Cinq Ans Plus Tard

par

MICHEL LLAPASSET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" CINQ ANS PLUS TARD… "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lueur solitaire de la lune trouait l’obscurité. Aucun bruit ce soir-là, même les cigales s’étaient endormies. Patricia et moi nous sommes déshabillés rapidement. Je l’ai regardée, baignée par le clair de lune, et j’ai senti ma gorge se nouer. Elle a plongé la première dans la piscine, troublant à peine la surface de l’eau. Je l’ai imitée gauchement. L’eau était tiède. Patricia nageait avec des mouvements précis, réguliers, fendant l’eau comme si celle-ci s’écartait sur son passage. Je suis sorti de l’eau pour fumer une cigarette, mais j’avais du les oublier dans la voiture. L’air était immobile. J’ai entendu Patricia sortir de l’eau, j’avais beau plisser les yeux, je parvenais tout juste à distinguer sa silhouette nue. Je voulais faire le point sur ce qui m’était arrivé, mais même moi je ne comprenais pas tout. Je commençais à perdre Patricia de vue. Tandis qu’elle se fondait dans le noir, j’ai pris une décision. J’allais lui dire, que c’était moi, qui était à la maison, quand Vassili a fait irruption chez nous, il y a cinq ans. J’étais couché seul dans notre lit quand il s’est glissé dans la chambre avec un couteau. Nous avons lutté. J’ai cherché à tâtons le revolver. Il m’a frappé. J’ai tiré et l’ai tué. Puis paniqué, j’ai pris la fuite. Lorsque j’ai repris mes esprits, le temps de rentrer à la maison, le corps avait disparu. Le revolver aussi. Je voulais le dire à Patricia. J’allais le faire à la piscine.

Soudain, j’ai entendu s’ouvrir une portière de voiture. J’ai appelé. Patricia ? Silence total, excepté ma respiration. J’ai couru jusqu’à la piscine.

Quelque chose, du genre batte de base-ball, m’a frappé sur le sommet du crâne. J’ai entendu un craquement. Mes jambes se sont dérobées, je suis tombé à genoux. Totalement désorienté, j’ai couvert ma tête de mes mains pour essayer de me protéger. Le coup suivant, le coup final m’a atteint en plein visage. J’ai basculé en arrière, dans la piscine. Mes yeux se sont fermés. J’ai vaguement entendu Patricia hurler de nouveau, cette fois elle criait mon nom, mais les bruits tous les bruits se sont dissous tandis que je m’enfonçais sous l’eau.

Aujourd’hui, c’était le jour anniversaire. Si Patricia avait vécu, nous aurions gravé la dix-huitième encoche depuis notre mariage, sur notre arbre. J’ai failli effacer l’e-mail. J’en reçois tellement, des e-mails bidon, que je suis devenu un as de la touche d’effacement. J’ai consulté ma messagerie, un seul message. J’ai parcouru la fenêtre des yeux : les deux premières lettres de l’objet m’ont stoppé net. Quand toutes les lettres se sont matérialisées, j’ai relu l’objet, et alors mon cœur a cogné sourdement dans ma poitrine.

Mes yeux étaient rivés sur l’écran.

A : vblaye@niceclinique.com

De : 14323958@corona.com

Objet : P.O.+ V.B. //////////////////

Dix-huit barres. J’ai compté quatre fois. C’était une plaisanterie cruelle, voire malsaine. Seulement voilà, très peu de gens connaissaient cette histoire d’anniversaire et l’existence de cet arbre sur lequel nous avions gravé un cœur avec nos initiales P.O.+ V.B. et les barres correspondantes à nos années de mariages. Les médias n’en avaient rien su.

-Qui l’avait envoyé alors ?

La main sur la souris, j’ai fait glisser le curseur sur l’icône "lire ". J’ai cliqué dessus, et le message est apparu :

Message : Clique sur ce lien, heure du baiser, anniversaire.

Un bloc de béton me pesait sur la poitrine. Heure du baiser ? Les énigmes ce n’est pas mon fort, la patience non plus. J’ai empoigné la souris et fait glisser le curseur sur le lien hypertexte, puis cliqué et attendu. On a un vieux système, à la clinique. Le navigateur a mis du temps à apparaître. J’ai patienté en me disant, comment ont-ils su, pour l’heure du baiser ?

