Tu Ne Joueras Pas Avec Les Maccabees

par

V LE BONNEC

Ploc !
Ploc !
- Hein ?
Ploc ! Ploc !
Ha, non, pas vrai, ça !
Enfin, Zacharie émergeait de son sommeil et commençait à comprendre. Une de ses grenouilles avait encore dû s’échapper de la salle de bains et s’écrasait maladroitement, à chaque saut, sur le plancher. Il avait encore oublié de fermer la porte hier soir, à cause de cette satanée migraine. Elle ne le lâchait plus depuis quelques jours, allait s'amplifiant, parfois même l’empêchait de voir, un rideau noir devant ses yeux. Il souffrait.
Ploc, ploc, ploc ! Le rythme s’accélérait, s’intensifiait aussi. La bête s’approchait de son lit et s’il ne faisait rien, elle allait lui sauter dessus. Il n’aimait pas cela, Zacharie. Certes, il adorait ses petites bestioles mais il détestait qu’elles viennent sur son pieu, surtout au réveil. Il se leva, l’humeur maussade. A deux pas du lit, il ramassa Judith, le plus vieux de ses batraciens. Elle était grosse. Il traversa son loft, qui ressemblait plus à une forêt tropicale qu’à un appartement parisien, entra dans la salle de bains et balança l’hardie bête dans la baignoire.
Il régnait une chaleur étouffante ici mais Zacharie s’y sentait bien. Il avait passé beaucoup de temps à aménager ce nid. De l’énergie aussi, il avait tout fait tout seul. Il n’avait pas d’ami pour l’aider et pas d’argent pour faire venir des ouvriers. Il s’était donc débrouillé, fabriqué une cabine de douche sommaire, un petit bac et un tuyau relié à l’évier de la cuisine et décidé que la baignoire ferait une parfaite mare pour les grenouilles. Puis, il avait acheté des plantes vertes, de grandes et belles pousses de bambous, quelques roseaux, des fougères arborescentes. Ça coassait, là-dedans.
« Alors, mes chéries ! vous avez bien dormi ? ça va comme vous voulez ? » Zacharie leur parlait avec sa voix la plus suave possible. Il ne fallait pas les effrayer, pourtant deux d’entre elles plongèrent dans la baignoire, s’immergèrent quelques secondes puis remontèrent à la surface. Surprises au départ, elles venaient de comprendre que c’était leur maître et l’observèrent tout en coassant.
« Vous avez faim, c’est ça, hein ? Attendez, mes chéries. Papa va aller chercher de quoi vous nourrir. Papa veut prendre bien soin de vous ? Papa s’occupe bien de vous, n’est-ce pas ma belle ? » Disant cela, il prit dans sa main gauche Meredith, une frêle et jeune rainette, et lui caressa le ventre de son autre main. Comme hypnotisé par ce geste, le petit animal écarta pattes avants et arrières, sombrant dans une léthargie jouissive.
Il quitta la salle de bains, la bête toujours dans la main et se dirigea vers la cuisine.
« Alors, qu’est-ce que j’ai préparé pour vous aujourd’hui ? Tu le sais toi ? lui demanda t’il. Oh, non ! tu ne le sais pas. C’est normal, c’est une surprise, une très belle surprise, ma chérie. Tu ne peux même pas deviner. Jamais tu n’y as songé. Allez, je te le dis, mais tu ne le dis pas aux autres, d’accord ? »
Zacharie guettait un signe d’assentiment, rien ne vint.
« C’est pas grave, ma belle, qui ne dit mot consent. N’est-il pas ? Allez, regarde plutôt, les actes en disent bien plus que toutes les paroles. »
Après avoir pausé délicatement Meredith sur le carrelage froid du plan de travail, il se retourna, ouvrit le congélateur et en sortit un petit sac. Une forme oblongue et rougeâtre à l’intérieur. Il l’exhiba devant la bête et lui demanda :
- Tu sais ce que c’est ça ? Hein ? Tu le sais ou pas ?
Pour toute réponse, il n’eut qu’un « cooa » long et grave.
« Bien sûr tu l’ignores. Mais comment aurais-tu pu le savoir. T’en as jamais vu de cela. Et bien, je vais te dire ce que c’est, puis s’approchant de la grenouille, il lui souffla à l’oreille, tel un conspirateur à la cour de Louis XIII, c’est du foie, ma belle. Oui, oui, tu as bien compris, un vrai foie humain. D’un vrai homme. J’me suis dit, ça fait longtemps que je ne vous avais pas donné de viande, que vous étiez super sages depuis quelques jours. Vous méritiez bien une petite surprise, non ? Allez, vas t’en, lui fit-il en lui tapotant l’arrière train pour qu’elle file. J’ai votre repas à préparer. Et puis, faut que j’aille travailler.

