Les Larmes De Verre

par

PATRICK FERRER

« Tonton Paul, on peux aller voir les singes pianistes ? »

Je contemplai la foule de chiards emmitouflés qui s’agglutinaient devant les vitrines couvertes de marques de doigts en poussant des cris aigus, la longue file de parents qui attendaient sagement sous la pluie de décembre et laissai échapper un soupir.

« Shimon, t’es pas un peu grand pour ce genre de choses ? »

Un peu de flatterie pouvait peut-être m’éviter le pire.

« Tonton, c’est le clou du spectacle ! Tu voudrais pas que je manque ça ! T’as promis… »

Un autre soupir. En d’autres circonstances, Shimon était un petit garçon adorable mais l’approche de Noël avait un effet particulier sur les mômes. Et il n’avait pas entièrement tort. Son père, qui était aussi mon coéquipier, s’était pris une bastos pendant notre dernière opération et il ne sortirait pas de l’hôpital avant plusieurs semaines. La balle aurait pu être pour moi. J’étais plus à l’aise avec les macchabées qu’avec les gamins, eux au moins ne disparaissaient pas au moindre moment d’inattention, mais je lui devais bien ça. Les vitrines de Noël sur les Grands Boulevards, c’est sacré, m’avait-il dit en esquissant une grimace de douleur. Je n’avais pas eu le choix. Je haussai les épaules en signe de défaite et Shimon courut rejoindre la masse piaffante de petits corps agglutinés. Sa mère avait eu la bonne idée de lui mettre la kippa, comme ça je pouvais le reconnaître de loin.

Pendant que Shimon se frayait un passage parmi ses congénères, j’allais m’abriter sous l’auvent des Galeries Lafayette. Avec Ariel à l’hôpital et Odette, la procédurière, en dépression nerveuse, mon équipe était réduite au strict minimum et je ne pouvais me permettre le luxe de choper la crève. Décembre était un mauvais mois à la Criminelle, je ne me souvenais plus de la dernière fois où j’avais passé Noël ailleurs qu’à la Morgue. Je repérai un endroit relativement calme d’où je pouvais surveiller mon filleul adoptif. Je n’étais pas vraiment son oncle, mais la Brigade était en quelque sorte la seule famille qui ne m’ait pas encore désavoué.

La vitrine devant laquelle je m’étais réfugié n’attirait aucun badaud, ce qui me convenait tout à fait. Il est vrai qu’elle n’était pas située sur l’avenue principale mais faisait coin avec une rue sans boutiques donc, dans la logique de Noël, sans attraits. Les décorateurs, sans doute à court d’idées ou de moyens, y avaient dressé pêle-mêle des mannequins dans des positions d’attente diverses. Enfin, je ne sais pas si on appelait encore ça des mannequins vu leur réalisme saisissant. Si ce n’était pour la ligne franche qui séparait leurs mains du reste du corps, on aurait pu jurer qu’ils allaient s’arracher d’un instant à l’autre à cette pensée lointaine qui les maintenaient immobiles. Je m’approchai pour admirer le détail lorsque je la vis soudain. Elle était un peu en retrait, appuyée sur la cloison du fond, tête rejetée en arrière, les yeux clos dans un semblant d’extase muette. Ses longs cheveux blonds cascadaient sur sa robe de soie noire, bougeant lentement sous un souffle invisible. Un nœud se forma au creux de ma poitrine. Je connaissais ce visage, cette expression. Je me sentis projeté des années en arrière et un courant glacé coura le long de mon échine. Un tiraillement sur la manche de mon pardessus me fit sursauter.

« Tonton Paul, t’avais raison, ils sont nuls ces singes. Bon, tu m’achètes une gaufre ? »

Shimon m’observait de sa bouille ronde percée de deux grands yeux noirs. Il fronça les sourcils en voyant ma tête.

« Tonton, t’es tout pâle. T’as vu un fantôme ? »

Les pistes suggérées par Shimon, un des plus fervents admirateurs de mon travail, ne manquaient jamais d’imagination mais je dus admettre que, ce jour-là, il avait mis le doigt sur quelque chose.

« Peut-être. Dis donc, tu as traversé la rue tout seul ? Ta mère va me tuer. »

« Ouais, ben, t’as qu’à rien dire au sujet de la gaufre et on sera quittes. »

Shimon avait hérité de la pugnacité de sa mère et du don de persuasion de son père. J’avais à peu près autant de chance de gagner un argument avec lui que d’obtenir un sursis de pension alimentaire de la part de mon ex-femme. Je relevai le col de mon pardessus et nous nous mîmes en route vers la baraque à gaufres. Le mannequin n’avait pas bougé. Elle gardait les yeux obstinément clos, la tête jetée en arrière. Pourquoi avais-je l’impression qu’elle essayait de me dire quelque chose ? Dans le village où j’avais grandi, on racontait que la pluie était les pleurs d’une âme en peine. 