Eh ! bien, l’heure du baiser c’était dix-huit heures quinze, demain. Je n’avais pas le choix. J’étais obligé d’attendre. Soit. J’ai copié l’e-mail sur une disquette, au cas ou. Puis j’ai cliqué sur "Imprimer ".

Une autre surprise du passé m’attendait à la maison. Une petite lumière verte clignotait. Il y avait un message sur mon répondeur, du commissaire Franck Castillo qui demandait que je le rappelle. Ma tête s’est mise à palpiter. Depuis l’agression je souffre de migraines. Les coups m’ont fêlé le crâne. J’ai été hospitalisé pendant une semaine. C’était, le père de Patricia qui avait du aller à la morgue reconnaître le corps de sa fille. Cela faisait cinq ans, que je n’avais pas eu de nouvelle du commissaire Castillo. Mais je le revoyais encore penché sur mon lit d’hôpital, l’air dubitatif.

-Que me voulait-il après tout ce temps ?

-Qu’avait-il découvert cinq ans après ?

J’ai décroché le téléphone et composé le numéro. Une voix a répondu dès la première sonnerie.

-Merci de me rappeler, docteur Blaye.

-Çà vous ennui de m’expliquer de quoi il s’agit ?

Il s’est raclé la gorge comme quelqu’un qui cherche à gagner du temps.

-Vous avez peut-être vu au journal télévisé qu’on a découvert deux corps près de votre villa.

-Et alors ?

-Ils ont été trouvés non loin de votre propriété.

-Ce n’est pas ma propriété, mais celle de mon grand-père.

-Bon, je passe vous voir, je serais là dans une heure, et il a raccroché.

Le commissaire Franck Castillo a mis du temps a trouvé ses marques.

-Pourriez-vous me dire quand êtes-vous allé dans la propriété pour la dernière fois.

-Il y a cinq ans.

Il a hoché la tête comme s’il avait attendu cette réponse. Ainsi que je l’ai expliqué, on a retrouvé deux corps, deux hommes, adultes, blancs tous les deux. Les corps sont assez anciens.

-Anciens comment ? ai-je demandé

A nouveau son regard a rencontré le mien.

-Difficile a dire. Les analyses sont toujours en cours, mais d’après le labo, la mort remonte à trois bonnes années voir plus. Ils ont été drôlement bien planqués. Jamais on ne les aurait retrouvés s’il n’y avait pas eu un glissement de terrain à cause des fortes pluies.

-Docteur Blaye votre groupe sanguin, c’est bien A+, n’est-ce pas ?

-Quel rapport ? Ai-je demandé.

-On a découvert d’autre chose. A l’endroit où ils ont été ensevelis.

-Quelle chose ?

-Quand on a découvert les corps, on a trouvé également une batte de base-ball.

Ma tête recommençait à palpiter douloureusement.

-Une batte ?

Il a acquiescé.

-On a relevé du sang séché dessus. Qu’on a identifié comme appartenant au groupe A+.

Il a incliné la tête vers moi.

-Votre groupe sanguin, docteur Blaye.

-Mais que me voulez-vous ? Enfin !

-Que vous fassiez une prise de sang, docteur Blaye.

Je sais que l’assassin de votre femme a déjà été traduit en justice. Et que ça doit faire extrêmement mal de ramener le sujet sur le tapis.

-Epargnez-moi votre pitié.

Il y a cinq ans vous pensiez que je l’avais tuée.

-Ce n’est pas vrai. Vous étiez son mari. Dans les affaires de ce genre, les chances qu’un proche soit impliqué ne sont pas si … Mon boulot était d’examiner toutes les possibilités, a-t-il poursuivi d’une voix monocorde. Même votre beau-père, un ancien de la maison, était tenu au courant de l’évolution de l’enquête. On a fait tout ce qui était en notre pouvoir.

Je ne supportais plus cette conversation.

On a tout repris depuis le début. Le rituel de l’encoche sur l’arbre, la baignade dans la piscine, le bruit de portière, mes fébriles et pitoyables efforts pour tenter de sauver Patricia et aussi le plus curieux, le fait qu’on ait retrouvé mon corps inanimé dans la maison, avec le téléphone décroché. Celui-là même qui avait servi à appeler une ambulance. Je ne me rappelais que l’hôpital.