La vie passait ainsi pour Zacharie. Un temps à s’occuper de ses grenouilles, l’autre à travailler. Il bossait comme agent d’entretien dans un centre médico-légal. Il balayait le sol, nettoyait les paillasses salies par d’insouciants légistes, jetait les déchets de victimes dépouillées de leurs entrailles, parfois en gardait pour lui, ou plutôt pour ses grenouilles. Il les vénérait ses bêtes et mourrait s’il devait s’en séparer. Chaque jour qui passait, il le vivait dans la hâte de les retrouver. Elles étaient devenues sa raison de vivre, ses seuls compagnons. Il les aimait vraiment. Cette passion, il l’avait depuis qu’il était môme. A l’époque, ses parents vivaient à la campagne. Un petit ruisseau coulait derrière la maison, serpentait dans un champ boueux. Le sol était humide et des centaines de batraciens évoluaient là-dedans. Le soir après l’école, il allait les voir. Pendant les vacances, il allait les voir. Les dimanches et jours fériés, il allait encore les voir. Bref, il y passait tout son temps, s’amusant à les pêcher, les compter, les toucher, les caresser.
Avec l’habitude, il les reconnaissait et leur avait donné des noms. Certaines avaient le ventre maculé de tâches noires, d’autres blancs comme le liège. Quelques unes avaient de gros yeux, de grosses pattes. Il y avait même des handicapés. Des membres atrophiés, des muettes, des aveugles. Des belles, des moins belles, des laides aussi. De tout, il y avait de tout dans son petit ruisseau et ils les aimaient toutes.
Aujourd’hui, il était grand, indépendant et pouvait se laisser aller à son hobby débordant. Après quelques années de galère, il avait réussi à décrocher ce job, avait pu s’installer et était aller chercher à la source, dans des étangs, des mares, des ruisseaux, les bestioles dont il avait besoin. Cela avait commencé par une dizaine. Des mâles, des femelles, des petites, des grosses, des vertes, des rousses, il avait même réussi à choper des têtards. Mais là, l’entreprise s’était révélée bien plus difficile. Si les adultes s’étaient habitués au régime alimentaire qu’il leur avait imposé, c’est-à-dire viandes et entrailles humaines, les petits eux n’avaient pas appréciés et ils moururent tous les uns après les autres. Il ne se découragea pas pour autant et après de nombreux essais infructueux, il réussit quand même et mit au point une stratégie progressive : dans les premiers mois, il leur filait des moustiques, des moucherons et au fur et à mesure de leur croissance, il les habituait à la viande. La bonne viande, de bons morceaux de bidoche qu’il récupérait à son travail.
Là bas, personne ne l’avait encore repéré. Il bossait tard, souvent après tout le monde. Il était donc tranquille. Il n’aimait pas particulièrement toucher aux cadavres qui circulaient mais cela ne lui était pas désagréable non plus. Ce n’était pas pour son propre plaisir qu’il le faisait. C’était tout simplement pour ses petites chéries qui l’attendaient sagement, patiemment chez lui. Donc, il ne voyait pas quel mal il faisait, et même s’il en faisait. C’était naturel, voilà tout, comme celui qui fait les poubelles des marchés pour nourrir ses poules. C’était ça, voilà tout.
Il dissimulait certains morceaux d’organes : reins, foies, intestins, parfois cœurs, poumons. Il ne les prenait jamais en entier. Ce serait trop gros pour les grenouilles et il ne fallait pas les habituer à de si bons morceaux. La plupart du temps, il découpait lui même les corps. Il incisait la peau parfois congelée : un morceau de cuisse, un bout de bras et hop, dans un sac.
C’est à ce moment là que tout s’accéléra. Ses petits protégés devinrent de plus en plus gourmands. Leur population augmentât encore. Il dut donc ramener plus de viande.
C’est à ce moment là aussi que ses migraines prirent de l’ampleur. Oh ! il en avait toujours eu des migraines, mais là, les crises devenaient de plus en plus fréquentes, de plus en plus fortes. Certains jours, il ne pouvait même plus se rendre au travail. Il avait tellement mal. Une chape de béton écrasait son cerveau dans un tonnerre assourdissant. Les coassements des grenouilles le rendaient fou. Il ne supportait plus rien. Puis, la douleur partait comme elle était venue et il pouvait alors reprendre une activité normale. Jusqu’à la suivante.
Zacharie avait déjà consulté des médecins mais aucun ne lui apprit vraiment ce qu’il avait, ne lui expliqua son mal, pire ne tenta de le guérir. Ils voulaient tous l’emmener faire des examens poussés à l’hôpital. Mais Zacharie ne voulait pas lui, faire des examens poussés. Il n’était pas fou Zacharie. Il ne voulait pas finir à l’asile, comme maman. Ma pauvre maman, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?
Ainsi Zacharie ne se soignait pas autrement qu’avec des aspirines qui ne lui faisaient plus aucun effet. Lors de ses crises, il restait chez lui, cloîtré dans son appartement, au chaud dans son lit. Il n’ouvrait pas ses volets, n’allumait pas la lumière, ne mangeait pas, ne se levait même pas. Il restait dans son lit, les yeux protégés de la lumière. Tout ça dans une cacophonie hallucinante. La cinquantaine de grenouilles coassant plus fort les unes que les autres, attendant leur repas qui ne venait pas. Un jour passait ainsi, rarement deux. Ensuite, il pouvait s’occuper à nouveau de ses petites bêtes.

