L'appartement

par

CHRISTIAN BOURRIER

" Quatrième étage! J'y suis arrivé! " se dit-il.
La sueur perlait à son front. Il s'arrêta devant la porte, haletant, chercha la clef dans sa poche et la tourna dans la serrure. Il poussa le battant, appuya sur l'interrupteur de l'entrée, referma derrière lui, entra et s'écroula sur le sol !
La journée avait été dure: Une dizaine de bières, cinq whisky, trois pastis et encore deux ou trois verres de djinn pour finir la soirée. Un jour, il cesserait de boire. Il le savait et ne s'en préoccupait guère. D'ailleurs, il ne se sentait pas si mal. Les vrais alcooliques ne lui inspiraient que de la pitié et il refusait de s'enfermer dans cette catégorie d'individus! Certains jours, il lui arrivait de consommer le strict minimum et de rester chez lui, à somnoler devant la télévision...
Vers le milieu de la nuit, son sang se remit à circuler. Il releva la tête, se remit debout et peu à peu, ses yeux s'ouvrirent. Encore sous l'emprise de l'alcool, il ne réalisa pas ce qui lui était arrivé. Souffrant d'un terrible mal de tête, il se dirigea vers la cuisine, ouvrit le réfrigérateur et décapsula une bouteille de bière. Selon lui, la seule façon de dessoûler était de recommencer à boire...
Maintenant, il se sentait mieux. Vraiment mieux. Il revint vers le salon plongé dans une demi-obscurité et d'un geste automatique, alluma le plafonnier.
L'endroit lui parut à tel point anormal qu'il en éprouva un étrange malaise. Il ne se sentait pas chez lui. Un geste de recul le fit repartir en direction de la cuisine, il reprit une bière et en avala une longue gorgée... Gardant sa bouteille à la main comme s'il voulait se donner une contenance, il retourna au salon. Là, il eut un nouveau choc! Ses yeux firent le tour de la pièce, inspectant chaque angle, chaque détail... Tout avait changé! Tous les meubles avaient été déplacés. L'appartement était méconnaissable! Albert fit plusieurs fois le tour du salon à en avoir le vertige, se cogna d'un meuble à l'autre, se traîna jusqu'à la chambre, regarda partout autour de lui, revint au salon...
Non! Cet appartement n'était pas le sien! Les meubles étaient toujours là mais aucun d'eux ne se trouvait à sa place. C'était comme si une autre personne, possédant les mêmes meubles, vivait ici.
Il douta de lui, pensant, dans son état d'ébriété, s'être tout simplement trompé d'étage. Mais en vérifiant le contenu des armoires et des tiroirs, il se rendit compte qu'il n'en était rien. D'ailleurs, comment aurait il ouvert la porte d'un voisin avec ses propres clés? Et comment un voisin pouvait-il être en possession d'un mobilier identique au sien?
Impossible! Il était certain de son appartenance à ce lieu! Il en reconnaissait trop l'odeur de tabac, d'alcool, l'odeur des frites et du poulet de la veille, il reconnaissait la vue sur les toits à travers la fenêtre encrassée, le pot de fleurs fanées posé sur le balconnet.
Ce soir là, Albert eut bien du mal à trouver le sommeil, dans ce lit disposé à l'envers, cette chambre métamorphosée!
Il dormit jusque midi et quart. la tête lui tournait encore terriblement. Dès qu'il ouvrit les yeux, son cauchemar de la veille recommença. Sa chambre n'avait plus de fenêtre. Elle se retrouvait condamnée par la grande armoire habituellement disposée sur le mur du fond.
Mais oui! La fenêtre de sa chambre était restée ouverte et les vandales étaient passés par là! Mais pourquoi auraient-ils perdu autant de temps à réinstaller tous les meubles de manière aussi absurde?
le regard perdu dans le flou, Albert se leva et alla se préparer un petit déjeuner. Tous ses gestes étaient dictés par un rituel invariable, datant de plusieurs décennies. Il connaissait au millimètre près l'emplacement des ustensiles et des denrées alimentaires. Mais ce matin là, il fut troublé par divers changements qui l'obligèrent à modifier ses habitudes. Son bol, sa cuillère, sa cafetière et son pain avaient été déplacés! Il se demanda s'il n'était pas victime de délires d'ivrognes, d'hallucinations, de pertes de mémoire, de folie douce, si la solitude, mêlée à l'abus d'alcool, n'avait pas raison de sa santé mentale ou encore, si une personne ne vivait pas tout simplement chez lui à son insu. Un squatter!
