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RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt dimanche 27 Decembre 2009 15:33:43

Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté dimanche 27 Decembre 2009 à 15:33:43

à partir du 15 janvier 2010, une nouvelle revue paraîtra, qui s’appellera ANGOISSE et contiendra du texte, des dessins, de la musique, de la vidéo. par conséquent, la suite de la maison des morts ne sera plus disponible que là-dedans. donc, à partir de cette semaine, pas de nouvel épisode du roman.

dans le numéro un, vous trouverez thomas vinau, vincent vuong, laurent chambert, cindy cénobyte, baptiste duval, patrice dantard, jean-marc renault, etc.


je vous donne rendez-vous le 15 janvier pour découvrir le sommaire du premier numéro et le télécharger gratos.


***





Je marche le long d’une avenue large et moche. Un abribus – je m’y assoie. L’air frais qui détaille mon visage. Une petite vieille discute avec une autre petite vieille. Toutes les deux ont des fichus sur la tête et des collants marrons opaques. L’une des deux a un cabas à roulette en toile à motif écossais – trois roulettes de chaque côté – disposées en triangle – c’est sûrement pour franchir les marches je me dis.
Je reprends conscience du froid. Le bus arrive. Les deux vieilles montent dedans. Le bus repart. La fébrilité qui m’animait depuis une demi-heure me quitte. Je suppose que je ne suis plus excité par la bière. Putain je ne tiens pas l’alcool. Je ferais vraiment un clochard bien merdique. Cette pensée me fait sourire. J’ai trop froid pour rester assis. Je me lève. Je me remets en mouvement. Je pense à Nietzsche sans raison et puis je me demande pourquoi je pense à Nietzsche en marchant le long de ce boulevard anonyme bordé d’immeubles bourgeois avec des plaques de dentistes avocats etc. sur les portes et je me souviens de cette citation qu’on a étudié la semaine dernière en philo cette citation où il disait en gros qu’aucune pensée n’est valable si elle ne provient pas d’un corps en mouvement et là-dessus le prof nous avait expliqué que Nietzsche réfléchissait à ses problèmes bien compliqués en se baladant dans les bois – tiens un peu comme je fais moi finalement – comme quoi il avait raison Nietzsche – je repense à mon bouquin de philo et je suis bien content de l’avoir emporté – je pense à mon devoir que je devais rendre – une dissert sur l’imagination et la raison – et je pense au roman que ma mère était en train de lire avant de disparaître. Je repense à la page cornée et j’ai envie de pleurer. Je pense aux devoirs que je ne ferai plus au réveil qui ne sonnera plus pour que j’aille à l’école je repense à ma mère avec qui je ne jouerai plus jamais aux échecs et j’ai envie de pleurer.

Je me remets à marcher. J’ai envie de pisser. Ca doit être le froid ou alors la bière et le café ou peut-être le mélange des deux. Je dois être assez loin de l’hôtel maintenant – je suis peut-être de l’autre côté de la ville – tout est plus spacieux plus propre plus riche – je ne sais pas trop où je me trouve – je marche encore – l’envie de pisser et le froid deviennent obsédants – je vois un panneau qui indique la gare et c’est ma direction – intéressant je me dis – et si j’allais à la gare je me dis – prendre un billet et se tirer – se tirer demain matin – sans savoir où – bah autant aller à Paris – ça sera un bon point de départ – mais si dans l’ordi – putain d’envie de pisser – si dans l’ordi il y a un truc – un indice – qui me pousse à Marseille – bah – tant pis – j’aperçois une pissotière – c’est une pissotière à l’ancienne – en brique rouge. Je me demande ce qu’elle fout là sur une place vide – la place est entourée d’arbre sans feuille et couverte de terre brune. Avec le vent ça fait des petits volutes de poussières. Les dernières feuilles mortes qui volètent au sol. Des piafs. Des pigeons. Un boulodrome désert. Des bancs inoccupés. J’entre dans la pissotières. Trois latrines verticales et une porte ouverte qui donne sur des chiottes classiques. L’odeur acide de la pisse prend à la gorge malgré le froid. Une puissante odeur d’égoût provient des chiottes classiques. Je jette un œil : il y a une flaque d’eau sale et des traces de chaussures qui forment une piste de plus en plus effacée. Le sol c’est du carrelage – des petits carreaux de cinq centimètres de côté – certains carreaux sont blanc sale et d’autres bleu terne. Je défais ma braguette en regardant les murs. Je sors ma bite. Il y a pas mal de graffitis de cul inscrits au marqueur. Des petits annonces pédé ou hétéro. Des numéros de téléphone. Quelques messages racistes aussi. Ma bite est toute frippée toute ratatinée – La pisse met un moment à arriver mais quand elle y est c’est pour de bon. Le jet est dru. Il sent un peu le café et surtout la pisse. De la vapeur blanche s’échappe. Je termine de pisser. Je sors de là. Je me sens beaucoup mieux – plus détendu. Deux clochards ont pris place sur un des bancs de la place. Ca rend l’endroit encore plus déprimant. C’est deux vieux – ils doivent avoir la cinquantaine – des barbes grises mal taillées – des bonnets – pas mal de couches de vêtements qui me semblent crados même à cette distance. Ils boivent tous les deux une bière en boite de cinquante centilitres. Je les regarde un court moment. Ils ne font pas attention à moi. Ils sont pris par leur conversation. A les voir là en train de parler on croirait qu’ils sont là depuis des heures. Je regarde plus loin – au delà de la place – il y a un autre boulevard et de l’autre côté du boulevard une entreprise de pompes funêbres – je repense à ma mère.

