Insensiblement (Django) . Roman.

ALAIN GERBER


Insensiblement (django) . Roman.

Aux éditions EDITIONS FAYARD

2269

Lectures depuis
Le dimanche 29 Mars 2010
 
 

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE


Accoudé au bastingage du paquebot qui l’emmène vers New-York, en cette fin de mois d’octobre 1946, Django rêve en regardant les nuages qui fuient insensiblement vers d’autres ailleurs. Il est seul, il ne s’est pas encombré d’une malle cabine, a laissé sa guitare en France. Là-bas, en Amérique, il trouvera tout sur place. Mais à quoi rêve-t-il ? A sa rencontre avec Duke qu’il l’a convié à venir jouer avec lui ? Au Bird dont il a découvert les prestations discographiques enregistrées en compagnie de Dizzy Gillespie ? A Coleman Hawkins, Le Haricot, Le Faucon comme l’ont surnommé ses confrères musiciens ? Que de souvenirs, d’images, de sons, qu’il retourne insensiblement dans sa mémoire alors qu’il se voit toujours plus en avant, tout en étant à côté. Car Django n’imite pas, il crée sa propre musique, manouche et jazz à la fois, il n’emprunte pas, il possède ses propres rythmes, son univers personnel, sans pour autant savoir lire une partition. « De sa dunette, l’Amérique doit le reconnaître au premier coup d’œil, dressé au centre d’un cercle où nul autre pénètre, parce qu’il est, lui, un musicien unique au monde ». N’a-t-il pas été accompagné au printemps 1939, par le Duke en personne au Hot Feet, le Duke qui entouré de sa cour, impeccable dans son costume moiré, a apprécié sa prestation. Et que dire des enregistrements effectués à Paris en compagnie du tromboniste Dicky Wells, mais un loupé pour Django qui rêvait d’un duo et ne sera relégué qu’au rôle de simple participant pour quatre faces sur six gravées, perdu parmi les autres musiciens. C’était le 7 juillet 1936. Un double rendez-vous manqué, car ce jour-là il perdit une chance, jamais renouvelée, d’enregistrer avec Dizzy Gillespie. Mais était-ce vraiment cela qu’il voulait, qu’il désirait, lui qui était épris de liberté ? « Pas plus d’Ellington ou de Hawkins, il n’attend de Parker et de Gillespie une accréditation. Il veut seulement qu’ils reconnaissent tous son autorité sur le domaine qui est le sien, de la même façon qu’il applaudit à leur souveraineté dans leur propre univers. Le champagne coulera des fontaines publiques avant qu’il devienne le disciple de quelqu’un, même son compagnon de route ». Sur ce paquebot, Django rêve insensiblement à sa musique, « à cristalliser un univers autour de ses solos de guitare ». Il se doit d’innover, comme Bird et Dizzy. « Un créateur a tous les droits, sauf celui de se prélasser ». Mais se prélasser, Django aime cela, sauf en musique. Jouer au poker, au billard, taquiner la mouche dans l’eau des rivières, oublier ses rendez-vous, arriver en retard sciemment ou non. Des projets, il en déborde, frétillant de joie comme les truites qu’il aime traquer, il comptera dans quelques semaines parmi les prime donne du Duke Ellington Orchestra. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que le Duke n’a aucun problème pour trouver les musiciens qui combleront les défaillances d’un instrumentiste parti voir ailleurs si c’était mieux.
Du Quintet du Hot Club de France, créé quelques mois auparavant, et jouant à la Salle Pleyel le 23 février 1935 en première partie de Coleman Hawkins, le Faucon, qui s’est forgé une réputation de démolisseur de musiciens, jusqu’au décès de Django le 16 mai 1953, Alain Gerber nous propose sa partition à nulle autre pareille. Lui aussi est un créateur d’ambiances, de sonorités verbales, d’histoires vraies enrobées d’imaginaire, multi-instrumentiste du langage écrit, brossant des portraits savoureux comme ceux de Duke, de Coleman Hawkins, sur lequel il s’étend longuement et qui n’est peut-être que le prélude à un nouvel opus, de Stéphane Grappelli, et de combien d’autres qui se faufilent dans ce roman, témoins Marcel Cerdan, le boxeur, le prolo de Sidi Bel Abbes, ou encore l’énigmatique et imaginaire Lorna Selznik.
« Et puis l’amateur de jazz, en ce temps-là, passait pour un détraqué aux yeux du corps social, mais se comportait comme une chaisière à l’intérieur de sa propre chapelle » écrit-il lorsqu’il évoque les trouvailles et nouveautés jazzistiques de musiciens en quête d’utopie. Mais cela a-t-il vraiment changé en soixante dix ans, alors que le jazz est toujours relégué en fins de soirée à la télévision et à la radio, des émissions pour noctambules, à quelques exceptions près ? Un livre à placer religieusement auprès de Louie, de Chet, de Charlie, de Lady Day, et bien d’autres auxquels Alain Gerber a consacré des pages magnifiques. Mais c’est bien la première fois qu’il s’intéresse aussi longuement à un musicien français.
PAUL MAUGENDRE


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