A cette seule pensée, une vague d' angoisse le submergea. Il craignit d'avoir saisi la vérité. Se détournant de cette idée malsaine, il se concentra sur son petit déjeuner composé de café au lait et de tartines de beurre chargées en confiture. Mais plus il cherchait à refuser cette évidence, plus elle envahissait son esprit. Il y pensa tout au long de la journée du dimanche, en observant la rue du coin de l'oeil, à travers le rideau usé de la fenêtre, le carton de bières posé à proximité.
Le soir venu, il entendit frapper à la porte d'entrée. Il n'attendait personne et n'aimait pas être dérangé à ces heures tardives. Chaque fois qu'il devait ouvrir sa porte aux inconnus, il appréhendait toutes sortes de choses... Les soirs d'ivresse, il lui arrivait d'extrapoler des images effrayantes, diaboliques. Parfois, il imaginait le pire, pensant à des intrus au visage masqué cherchant à lui dérober son bien après l'avoir assassiné!
Ce soir, malgré son histoire de meubles et d'objets déplacés, il n' imaginait rien de semblable. Il n'avait tout simplement pas envie d'ouvrir... Il voulait surtout rester tranquillement chez lui et passer son temps à ne rien faire, comme à son habitude, ou à zapper les programmes de télévision en buvant de la bière. La moindre visite l'ennuyait profondément car il se sentait obligé de fournir certains efforts pour alimenter la conversation, obligé de modifier son emploi du temps, obligé aussi de réduire le volume du téléviseur ou même de le couper!
Ces coups faibles et répétés l'intriguaient. Il ne les avait jamais entendus! Il réfléchit encore, se disant que cette visite pouvait être celle d'un voisin ne demandant qu'à l'éclaircir au sujet de ce bouleversement d'objets.
D'une démarche décisive, il traversa l'appartement pour aller ouvrir. Il prit cependant quelques précautions lorsque, se tenant à distance, il entrebâilla lentement le battant de la porte. La silhouette qui, à ce moment précis, aurait due se dessiner devant lui, n'apparaissait pas. Il ne voyait que la porte du voisin de palier! Avec prudence, il se pencha d'un côté et de l'autre du chambranle et constata qu'il n'y avait absolument personne! Le couloir était désert, il n'entendait aucun bruit venant de l'escalier...
Loin de se sentir rassuré, il se précipita à l'intérieur et referma prestement la porte à double tour, le coeur battant. Il avait déjà ouvert la porte à des voyous, des flics, des raseurs, des pétasses, des emmerdeurs, des chiens galeux, des huissiers, des fumistes, des plombiers, des voisins, des imbéciles, des sondeurs, des facteurs, des représentants, des rôdeurs, des charbonniers, des gendarmes, des pompiers, des militaires, des clochards, des chômeurs, des toubibs, des infirmières, des aveugles, des manchots, des nains, des ramoneurs... mais jamais il ne s'était retrouvé nez à nez avec le vide!
Inquiet, songeur, il se dirigea presque involontairement vers la fenêtre. Son instinct, lui servant de guide, lui suggéra de braquer son regard sur la sortie de l'immeuble. Il ne vit rien qui, à sa connaissance, ressemblât à une personne. Seul le chat siamois de la concierge était visible...
Au bout d'un quart d'heure, en désespoir de cause, il retourna vers le salon, espérant s'y assoupir un moment. Mais la faim commençait à lui démanger les entrailles. Il passa d'abord par la cuisine, dénicha quelques gâteaux secs, un oeuf dur, du sel et une bonne bière brune. Il apporta le tout sur la table basse et s'installa lourdement dans le canapé.
Dès que ses yeux se portèrent sur la télécommande, son esprit ne fit qu'un tour et commanda à sa main libre de glisser le long de la petite table afin de s'emparer de l'objet magique. Puis, d'un geste volontaire, il le dirigea sur le téléviseur en actionnant plusieurs fois la touche...
Mais ça ne fonctionnait pas! Et pour cause: A la place habituellement occupée par le récepteur se tenait une statue! La luminosité ambiante n'étant diffusée que par l'éclairage lointain de la cuisine, la pièce était plongée dans la pénombre. Lorsqu'il regardait la télévision, Albert ne supportait aucune source de lumière directe. Il resta un long moment immobile, à fixer cette forme imprécise. Il était difficile, dans ces conditions, d'en distinguer les contours. Il semblait s'agir de la représentation d'une femme...