Quand il rentra chez lui, en ce vendredi 23 octobre, il ne se sentait pas bien du tout. Toute la journée une horrible barre lui avait fracassé le crâne et maintenant, à l’abri dans son appartement, il devait subir les innombrables bruits des grenouilles. Ça allait mal ce soir et heureusement, c’était le week-end. Demain, il pourrait se reposer. Il se décida à aller consulter un toubib. Ça ne pouvait plus durer. Il ressortit.

Une camionnette blanche marquée d’une croix bleue s’arrêta devant la maison. Deux hommes en blouse blanche en descendirent. Un deuxième véhicule se gara derrière. Plus petit celui-là, genre Clio, bleue. Des gendarmes. Ils attendaient. Les deux médecins -parce que s’était sûrement des médecins, qui auraient-ils bien pu être, autrement ?- sonnèrent à la porte.
Une vive discussion. Des larmes, ma mère qui pleure. Mon père qui n’est pas là, comme d’habitude. Mon petit frère s’accroche à ses jambes. Un homme en blanc le bouscule. Les gendarmes n’interviennent toujours pas. Ma mère entre deux crises de larmes me prodigue moult conseils. Je ne comprends rien, n’entends rien. Ils l’emmènent. J’essaie de les suivre. Tante me retient par les épaules. Ses doigts s’enfoncent dans ma chair. J’ai mal. Ses ongles longs me déchirent. Je me débats. Elle me retient de plus en plus fort. Elle croit que je veux partir, m’enfuir dans la camionnette blanche qui déjà démarre. La Clio s’en va aussi. Mon frère pleure toujours. Tante à les yeux humides. Elle se mord les lèvres, mais je sais qu’elle s’empêche de pleurer.
J’ai froid soudain. J’ai chaud en même temps. Je transpire, je suis en nage.

Zacharie se réveilla tôt ce matin là. Il avait mal dormi. Un cauchemar avait perturbé son sommeil. Il avait revu sa mère. Cet épisode tragique qu’il voulait oublier. Il n’arrivait pas. Ses draps trempés trahissaient de son état. Il était malade. Il essaya quelques minutes d’ouvrir les yeux. N’y parvint pas. Se contenta alors de rester allonger, les paupières closes. Il entendait au loin, le coassement des grenouilles qui se faisait de plus en plus fort. Elles avaient faim les pauvres bêtes. Depuis hier matin, il ne les avait pas nourries. Tout à l’heure, si cela allait mieux, il se lèverait, leur préparerait un petit repas pour calmer leurs estomacs et retournerait se coucher. Sans doute. En attendant …

Le brouhaha allait s’intensifiant. Judith, Meredith et leurs congénères s’impatientaient. Elles avaient rudement faim et ne cessaient de coasser, appelant le maître de maison. Elles le connaissaient et savaient qu’il avait parfois du mal à se lever, surtout le samedi. Mais aujourd’hui, quelque chose de pas très normal se passait. Aussi se décidèrent-elle à envoyer quelques éclaireurs dans la chambre de Zacharie. Deux partirent, puis une autre et encore une autre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun batraciens dans la baignoire. Ils déambulaient tous dans l’appartement.

