Miles Davis ; 80 musiciens de jazz témoignent

FRANCK MEDIONI


Miles Davis ; 80 Musiciens De Jazz Témoignent

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Le dimanche 12 Octobre 2009
 
 

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE


Miles Davis a fait l’objet de très nombreux articles dans des revues spécialisées - la dernière étant consacrée à 1981-1991, retour sur une décennie controversée dans Jazz Magazine/Jazz Man N° 606 de septembre 2009- ainsi que de nombreux ouvrages dont Miles Davis par Quincy Troupe au Castor Astral, Miles par Alain Gerber chez Fayard ou encore dans des études sur le jazz trop nombreuses à répertorier. Alors pourquoi un nouvel opus sur ce musicien qui a su s’échapper de la bulle jazz, à l’instar de Louis Armstrong, Duke Ellington, Stéphane Grapelli, Django Reinhardt ou encore Sydney Bechet pour atteindre un public plus large, populaire. Non ce n’est pas un ouvrage de plus consacré à Miles Davis mais un hommage orchestré par Franck Médioni, protéiforme du jazz. En recueillant les témoignages de 80 musiciens qui ont côtoyé “ Le Prince des Ténèbres ”, qui ont subi son influence musicale, Franck Médioni fait œuvre pie car qui mieux que ceux qui gravitent à l’intérieur de la sphère peuvent parler d’un de leur confrère, d’un de leur collègue, d’un de leur pair, d’un mentor, à fortiori d’un ami. De A comme Ralph Alessi, trompettiste américain né en Californie en 1963, jusqu’à Z comme Mike Zwerin, tromboniste engagé dans le nonette de Miles Davis en 1948 à l’âge de 18 ans, en passant par Jean-Louis Chautemps, Manu Dibango, Herbie Hancock, Roy Haynes, Joe Lovano, Pierre Michelot, Aldo Romano, Waune Shorter, Henri Texier, René Urtreger (qui participa à l’enregistrement de la musique du film Ascenseur pour l’échafaud), 8o textes qui ne se veulent pas apologiques à outrance, mais égrènent les souvenirs que ces instrumentistes gardent des contacts professionnels et/ou amicaux qu’ils ont pu avoir avec Miles Davis. Il se dégage de ces témoignages une admiration certaine mais aussi une reconnaissance souvent émouvante et dénuée d’obséquiosité. Les leçons de musique, de son (pour certains la fameuse note bleue), initiées en jouant à côté de Miles, en écoutant ses enregistrements ou lors de ses concerts, tel Paolo Fresu qui utilise la sourdine comme Miles, mais ne considère pas qu’il en possède le son, malgré les avis de critiques éclairés. Rick Margitza, qui a joué durant six semaines avec Miles en 1989 en tournée se souvient de cette période “ J’avais peur, mais j’étais aussi très excité de jouer. J’étais jeune, alors, j’ai trop joué. Avec Miles, il fallait être très attentif, le regarder et attendre qu’il vous donne le signal pour prendre un solo. Cela ne m’est pas arrivé souvent mais, quelquefois, il m’a fait arrêter en plein milieu d’un solo. En fait, Miles ne disait presque rien, mais lorsqu’il disait quelque chose, cela pouvait mal se passer ”. Et d’ajouter “ Miles était très gentil. Il était très drôle et très sec, et il pouvait être sarcastique. Il pouvait être très drôle, mais il pouvait être aussi très cassant ”. Pour Manu Dibango “ Miles, plus que la technique, c’est la musicalité profonde ”, et il explore une autre facette, celle du racisme aux Etats-Unis, proposant cette analyse politique : “ Il a tout de même subi le racisme : aux Etats-Unis c’est monnaie courante. Il n’est pas question de beauté, il est question de la couleur de ta peau… Les choses ont quand même changé. Justement grâce à des gens comme Miles. Il n’aurait pas pu y avoir Barack Obama s’il n’y avait pas eu Miles, Louis Armstrong, Ray Sugar Robinson, Stewie Wonder . Miles, ce n’est pas Michael Jackson, il n’avait aucune raison de se décolorer ”. Sans commentaire. Ah si, ne pas oublier l’entretien avec Juliette Gréco, dont je parle plus bas. Il ne faudrait pas considérer cet ouvrage comme un registre de condoléances comme ceux disposés à la porte d’une église et destiné à recueillir les signatures des amis du défunt, un ouvrage dénué de compassion, de redondance.
Après une préface de Francis Marmande, autre spécialiste reconnu du jazz, et en guise d’apéritif, un entretien dirigé par Philippe Carles avec Juliette Gréco, entretien extrait de Jazz Magazine N° 570. Juliette Gréco exprime avec simplicité et émotion sa rencontre avec Miles Davis, et l’incident qui a émaillé un de ses voyages au Etats-Unis. Incident révoltant empreint d’un racisme primaire et qui, j’ose l’espérer, aujourd’hui ne se reproduirait pas mais qui montre la bêtise humaine. Humiliée, Juliette Gréco le fut autant que Miles Davis alors qu’elle avait l’impression de ne rien faire de mal à manger en compagnie d’un homme de couleur. “ …à Paris je ne m’étais même pas aperçu qu’il était noir ! ”. Chaque témoignage est précédé d’un portrait de l’instrumentiste, photo et texte d’introduction, le petit plus qui enjolive de recueil que l’on peut lire d’une traite, ou compulser à la façon d’un almanach, un texte par jour, feuilleter avec gourmandise, revenir sur une déclaration, dans l’ordre ou le désordre. Un travail monumental signé par un exégète du jazz, compilé avec amour et déférence. Je m’en voudrais d’oublier de citer les photographes Francis Marmande, Guy Le Querrec, Christian Rose et Christian Ducasse pour les photos représentant Miles Davis, et Christian Ducasse et Christian Rose pour celles des musiciens.
PAUL MAUGENDRE


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