Plus bouleversé que jamais, Albert se dirigea en tremblant vers l' interrupteur. Imprégné d'alcool en permanence, son esprit n'était jamais en mesure d'analyser clairement une situation. Soit, bien que persuadé du contraire, il en était réellement incapable, soit il doutait de sa lucidité tandis que son cerveau fonctionnait à merveille.
D' un simple déclic, le salon fut inondé de lumière. Devenant parfaitement visible, la silhouette indéfinie était bien celle d'une statue à l'échelle humaine. Sculptée dans une posture méditative, ses courbes étaient harmonieuses et souples, son visage ovale et neutre, ni vraiment beau ni vraiment laid... Elle était parée de bijoux et de vêtements qui relevaient son teint blafard...
Albert s'en approcha... tout doucement... la regarda longuement dans ses yeux clos... la contourna délicatement... sans la toucher... sans faire de bruit... Il était subjugué par sa fragile présence, impressionné par sa beauté muette... La statue donnait l'impression de respirer... il lui semblait voir sa poitrine bouger, se gonfler, osciller lentement d'avant en arrière. Il lui semblait entendre un léger souffle... un souffle intérieur... à peine audible...
Elle vivait. la statue était un être vivant. Absolument immobile! Dès qu'il le réalisa, Albert amorça un geste de recul. Il était prêt à s'enfuir de chez lui, prêt à alerter les voisins, les pompiers, le samu ou n'importe quoi d'autre et ne jamais revenir!
C'est alors qu'il vit ses yeux s'ouvrir, ses lèvres remuer et des sons se mirent à sortir de sa bouche.
" Je m'appelle Ludivine, " dit-elle d'une voix calme.
Albert ne parvenait pas à répondre. Il était sur le point de se transformer à son tour en statue! La chose qu'il avait devant lui était capable de respirer, d'ouvrir les yeux, de remuer les lèvres et de s'exprimer! Cela ressemblait à la fois à une statue et à une véritable femme. S'agissait-il d'un pantin merveilleusement articulé, d'une créature hybride?
Un silence long et pesant s'installa. les yeux de la statue étaient fixés sur lui, sa bouche était restée entrouverte, dans une expression immuable. La dernière syllabe de son prénom paraissait encore en sortir...
Chaque fois qu'il effectuait un geste, les yeux le suivaient. Il n'avait pas réellement peur mais il se sentait mal à l'aise et terriblement à l'étroit dans son petit appartement. Que pouvait-il faire d'autre que la regarder, l'observer, guetter dans ce visage le moindre changement d'expression? Comment pouvait-il ignorer cette présence et se remettre à boire, à manger, à reprendre ses occupations habituelles? Devait-il faire semblant de ne pas l'avoir vue ni entendue, devait-il au contraire s'adresser à elle, se prendre au jeu, la considérer comme un être humain à part entière, au risque de porter atteinte à ce qui subsiste encore en lui d'intégrité mentale?
Finalement, il opta pour un comportement naturel et, tout en l'examinant du coin de l'oeil, il fit couler le long de sa gorge, le contenu de sa bouteille de bière. Elle semblait le contempler, le dévisager, suivre chacun de ses gestes, comme si elle se trouvait pour la première fois, en présence d'un humain. Il continua à boire et à manger à son rythme, engloutissant toujours plus de bière à la fois, toujours plus de gâteaux secs qu'il prenait à pleines mains.
De temps à autre, les paupières de la statue battaient. Il pensait qu'elle allait lui dire quelque chose mais elle restait imperturbable et muette. Son repas achevé, Albert ne savait plus quoi faire, en présence de ce pantin à figure humaine. L'espace d'un instant, Il se sentit coupable et gêné d'avoir ingurgité tout un repas devant elle. Puis les effets de l'alcool lui firent oublier cet épisode. Dans le but inconscient d'échapper à ce regard soutenu, insistant, braqué dans sa direction, il se mit à débarrasser machinalement la table. Puis les heures passèrent, longues et monotones. Albert s'ennuyait, tournait en rond dans son espace limité par des murs ternes et peu attrayants. A chaque instant, il espérait une manifestation humaine de la part de la statue. Il aurait aimé, encore une fois, l'entendre parler, savourer le son particulier de cette voix féminine.
