forum RayonPolar

- Pub Google -



ARBORESCENCE DE
RIEN - ROMAN à SUVIRE - DIFFUSION HEBDOMADAIRE
forum RayonPolar
Cliquer pour passer en mode Normal RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 31 Juillet 2009 12:34:41
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 7 Aout 2009 18:08:23
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 14 Aout 2009 20:08:55
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 21 Aout 2009 16:48:37
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 28 Aout 2009 13:33:44
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 4 Septembre 2009 13:22:28
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire Dominique Paris dimanche 6 Septembre 2009 22:43:43
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 11 Septembre 2009 17:48:48
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt samedi 19 Septembre 2009 18:51:26
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 25 Septembre 2009 18:55:01
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 2 Octobre 2009 11:21:00
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 9 Octobre 2009 14:17:30
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 23 Octobre 2009 11:19:22
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 30 Octobre 2009 08:54:28
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 6 Novembre 2009 13:46:57
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 20 Novembre 2009 11:13:59
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 27 Novembre 2009 18:49:02
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 4 Decembre 2009 17:59:15
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt samedi 12 Decembre 2009 10:52:25
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt vendredi 18 Decembre 2009 13:53:59
RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire konsstrukt dimanche 27 Decembre 2009 15:33:43

Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté vendredi 18 Decembre 2009 à 13:53:59