 

***

 

Le commissaire divisionnaire Letroux me contemplait de cet air que je ne connaissais que trop bien. Je pouvais presque entendre les rouages en action sous son crâne poli.

« Heyland, ça fait plus de dix ans que cette affaire est classée. Je comprends qu’elle vous tienne à cœur, mais je ne vais pas demander la réouverture du dossier sur la base d’informations aussi… dénuées de substance. Heu… vous prenez toujours vos cachets ? »

« J’ai arrêté il y a un an, monsieur le divisionnaire. C’était juste un coup de stress. Je me sens bien, pas de problèmes. Je sais ce que j’ai vu, ça ne peut pas être une coïncidence. »

« Oui, vous me l’avez déjà dit. Vous vous répétez, mon gars. Ce n’est pas très bon signe. Vous êtes sûr que… »

Je me retins de mettre un grand coup sur la table. C’était le genre de truc qui lui était réservé et il aurait pris cela comme un signal pour m’envoyer direct à la médecine du travail. Je n’avais pas rêvé. Je connaissais la fille dans la vitrine. Je la connaissais bien. C’était comme ça qu’on l’avait trouvée, ce foutu dimanche matin où j’avais failli perdre la raison.

« L’affaire est classée, elle n’est pas bouclée, monsieur le divisionnaire. On n’a jamais coincé le coupable. En tant que commissaire principal, j’ai le droit de solliciter la réouverture du dossier si j’estime que de nouveaux éléments nous le permettent. J’ai besoin de votre accord. »

« Heyland, Heyland, calmez-vous à la fin. Vous avez deux membres de votre équipe en arrêt maladie et un portefeuille déjà bien rempli, vous n’avez pas besoin d’aller déterrer de vieilles histoires… »

« Angie n’est pas une vieille histoire, monsieur le divisionnaire. Elle était l’une des nôtres, l’avez-vous déjà oublié ? On ne classe pas ce genre de dossier. On poursuit le salopard pendant vingt ans s’il le faut, mais on ne laisse pas le meurtre d’un des nôtres impuni. »

J’avais d’autres raisons pour me sentir personnellement concerné par l’enquête mais je n’allais pas laisser au divisionnaire Letroux la possibilité de m’en écarter pour une sombre histoire de « conflit d’intérêts ». Angie et moi, ça ne regardait personne. Juste ma mémoire et les cicatrices qu’elle avait laissées sur mon cœur.

« Oui, bien sûr. En d’autres circonstances… mais enfin, un mannequin dans la vitrine d’un magasin… j’aurais l’air de quoi devant le Procureur ? »

« L’air de quelqu’un qui ne néglige aucune piste pour venger l’un des siens, monsieur le divisionnaire. »

Letroux se massa longuement le crâne avant de saisir la pipe en bruyère qui traînait sur son bureau. Il prit son temps pour la bourrer. C’était étrange de le voir aussi longtemps silencieux. La première bouffée lui arracha une toux sèche. Le divisionnaire était un piètre fumeur mais, depuis Maigret, l’accessoire était devenu inséparable de sa fonction à la Maison Pointue.

« OK, finit-il par dire dans un nuage de fumée. Je vous donne quarante-huit heures. Si vous me dénichez une nouvelle piste, je vous obtiendrai une saisine du Palais de Justice pour rouvrir le dossier. C’est tout ce que je peux faire. »

Je le remerciai et m’apprêtais à sortir lorsqu’il me rappela d’une voix enrouée.

« Heyland, il faut qu’un chose soit claire. Si vous flairez quelque chose, le moindre fumet, vous m’entendez, vous nous avertissez immédiatement. Pas de cavalier seul sur ce coup. Je sais que le lieutenant et vous partagiez une relation de travail, heu… privilégiée. Je ne voudrais pas que… »

« Angie… le lieutenant était une policière hors norme, monsieur. Elle me manque terriblement. Mais je ferai la même chose pour n’importe lequel de mes gars. »

Le commissaire divisionnaire hocha sa tête chauve et reposa la pipe qui lui brûlait les doigts. Je lui avais dit qu’il ne s’habituerait jamais à cette saloperie, mais il insistait. Au bout du couloir, le sombre escalier en spirale attendait et je le dévalai quatre à quatre, mû par un soudain sentiment d’urgence.