Le corps de Patricia avait été retrouvé cinq jours après l’enlèvement, au bord de la D18 entre Cagnes sur Mer et La Gaude. L’autopsie avait déterminé qu’elle était morte depuis deux jours. Elle avait passé trois jours, seule avec un monstre.

Le serial killer avait été capturé trois semaines plus tard. Il avait reconnu avoir tué huit femmes, lors d’une virée dans toute la région méditerranéenne. Les huit victimes avaient été retrouvées au bord de la route, jetées là tel un tas d’ordures.

Toutes marquées de la lettre " V " comme " Vautour " avec un tisonnier chauffé à blanc après l’avoir plongé dans le feu. Comme on marque le bétail. Il avait été condamné à perpétuité et purgeait sa peine.

Le lendemain matin, j’ai foncé à la clinique, très tôt, pour arriver deux heures avant mon premier rendez-vous. La veille au soir j’avais subi une prise de sang. Les tests ADN allaient prendre plusieurs semaines, mais le commissaire Castillo pensait pouvoir récupérer les premiers résultats comparatifs plus rapidement. Il me dissimulait quelque chose. Quoi ? Aucune idée. J’ai pensé à cet étrange message et aux deux cadavres. Il devait forcément y avoir une relation. Mon esprit me ramenait sans cesse à ce fait apparemment simple.

J’ai consulté l’horloge de l’ordinateur qui était réglée sur une espèce de satellite censé donner l’heure exacte. 18 : 04 : 42 

Encore dix minutes et dix-huit secondes à attendre.

La main sur la souris, j’ai cliqué. Le navigateur s’est mis en branle. Quelque chose est apparu sur l’écran de l’ordinateur. J’ai plissé les yeux. Une caméra de surveillance extérieure. Sur l’écran j’ai vu un paysage urbain. Le reste de la page était vide. Sans titres. J’ai jeté un coup d’œil sur l’horloge de l’ordinateur. 18 : 12 : 18.

La caméra était braquée sur un carrefour passablement animé, qu’elle surplombait peut-être de quatre ou cinq mètres. J’ignorais où se trouvait ce carrefour et quelle était la ville qui s’étendait sous mes yeux. Les piétons affluaient par vagues successives en fonction des feux tricolores. Les yeux rivés sur l’écran et l’horloge, en l’espace d’une seconde, il n’y avait plus personne sur l’écran. Puis une femme est sortie directement de dessous la caméra. Elle me tournait le dos, cheveux court mais indubitablement une femme. La femme ne bougeait pas. Puis elle s’est retournée et lentement, a levé le menton de façon à regarder la caméra bien en face. Mon cœur a cessé de battre. J’ai enfoncé mon poing dans ma bouche pour étouffer un cri. Les larmes me sont montées aux yeux. Je la dévisageais. Elle me dévisageait. Son regard était fixé à la caméra. Elle a levé une main pour la tendre vers moi. Mes doigts ont effleuré l’écran tiède, s’efforçant de l’atteindre.

J’ai caressé doucement le visage de la femme, mon cœur a chaviré et s’est embrasé tout à la fois. " Patricia " ai-je murmuré. Elle est restée là encore une seconde ou deux. Puis elle a dit quelque chose à la caméra. Je ne pouvais l’entendre, mais j’ai pu lire sur ses lèvres.

" Pardon ", a articulé silencieusement ma femme morte. Et elle est partie.

J’ai regardé l’écran vide. L’image avait disparu.

Un nouveau signal sonore m’a avisé d’un nouveau message. J’ai cliqué sur l’îcone, et l’e-mail est apparu sur l’écran.

Demain même heure, plus deux heures chez Rouscaille.com.

Il y aura un message pour toi sous.

Ton nom d’utilisateur : Bonaventure

Mot de passe : Lucien

Au-dessous, tout en bas de l’écran, on lisait huit mots de plus :

N’en parle à personne. On nous surveille.

Seule Patricia, avait connaissance de ce pseudonyme "Lucien Bonaventure "que je voulais utiliser quand j’avais voulu commencer à écrire un roman historique sur les "Cathares " que je n’avais jamais terminé, faute de temps.

Elle est vivante…

Je n’arrivais pas à m’en convaincre. J’ai également décidé de prendre le dernier e-mail au sérieux. N’en parle à personne.

Je connaissais un cybercafé ou je pourrais me connecter sans être repéré.