Il avait fini par s'endormir à moitié sur le canapé, sous l'oeil vigilant de cette étrange statue qui parle et qui respire. Lorsque, de temps à autre, il sortait de sa somnolence, il constatait que ses paupières restaient closes, à la manière d'une personne endormie.
Le lundi matin, il ne se rendit pas à son travail. Il préféra rester aux côtés de cette sorte d' image à trois dimensions. Peu à peu et malgré lui, il s'était habitué à vivre en compagnie de ce corps immobile soutenant une figure inerte. Il éprouva d'ailleurs quelque peine lorsque, pour effectuer deux ou trois courses, il quitta l'appartement. Il craignait de la perdre avant d'avoir percé son mystère.
Albert était un grand sentimental. C'était sans doute la cause directe de son célibat prolongé et de son goût immodéré pour les états seconds. Même si sa navigation en haute mer éthylique devenait quelquefois insoutenable, il s'efforçait le plus souvent, de ne pas chavirer ni sombrer vers le fond. Et cela lui faisait oublier sa quête réputée impossible de la femme idéale...
En chemin, il n'avait cessé de méditer au sujet de sa fabuleuse aventure mais s'était bien gardé, en revanche, d'en ébruiter le secret. Cette poupée vivante le fascinait! Il voulait la garder pour lui seul...
Lorsqu'il revint du ravitaillement, muni d'une double ration de nourriture, de bière et de vins capiteux, il eut cependant une désagréable surprise: La statue avait disparu!
Il ne voulait pas le croire. Fou de détresse, il fit trois fois le tour de l'appartement, sans succès... Il la chercha partout, désespérément, en criant son nom. Nulle réponse... Il tenta même de la surprendre aux endroits les plus incongrus, ouvrant les tiroirs de cuisine, les portes de placard... Il retourna dans la salle d'eau, dans les toilettes, dans la chambre...
Et là, dans la chambre, sous les couvertures de son lit, il distingua une forme... immobile... une forme d'apparence humaine... un corps allongé dont on pouvait deviner les galbes et les courbes. C' étaient celles d'une femme.
Albert sentit son esprit vaciller. Son imagination attisée l'empêchait d'agir. Il n'osait plus ni avancer, ni reculer. Il tremblait, soufflait, transpirait en abondance... Si elle était en mesure de changer de place et de forme, de se glisser dans un lit, il ne pouvait plus être question de statue! D'un geste infiniment lent, il approcha sa main. Puis, délicatement, il souleva l'épais tissus, découvrant peu à peu ce qui reposait en dessous.
Le visage apparut. C'était elle! Elle dormait silencieusement, en toute confiance, comme si ce lit lui appartenait. Ses paupières s'entrouvrirent, dévoilant progressivement des yeux clairs et brillants, un regard à la fois profond et lointain. Au delà de cet organe, Albert décela une âme, une personnalité qui ne pouvait être qu'humaine. Lorsqu'il tira sur la couverture, un corps voluptueux se dessina sous des vêtements à moitié défaits...
Il se détourna et, décontenancé, sortit de la pièce. Se plaçant à côté du canapé, il s'y effondra comme une masse vidée de sa substance. Il écarta les bras de part et d'autre de son corps et s'accrocha aux accoudoirs...
Une terrible sensation de perdre la tête le submergea. Dans l'angoisse, il regarda l'état de son appartement, cet asile de silence et de paix dans lequel, quinze années durant, il avait vécu. Le déplacement de ses meubles lui faisait tourner la tête. Il les revoyait à leur place initiale, tout se mélangeait et dans un mouvement de toupie, ils se remettaient dans leur actuelle position.
En même temps, il pensait à cette fille, cette statue, il ne savait plus trop, qui le rendait dingue. Jamais, à l'égard d'un objet, il n'avait éprouvé une telle sensation. Sa présence en cette maison, dans sa chambre, dans son lit, avait une telle force que déjà, elle avait hanté son âme, elle avait déchaîné en lui, des passions qu'il ne connaissait pas encore. Un objet ! Objet mobile, mouvant, vivant peut-être? Capable de fermer les yeux puis de les ouvrir et de le regarder, lui, Albert... Capable de se déplacer, de se glisser sous ses couvertures pour y dormir... Il voyait en elle un être fragile, apeuré, doué d'un langage lui permettant de dire son nom, doué de patience envers un homme qui ne lui répond pas, doué de détermination pour celui qui la déconsidère au point de ne pas la nourrir, de ne pas la regarder, doué de compassion concernant la froideur de l'accueil, et de reconnaissance, s'agissant du non refus d' hébergement. Maintenant, la statue, d'elle-même, était allée plus loin ! Le toit ne lui suffisait guère. Il lui fallait aussi la chaleur intime de son propre lit ! Fallait il admettre, accepter cette incroyable situation?