Je marche vingt minutes le long du boulevard. Il est long droit et chiant. Bordé de toujours les mêmes immeubles. Régulièrement des plaques qui annoncent un avocat – un huissier – un psychiatre – etc. Je me demande quelle heure il est. Je plonge la main dans la poche de mon manteau et puis je me traite de con – je cherche des yeux un horodateur – j’en vois un à quelques mètres – il est seize heures quarante-deux. Déjà. Je n’ai toujours pas faim.
Le temps que j’arrive à la gare la circulation s’est un peu intensifiée. Au bout du boulevard il y a une poste – la vitrine est protégée par un rideau de fer – des travaux mais pas d’ouvrier – juste les machines et les barrières de protections – des sex-shops et des bars à hôtesses.
Mon cœur se met à battre plus vite à cause de la présence de la gare. Le boulevard débouche sur un croisement. Je prends sur la droite pour contourner d’autres travaux. Je passe devant plusieurs brasseries. Les terrasses ne sont pas chauffées. Il y a des gens assis – surtout des gens seuls avec des gros sacs de voyage – je pense au mien qui est dans la chambre d’hôtel et que je n’ai même pas déballé. Il y a un groupe de zonards avec des chiens assis contre le rideau de fer d’une brasserie fermée. Sur le rideau de fer il y a des tags. Il y a aussi une affiche « A VENDRE » avec le nom d’une agence et un numéro de téléphone – les couleurs sont palies par le temps. Un des zonards me demande si j’ai de l’argent pour lui. Je réponds non – il me demande si j’ai une cigarette – je réponds que je ne fume pas. Il maugrée pas grave et retourne avec les autres. Ils boivent la même marque de bière que les deux vieux clochards de tout à l’heure. Je ne distingue pas le nom mais les couleurs sont les mêmes. Je traverse la rue et puis la voie de tram. Sur le parvis de la gare il y a des fumeurs. J’entre dans la gare. La chaleur et le brouhaha contrastent violemment avec le silence gelé de la rue.

Je cherche un distributeur de billets. Je retire la plus grosse somme possible – cinq cent euros – voilà. Ce geste me plonge enfin dans la réalité de ce que je m’apprête à faire. Déchiffrer les indices – s’il y en a – laissés par ma mère. Partir à Paris. Tout quitter. La chercher. Tout plaquer – changer de vie. Sur une décision prise en dix secondes. Non en sept. Je souris. Je plie les billets et je les range dans mon portefeuille et puis je vais faire la queue. C’est long. Mes pensées errent. Je pense à ma mère mais d’une façon différente. Je ne suis plus aussi angoissé ni aussi triste – même si tout ça subsiste comme une sous-couche – une armature qui soutient tout le reste : de l’excitation – du stress – du courage – de la curiosité. Je me sens plutôt bien. Je m’imagine déjà dans le train pour Paris. La tête pleine de ce que j’aurais découvert dans l’ordinateur et sur le CD. La file avance petit à petit. Vraiment pas vite. Pas beaucoup de guichet. Toujours le brouaha. Les plafonds très hauts amplifient tout. Donnent un écho terrible au moindre éclat. La file avance lentement – rythmée par les annonces des trains – les TER – les TGV – les Téoz – le Corails intercité. J’avance pas à pas. Je n’ai plus la trouille de ce que je vais découvrir – même si c’est bizarre – on ne disparaît pas pour aller jouer au scrabble ça c’est sûr – c’est forcément des trucs bizarres ou tordus ou violents enfin en tout cas c’est forcément des trucs qui ne vont pas me plaire – je n’ai pas peur. L’appréhension m’a quitté. Je repense aux clodos et aux zonards. Sans raison.
Mon tour finit par arriver. Je demande un billet pour Paris – le type demande aller simple – oui – pour quand – aujourd’hui ou demain matin très tôt mais le billet le moins cher possible – vous avez moins de vingt-cinq ans ? – oui – la carte – non – je mens en disant ça – je ne veux juste pas être repéré – le mec cherche – il me demande à quelle heure je veux être à Paris – n’importe quelle heure je m’en fiche tant que c’est demain – il continue à chercher – il me dit qu’il a un billet pour vingt-neuf euros qui part ce soir à minuit quinze arrivée à Paris six heures trente-sept – ça me va très bien – supplément couchette – non c’est pas la peine – siège inclinable alors – voilà – vous réglez comment – en espèces. Je tends un billet de cinquante euros – il me rend la monnaie et mon billet. Je dis au revoir il ne me répond pas. En quittant la gare je regarde mon billet. Le numéro de train le numéro de place. Ca me serre le cœur. Je ne suis pas certain de ce que j’éprouve.

J’entre dans MacDo et j’ai encore mon billet à la main. Pareil qu’aux brasseries. Les tables occupées par des gens pressés qui ont calés leurs gros sacs comme ils peuvent. De nouveau je pense à mon gros sac à moi et à ma chambre d’hôtel et qu’il va falloir aller le chercher – en taxi peut-être. Il y a la queue ici aussi. Je regarde mon billet – je regarde le nombre de kilomètres qui me séparent de Paris. Mon tour arrive.