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Konsstrukt



RIEN - roman à suvire - diffusion hebdomadaire
Message posté samedi 12 Decembre 2009 à 10:52:25

ATTENTION :

pour une raison à la con et dépendante de la yaourtière qui me sert de boite crânienne, RIEN change de titre. désormais et jusqu'à la fin (j'espère), ce sera LA MAISON DES MORTS.



Je ferme la porte derrière moi. Je ferme à clé. Je descends les marches. Je ne vais pas vite. Mais ça n’est pas à cause du sac. Je me demande quel est le dernier geste que j’ai fait dans cette maison. J’ai pissé un peu avant d’enfiler mon manteau mais ça n’est pas ça. C’est quoi. Je suis resté un moment devant la porte. J’ai encore marché un peu dans les pièces. Ah oui. J’ai pris le bol encore plein de Chocapics et de lait – les Chocapics à moitié dissous faisaient une bouillie marron – et je l’ai mis dans l’évier. Habitude à la con. Mon dernier geste dans cet appartement.
Je remonte les quelques marches. Je laisse les clés sous notre paillasson. Il est bleu sombre. Par une bête coïncidence c’est le même que celui de nos voisins de palier. Je redescends les marches. Je sens le poids du sac sur mon épaule. Ca n’est pas désagréable. Ca veut dire quelque chose. Ca donne une impression de réalité. La pesanteur du réel. Rien à voir avec mon sac d’école ni avec la valise que prends pour les vacances chez mamie. Tiens si ça se trouve c’est chez elle que j’irais si je prévenais les flics. Rien à foutre. Ma décision est pris de toute façon.
J’ouvre la porte. Je sors de l’immeuble. Sensation de froid d’abord sur mes mains et puis juste après sur mon visage. Froid vif et clair. Ca fait du bien.
Je me retourne pour regarder la porte de l’immeuble se fermer. Je n’ai plus les clés. Sans les clés impossible d’entrer à moins de sonner chez un voisin et je ne le ferai pas.
La porte se ferme lentement à cause du ressort qui la retient. Je la regarde tout le long de son parcours. Ca prends plusieurs secondes. A chacune je peux remonter et ne pas être parti. A la toute fin le ressort se détend et elle se ferme d’un coup en produisant un claquement métallique.
Voilà. C’est fermé.
Par superstition ou je ne sais quoi j’actionne la poignée. Non. Ca ne s’ouvre pas. De là où je me trouve je discerne la porte de l’appartement. Je dois faire un effort pour la voir à cause de la lumière du soleil qui se reflète dans la porte vitrée de l’immeuble et la rend opaque.
Un dernier regard. Et puis je me détourne et je me casse.

