Critiques Polar-Jazz - JACQUES REDA


Autobiographie du Jazz

JACQUES REDA


Autobiographie Du Jazz

Aux ditions EDITIONS CLIMATS

1

Lectures depuis
Le mardi 6 Septembre 2011
 
 

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE


Lorsque mon petit-fils, apercevant ce livre sur ma table de travail, me demanda : Pourquoi Autobiographie du Jazz ? Je vous avoue que je fus quelque peu dcontenanc, car nayant cet ouvrage en ma possession que depuis peu, je navais pas encore eu le loisir de me plonger dedans. Oui, au fait pourquoi Autobiographie, pensais-je in petto. Ne me dmontant pas, jouvris lobjet de nos rflexions et entamais lavant-propos. Bien men pris, et cela devrait inciter les lecteurs ne pas ngliger ces quelques pages qui trop souvent sont ddaignes. La rvlation me sauta aux yeux, comme un solo de Coleman Hawkins dans mes oreilles, me permettant de rpondre linterrogation de mon petit-fils qui attendait avec une impatience, justifie, mon explication :
On se demandera pourquoi le jazz ma fait lunique dpositaire du document qui forme la premire partie de ce livre et en justifie le titre a priori dconcertant .
Bingo ! Tout tait rsum dans cette simple phrase. Jouez hautbois, rsonnez musette ! Ou plutt jouez Armstrong, rsonnez Ellington ! Javais les prmices dlments de rponses destins assouvir la curiosit de mon petit-fils. Continuant la lecture de cette autobiographie du jazz, jentrais de plain-pied dans cette fameuse premire partie : Vous vous demandez probablement o et quand je suis n, mais je nen sais rien moi-mme . Dpositaire et scripteur, tel est Jacques Rda qui narre avec verve et brio la courte existence du jazz (courte car elle na mme pas un sicle et demi dexistence officielle), cette musique issue dailleurs et qui sest impose partout. Qui a grandi, mri, volu, pris de nombreux virages, sest enrichie au contact dautres formes musicales, toujours prsente mme si parfois lon ne sen rend pas compte, effectuant parfois des retours sur son pass avec un peu de nostalgie pour mieux rebondir vers de nouvelles directions. Avec les explications claires de Jacques Rda, le nophyte comprend aisment ce quest le jazz, son origine nbuleuse, ses racines, ses transformations, sa vivacit toujours prgnante.
Suivent cette autobiographie qui relve plus du conte que dune tude historique, cinq liminaires (priez pour nous, car noublions pas qu lorigine tait le Verbe, Chanter, diffus par les Negros Spirituals et le Gospel) : Le blues, Le swing, Improviser, Commenter et enfin Enregistrer et publier.
Puis lauteur sappuie pour consolider sa dmonstration sur deux piliers : Louis Armstrong, le dbonnaire, et Duke Ellington, le dandy. Deux piliers que jaurais tendance transformer en murs de soutnement de cet immense difice quest le jazz dans toutes ses composantes et les acteurs qui ont particip sa construction, sa prennit et sa solidit.
Puis complments majeurs indispensables dclins en deux forts albums, ces matres et petits matres qui en fourmis laborieuses, talentueuses, exigeantes, diffrentes, divergentes dans leurs conceptions et leurs chemins, ont trac leurs sillons avec grce ou obnubils par leurs recherches jusqu en tre drogus.
Lauteur sest attach les prsenter dans un ordre presque chronologique, le premier album tant ddi aux musiciens davant 1940, le second ceux qui bouleversrent quelque peu la plante jazz aprs 1940. Evidemment certains de ces instrumentistes sont connus de grand public, mme si celui-ci nest pas un jazzophile convaincu. Mais la grande majorit ne possde quune aura limite car comme pour tout genre musical, souvent les auditeurs et les mdias ne vivent que dans le temps prsent.
Par exemple qui se souvient de Charlie Shavers, trompettiste qui aurait presque pu avoir comme frre jumeau, musicalement parlant, Dizzy Gillespie mais dont les chemins taient profondment spars, chacun choisissant sa voie, classique pour lun, rvolutionnaire pour lautre. Les rvolutions ne durent quun temps, et au fur et mesure que les annes passent, ce qui tait agitateur de notes devient classique, dtrn par de nouvelles mouvances.
Louvrage de Jacques Rda nest pas un dictionnaire, du moins en tant que tel, mme sil propose une dclinaison de prs de 150 artistes, qui tous ont apport leur fougue, leur conscience, leur innovation, leur talent, leur sonorit. Prs de 150 fiches dans lesquelles dautres figures apparaissent au dtour des formations qui les employaient, solistes renomms qui se cachaient derrire les pupitres des matres. Quelques-uns dentre eux voulurent aller voir ailleurs si le son tait aussi bon, mais revinrent trs vite au bercail, tels Johnny Hodges chez Duke Ellington. Moins didactique quun dictionnaire, moins srieux ou pontifiant quun ouvrage duniversitaire, cet ouvrage possde la grce, la lgret, la verve du passionn, et lcriture de Jacques Rda peut se comparer la fougue et lenjouement de Louis Armstrong allis la virtuosit rigoureuse de Duke Ellington.
PAUL MAUGENDRE




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