas ça ! L’accusé Une justification à la vie ! Rien de plus ! Une putain de belle image à ce perpétuel recommencement ! Norbert Paralysé au sol Et tous vos sentiments ? L’accusé tourna la tête en direction de Norbert, ce qui permis à Pamplous de se dégager de l’emprise et de s’échapper en direction de la porte. L’accusé, aux yeux couleur de métal, se transformait. Sa peau prenait, elle aussi des reflets métalliques tandis que dans la pièce des cris d’enfant résonnaient. Papy, ne fais pas ça ! Papy, pas toi ! S’il te plait ! L’enfant pleurait. Pamplous essayait d’ouvrir la porte qui restait bloquée. L’accusé attrapa Norbert par le cou, le souleva et lui lança un douloureux coup de poing dans l’estomac. Norbert se retrouva, les pieds dans le vide, le souffle coupé par la douleur. L’accusé Veux-tu mourir tout de suite ? Puis l’accusé laissa tombé Norbert à terre tout en lui assénant un coup de pied dans le visage qui lui cassa net le nez. L’accusé attrapa à nouveau Pamplous par la nuque, il lui arracha sa jupe et son slip en dentelle noire. Elodie-Anne pleurait mais ne se débattait plus. Elle comprenait que cela devenait totalement inutile à présent. L’accusé hurla un terrifiant « prend-ça» dans les oreilles d’Elodie-Anne alors qu’elle pleurait d’humiliation. Elle était bafouée au plus profond de son corps et de son âme. Pour la première fois de sa courte vie, elle songeait que seule la mort put devenir un soulagement en cet instant où le va et vient de son bas du dos était une horreur. L’accusé grognait. L’enfant pleurait. Norbert était acteur impuissant. L’accusé frappait Elodie-Anne, il la martelait de coups. Il la possédait corps et âme par la violence de ses actes. Elle gémissait. Elle pleurait presque en silence ne résistant plus, acceptant, priant pour que cela se termine vite. Norbert se releva, le nez en sang. Il avançait, ne reculant plus face à la main tendu de l’accusé qui le poussait de violents coups de poings invisibles. La porte s’ouvrit enfin. Harry s’engagea dans la pièce, son Python 357S à impulsions plasmiques en avant. A l’instant où son doigt allait appuyer sur la gâchette, le bourreau au masque de cuir chevauchant son cheval à la parure pourpre surgit de l’autre extrémité du couloir, lançant des flèches éclair de son arbalète. Harry eu à peine le temps de pousser Sidonie dans la pièce pour la protéger tout en se retournant pour faire face au cavalier de l’apocalypse. Norbert se jeta devant Harry. Norbert reçu trois flèches dans le corps. Harry dressa son bras devant le visage de Sidonie, évitant qu’une flèche ne la terrasse. L’accusé s’écroula à terre. Ses yeux se fermèrent et des larmes de métal en coulèrent. Le bourreau reçu quatre impulsions plasmiques qui le traversèrent sans l’inquiéter nullement. Elodie-Anne, à demi nue, reçu Norbert, tout ensanglanté, dans les bras. Elodie-Anne Le maquillage dégoulinant, résignée. Mon pauvre Norbert, même face à la mort vous êtes ridicule…. Puis elle pleura, tenant le cadavre de Norbert contre elle. L’enfant Papy ! Papy ! Cela fait un quart d’heure que nous essayons de te réveiller ! Michel Stephein est venu nous rendre visite dans nos rêves ! Faudrait peut-être faire quelque chose mon gars ! Papy restait silencieux, le regard dans le vide. L’enfant le serrait contre lui. Papy Les yeux emplis de larmes de métal Promettez moi de me tabasser si je ressens à nouveaux des sentiments ! Michel Promis, je te donnerai une grosse fessée ! Promis ! Mais nous avons d’autres chats à fouetter en attendant ! Ce connard de Stephein a bien failli nous coincer dans nos propres rêves et nous buter par la même occasion ! |
Depuis sa mise en ligne vous avez été 595 visiteurs à consulter cette page Vos commentairesOù et qui est le papillon ? Les écrits de J Michel L ont de l'avenir. A quand d'autres histoires ? Le mardi 17 Novembre 2004 Vos commentairesUn Kafka contemporain. Peut faire encore mieux. Quel est son age pour écrire de telles choses (les 5 textes confondus) Armitage Le mardi 17 Novembre 2004 Vos commentaires
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