Une sensation étrange sur ma peau. Quelque chose de râpeux et humide à la fois. Ça glisse doucement sur mes cuisses, ça monte puis ça redescend lentement. C’est âpre, désagréable. De petits picotements partout sur mes jambes maintenant. Elles sont endolories, je ne peux plus les bouger. Je suis paralysé. Que m’arrive t-il ? Serait-ce cette tumeur ? Le médecin croit que j’ai un cancer au cerveau. Peut-être après tout ! Que sais-je, moi ?
Je suis fatigué. Enormément fatigué. J’ai envie de dormir, mais j’entends mes petites chéries qui me réclament. Elles coassent. C’est fort. Ce bruit devient insupportable. Elles crèvent la faim, je les comprends. C’est bizarre, mais encore aucune n’a franchi le seuil de ma porte.
Des pincements de plus en plus forts sur mes membres inférieurs. Ils sont lourds. J’ai enlevé la couverture dont je ne supportait plus le poids. Cela ne me soulage même pas. J’ai toujours l’impression d’être allongé sous une plaque de ciment.

En entrant dans la chambre, encore noyée dans le noir le plus total, les grenouilles ont découvert leur maître allongé dans son lit. Immobile. Il semblait ailleurs. Inconscient. Absent. Elles l’appelaient, il ne bougeât pas. Elles sautèrent sur lui, il ne fit aucun geste pour les chasser.

C’est chaud dans mon cou. Chaud et humide. Toujours cette même sensation. Ce subtil mélange étouffant qui m’empêche de respirer. Je suis essoufflé. Je n’arrive pas à inspirer l’air nécessaire à ma survie. Comme si un collier m’enserrait la gorge. J’ai peur aussi. Il fait noir. Je me sens seul. Je suis tout seul d’ailleurs. Je n’ai pourtant pas envie de mourir en solitaire. Comme un vieux clodo sur un trottoir sale. Qu’est-ce que je vais devenir ? Et mes petites protégées, qui va pouvoir s’en occuper ? Comment vont-elle finir ? Toutes ces questions m’assaillent tandis que je sens mes forces me quitter à une vitesse surprenante.
Ça me pique, maintenant. Ça gratte aussi. Je sens des poids visqueux sur ma poitrine. Ça y est, je commence à comprendre. Mes petites chéries viennent au chevet de leur papa. Elles sont gentilles, attentionnées. Un peu lourdes toutefois. Elles me tirent la peau aussi, me lèchent de leur langue longue et râpeuse. Je voudrais bouger, les chasser de mon lit mais je n’arrive pas même à esquisser un seul mouvement. Elles m’enserrent tout le corps maintenant.

