Claude Luter ; Saint Germain Dance

FABRICE ZAMMARCHI


Claude Luter ; Saint Germain Dance

Aux éditions EDITIONS FAVRE

3053

Lectures depuis
Le mardi 3 Juin 2009
 
 

Une lecture de
PAUL MAUGENDRE


Fervent admirateur de Johnny Dodds, de Jimmy Noone, de King Oliver, Claude Luter, dont les initiales CL sont l’abréviation de cl (clarinette) comme le fait remarquer fort justement Roland Hippenmeyer dans Histoires de jazz, aura été pour une grande part à l’origine de l’engouement envers le Jazz Nouvelle Orléans en France, et plus particulièrement de celui des caves de Saint Germain des Prés. Son père, Georges, était pianiste de variétés et c’est tout naturellement que Claude fit ses gammes sur cet instrument mais lorsqu’à douze ou treize ans il entendit Louis Armstrong jouer un blues il fut subjugué. C’est pendant l’Occupation, en 1941, en écoutant des enregistrements Panassié, et grâce à un maître clarinettiste, Stellio, qu’il a compris que sa vocation était au bout de ses doigts et de ses lèvres. Voulant se soustraire au STO, (Service du Travail Obligatoire), il se fit engager dans un chantier de bûcheronnage dans la forêt de Gretz-Armainvilliers (Seine et Marne). Il fera la connaissance entre autres de Roland Bianchini qui longtemps fera partie de ses musiciens mais le souvenir qu’il gardera de cette époque sera mitigé, notamment à cause d’un incident avec les Résistants. Sa rencontre avec Boris Vian, avec lequel il enregistrera quatre titres, sera un tournant déterminant dans sa carrière. Les soirées au club Le Lorientais, cave qui donna son nom à son groupe de musiciens, puis au Vieux Colombier, assiéront sa notoriété naissante. Enfin autre rencontre, elle aussi déterminante et plus prolongée dans le temps, celle avec Sidney Bechet avec lequel il collaborera durant plusieurs années. Ses compagnons musiciens resteront, ou appelés à d’autres tâches et ne se sentant pas une âme de professionnels quitteront l’ensemble, d’autres rejoindront le leader naturel, comme Moustache, le batteur bon vivant. C’est sous l’égide de Sidney Bechet que Claude Luter envisagera une carrière en tant que professionnel, une carrière qu’il assumera avec brio pendant plus de cinquante ans. Mais son aura, à l’instar de rares confrères français, Django Reinhardt, Stéphane Grapelli, ou encore Claude Bolling, par exemple, a su briser les frontières musicales et atteindre les oreilles parfois réticentes au jazz d’une majorité de français. Il se produira également à l’étranger.

Francis Zammarchi, dans ce livre foisonnant d’anecdotes, nous livre plus qu’une simple biographie. Après l’intro signée Christian Morin, clarinettiste talentueux, l’auteur nous propose une brève histoire de Saint Germain des Prés, afin de planter le décor. Puis c’est l’entrée en scène de Claude Luter, au départ en solo, mais rapidement rejoint par des amis qu’il convie à participer pour un bœuf géant. S’immiscent des invités prestigieux, Vian, Gréco, Daniel Gélin, Sidney Béchet, Mezz Mezzrow, Barney Bigard, des apparitions furtives comme Babby Dodds, le frère de Johnny qui croyait reconnaître son frère décédé dans le son de l’instrument de Luter, et bien d’autres qui jouent le rôle de guest stars comme Gilbert Bécaud, Charles Aznavour…. Francis Zammarchi restitue des passages de conversations qu’il a eu avec divers musiciens ayant accompagnés le clarinettiste, et a puisé dans des coupures de journaux obligeamment mis à sa disposition par Annie Luter, mais également dans des biographies, des émissions radio, citant toujours ses sources, n’hésitant pas parfois à doublonner les événements ou les points de vue, selon les intervenants, dans un style vivant, enjoué, enlevé, comme un morceau de jazz New Orléans. Il montre Sidney Bechet sous un jour un petit peu moins débonnaire, tel que pourraient le laisser supposer les photos nous montrant un musicien hilare, il réhabilite quelque peu Mezz Mezzrow, trop souvent décrié, il nous fait partager de l’intérieur, des coulisses, n’oubliant pas le cadre, l’ambiance qui régnaient à chaque épisode de cette luxuriante période dédiée à la musique. Et je me garderai bien d’oublier de signaler la copieuse iconographie qui illustre cet ouvrage, photos de Jean-Pierre Leloir, d’archives d’agences, ainsi que les reproductions des pochettes de disques que l’on eut aimé reproduites en couleurs ainsi qu’une discographie complète et une filmographie, renvoyant entre autres à de nombreuses émissions télévisées. Bref un livre qui est plus qu’une biographie mais aussi un regard porté sur une époque, un style de vivre, un style de joie de vivre. Et pour clore le final en apothéose, une citation de Claude Luter qui déclarait dans Jazz Hot de mai 1955 : “ Morceaux commerciaux, cela ne veut rien dire, il y a des bons morceaux qui permettent de chauffer et d’autres morceaux dont on ne tirera rien ”. Toute une philosophie dont devraient s’imprégner ceux qui tirent à boulets rouges sur des musiques dont ils ne comprennent pas le sens ou trop modernes à leurs goûts, ou cataloguées comme de la soupe ou de la daube.
PAUL MAUGENDRE


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