Le serveur me demande ce que je veux prendre – un café – j’aurais préféré un demi mais il fait vraiment trop froid pour boire de la bière. Cinq mille Euros. Tout l’argent de mon compte épargne. L’argent du permis. De la fac. Tout cet avenir économisé par ma mère et qui n’arrivera pas. A supposer que je m’en tire à cinquante euros par jour pour dormir et bouffer – bon c’est une estimation large – ça fait environ cent jours. Ah merde. Trois mois. Pas plus. Putain de merde la vache. Il faut que je trouve des hôtels beaucoup moins cher et aussi que je fasse gaffe aux dépenses de bouffe. Bordel de merde. Je sors mon téléphone portable au moment où le serveur pose mon café avec la note. Un euro cinquante. OK. Je divise cinq mille par trois cent soixante cinq – puisque c’est ça l’idée : tenir un an avec ce fric. Ca donne treize euros par jour. La vache. Chiotte.
Je prends mon café sans me rendre compte qu’il est brûlant parce que j’ai les mains super froides et j’en bois une bonne gorgée – presque tout d’un coup en réalité – et aussitôt je ressens la brûlure dans la gorge et puis juste après sur la langue. Ma langue n’a plus aucune sensibilité – elle est comme recouverte d’un duvet – et dans mon gosier une boule douloureuse se forme au niveau de la pomme d’adam. C’est pas grave. La chaleur continue son trajet et ça fait du bien quand même. Je reste un moment avec ma tasse à la main – je suis perdu dans mes pensées – perdu dans les chiffres. La boule décroît un peu. Je termine le café d’une deuxième lampée. La brûlure est moins intense. La chaleur se répend dans tout mon corps. C’est agréable.
Juste pour rigoler je fais le calcul : soixante-six euros d’hôtel par jour et disons douze euros de bouffe par jour – l’équivalent de deux menus MacDo et dix euros de dépenses diverses : un coup à boire un ciné etc. Ca donne quatre-vingt douze euros par jour. Si je divise cinq mille par ça j’obtiens cinquante-quatre. La durée de ma survie.
Bordel de Dieu.
Je regarde ce chiffre – je suis fasciné. Je contemple aussi les chiffres après la virgule : trois quatre sept huit deux six et j’essaie de convertir ça en heures minutes secondes. environ huit heures et vingt cinq minutes. Je ris – enfin je ricane – à mon téléphone. Rien de drôle pourtant. Réflèxe de type seul peut-être. Le serveur rode. Regarde mon café vide – la soucoupe où je suis supposé payer – vide aussi. Il regarde ma degaine. Il se dit que j’ai pas l’air d’un clochard mais faudrait pas trop que je tarde. Ca se lit sur son visage. Je sors une pièce de deux euros que je pose dans la soucoupe. Il ne s’approche pas tout de suite. Il faut son petit tour. Ca n’est pas un chacal. Il empoche la pièce – « merci monsieur » - cherche dans la poche ventrale de son tablier de quoi me rendre la monnaie et sort du premier coup une pièce de cinquante centime qu’il dépose à la place de la mienne. Je la récupère et je me lève avant qu’il ait le temps de s’éloigner – « bonne journée monsieur » « au-revoir ». Je m’éloigne.
La chaleur du café ne dure pas longtemps. Il aurait peut-être mieux valu un thé ou un chocolat chaud.
Je repense aux flics – à tout ça. Au lycée. Je regarde l’heure à mon téléphone portable. Il est treize heures trente. Bientôt la reprise. Etonnant que personne n’ait appelé. Réflexe à la con : je balance mon téléphone dans une poubelle. Voilà. Comme ça personne ne m’appellera. Bonne chose de faire. Je marche dix mètres et puis je me traite de con – non mais pourquoi j’ai fait un truc aussi débile. Et pourquoi pas foutre le feu à tes papiers aussi espèce de connard – alors je reviens sur mes pas mais je change encore d’idée – je m’immobilise – j’ai pas envie de fouiller la poubelle pour récupérer mon téléphone – c’est nul – du coup je fais une dernière fois volte-face et je poursuis ma route. Tant pis pour mon téléphone et puis après tout c’est peut-être une bonne idée. Dans Ghost dog Forrest Whitaker dit que toute décision importante doit se prendre à l’instinct. Le temps de réflexion doit durer le temps de compter jusqu’à sept. J’aime bien ça – j’aime bien cette idée. Voilà. Je suis un samouraï. Enfin plutôt un ronin si on va par là. Un ronin dont la quête est de retrouver sa mère. Super. Je me prends pour un héros de manga à la con. Génial.
Mes pas m’ont emmené jusqu’au boulevard du Maréchal Juin. Je le remonte – je suis la ligne de tram jusqu’à la station Gambetta. Les restos qui entourent la place commencent à se vider. Fin du service de midi. Ceux qui mangent là ont des costards noirs ou bleu marine des cravates noires des chemises blanches ou bleu ciel et des pompes en cuir à bouts carrés ou pointus genre italien. Ils ont les cheveux courts et sont rasés de près. Quelques-uns ont des mallettes. Bon je m’en fous de ces cons-là je ne sais même pas pourquoi je les observe. Au centre de la place sous les arbres les derniers lycéens finissent leur sandwiche ou leur clope. C’est marrant je pense à eux comme à des gens différents de moi et pourtant c’est ce que je suis – un lycéen. Un lycéen un fugue même. C’est bizarre. J’ai pas envie de penser à ça. Je ne suis pas – plus – comme eux. Je préfère lever les yeux. Le vent n’est pas très fort mais fait quand même osciller les branches des arbres. Il y a un piaf sur une des branches. Je l’observe pendant une seconde ou deux et il s’envole en poussant une petite trille – comme s’il se savait l’objet de mon attention et qu’il n’aimait pas ça. Une vieille qui tire un cabas me bouscule. Un instant après un vélo me dépasse en faisait tinter son klaxon. C’est une femme de quarante ans qui le conduit. Je suis sur le trottoir au niveau d’un passage pour piétons. Je me décale. Ca me rapproche de la terrasse de la Brasserie Gambetta. Terrasse chauffée là aussi. Une moitié de la terrasse est destinée au repas de midi. Elle est bientôt vide. Les serveurs sont en train de dresser les tables en table pour boire. L’autre moitié est déjà prête à accueillir les buveurs. Elle se remplit peu à peu. Sur le trottoir la circulation des passants devient plus dense. Le ciel devient moins lumineux. Je me dis pourquoi pas – je m’intalle à une table. Je n’ai plus aussi froid que tout à l’heure. Le temps que le serveur arrive je mets dans un coin de ma mémoire le nom et l’adresse de mon hôtel – je devrais pas oublier mais on sait jamais. J’aurais pas l’air con tiens.
Le serveur arrive – « bonjour monsieur » - il est habillé en loufiat à l’ancienne avec le costume noir et blanc et le plateau rond. « bonjour – un demi s’il vous plaît ». Il me lance un sourire alors que ses yeux pensent à autre chose et va chercher ma commande.
En attendant je regarde les gens.