Le samedi passa ainsi. Zacharie ne parvint jamais à se réveiller vraiment. Il naviguait entre les périodes de veille et de sommeil léger. Il sentait bien pourtant que les grenouilles le tiraillaient de tous côtés, coassaient à n’en plus finir, commençaient à s’agiter dangereusement. Mais il ne pouvait rien faire, n’arrivait pas à bouger le moindre petit doigt. Certaines, il l’avait senti, le léchaient, l’induisant de leur bave porteuse de microbes et autres bactéries dont il ne pouvait se débarrasser. D’autres suçaient les parties les plus tendres de sa peau, ventre, cou, cuisses, espérant en grignoter un morceau pour calmer leur faim.
Il pensa qu’avec la nuit venant, ses petites chéries allaient se calmer, rentrer dans leur salle de bains pour dormir, au moins jusqu’au lendemain matin. Mais il se trompait. Les animaux affamés n’ont pas ce genre de réaction. Lorsqu’ils ont faim, ils ont faim et font tout pour se nourrir.
Vers 22 heures, Zacharie put enfin ouvrir les yeux. Son mal de crâne lui laissait un peu de répit et il put constater l’ampleur des dégâts. Sa chambre avait été assaillie par les batraciens. Il y en avait partout, ça grouillait. Le sol en était recouvert, l’étagère aussi. Des centaines, il devait en avoir des centaines. Il se prit la tête entre les mains, se frotta les yeux, se pinça même pour voir s’il ne rêvait pas. Non, non. Ce n’était pas un rêve. Lorsqu’il rouvrit les yeux, les bêtes étaient toujours là. Elles le fixaient de leurs yeux globuleux et il pouvait discerner dans leurs pupilles dilatées toute la haine qui pouvait les habiter. Il frissonna. D’où venaient-elles donc, toutes ses bestioles ? Jamais il n’en avait eu autant chez lui.
Il sentit soudain un liquide chaud glisser sur sa poitrine et s’aperçut avec horreur que c’était du sang. Il se regarda dans la semi-obscurité. Son corps, son corps glabre et parfait n’était plus que torture et plaies sanguinolentes. De multiples petites plaies le constellaient. C’est ça qui l’avait réveillé ! Sa peau le déchirait.
Il tenta de se lever. Posa un pied à terre. Attendit quelques secondes. Posa le second. Assis au bord de son lit, il tenta de remettre ses idées en place. Qu’est-ce qu’il lui était arrivé ? Il ne souvenait plus bien. Le travail. Le mal de crâne. Une visite chez un toubib. Puis plus rien. Il avait oublié ce qu’il avait fait ensuite. Comment s’était-il retrouvé là, nu sur son lit, le corps meurtri ? Combien de temps avait-il dormi, était-il resté inconscient ? Il l’ignorait. Seule lui restait maintenant la certitude que ses grenouilles adorées, affamées, avaient picoré sa chair tendre, profitant de sa léthargie profonde.
Il se mit debout. Sa tête lui tournait. Surtout ne pas fermer les yeux. Il fit un pas, faillit glisser sur le corps d’un batracien mort. Il se pencha pour le ramasser. Le cadavre était flasque et froid. Un trou béant dans l’abdomen laissait échapper des viscères encore chauds, contrastant effroyablement avec le reste.
Zacharie scruta sa chambre. Il parcourut d’un regard inquisiteur les faces placides des bêtes. Il lui semblât alors que des centaines de paires d’yeux le regardèrent à leur tour. Le petit corps toujours dans la main, il l’observa une nouvelle fois. C’était Meredith, une de ses préférées. Son cœur se serra et il sentit une larme couler sur sa joue. Il l’aimait bien, celle-là. Elle était gentille aussi. Douce, attentionnée, calme.
- L’une de vous sait ce qu’il lui est arrivé ? demanda t-il à l’assemblée.
Aucune réponse. Les grenouilles se contentaient de le regarder curieusement dans un silence religieux. Pas un bruit ne troublait le calme apparent de la chambre. Elle ne coassaient même pas. Elles ne bougeaient pas, certaines clignaient parfois des yeux. Les refermèrent.
Il dut se frayer un passage pour atteindre la salle de bains. Le sol grouillait de ces petites bêtes. Il fallait qu’il se soigne maintenant. Ses plaies lui faisaient mal.

Une vague sourde se déplaça soudain. Il se retourna et vit avec surprise que les batraciens l’avaient suivi. C’est à ce moment là qu’ils attaquèrent. Zacharie tenta vainement de crier, mais rapidement mis au sol, il fut envahi. Les bêtes grimpèrent sur lui, recouvrirent tout son corps. Elles le déchiquetèrent. habituées à manger de la viande, elles ne s’en privèrent point. Le festin dura quelques heures et lorsque le soleil se leva, il ne restait plus qu’un tas de viande informe, allongé sur le carrelage froid de la salle de bains. Zacharie n’était plus. Les grenouilles, repues, dormaient. La digestion allait être longue, très longue.
Pas un bruit ne vint perturber l’appartement. Seuls ces quelques mots résonnèrent encore entre les murs : « Priez Yahvé de détourner les grenouilles de ma personne et de mes sujets, et je m’engage à les laisser partir… »

21 octobre 2002


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Vos commentaires

un personnage principal interressant et les "seconds roles" sont finlement aussi importants que lui.Une chute sympa.
lucie
pabot_lucie@hotmaiol.com
Le jeudi 15 Janvier 2005

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v le bonnec

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