En février 2010 j’ai passé quelques jours à Marseillan-plage, un bled qui servait de station balnéaire foireuse l’été et de mouroir l’hiver. Je n’ai croisé que des vieux, des moches, des cassés, il a plu tout le temps, le sol était couvert de chenilles processionnaires, elles étaient en avance et ça étonnait les débris locaux. J’ai gaspillé la moitié de mon temps sur la plage avec une pelle et un détecteur de métaux sans rien trouver pour étayer la scène aberrante que m’avait raconté Owzarek. J’essayais de croire à ses conneries mais entre la plage déserte et sale, la pluie qui me tombait sur la gueule sans discontinuer, les jeunes à scooter qui me toisaient et les gens du coin qui se foutaient à moitié de ma gueule dès que j’allais boire un coup ça devenait difficile. Je logeais au premier étage du seul troquet ouvert, qui faisait aussi hôtel-restaurant. J’avais une chambre humide et surchauffée, tous les moustiques de la région s’y réfugiaient. Je bouffais des steack-frites midi et soir, la patronne n’avait pas beaucoup d’imagination mais c’était mieux qu’à Flunch. Elle s’appelait Françoise, avait trente-cinq ans, des lèvres à pipe et des yeux défoncés. Je l’aurais bien sautée, il n’y avait pas moyen.
Pour qu’on me foute la paix je racontais que j’étais écrivain et que je cherchais des bijoux paumés par les touristes pour financer mon prochain bouquin. Ca expliquait mon matos et mon temps libre. Ils ont vite compris que j’étais inoffensif. De toute façon je picolais autant que les autres, je me suis facilement intégré.
Un soir que je me réchauffais et me séchais en buvant des rhums au comptoir, un type m’a accosté, Fred Legendre, un peu moins de quarante ans, survètement gris, baskets. Je l’avais déjà remarqué. Il trainait souvent dans les parages avec toujours sa capuche qui lui masquait la gueule, rien d’autre à foutre que se balader sous la pluie et me tenir à l’oeil. J’avais posé deux-trois questions autour de moi. Il passait pour un genre de racaille sur le retour, un peu vendeur de shit, un peu trafiquant de clopes, pas très malin. Il habitait une caravane, le terrain appartenait à son oncle, une ancienne vigne transformée en mauvaise herbe et carcasses de bagnoles.
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