 

***

 

Une fois passé les portes battantes qui séparaient les réserves du luxueux magasin, on pénétrait dans un tout autre monde. Finies les paillettes et les éclairages festifs. Ici tout était gris et vieillot, des murs de béton brut aux larges tuyaux poussiéreux courant au plafond, en passant par les couloirs étroits encombrés de palettes et de balles de carton prêtes au recyclage. Et moi qui pensais qu’on ne pouvait faire pire que les Orfèvres en matière de capharnaüm. L’agent de la sécurité m’abandonna à mi-chemin, comme s’il redoutait de s’aventurer trop loin, et pointa vaguement devant lui.

« Bout du couloir, porte verte, demandez la responsable de la déco. »

Il tourna les talons sans demander son reste et me laissa seul dans le long corridor où un néon moribond clignotait de manière erratique. Je me frayai un chemin jusqu’à ladite porte et jetai un coup d’œil par la vitre. Une femme sévère aux cheveux argentés était assise à un bureau de récupération d’où elle distillait la bonne parole à une paire de jeunes stagiaires oscillant sur des pieds visiblement douloureux. Je frappai et entrai sans attendre la réponse. Six yeux se tournèrent vers moi, dont les quatre cernés de noir des stagiaires. A la vue de ma carte Label Rouge, la femme congédia ses deux assistantes qui se retirèrent en marchant sur des aiguilles.

« Tsss… aucun sang dans les veines, laissa-t-elle échapper dans un sifflement vipérin. Il faut que je fasse tout ici. Que me voulez-vous donc ? »

Je passai outre l’omission de mon titre officiel et lui expliquai le motif de ma visite. Elle haussa un sourcil en me fusillant de ses yeux gris.

« Et vous me dérangez pour ça ! Avec le travail que j’ai en ce moment ! »

Ses grands airs froissés impressionnaient sans doute la main d’œuvre sous-payée mais j’avais l’habitude de clients autrement plus coriaces.

 « Quand je pense que nous payons des impôts pour couvrir le salaire de gens comme vous ! Vous n’avez donc rien de mieux à faire ? Poursuivre les criminels, pour changer ! »

Je scannais son bureau à la recherche d’un Bottin. Je n’avais encore jamais essayé cela au cours d’un interrogatoire mais il y a toujours une première fois. Je pouvais même prétendre qu’elle m’avait agressé. Dans ce réduit sans témoin, ce serait sa parole contre celle d’un commissaire de police. Faute de trouver les Pages Jaunes, j’étais en train de me demander si le catalogue annuel de la Redoute pouvait produire l’effet escompté lorsqu’elle leva les bras au ciel en poussant un soupir théâtral.  

« Je vois bien que vous allez m’emmerder jusqu’au bout. Allons voir cette vitrine. Vous me faîtes pitié avec votre air de bouledogue a qui l’on a pris son os. »

Je lui emboîtai le pas pendant qu’elle sortait avec éclat. Un miroir vertical abandonné là, de ceux qu’on voit dans les cabines d’essayage, me renvoya un instant mon image. Où diable avait-elle vu un bouledogue dans ce visage las et ces yeux égarés ? Nous croisâmes les deux stagiaires dans le couloir, avachies sur un tas de cartons. Elles étaient endormies.

 

***

 

Les nuages épais semblaient graviter juste au-dessus des toits. Il était deux heures de l’après midi et on aurait dit que la nuit allait tomber. Je garai ma vieille 206 dans une ruelle adjacente et sortis sous la pluie battante. Le mauvais temps qui sévissait depuis des jours sur la capitale avait eu raison des plus intrépides promeneurs et les trottoirs du faubourg Saint Antoine étaient pratiquement déserts. Je sortis de mon pardessus le bout de papier où j’avais noté l’adresse mais une bourrasque me l’arracha. Le papier tourna un instant sur lui-même avant d’être happé par le flot du caniveau. Renonçant à lui courir après, je me mis à longer les murs pour éviter les coulées d’eau glacée qui tombaient des toits. Je me souvenais du nom et du numéro, trouver l’usine ne serait pas trop difficile. Le quartier était réputé pour avoir été, depuis le moyen âge, un des principaux centres de manufacture de la ville. Un foyer d’artisans et d’ouvriers dont les ancêtres avaient été les premiers à prendre d’assaut la forteresse de la Bastille, juste au bout de la rue.  

