Fonctions sociales du blues

ROBERT SPRINGER


Fonctions Sociales Du Blues

Aux éditions COLLECTION EUPALINOS, EDITIONS PARENTHESES

2104

Lectures depuis
Le mercredi 18 Novembre 2010
 
 

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE


Comme certaines formes de jazz, le blues a connu son heure de gloire, puis a subi de nombreuses éclipses. Aujourd’hui le blues a beaucoup évolué, aussi bien dans sa forme musicale que dans l’interprétation par des artistes issus de tous horizons. Mais le blues c’est d’abord le chant des esclaves noirs transplantés de leur Afrique natale jusque sur les bords du Mississipi, puis celui de leurs descendants. Une musique de révoltes mais aussi de remerciements, de communion. Aussi ne soyez pas étonné de ne pas trouver dans l’index des noms référencés des musiciens comme Bill Deraime, Paul Personne ou Benoît Blue Boy. Ils jouent leurs blues mais ce ne sont que des succédanés. La foi et la motivation des artistes, des musiciens qui sont devenus tels par la force leur musique et de leurs textes, ne peuvent être ancrées que chez ceux qui ont connu les vicissitudes de l’esclavagisme et de l’exclusion, de la ségrégation et de la pauvreté.
Mais le blues n’est pas uniquement le bleu à l’âme. Ainsi dans le chapitre 2, le blues, véhicule de louange et de dérision, Robert Springer retourne aux sources, celles du griot africain. « Le griot était un personnage choyé par les rois et les chefs de tribus africains. D’une manière comparable, le musicien esclave était encouragé au moyen d’exemptions de travail. Plus tard, le chanteur de blues tira fréquemment de son art des bénéfices non négligeables : des avantages en nature ou en espèces et un certain respect de la part des Blancs qui l’employaient. Le griot, en sa qualité privilégiée de musicien historiographe indispensable à la société, pouvait se permettre de composer, à côté des chants de flatteries ou de louanges à l’égard de ses mécènes, des chansons de dérision quand il était mécontent ». Un personnage que l’on pourrait comparer chez nous au bouffon à la cour des rois et des princes qui pouvait se permettre de ridiculiser les invités des amphitryons qui l’employait.
L’auteur démontre son propos à l’aide nombreux exemples puisés dans les textes des chants, et, une fois n’est pas coutume, contrairement à bon nombre de ses confrères qui publient des études sur le jazz, les textes sont traduits en français. Pour ceux qui manient allègrement et sans problème la langue de Mark Twain, Jack London et autres auteurs nés chez l’Oncle Sam, cela ne pose aucun problème, mais ceux qui comme moi n’ont jamais eu la volonté d’apprendre une seconde langue, malgré la ténacité de leurs professeurs, au moins peuvent en apprécier la poésie bourrue, émouvante, éclairante, argotique, loquace et simple à la fois. Des tranches de vie, comme des monologues dans lesquels l’interprète se met à nu sans affèterie, avec la pudeur de celui qui a trop mal pour garder ses blessures par devers lui. Et toutes proportions gardées, je pense que le slam d’aujourd’hui est une prolongation du blues.
Après avoir traité de la tradition noire, Robert Springer aborde dans la première partie de l’ouvrage les fonctions estompées du blues. Outre, Le blues, véhicule de louange et de dérision, il propose de se pencher sur la fonction de commémoration, et la fonction éducative, la deuxième partie s’attache aux fonctions traditionnelles, la fonction récréative, le blues-plaidoyer, la fonction de témoignage et enfin la fonction de contestation. Attardons-nous quelques instants justement sur cette fonction de la contestation. Robert Springer précise « Le lecteur qui aborderait le blues dans le but d’y trouver des éléments susceptibles d’illustrer certaines théories révolutionnaires modernes ne pourrait manquer d’être déçu par le manque d’engagement politique de cette musique. La tendance du blues est d’enregistrer les événements et non de protester contre leurs causes - du moins pas ouvertement. Il se compose d’expressions personnelles concernant des expériences et des faits souvent vécus et ne se préoccupe que très accessoirement de la race noire, dans son ensemble et encore moins de la communauté humaine ». Enfin la troisième partie est consacrée aux fonctions renforcées : fonction publicitaire, fonction régulatrice, fonction cathartique et fonction unificatrice.
Toutes ces fonctions sont traitées dans un langage clair, simple, abordable par tout un chacun, et l’amateur pourra, grâce à Robert Springer, mieux connaître cette forme musicale, et surtout l’apprécier. Il pourra également enrichir sa « collection » grâce à la sélection discographique proposée en fin de volume, et s’il le désire, retrouver les titres cités ainsi que les noms des interprètes. Un ouvrage, qui, je n’hésite pas à l’écrire, est indispensable afin de comprendre, d’appréhender, d’écouter le blues dans toutes ses diversités et de mieux déchiffrer les intonations des exécutants afin de s’imprégner de l’histoire du peuple noir américain et d’en saisir la véritable histoire non pas dans sa généralité, dans sa globalité, mais comme des chroniques narrées par les anciens dans les veillées et qui constituent un ensemble de la vie quotidienne.
PAUL MAUGENDRE


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