Vous avez un message dans votre boîte

J’ai cliqué sur, " Nouveau message ", ma jambe s’est mise à trembler. L’e-mail s’est affiché :

Retrouve-moi au café Jacques Prévert à Saint-Jeannet demain à 17h. Tu seras suivi.

Et, tout en bas :

Quoi qu’il arrive je t’aime.

Pour la première fois depuis longtemps, en pensant à Patricia, j’ai ébauché un sourire.

 

Le commissaire Castillo a retiré ses lunettes et fermé les yeux. Quelle pagaille… Les trous dans le raisonnement, c’était prévisible, mais là, c’était carrément des gouffres. D’un côté, le rapport d’autopsie confirmait sa thèse de départ, comme quoi le meurtre de Patricia avait été maquillé en une œuvre d’un tueur en série. Il avait été le premier à penser, que ce meurtre n'était pas ce qu’il avait l’air d’être, qu’en fait c’était le mari, le Dr Vincent Blaye, qui avait projeté d’assassiner sa femme.

Alors pourquoi n’y croyait-il plus ?

Pourquoi, avait-il maintenant des doutes, sur la culpabilité du Dr Blaye ?

 

J’avais peine à le croire. J’étais en cavale. On m’accusait de meurtre. Avais-je réussi à les semer ? Je préférais ne pas y penser pour l’instant. Une seule chose avait une importance capitale pour moi, être à l’heure au rendez-vous. J’ai aperçu le panneau indicateur mentionnant St Jeannet 4 km. J’étais en avance d’une bonne heure. Blotti au pied d’une immense falaise, St Jeannet est un petit village charmant, situé entre Nice et Vence qui avait séduit de nombreux peintres, écrivains et poètes. J’avais pris la D18 après Cagnes-sur-Mer en direction de La Gaude pour rejoindre plus loin la D36 de Nice à Vence afin de les semer. Je connaissais cette route par cœur pour l’avoir pratiquée très souvent en sa compagnie.

 

Patricia avait loué une chambre dans un hôtel, elle aimait bien cette ville, qu’elle avait quitté cinq ans auparavant dans des circonstances dramatiques. D'une main experte, elle a rabattu ses cheveux sous la perruque. Elle a mis une paire de lunettes et a enfoncé les implants dans sa bouche. Elle était méconnaissable. Elle avait pris une voiture de location sous un nom d’emprunt et avait quitté Nice en direction de St Jeannet.

Prudente, elle voulait être là-bas bien avant le rendez-vous afin de pouvoir examiner les lieux dans le cas où Vincent serait suivi comme elle le craignait par les hommes de mains du père de Vassili. Elle avait découvert par hasard en travaillant dans l’Association caritative dirigée par Vassili, les activités illicites de ce dernier. Prostitution, trafic de mineur, et drogue. Ce gars-là voulait jouer les durs. Le vieux, n’allait certainement pas laisser qui que se soit, ternir la mémoire de son fils, Vassili. Elle observa la terrasse du café, du Donjon du château du Castelet. Elle vit Vincent arriver en voiture. En sortir, puis se diriger vers le café. Mais elle avait déjà repéré le manège des deux tueurs prêts à intervenir si elle apparaissait. Elle n’irait pas au rendez-vous. Elle palpa dans sa poche les deux billets d’avion qui devaient les amener dans un pays lointain ou personne ne pourrait les retrouver.

Il l’avait attendu, une heure après l’heure du rendez-vous. Elle n’était pas venue…

Mon biper s’est mis en branle. Appel urgent de ma sœur, Colette. J’ai appelé d’une cabine pour plus de sécurité.

-Cest moi Vincent, je t’écoute, pas de nom au téléphone…

-J’ai vu Patricia dans les toilettes d’un café, elle m’avait donné rendez-vous.

De plus, le commissaire Castillo est venu me voir. Maintenant que tout semble te désigner, il a des doutes, sur ta culpabilité.

-Et tu l’as cru ?

-Oui

J’avais confiance dans le jugement de ma soeur Colette. Si elle affirmait que Castillo était réglo, soit il était très fort, soit il avait flairé le coup monté.

-Il savait que tu avais réclamé le dossier d’autopsie de Patricia. Il a donc appelé l’Institut médico-légal pour récupérer le dossier. Il me l’a apporté.