L’usine de mannequins était située tout au fond d’une cour, coincée entre d’anciens ateliers reconvertis en entrepôts. L’humidité éveillait de lancinantes douleurs dans ma cheville, souvenir fidèle d’une vieille fracture, me forçant à boitiller sur les pavés inégaux et glissants. Un grand panneau jaune en travers de la vitrine encrassée annonçait que l’endroit était à céder. Je sonnai à la porte et un homme d’une cinquantaine d’années à l’aspect aviné vint ouvrir. Il était accompagné d’un petit chien d’un gris indéfinissable qui semblait avoir du mal à tenir sur ses pattes. Il grommela quelque chose avant de s’effacer pour me laisser entrer. L’intérieur était chichement éclairé. Les larges baies vitrées laissaient passer une lumière blafarde dessinant de larges zones d’ombre dans l’atelier qui était beaucoup plus vaste que sa devanture laissait présager. Une foule silencieuse nous regarda passer. Il y en avait des centaines, alignés comme à la parade, debout, assis, tous différents les uns des autres. Le préposé me guida à travers la chaîne d’assemblage où les bouts de corps étaient pendus à des crocs de métal dans diverses étapes de production. Même pour un habitué de la Morgue, l’effet était plutôt morbide. Notre destination était un local éclairé au néon qui servait de bureau et de salle de repos, isolé du bruit par d’épaisses vitres. Sauf que l’usine était présentement aussi silencieuse qu’un cimetière. L’homme m’invita à m’asseoir et me proposa une tasse de café que je refusai poliment. Le liquide baignant dans la cafetière électrique avait une consistance approchant celle du goudron. Il sortit du réfrigérateur une bière qu’il décapsula d’un coup d’ongle et but directement au goulot. Il ne m’en offrit pas. Encore un qui croyait à la propagande de l’IGS[1] suivant laquelle les flics ne boivent pas durant leur service.

« Alors, c’est ici qu’étaient conçues ces petites merveilles que nous voyons dans les vitrines ? » dis-je, histoire de dégeler l’atmosphère.

L’homme renifla bruyamment.

« C’était une autre époque, pouvez pas comprendre. »

« Que s’est-il passé ? » dis-je avec un regard vers les ateliers.

L’homme grogna et marmonna quelque chose au sujet des chinois. J’évitais de commenter. De mon point de vue professionnel, les chinois étaient des gens disciplinés qui réglaient leurs affaires entre eux et ne laissaient jamais traîner de cadavres.

« Je me suis toujours demandé comment ils étaient conçus. Vous vous basez sur des modèles vivants ? »

Le regard de l’homme dériva un moment dans le vide avant de revenir à moi.

« Aucun corps ne serait assez parfait pour cela. Nos produits, voyez, doivent inciter certaines pulsions tout en restant parfaitement asexuels. C’est comme les saints dans les églises, il faut savoir offrir un modèle idéal qui excite la ferveur sans pour autant éveiller d’autres démons.  Le corps humain, comment dire, il y a toujours une faille, un défaut de fabrication qui font que certains le trouveront attirant et d’autres repoussant. La nature l’a voulu ainsi, le désir n’existerait pas si nous étions tous identiques. Notre boulot est de définir un idéal de beauté, de catalyser les goûts de l’époque (parce qu’ils changent, voyez) pour définir un canon qui puisse plaire à tout le monde sans pour cela éveiller de passions. C’est tout un art. Mais ces corps-là n’existent pas dans la réalité. »

Une lueur s’était allumée dans ses yeux. Ce gars-là n’était pas simplement le surveillant des lieux, plutôt le prêtre qui garde l’église désertée.

« Pourtant les mannequins ont tous des visages différents, particuliers. »

« C’est vrai. Nous utilisons des modèles pour cela, » admit-il avant de se réconforter une nouvelle fois au goulot.

Je sortis la photo que j’avais prise lors de ma visite aux Galeries Lafayette.

« Et celui-ci ? Vous le reconnaissez ? »

L’homme me regarda sans marquer spécialement de surprise et prit le cliché que je lui tendais. Un flic qui venait l’interroger sur l’un de ses modèles, ça devait lui sembler normal.

« Elle ressemble à l’une des nôtres. Mais pour être sûr… »

Le fait qu’il emploie le féminin me gênait vaguement. Ce n’était après tout qu’un objet.

« Le modèle porte votre label sur la hanche. Et c’est de la fibre de verre, il paraît que vous êtes l’une des dernières maisons à utiliser cela. »

 « Ouais, le plastique est moins coûteux. Mais ça pourrit, vous savez. La peau s’écaille, devient friable. Les nôtres sont construits pour durer. S’il porte notre label, comme vous dîtes, alors c’est le W506. Ça date d’il y a quelques années, le stock est probablement épuisé. »

W506. J’aurais pensé qu’on leur attribuait des noms plus aguichants.