Albert ne cessait d'engloutir sa boisson préférée. Il ne l'appréciait même plus. Il vidait bouteille après bouteille, sans regarder, sans compter. Il s'en remplissait l'estomac, s'en nourrissait, comme le biberon nourrit l'enfant.
Avachi sur son canapé défoncé, entreprendre une action lui devenait pesant. Il poussait de temps à autre un grognement rauque ou un soupir, s'endormait, se secouait les plumes, se traînait aux toilettes et revenait se morfondre au milieu du salon, face à une nouvelle existence. Une existence inquiétante, brumeuse, aléatoire! Une ébauche de vie, contraire aux habitudes, sans télévision, sans logique, avec des meubles sens dessus dessous et avec une femme qui n'en est pas une...
Comment résister à l'envie de fuir cet univers exigu, cet endroit bouleversé, qui semblait ne plus lui appartenir? Où était passée la télévision? Que faisait Ludivine? Dans un sursaut de lucidité, Albert s'extirpa de son siège et s'avança en titubant vers sa chambre. Ludivine y était encore et dormait. Sans montrer la moindre impatience, elle paraissait l' attendre, dans un sourire à peine marqué. Il lui pria sans ménagement de lui laisser la place et presque aussitôt, s'endormit dans des ronflements sonores.
Ses rêves étaient peuplés de femmes dociles et muettes ressemblant à Ludivine. Par moments, lorsque des nausées digestives le forçaient à ouvrir les yeux, il en voyait plusieurs à la fois. Elles étaient partout, disséminées aux quatre coins de la pièce. Il y en avait devant la porte, sur le tapis, sur le lit, dessus et dessous les draps et elles prétendaient toutes se nommer Ludivine... Son corps était agité de convulsions spectaculaires, il était trempé de sueur et grelottait de froid, il parlait en dormant, délirait, caressait son oreiller, tordait ses couvertures...
Lorsqu' enfin il s'éveilla, sortant d'un état proche du comas éthylique, il ne savait plus si c'était lundi ou mardi, l' aube ou le crépuscule. Seul son passage obligatoire devant la fenêtre lui fit remarquer l'absence de luminosité solaire. N'en tenant aucun compte, il se rendit à la cuisine et sans hâte, prépara un petit déjeuner copieux et reconstituant. Il confia cette tâche à ses mains qui, manifestement, connaissaient la maison mieux que lui. Pendant ce temps, il pouvait laisser son esprit vagabonder où il le souhaitait. Il prit deux bonnes résolutions: Arrêter de boire et... ne plus boire! Il ne pensait plus à Ludivine... Elle s' était comme évaporée...
Au dehors, le scintillement des lumières de la ville s' opposait encore à l'obscurité. Il regarda machinalement la pendule murale qui indiquait vingt-deux heures. Son accoutumance aux décalages était si grande qu' il n'en fut pas surpris. Il passa au salon, emportant avec lui un plateau bien rempli et, sans perdre une seconde, il en dévora littéralement le contenu.
Il avait dormi dix-huit heures! Bien que lourde, sa tête ne tournait plus. Comme par enchantement, ses meubles étaient revenus à leur place habituelle. La télévision était bien là, face à lui... Il s' empara du zappeur et changea dix fois de chaîne en quelques secondes. il eut le temps d'entrevoir plusieurs images dont l'une représentait une femme immobile, au regard vague et lointain, qui annonçait d'un ton calme:
" Je suis Ludivine... Comment me trouves-tu? Rejoins-moi vite au 36 15 code Ludi... "
Albert resta un instant pétrifié par cette annonce, il eut les larmes aux yeux... Des larmes incontrôlables. Il éclata d'un rire qui ressemblait à des sanglots. Un rire de détresse et de dérision se mêlant à des larmes joyeuses...
Puis, d'un doigt hésitant, il appuya sur une autre chaîne. Et tout s'effaça.
Alors il enfonça le bouton rouge, ferma les yeux et pris deux bonnes résolutions: Boire encore et toujours et boire... plus que jamais!
Depuis sa mise en ligne vous avez été
1406