-Il te l’a montré ?

-Oui.

J’avais la gorge sèche.

-Tu as vu les photos de l’autopsie ?

Il n’y en avait pas, Vincent.

Quoi ?

Castillo croit qu’elles ont été volées.

-Par qui ?

-La seule autre personne à avoir demandé le dossier était, le père de Patricia.

Tout convergeait vers lui.

-Et le rapport, tu l’as vu ?

-Oui, mais quelque chose ne colle pas.

-Et qu’est-ce qui ne colle pas ?

-Son poids et sa taille, dans le rapport, Patricia mesurait un mètre soixante-deux et pesait moins de cinquante kilos. Un autre coup de massue. Ma femme mesurait un mètre soixante-sept et pesait dans les cinquante sept kilos.

-J’étais totalement sonné.

J’ai raccroché le téléphone et suis sorti fumer une cigarette.

La sonnerie du téléphone, c’est mise en branle.

J’ai décroché.

C’est encore moi, elle te donne rendez-vous à 19 h à l’endroit habituel.

-Je t’embrasse m’a t-elle dit. Prends garde à toi.

J’ai mis dix minutes à arriver là-bas.

 

-Te voilà de retour.

Le son de cette voix, une voix d’homme, m’a pris au dépourvu. Il avait la peau noire avec des cheveux grisonnant, presque blanc. Il était vêtu d’un treillis en lambeaux. Un instant, j’ai eu l’impression d’être revenu en ville, face à un SDF en train de faire la manche. Sauf que l’homme en question me fixait droit dans les yeux.

-Vous êtes qui ?

-Je m’appelle Ben.

-Ça fait un bail, Vincent.

-Je ne vous connais pas.

-C’est vrai. Mais moi, je te connais. Je suis, " L’homme des Bois "

-Que me voulez-vous ?

Rien du tout, a-t-il répondu, souriant. Je me cache pour échapper à la justice.

-Comment savez-vous que je n’irai pas vous dénoncer à la police ? Tu as une dette envers moi. Je t’ai sauvé la vie.

J’étais sans voix.

-A ton avis, qui t’a tiré de l’eau ?

-Qui t’a traîné dans la maison ? Qui a appelé une ambulance ?

J’ai ouvert la bouche, mais aucun son n’en est sorti.

-Pourquoi ? Ai-je pu enfin articuler.

Je n’en sais trop rien. Vois-tu, il y a longtemps, j’ai fait quelque chose de mal. Alors j’ai voulu me racheter en quelque sorte.

-Donc vous avez vu…  ?

-Tout. Je les ai vus saisir ta femme, te frapper avec la batte.

-Vous avez vu les deux types se faire descendre ?

Ben a souri à nouveau.

Assez bavardé. Elle t’attend. Près de l’arbre. Et sans crier gare, il a détalé dans les bois.

J’ai couru comme un fou. Quand, finalement, j’ai vu au détour du sentier que l’arbre était toujours là. Nos initiales gravées avaient noirci avec les années. Mes doigts ont caressé les cinq lignes toutes fraîches, blanches et gluantes de sèves.

-Je suppose que tu trouve ça toujours débile.

Mon cœur a explosé. J’ai pivoté sur moi-même : elle était là devant moi.

-Je trouve ça romantique.

Levant la tête, elle m’a regardé au fond des yeux, et je me suis figé.

-Pardonne-moi, a-t-elle murmuré.

Je la tenais dans mes bras.

-Ne me quitte plus jamais, ai-je dit

Promis ?

Promis.

C’était Patricia, en rentrant à la maison, qui avait découvert le corps inanimé de Vassili et qui avait appelé son père.

Nous avons enterré mon beau-père quatre jours plus tard. Il avait rédigé une longue confession, le commissaire Castillo me l’avait remise. Il expliquait en détail, pourquoi il avait échangé le corps de Patricia avec celui d’une jeune femme droguée, maquillée le meurtre en assassinat du tueur en série, afin d’anéantir les soupçons du père de Vassili à l’encontre de Patricia. Les détails du dernier acte dans la propriété du père de Vassili n’avaient pas été divulgués par les médias, et je doutais qu’ils le soient un jour.

Cette histoire s’arrête là. Il est tard. Très tard.

Pour ce genre de retrouvailles, il n’est jamais trop tard…

 

Michel LLAPASSET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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