« Pour les clients, oui. Mais dans la chaîne de montage… Pourquoi celle-ci particulièrement ? »

« Elle… ce modèle est particulier. Il est rare de voir une expression comme celle-ci. Qui est-ce qui décide chez vous de ce genre de choses, les visages, les poses… ? »

« Le designer et le sculpteur. Mais cette série-là était un peu différente. »

« Dans quel sens ? »

« C’était un projet pilote. Une idée de la patronne. »

« Vous voulez dire que c’est elle qui a conçu le modèle, ou simplement suggéré l’idée ? »

L’homme haussa les épaules.

« C’était peut-être une commande, je ne sais pas. Nous avions une petite clientèle qui nous demandait parfois des modèles uniques ou à tirage limité. Des artistes ou des… hum… collectionneurs. On travaillait d’après les photos qu’ils nous fournissaient. »

Le cadavre d’Angie avait été nettoyé, rhabillé, et laissé dans cette position bizarre qui hantait encore mes rêves. Je n’avais jamais compris pourquoi. Mais une femme n’aurait jamais pu lui infliger ce qu’elle avait subi.

« En tout cas, ça lui a donné l’idée de faire une série où les mannequins raconteraient une histoire. Mais les commandes n’ont pas suivi. Comme je vous disais, faut pas essayer d’en faire trop, les gens regardent votre modèle et ils oublient de remarquer les fringues. Il est vrai que ça donnait une impression bizarre. »

« Vous sauriez où se trouvent ces photos à l’heure actuelle ? »

« Je ne pourrais pas vous dire. Mon rayon, c’était la chaîne de production, je n’allais pas mettre mon nez dans les autres divisions. Faudrait voir ça avec la patronne. »

Le gars avait l’air sincère. Son addiction à la bouteille avait peut-être d’autres causes qu’une mauvaise conscience. C’était rare, mais le désespoir aussi peut conduire à un tel besoin d’abîmes. 

« Dites, c’est quoi cette histoire ? Pourquoi vous intéressez-vous à ce modèle, qu’est-ce qu’il a de particulier ? »

Je remis mon chapeau et pris congé de mon hôte sans répondre à sa question. Sans doute allait-il se précipiter sur le téléphone pour avertir sa patronne dès que j’aurais franchi la porte. Je m’y prenais mal, l’élément de surprise faisait partie du protocole, mais je n’avais pas le choix. Le soleil perça les nuages au moment où je retraversais l’atelier, projetant à travers les carreaux dépolis une lumière de cathédrale sur les figures immobiles.

 

***

 

Ma fidèle 206 peinait dans la ruelle escarpée, calant répétitivement pendant que j’effectuais un créneau compliqué pour me garer dans un espace trop étroit et en pente. Elle finit par rendre l’âme dans un nuage gris et je la laissai ainsi, à moitié de travers, une roue sur le trottoir. Le macaron de la PJ m’éviterait sans doute de la retrouver à la fourrière, quoiqu’il faille se méfier des aubergines. C’était un sport chez elles de nous coller des bâtons dans les roues, une rancœur justifiée face à la discrimination systématique dont les femmes font les frais dans notre profession. Il est vrai qu’une femme qui veut jouer les flics, c’est suspect. Surtout qu’elles sont souvent meilleures que nous à ce petit jeu, comme pléthore de maris infidèles pourra en témoigner.

Mon cœur se serra douloureusement. Angie était la meilleure chose qui me soit arrivée. Dans toutes ces années de galères, d’horreurs dépassant la raison, elle avait été le seul rayon de soleil. Un miracle dans la grisaille, un éphémère éblouissement qui m’avait fait découvrir un monde dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence. Un monde à la fois doux et fragile, mais qui savait aussi m’emporter dans ses vagues et me laisser brisé, tel le naufragé rejeté sur la grève par des forces qui le dépassent. Il y avait tellement de choses que j’aurais voulu lui dire, des mots qui ne parvenaient pas à franchir mes lèvres quand j’étais en sa présence et qui aujourd’hui me brûlaient le cœur. Mais elle était partie, trop tôt, trop vite, trop violemment. Depuis, l’hiver ne m’avait plus quitté.

L’immeuble s’élevait au milieu de la butte Montmartre, un mélange de briques rouges et de pierre dominant les maisons alentour. Une brève introduction à l’interphone et la porte s’ouvrit avec un bruit de frelon agacé. Le vieil ascenseur m’emporta en grinçant jusqu’au septième et dernier étage. Je dus présenter ma carte de police au mouchard avant que ne s’ouvre l’épaisse porte blindée et ne pus réprimer un choc lorsque je la vis.

