J'avais réussi à emporter avec moi deux sacs, un qui contenait vingt kilos de boites de conserves, l'autre trente litres d'eau. De quoi tenir trois semaines. Les dockers qui m'avaient aidé à embarquer à bord du Pharaon Noir m'avaient coûté mes derniers sous. Me tuyauter, charger mon matériel avant que je prenne place à bord, fermer leur gueule. En me serrant la ceinture les sacs pourraient durer un mois, mais à cause de la chaleur rationner l’eau serait difficile. J’étais dans un réduit de six mètres carrés. Deux parois occupées par des placards fermés à clés, une par la porte, la dernière était nue et il en émanait une chaleur intenable. Il y avait de petites araignées rouges et translucides un peu partout, je ne comprenais pas d’où elles venaient ni de quoi elles se nourrissaient, mais pas une seule ne s’approchait de cette paroi. Pas de fenêtre ni d’éclairage électrique. C’était un local technique qui ne servait à l’équipage qu’en cas de grave pépin mécanique, c’est en tout cas ce qu’affirmaient les dockers. A cause de cette foutue paroi brûlante, Dieu sait ce qui se trouvait derrière, la température atteignait jour et nuit les trente-cinq. J’ai passé quelques nuits à étouffer dans le noir, et puis je me suis habitué. Au début je pensais qu’un peu de lumière filtrerait sous la porte, mais quelle lumière ? Il n’y avait aucune source, nulle part. L’éclairage du navire était réduit au minimum. La lune insuffisante. Il n’y avait rien que le noir et la chaleur. Le noir et la chaleur qui m’étouffaient, et si ça ne suffisait pas, la conscience que j’étais entouré d’un million de cadavres dévorés par les vers, pourrissants. cliquer ici pour lire la suite : http://metaphysiquedelaviande.blogspot.fr/2012/04/dix-huitieme-episode.html