Une émotion violente me traverse quand j’entre la clé dans la serrure de la chambre d’hôtel – la chambre trente-six. Je tourne. Déclic. J’ouvre. J’entre – l’émotion ne me lâche pas.
Je commence à comprendre – peut-être – ce qui passe par la tête de ma mère quand elle fugue.
J’ai un truc au ventre – une sensation – putain que je me sens vivant. Bordel de Dieu.
J’entre la tête baissée – à cause de l’effort de porter le sac – ça fait bien deux heures que je le porte non stop. Je me retourne pour fermer la porte. Léger claquement de la poignée. Exotique après des années à écouter un autre claquement. On peut pas la fermer à clé de l’intérieur. Il y a un verrou. Je le pousse. Je laisse tomber mon sac sur le sol. Je laisse tomber la clé à côté du sac.
La première chose que je remarque : les consignes se sécurité sur la porte. C’est une feuille de plastique souple. Elle est vissée dans la porte. La porte est bleu. La moquette sur le sol est marron clair. Presque beige.
Ensuite je me retourne et je regarde tout le reste. La chambre est de faibles dimensions. J’occupe un corridor bref. Sur le mur à ma droite : un tableau qui représente un bateau. Sur le mur à ma gauche : une porte – je l’ouvre : les toilettes le lavabo la cabine de douche. Je referme et j’avance. La chambre proprement dite est un rectangle. J’y débouche par le grand côté. Un lit à deux places occupe la surface principale. Il est de profil par rapport à moi. Sa tête part du mur qui est situé à ma droite. C’est un lit en bois blanc d’allure massive. Il est flanqué de part et d’autre de deux tablettes surmontées d’ampoules protégées par des globes. Sur la tablette de droite il y a un téléphone et une télécommande. Sous le téléphone il y a une feuille de papier protégée par une pochette plastique. Au-dessus de la tête il y a un tableau qui représente une mer démontée. Le mur en face de moi est percé d’une grande fenêtre carrée. La lumière y pénètre bien. A gauche de la fenêtre une armoire en bois blanc haute et étroite occupe l’angle. Son unique porte est ouverte. Sur le mur situé à ma gauche il y a une patère. Dans l’angle du mur gauche opposé à celui de l’armoire et presque au plafond il y a une petite télévision orientée vers le lit. Au plafond il y a une troisième ampoule elle aussi protégée par un globe. Les murs sont jaune très pale. Le plafond est blanc. Tout est propre. Ca sent le propre. La lumière est très belle.
Je m’allonge sur le lit.
Depuis le lit en regardant dehors je ne vois que le ciel. Le ciel tout blanc avec quelques effilochements blancs. Je ne vois pas le soleil. Je perçois juste son incandescence qui me force à plisser les yeux. Je reste un moment ainsi. Mes pensées vont et viennents. Elles progressent par à-coups et par associations d’idées. Je me concentre sur certaines que j’essaie de suivre mais je n’y arrive pas – une autre survient et je bondis dessus et je suis entraîné davantage que je n’entraîne quoique ce soit.
J’ai des inquiétudes pour l’avenir. Et en même temps ce sont des inquiétudes sans réelle substance – abstraite – en tout cas elles n’ont pas de prise sur mes émotions. Je perçois ce que tout cela a d’inquiétant mais je ne l’éprouve pas.
Allongé sur ce lit j’ai des ébauches d’avenirs – des rêveries – avec une fille qui me dépucèle – des gens qui m’apprennent des choses – je crois que ça va bien se passer.
La chambre d’hôtel – ce lit inconnu anonyme et confortable – cette vue que je ne connais pas encore et que je vais découvrir dans quelques minutes – le ciel – la lumière – tout ça se conjugue pour faire naître un sentiment d’allégresse.
Au bout de quelques minutes comme prévu j’en ai marre de rester sur le lit – et puis je sens que si je reste encore un peu plus longtemps je vais m’endormir – c’est le même genre d’abrutissement soudain quand on est confronté à une situation horrible ou impossible à assimiler – ton meilleur ami meurt sous tes yeux – ou alors tu apprends que tu perds tout – ta maison tout – et hop tu as un gros coup de pompe un gros coup de barre et tu dors. Je sais comment ça s’appelle ce truc ça s’appelle une fugue psychogénique – tu fuis dans le sommeil une réalité trop horrible et angoissante pour être appréhendée.
Pourtant moi c’est pas le cas c’est pas ça du tout.
Au contraire je suis bien je suis dans l’action et ma réalité n’est pas horrible du tout. Même si ma mère a disparu.
Je me lève du lit et je vais à la fenêtre.
Je vois la place Jean-Jaurès entourée de quatre cafés. Il y a le Jean-Jaurès le Mistral le Café riche et le Bon copain. Les terrasses sont sorties malgré le froid et malgré le froid il y a du monde attablé en terrasse. Au Café riche la terrasse est chauffée. Au Jean-Jaurès elle est protégée par des sorte de paravents en plastique transparents. Aux deux autres elle est laissée au vent mais il y a autant de monde partout. A part au Riche les gens gardent leurs manteau et boivent surtout des cafés et des chocolats. Il y a aussi du monde en salle mais de là où je me trouve je ne parviens pas à voir comment ils sont habillés ni ce qu’ils boivent – je distingue juste leurs silhouettes.
La place et les rues qui en rayonnent est pavée à l’ancienne. Les gens émergent d’une rue traversent la place d’un pas vif et disparaissent par une rue. C’est étrange de voir cette place que je connais et ces bistrots – j’ai bu des coups dans chacun d’eux – d’un point de vue totalement différent. Je me sens étranger. Je me sens comme un touriste dans ma propre ville. J’ai des visions d’autres villes – d’autres points de vue – d’autres hôtels où je séjournerais bientôt. Une femme d’une trentaine d’année qui porte une robe noire des bas noirs et des chaussures à talons traverse la place en poussant un landeau. Le landeau tressaute à cause de l’irrégularité des pavés. Ca me fait sourire et puis brusquement ça me rend triste. Je repense à ma mère – et à moi qui a un moment donné me suis trouvé dans un landeau poussé par elle. Ma mère a disparu. Je me rends compte enfin que – si – je suis dans une situation catastrophique. Bien sûr que non je n’arrive pas l’assimiler. Le coup de barre évidemment – et aussi ça : ce que je suis en train de faire : cette fuite à la con et vers où : vers nulle part. Une chambre d’hôtel. Et vers d’autres chambres d’hôtels ailleurs. L’ordinateur et le CD. Il faut qu’ils contiennent la solution. Je verrais ça. Pour l’instant non. Pour l’instant je n’ai pas envie – ou plutôt j’ai la trouille. J’ai envie de sortir. Je vais aller sur la place boire un coup en regardant d’en bas la fenêtre de ma chambre. Point de vue inverse. Pour voir. C’est con mais je m’en fous je vais le faire quand même.