« Madame de Saint-Cyr ? »

« Qui pensiez-vous que j’étais, la bonne ? »

La femme me laissa entrer à contrecœur. Le couloir menait à un grand salon baigné d’une clarté presque éblouissante. En plus d’être entièrement peint en blanc, de larges baies vitrées offraient une vue imprenable sur Paris. Juché comme il était sur la butte, l’appartement dominait la ville. Il n’y avait aucun obstacle au panorama qui englobait toute la capitale et s’étendait jusqu’aux lointaines collines à l’horizon. Je ne pus m’empêcher de me sentir attiré par le spectacle s’étalant sous mes yeux, percé en son centre par la flèche gracile de la tour Eiffel. Le ton sec de sa voix me tira de ma contemplation.

« Vous n’êtes pas venu, je suppose, pour apprécier la vue. J’ai d’autres choses à faire, vous savez. »

Elle avait laissé libres ses cheveux argentés qui entouraient son visage dans une coupe Cléopâtre qui seyait à sa forme oblongue. À la lumière naturelle, elle paraissait plus jeune, moins sévère, à moins que ce ne fût l’effet de la robe d’intérieur qu’elle portait. Elle s’assit sur le canapé clair et croisa ses longues jambes, laissant glisser le tissu plissé sur un genou blanc mais plus tout à fait lisse. À peine fut-elle installée qu’un chat de type angora vint se loger sur ses genoux. Elle le caressa d’un air distrait, révélant une large émeraude à son annulaire.

« Vous ne m’aviez pas dit que vous étiez propriétaire de l’usine qui avait fabriqué le mannequin. »

« Je ne vois pas ce qui m’y obligeait. C’est un crime ? »

« C’est étrange que vous ne l’ayez pas mentionné. »

« Pour ce qu’il en reste ! L’entreprise appartenait à mon défunt mari, je n’allais pas la laisser aux mains de n’importe qui. Ça m’amusait au début, mais maintenant… Je suis une artiste, pas une femme d’affaires. »

« C’est pourtant vous qui avez dirigé le projet dont faisait partie W506, le mannequin que vous m’avez montré. »

« Vous êtes obsédé par ce modèle ! Elle ressemble à votre petite amie disparue ou quelque chose comme ça ? Rassurez-vous, nous ne dissimulons pas de cadavres dans nos mannequins. »

« Personne n’a encore parlé de cadavre. »

« Ne me prenez pas pour une idiote. Pourquoi un employé de la police judiciaire viendrait-il me déranger par deux fois si ce n’était pour une affaire criminelle ? »

M’appeler commissaire lui faisait visiblement mal aux seins, qu’elle avait généreux et fermes si j’en jugeais au renflement agressif de sa robe. Elle avait les traits fins, le nez régulier et droit, elle avait dû être très belle autrefois. Elle aurait encore pu l’être, si son visage avait su exprimer une quelconque émotion. Mais elle était froide comme un bloc de glace.

« Votre chef de production m’a dit qu’elle avait été conçue à partir de photos. »

« Pfut… si vous croyez que je me souviens de tous les modèles. Il faudrait voir cela avec le designer. »

« Nous l’avons déjà interrogé. Il dit que c’est vous. »

Le genre de bluff qui paie souvent. Rien de tel que le témoignage imaginaire d’un complice pour arracher des aveux. Elle ne cilla même pas. N’importe quelle autre personne aurait réagi d’une façon ou d’une autre, mais pas elle. 

« Cet abruti ne sait même pas quel jour on est, à force de se farcir le nez à la blanche. »

« Il ne m’a pas donné cette impression. Qu’avez-vous fait des photos ? »

Il faut toujours poser les questions importantes de manière accusatoire. Mettre le suspect sur la défensive. Il est plus difficile de mentir lorsqu’on se sent attaqué.  

« Je n’en sais rien. Elles ont probablement été détruites. Écoutez, ça suffit comme ça, je n’ai pas à répondre à vos questions et je vous prierai… »

« Vous admettez donc qu’elles existent. »

« Je… c’est vous qui le dîtes. Je n’ai aucune réminiscence de ce dont vous parlez, c’était il y a des années. »

« On m’a pourtant assuré que c’était un projet qui vous tenait à cœur. Pourquoi avoir exhumé ce mannequin pour l’exhiber dans votre vitrine, si vous l’aviez oublié ? »

« Vous ne connaissez visiblement rien au métier. Je fais plus de deux cents vitrines par an. Et qui vous dit que ce n’est pas une des stagiaires qui l’a ‘exhumée’ comme vous dites ? »

« Ça n’en reste pas moins votre création. Les filles étaient à peine nées au moment des faits. Pourquoi refusez-vous de me dire où sont passées ces photos ? »

« Je ne refuse rien. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues, c’est tout. Elles doivent être quelque part à l’usine. »

« Il y a un moment vous disiez qu’elles étaient détruites. Vous vous contredisez. »

Une légère rougeur monta à ses joues.