visiteurs à consulter cette page

Vos commentaires
peuvent sauver
Christian Bourrier

Commentaire
Nom
Mail
Recopier le code:
Le champs commentaire est obligatoire
Les commentaires apparaissent immédiatement

Les réclames du RayonPolar

Pour votre publicité, contactez le site

Pub sur RayonPolar

Sur les 32200 pages du Site
chiffres Google Le mercredi 3 Novembre 2011

1.89 euros au format Kindle
5.28 euros au format broché
sur








En accédant à ce site marchand par l'intermédiaire de ce lien vous soutenez financièrement le RayonPolar






Site dédié au Polar (roman policier)
Si vous entrez directement sur cette page,
Retrouvez ses nouvelles en ligne, ses critiques de polars, de films, de séries TV
Sa liste de revues et sa galerie de couvertures de polars anciens.
Visitez le Rayon Polar
Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.
- Benjamin Disraeli (1804-1881), homme politique britannique

















Pinterest
(C) Les textes n'engagent que leurs signataires
RayonPolar
La majorité des illustrations de ce site sont des reprises des couvertures de la collection Néo et sont signées de
Jean-Claude Claeys.

Reproduit ici avec son aimable autorisation
Pour visiter son Site
Pour acheter des originaux
Cliquez sur l'image
RayonPolar