« Ça suffit maintenant ! Je vous somme de partir ! »

« Ou bien… ? Vous allez appeler la police ? Cessons ce petit jeu, voulez-vous. Pour être franc, je me fous des photos, ce qui m’intéresse, c’est comment vous vous les êtes procurées. Ce n’est pas quelque chose que vous pourriez oublier. Je le découvrirai d’une manière ou d’une autre, autant que ce soit de votre bouche. À moins bien sûr que vous ne désiriez que je vous embarque pour délit d’obstruction à la justice. »

Madame Saint Cyr se laissa aller sur le canapé. Elle souriait à présent. Elle m’échappait et je sentis que j’avais fait une erreur, mais je ne savais pas laquelle.

« Vous plaisantez, j’espère. Vous avez du culot de m’accuser ainsi. Je ne sais pas ce qui me retient d’appeler vos supérieurs. Adieu, monsieur Heyland. Et ne vous avisez pas de venir m’importuner à nouveau ou c’est moi qui vous poursuivrai en justice. »

Le chat arrêta un instant de se lécher la patte pour me fixer de ses yeux verts. Était-ce de la pitié que je décelais dans son regard ?

 

***

 

Il n’avait pas fallu attendre très longtemps avant de voir madame de Saint Cyr sortir de l’immeuble. Elle avait passé un imperméable beige et dissimulait ses traits sous un ample chapeau de pluie, mais sa démarche raide la trahissait aussi sûrement que si elle avait arboré un gyrophare. Elle regarda autour d’elle avant de se diriger vers une petite Audi rouge. J’attendis qu’elle ait disparu au coin de la rue pour mettre le contact. Je dus m’y reprendre à deux fois, les doigts engourdis par le froid, mais la 206 démarra finalement dans une série d’expectorations à fendre une âme moins aguerrie que la mienne. Je la récompensai d’une tape sur le volant et m’engageai à la poursuite de l’Audi. Avec l’horrible circulation de la capitale, elle ne pouvait être loin.

Comme je m’en doutais, la filature me ramena à la Bastille. Je laissai l’Audi s’engager dans le faubourg Saint-Antoine et me garai le long des quais. Je fis le reste du chemin à pied. Une légère bruine flottait dans l’air mais, comparé au déluge des derniers jours, c’était qualifiable de beau temps. La petite voiture était garée dans la cour intérieure. Je fis une rapide inspection des lieux pour m’assurer que l’endroit était désert et sortis le rossignol qui m’avait été légué par un de nos ‘serruriers’. Ce truc pouvait ouvrir à peu près n’importe quoi. L’objet vibra dans ma main et la serrure céda dans un rapide déclic. L’usine était silencieuse et sombre comme la dernière fois et je me faufilai entre les mannequins jusqu’au bureau du fond. La chance était avec moi, la porte était restée ouverte. Des bruits de voix filtraient à travers l’ouverture. Je m’approchais autant que possible et me dissimulai derrière une pile de cartons. D’où j’étais, je pouvais entendre distinctement tout ce qu’ils disaient.

 

***

 

Ariel refusa que je l’aide pour s’asseoir dans mon unique fauteuil et, s’appuyant sur sa béquille, parvint à laisser son énorme masse choir en son centre en laissant échapper un ahanement. L’antique siège émit un grincement mais tint bon.

« Faut que je me réhabitue, Paul. J’ai passé trop de temps dans ce foutu lit. »

« Ça fait plaisir de te voir, Gros. Tu nous as foutu une sacrée frayeur. »

« Bah ! J’en ai vu d’autres. Comment vont les affaires à la Tour Pointue ? »

« C’est calme cette année. Je te sers quelque chose ? »

« Une bière. Et si tu as quelque chose pour Shimon. »

Mon jeune neveu avait disparu dans la chambre à coucher à la poursuite du nouveau locataire de l’appartement. J’allais lui demander ce qu’il voulait et le trouvais à quatre pattes sous le lit.

« Il veut pas sortir, tonton. »

« Faut pas le brusquer, Shimon. Il ne te connaît pas encore. Je vais te ramener son écuelle. Tu veux un jus d’orange ? »

« T’as pas de Coca ? »

« Ouais, mais ça doit rester entre nous. Ta mère… »

Shimon leva les yeux au ciel. Les femmes, ça le connaissait visiblement.

« Le Coca, ça ne laisse pas de traces, tonton. Ce n’est pas comme quand papa fume en cachette ou qu’il a bu un coup de trop. »

Les mômes sont drôlement précoces à notre époque. Ça doit être l’Internet. J’allais lui chercher la boisson défendue et un peu de bouffe pour le chat et rejoins mon coéquipier qui dégustait sa mousse avec un plaisir non feint.

« T’as entendu pour Angie ? dit-il en se resservant. Paraît qu’on a retrouvé ses meurtriers. Une histoire de fous. »

Je hochai la tête silencieusement. Le cadavre à demi-calciné de madame de Saint Cyr avait été retrouvé dans les décombres de l’usine. S’il n’avait pas entièrement brûlé, c’est qu’il avait été mélangé aux corps fondus des mannequins dans une espèce de composition obscène, mi-femme mi-mannequin. Il avait fallu longtemps aux légistes pour séparer les restes humains de l’amalgame. L’enquête n’avait pu établir s’il s’agissait d’un suicide ou d’une escroquerie à l’assurance qui avait mal tourné. La porte d’entrée était fermée et les clés à l’intérieur. L’autre victime était un homme qui avait été identifié comme le gardien de la fabrique. Peut-être son amant, ou son complice. Ce qui était sûr c’est qu’on avait retrouvé dans le coffre ignifuge des clichés qui ne laissaient aucun doute quant à leur culpabilité dans l’assassinat d’Angie. Ces idiots avaient commis l’erreur de laisser traîner des preuves de leur forfait. Un ancien employé avait témoigné des projets bizarres de la patronne. Il était difficile de concevoir qu’on puisse tuer une personne pour le simple motif de créer une nouvelle ligne de mannequins et pourtant c’est bien ce qui avait dû se passer.

Ariel se gratta pensivement le flanc à l’endroit où il avait reçu la bastos.

« Je n’arrive pas à y croire. J’avais toujours pensé que c’était une des ordures que nous avions fait mettre derrière les barreaux qui avait fait le coup. Qui aurait cru… C’était quand même assez con de leur part de ne pas détruire ces photos. »

« Les meurtriers laissent toujours des indices derrière eux, Ariel. Tu sais bien qu’au fond d’eux-mêmes, ils désirent ardemment être punis. »

Nous fûmes interrompus par Shimon surgissant triomphalement de la chambre, une boule de poil dans les bras.

« Ça y est, je l’ai attrapé ! »

« T’as un chat maintenant ? » s’enquit mon coéquipier.

« Oui. Ses maîtres l’avaient abandonné. Je n’ai pas eu le cœur de le laisser crever. »

« Un chat angora comme ça, c’est délicat, tu sais. »

« Bah ! Je n’ai personne d’autre de qui m’occuper. »

Mon coéquipier me fixa de ses yeux de chien battu.

« Une drôle de façon de clore le dossier. Mais c’est sans doute mieux ainsi. Le meurtre a eu lieu il a plus de dix ans. Il y a prescription. Si nous les avions coincés vivants, nous n’aurions rien pu faire. »

« Je sais, Ariel. La justice a la mémoire courte. »

« Mais pas nous, n’est-ce pas ? »

« Non, pas nous. Il n’y a pas de prescription dans le cœur d’un flic. »

 

***

 

Ariel et Shimon étaient partis, me laissant seul avec le chat dans la maison silencieuse. Je me dirigeai vers la pièce du fond qui me servait de débarras et d’entrepôt depuis que je vivais seul. Je déverrouillai la serrure. Elle était là à m’attendre, comme d’habitude, les yeux clos, la tête rejetée en arrière, dans cette position où je l’avais laissée, figée à jamais dans cette extase muette. Les échos de la conversation dans l’usine résonnaient encore à mes oreilles. Des menteurs, tous autant qu’ils étaient.

« Je t’assure que je l’ai reconnu, avait dit la femme aux cheveux d’argent. C’est le type qui nous a amené les photos. Je n’avais pas fait attention au début, et puis ça m’est revenu brutalement, quand il était chez moi. Je ne savais pas qu’il était flic. Maintenant il se comporte comme s’il ne me connaissait pas. Je n’aime pas ça du tout. Où les as-tu mises ? Il faut s’en débarrasser tout de suite. »

« Elles doivent être dans le coffre, madame de Saint Cyr. Mais je ne comprends pas… »

« Il est dangereux, je te dis. Je pensais que c’était un pervers comme les autres, mais c’est beaucoup plus grave que ça. Va me chercher ces photos tout de suite ! »

Ils ne pouvaient pas comprendre. Angie ne pouvait pas me quitter. Elle était tout ce qui me faisait vivre. Je ne pouvais pas permettre qu’elle s’en aille. D’ailleurs, il ne pleuvait plus. C’était un signe. Elle était heureuse avec moi. Elle ne me quitterait jamais.

 



[1] Police des polices

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Patrick Ferrer

Le mannequin dans la vitrine ressemblait à Angie. Un peu trop même. Sauf qu'Angie était morte il y a des années.
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